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CHAPITRE XIII

»ion à Java. — Causes de la splendide réception que me lit mverneur-général M. Hochussen. — Le palais du Gouverne t à.Baitenzorg. —Dîner chinois, soupe aux Bids d'oiseaux. -^ lior. — Divertissements javanais : mangeurs de fer, marion- 3s, danses, comédie

)s Hollandais avaient un grand désavantage dans discussions avec les Anglais; tandis que les i de ces derniers étaient proclamés par de nomi[ journaux, la Hollande était mal défendue et înt même ne Tétait pas* Voici pourquoi : après paration de la Belgique, des maisons de corne de Singapour avaient fondé des branches à v^ia et à Manille ; chaque mois la correspondance iva venait à Singapour par un bateau à vapeur rencontrer le paquebot allant de Chine en Europe, tendait la malle arrivant d^Europe en Chine. Les [laux de Singapour avaient le temps de connaître 3 commenter à leur guise toutes les nouvelles de chipel et de les répandre en Eurppe, où on ne i^ait les démentir que le mois suivant. Encore les

rectifications, écrites en hollandais que savent peu de personnes, n'éclairaient-elles que quelques érudits. Le journal français de La Haye et une revue publiée par le baron Melvill sous le titre de Moniteur des Indes étaient seuls d'utiles mais tardifs défenseurs des intérêts néerlandais. Gomme j'avais été recommandé au gouverneur-général, M. Rochussen, et que je m'étais mis en rapport avec lui , il m'invitait à aller le voir et je désirais vivement faire cette visite. Outre que Java est une des colonies les plus importantes, on me reconmiandait de rapporter exactement les actes et les projets de l'Angleterre et de la Hollande ; il était nécessaire que je m'en entretinsse avec le gouverneur. Des qu'il n'y eut plus de navires français dans le port de Singapour, je résolus de faire maa excursion.

La malle d'Europe étant arrivée, nous nous embarquâmes sur le paquebot le Batavia, et, après quelques heures, nous nous trouvâmes dans le détroit de Rio, où nous touchâmes. C'est le poste le plus avancé des Hollandais vers Singapour ; on y entretient quelques soldats, de bons bateaux pour poursuivre les pirates, très-nombreux ddns ces parages, assurés qu'ils sont de trouver un refuge dans les nombreuses îles des environs. Le capitaine Âmenaët, commandant dn Batavia f me disait avoir été chargé de leur donner la chasse lorsqu'on les savait réunis près de Lingam ;

qu^il lui avait été impossible de les atteindre, ) qa^ih se réfugiaient dans de nombreux canaux mus aux Européens dès quMls voyaient la fumée 3aq[nebots. Nous n'eûmes que le temps de visiter sident de Rio, mais nous ne pûmes présenter nos irs au rajah ; je sais pourtant quMl y en a un , et L de la connaissance du roi de Prusse. S. M. m'a [u'il avait fort bien accueilli un missionnaire land , et , qu'à cette occasion , elle avait reçu même du potentat de cette île des curiosités qui ient vivement intéressée. Comme le roi avait eni quelques cadeaux en retour^ je suis certain que nilaire n'a rien perdu à cet échange et est trèsosé à recommencer. * >e Rio nous allâmes à Banca, où nous restâmes iVBj ce qui nous donna occasion de visiter la ville ipéenne, qui est assez belle et très-bien défendue un fort qui domine les environs et menace le padu rajah et les maisons des naturels. 11 y avait là^ lié du rajah) un résident, et l'un et l'autre prirent âge pour Java. Je remarquai en outre un foncnaire d'un nouveau genre; c'était le capitaine lois qui se distinguait par une mise asse2 soignée m chapeau européen. Enfin nous jetâmes l'ancre ant Batavia à kt fin du troisième jour et nous préâmes au débarquement qui n'est pas toujours faî. A Tembouchure d'une rivière qui traverse la

ville ; il s^est formé un banc de sable sur lequel la mer très-houleuse se brise avec fracas ; parfois il est si dangereux de passer que l'aulorité ne le permet pas et l'annonce par un signal. Les passagers d^une embarcation renversée sont infailliblement perdus, soit par la violence de la vague ^ soit par les caïmans et les requins qui, attirés par ce qu'entraîne la rivière, se tiennent là en grand nombre. Le jour même de notre arrivée, la communication avait été interrompue; mais Tamiral m'ayant offert un canot et celui de la poste étant venu chercher les dépêches, les deux embarcationff purent franchir la barre non sans avoir reçu beaucoup d'eau. La vieille ville est fort avant •dans rintérieur, et il faut se faire remorquer dans le canal qui y conduit. Nous arrivâmes enfin au débarcadère, où nous trouvâmes des voitures pour nous rendre à la ville nouvelle distante d'une lieue et où il y a un excellent hôtel.

Je dois expliquer d'abord, afin qu'on ne suppose pas que je l'attribue à mon mérite, pourquoi il entrait dans les convenances du gouverneur de me faire une splendide réception et pourquoi il me convenait de m'y prêter. M. Rochussen, renommé pour son esprit, ancien ministre des finances dans son pays, négociateur de plusieurs traités, savait très-bien ce qu'était un simple consul, et je ne l'ignorais pas. La magnificence déployée h mon occasion ne trompait

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is ni moi ni aucun Européen. Elle s'adressait, ou 'y suis grandement mépris, aux naturels, et on la traduisait ainsi : (x Ne croyez pas qu'il n'y ait ne nation au monde, l'Angleterre ; ne croyez pas

qui TOUS la montrent comme un appui contre la ande. Il y a un autre pays tout aussi puissant et 3 allié, la France. » Le gouverneur avait donc ut très-politique, très-rationnel et Tatteignit, car, me il est d'usage daus les colonies, où les événets sont rares, mon voyage fut le sujet de bon bre de commentaires. Je jouais d'ailleurs, comme îvais, un rôle tout-à-fait passif. J'étais venu, non * étudier la colonie, m'immiscer dans son admiration ou son commerce, mais simplement pour

ma cour au gouverneur, entendre et rapporter u'il lui plairait de me dire. J^étais donc à ses or*

et il les donnait clairs et précis. C'était à la I de ses instructions que l'amiral m'avait fait re à terre. Je devais alors trouver la voiture du lent qui me conduirait chez lui et m'accompaait le lendemain au palais de Buitenzorg, qu'ha* t le gouverneur. Tel était le programme écrit

il fallut s'écarter un peu. Au lieu dé venir seul is dû amener ma famille, et craignant d'incomer le résident M. Van Rees, je m'étais rendu à ;el.

l. Rochussen changea aussitôt ses dispositions, et

le lendemain un charmant messager, son fils âgé d^une dizaine d^années, se présentait pour m'inviter de sa part à m'établir dans le palais du Gouvernement, en ville, et à Fy attendre le jour suivant. Il vint, en effet, et je lui remis une lettre de recommandation dont le colonel Buttervsrorth m^avait chargé, car ces deux antagonistes s'estimaient réciproquement et ne manquaient jamais de faire acte de courtoisie. Puis ce fut pendant trois jours une suite d'invitations et de réceptions. Je profitais des intervalles pour voir la ville et visiter ceux pour lesquels j'avais des • lettres. Fort heureusement on avait amené peu de chevaux de Buitenzorg et sur le nombre il y en eut de malades ; je fus donc bientôt dispensé de me servir de l'équipage du gouverneur et de voir à tous les corps de garde les soldats, croyant qu'il s'approchait, se précipiter pour lui rendre les honneurs militaires, 11 avait voulu cependant qu'à sa table je fusse assis en face de lui de façon que je paraissais partager le soin d'en faire les honneurs. Gomme l'étiquette est très-sévère à Batavia, où l'on doit tenir grand compte des préjugés de la population, ce simple fait était significatif. M. Rochussen n'était pas militaire^ mais, investi du commanden^ent des troupes, il portait l'uniforme de maréchal. Il représentait le roi des Pays- Bas et avait certes plus d'autorité que son maître; bien qu'il fût le premier à en plaisanter, il n'était pas

iiis obligé à garder les formes du pouvoir souve- 1. Partout il prenait le pas même sur les dames; on >eryait à table avant elles > il se mettait à la place onneur s'il les conduisait en voiture. Où n'était (lis en sa présence qu'en uniforme ou dans un tume convenable^ et nos pauvres vestes blanches l'Inde étaient interdites. Du reste, le Gouvernent hollandais donnait à son gouverneur-général moyens de soutenir sa dignité. Ses appointements lignaient presque quatre cent mille francs ; il avait ville, outre le palais du Gouvernement, oii sont bureaux et les grandes salles de réception, un autre ais plus commode et meublé avec luxe ; à la cam- [ne, la résidence vraiment royale de Buitenzorg, il nous conduisit s^rès quelques jours.

Buitenzorg est à vingt-huit milles de Batavia, et on rrive par une route excellente que l'on parcourt en ture. Comme il faut se munir pour voyager d'une orisation, la poste a soin de prévenir aux divers ais, de sorte que Ton n'est pas obligé d'attendre les îvaux. Etant à la suite du gouverneur, on comïnd déjà que nous n'éprouvâmes aucun retard. Je connais pas l'hôtel du Gouvernement de Calcutta, lis ceux de Bombay et de Madras sont de beaucoup 'érieurs à Buitenzorg. C'est un château couvert me espèce de dôme sur lequel flotte le drapeau Uandais. De chaque côté sont des pavillons; quand

on a dépassé la grille, on trouve un vaste tapis de verdure au centre duquel est un grand bassin et ou Ton voit paître des centaines de cerfs et de daims. 11 y a pour les jours de cérémonie un escalier d'honneur qui conduit à un vestibule pavé en marbre; derrière est un corridor divisant les appartements du gouverneur de ceux où il reçoit et qui comprennent les salonsy les salles à manger, les billards. Dans les deux pavillons logent les aides de camp et les étrangers invités par le gouverneur. Le beau côté du palais n'est pas cependant celui par où on arrive, mais vers la façade opposée. Là les invités ont un vaste péristyle donnant sur un admirable jardin et voient s'élever plus loin deux montagnes majestueuses, le Mérapi et le Guédé, volcans dont l'un est éteint et dont l'autre lance encore des nuages de fumée. La vie dans ce château est à peu près comme partout dans l'Inde : on va au bain le matin et on prend du café; on déjeune vers dix heures, puis on sert quelques fruits l'après-midi ; on dîne après la promenade du soir. Les Hollandais se distinguent des Anglais par l'habitude de faire la sieste de trois à quatre heures, mais leurs séances à table sont beaucoup moins longues. Je ne parle, d'ailleurs, que de ceux qui sont oisifs, car bon nombre, et le gouverneur entre autres, travaillent du matin au soir.

Nous n'avions pas été invités cependant pour rester

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Tniés, et le gouverneur voulait que nous vissions 3eu rintérieur. Il avait fixé un jour pour recevoir spitalité chez un riche Chinois, adjudicataire le caverne à nids d'hirondelles. Le résident de tenzorg donna les ordres convenables pour cette irsion, et nous partîmes un matin suivant la vallée longe le Mérapi. J'ai rarement vu un pareil spec- 3 ; à chaque village où nous arrivions nous trous des guirlandes, des arcs de triomphe; la niue javanaise, les tam-tams se faisaient entendre, et chanteuses improvisaient des strophes en notre rieur. Tous les hommes montaient à cheval la e à la main, et il y avait de singuliers accoutrets. Les Javanais portent, pour se garantir de la 5, une espèce de cuvette renversée faite de bami et qu'ils savent dorer; ils avaient qui une veste, une chemise, qui des pantalons à PeuropéenBe, * rarement deux articles de notre costume. Cela lait donc une troupe très^-bariolée, et comme ces es gen$ ne brillent pas précisément par la beauté, s ont les pommettes saillantes, la bouche large, couleur de cuivre et des formes assez grêles, on dire que, montés sur de vilains petits chevaux, graissaient très-grotesques quand on les voyait :ès. De loin, au contraire, cette coiffure brillant )leil, les banderoles des lances qui flottaient et riété des couleurs et des costumes produisaient

un bel effet. Ces troupes nous conduisaient jusqu'aux limites ^e leur territoire, où d'autres les remplaçaient. Mais elles nous manquèrent quand nous eûmes atteint la colonie chinoise. Nous la trouvâmes à pied, attendant le gouverneur, qu'elle salua respectueusement, et elle le conduisit dans une salle où on avait préparé des rafraîchissements. Pendant ce temps on prenait les dispositions nécessaires pour notre ascension à la montagne où est la caverne. Tous les voyageurs furent placés dans des fauteuils portés à bras, et une foule d'individus nous firent, à travers un bois épais et d'impraticables sentiers, parvenir à notre destination. La caverne que nous visitâmes était circulaire, d'une trentaine de pieds en (hamètre, fort propre j on en avait couvert le sol avec du sable. La voûte, taillée en dôme, était tapissée de nids dont, à certaines époques, on enlevait environ le tiers pour ne pas effaroucher les oiseaux. Nous ne pûmes saisir aucun de ces derniers ^ ils ressemblaient assez à l'hirondelle, surtout à cette petite variété d'un gris roux et qu'on voit en nombre si considérable sur les bords du Nil. Les nids étaient formés d'une substance gélatineuse et seraient pareils à ceux qu'on ferait en les tressant avec du macaroni. On sait que cette substance très-chère est estimée des Chinois, qui en consomment la plus grande partie, et qu'ils lui attribuent des qualités médicinales. Peut-être n'est-ce pas à tort, car l'abbé Beurel m'a assuré qu'un

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ses collègues, fort épuisé par les maladies, ne s'était bli qu'en en mangeant.

4os observations faites, nous descendîmes comme s avions monté, puis nous nous rendîmes au lieu isi pour le dtner et où notre escorte ordinaire nous rit. Deux vallées se rencontrent sur le flanc d'une itagne et les eaux qui les arrosent se réunissent r tomber au fond d'un précipice abrupte, ce qui ne une belle cascade et procure de la fraîcheur, tait près de là que notre Chinois avait fait dresser tente sous laquelle nous devions diner. Si riche endant que fût notre hôte, je ne m'attendais pas. à pi^il eût pu réunir, à une si grande distance de la 3, tant d'objets de luxe, de bons fauteuils, de belle celaine, des cristaux, de l'argenterie, tout enfin [u'on aurait pu trouver dans les meilleures maisons capitales. M. Rochussen me dit que partout où il it à Java, s'il acceptait une invitation, il était traité [a même manière. J^ étais pourtant plus curieux du er que des accessoire^, car on nous avait annoncé I soupe aux nids d'oiseaux. Elle avait été préparée, lit-on, avec un soin extrême par l'amphitryon et sût coûté cinq cents dollars ou deux mille cinq cents ics, ce qui ne nous empêcha pas de la trouver assez 3 et, pour continuer ma comparaison, semblable à mauvais macaroni. Bien que flatté de cette expéice gastronomique, je ne désire pas la recommencer

et ne le ferai certes jamais à mes frais. Après diner nous revînmes à Buitenzorg avec le même cérémonial.

Quelques jours après, il s^agit de franchir le mont Guédé et d^aller par delà visiter un régent et le résident placé près de lui à Ghanior. Les régents sont, à Java, les chefs indigènes, et le résident représente l'autorité hollandaise ; il les conseille et les surveille. Cette fois nous n'étions pas en compagnie du gouverneur, mais il nous avait donné sa voiture. Gomme avant, des cavaliers nous escortaient ; nous trouvâmes les mêmes chants et le même bruit. Mon fils, cependant, qui comniençait à parler malai, me dit que les compliments adressés aux voyageurs sont fort obscènes ; ce qui ne m'étonne pas, car il semble en être ainsi dans toute l'Asie. Les femmes qui les débitent se tiennent sur le devant de leur maison, un mouchoir à la main, avançant et reculant de quelques pas. Quant aux honmies qu'on rencontre sur la route, ils s'accroupissent et tournent le dos en signe de respect. Il est impossible de voir un plus beau pays, des terres mieux cultivées que celles que nous traversions en gravissant les montagnes ; c'étaient des rizières arrosées avec une grande intelligence. L'eau est abondante, mais comme il en faut beaucoup pour ce genre de culture, on la ménage avec soin ; on la faisait passer, par des espèces de gouttières en bambou, des plantations supérieures à celles qui étaient plus bas, et comme toutes étaient d'une

régulière, le pays entier paraissait disposé en ses. Nous ne nous élevions cependant pas d'une continue, car nous passions des collines succes-

quelquefois les vallées qui les divisaient étaient îdes et la côte opposée ardue ; le plus souvent )ides cours d'eau se précipitaient au fond. Dans

nous traversions sur des ponts bien entretenus, ir nous aider à gravir du côté opposé on tenait plusieurs couples de ces buffles de couleur rose I n'ai vus qu'à Java. Nous montions cependant

rizières disparaissaient pour faire place aux vé- : des climats tempérés. Nous nous approchions din potager du Gouvernement et nous réjouîmes r de vastes plantations des légumes d'Europe et îrgers où croissaient les fruits de notre pays. La eur était assez vive dans ces régions supérieures, rès avoir souffert des chaleurs constantes de la , on a grand plaisir à se trouver dans un nou- Jimat. Aussi les jardins qu'on voit ne sont pas

l'Etat et ne servent pas à parer de leurs produits le seule du gouverneur. Des particuliers s'y était, les uns pour réparer leur santé, d'autres pour 'er à l'agriculture ; on y voit un assez grand re de jolies maisons. Tout-à-fait au sommet de ontagne on remarque plusieurs arbres et des

qui croissent sans culture semblables à ceux de lys ; enfin on descend pour entrer dans la vaste

plaine qui commence à Ghanior et où le gouverneur avait décidé que nous resterions trois jours.

La résidence est entourée d'un jardin et présente toutes les commodités qu'on recherche dans ces contrées. On nous donna un appartement dont Tameublement avait le caractère plus européen que ceux de rinde^ et nous continuâmes Texistence de Buitenzorg. Le résident était marié, et les deux époux, en vrais Hollandais, parlaient très-bien le français et étaient d'une extrême bonté pour nous. Comme nous étions arrivés le soir on remit au lendemain pour visiter le régent et pour parcourir les environs, ce que nous fîmes ponctuellement. Soit de son propre mouvement, soit à l'instigation du résident, le régent répondit à notre politesse en nous invitant à une soirée pour le lendemain ; il devait se montrer dans toute sa pompe et je n'osai refuser, car habitué aux grandeurs orientales, je les déteste de tout cœur et je croyais qu'il s'agissait de quelqu'une de ces stupides notché de l'Inde. Nous fûmes exacts et le régent ne l'avait pas été moins. Dans le jour j'avais remarqué, de distance en distance, de petits fagots de bois préparés artistement et confies chacun à un garde spécial ; je ne comprenais guère quel usage on en ferait, mais l'heure sonnée, lorsque les voi tures du résident parurent, on mit le feu à tout cela et nous marchâmes inondés de lumière et de fumée jusqu'à la régence, qui était assez éloignée. Nous y fûmes reçus

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régent^ sa femiue et leur suite. La régeule était rosse commère fort couverte d'or, dVrgent et de :. Son époux ^ suivant Tusage, mâchait du bétel vait ; il était mis assez simplement, se montrait liant et jovial, et pour tout signe de sa dignité, remarquai, comme j'avais fait la veille, qu'un itique ou plus probablement un esclave qui teonstamment devant lui son cris ou poignard à le d'or. Quand il parlait à ses suivants ou qu'ik ent devant lui, ils touchaient le sol de la main, dson où il nous reçut était, conune toutes les as javanaises, un peu élevée au-dessus du sol, e d'une espèce de salon ouvert et de quelques ^ts dans les encoignures. Pendant un entr'acte jouissances qu'il nous donna, la régenle ouvrit rieusement à la femme du résident et à la mienne 1 ces réduits et leur montra une jeune personne 3nait d'accoucher sur une natte. C'était sa G\\e, avait pas voulu être privée du spectacle et, ne Lut cependant se présenter, regardait par les fislaissées entre les planches.

s divertissements étaient variés; on nous conduiabord dans une maison adjacente où se trout réunis les fanatiques du lieu, et ils étaient en I nombre. Une manière de faquir, de derviche m certainement un pèlerin de la Mecque, car il un tapis de prières de ce pays étendu devant lui,

charmait des armes. C'éiaient de longs clous de fer fort aigus et qu'on pouvait faire tourner à l'aide d'une palette de bois qu'ils traversaient. Les acteurs détachaient un de ces clous des murs de la salle où ils étaient suspendus, les présentaient au derviche qui marmottait quelques prières, puis se les enfonçaient bravement dans quelques parties du corps ; ils leur imprimaient pour cela un mouvement circulaire à J'aide de la palette, et quand ils les retiraient je n'ai jamais remarqué de traces de sang. J'en ai observé qui les introduisaient ainsi au-dessus de l'œil; ils pénétraient sans doute le crâne, mais ne me semblaient pas assez enfoncés pour traverser les sinus frontaux et toucher le cerveau. Comme j'ai vu à Singapour de braves gens courir sur des charbons ardents; comme, de mon temps, on a, dans l'Inde, mis en terre un homme qui y est resté quinze jours et en a été retiré bien portant, et que les autorités les plus respectables ont constaté le fait, je ne me charge pas d'expliquer toutes choses. Ici j'ai touché et démonté les instruments, et aucun artifice ne m'a paru possible ; ces clous n'étaient pas des poignards de théâtre qui rentrent dans la gaine, et d'ailleurs qui a vu pratiquer l'acupuncture peut comprendre le phénomène. Ce spectacle, si intéresssant qu'il fût, ne causait pas moins une trèspénible impression.

On a vu des Savoyards jouant du flageolet et faisant

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à Taide du genou deux marionnettes attachées 3orde qui est fixée à une planche et que Tacit mouvoir. Au lieu de ce grossier appareil, ie représente une petite salle javanaise en miniales poupées bien ^tes, bien coloriées, retenues 5 fils imperceptibles que tire, avec une dextérité datique et dont des mains montagnardes seincapables, un acteur qui dirige les mouveet les explique. C'était une autre représentaelle plaisait davantage que les mangeurs de

'eille de ces solennités, le résident et moi nous lions en voiture ; la pluie avait inondé les rouîtes étaient impraticables pour les piétons. Deux is pauvres filles, précédées d^un homme de se mine, s'avançaient péniblement vers Chas' enfonçaient dans la boue .jusqu'au genou.

3mmun accord nous dîmes que c'étaient les acdu lendemain et ne nous trompâmes pas. Le entretenait une douzaine de ces malheureuses, nd on ne demandait pas leurs services, elles laient loin de son palais. Mais si leur présence clamée, on les envoyait quérir, quelle que fût nce, et, comme on voit, on ne s'inquiétait pas rendre la route commode. Les éclaboussures s avaient reçues et le désordre de leur toilette parfaitement réparés quand elles parurent sur

la scènç, ou plutôt quand elles entrèrent dans la salle. Elles portaient un casque d^or d'une. forme très-élégante ; une riche ceinture aussi en or leur serrait la taille^ et elles étaient vêtues de camisoles semblables à celles des femmes de l'Inde et de robes de soie. J^ignore ce qu'elles prétendaient représenter, mais il s'agissait, ce semble, de quelque scène d'amazones, car elles portaient d'abord des arcs et des (lèches dorés dont elles se menaçaient avec des airs guerriers, puis qu'elles laissaient tomber comme vaincues. Elles substituèrent à leurs armes des faisceaux de plumes de paon, mais semblaient toujours divisées en àeun partis conduits chacun par un chef. Ce spectacle, comme toutes les danses asiatiques, est, pour ceux qui n'en comprennent pas le sens, très-ennuyeux. Cependant il faut qu'il y ait soit dans l'ensemble des mouvements, soit dans les sons de la musique qui accompagne, quelque chose qui pénètre, car si les spectateurs n'y ont pas le même plaisir qu'à un quadrille français, ils regardent avec plus d'intérêt. Ceux qui connaissent la langue, la mythologie et les mœurs, trouvent ces danses bien supérieures aux nôtres. Dans cette circonstance elles furent utiles, car il en résulta, comme souvent, un mariage. La première danseuse profita de l'approbation publique pour obtenir de la régente la permission d'épouser un de ses adorateurs ; on ne pouvait refuser sans offenser toute

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iété et surtout moi, le noble étranger auquel on lit la fête. Le régent perdit, je crois, la valeur danseuse qui recouvrait sa liberté et à laquelle disait trop attaché.

fin on nous donna la comédie^ et si obtus qu'on esprit, il était difficile de ne pas comprendre la mime. Une jeune fille très-égrillarde était pourpar quatre amoureux de conditions différentes repoussait. Ils lui tendaient toutes sortes de ) auxquels elle échappait avec habileté et non eur donner quelques horions. Elle enlevait le ît de l'un, faisait tomber l'autre, et il s'ensuime mêlée d'où elle sortait toujours victorieuse, ttime principale était ce qu'on connaissait autre- Dus le nom de fou de la cour, espèce disparue îurope et que je n'avais vue que dans le Cau- , près d'Arméniens transformés en officiers 3. Le régent en avait un attaché à sa personne ; t un affreux petit nain habillé en Turc et qui tissait son maître non-seulement par ses bons , mais par ses tours de passe-passe. Il dansait, se i sur la tête et acceptait avec reconnaissance les camouflets dont on voulait bien l'honorer, rice ne les lui ménageait pas et n'excitait pas s le rire chez les Européens que chez les indii. Elle ne portait en ce moment ni casque ni lire d'or, car on les avait renfermés soigneuse-

ment dans le trésor du rajah; elle avait un masque grotesque, la tête couverte d'une espèce de chapeau « et ses vêtements de couleur sombre n'annonçaient aucune prétention à T élégance. La scène se passait dans la cour devant des milliers de spectateurs, car les habitants de la ville et des environs s'étaient réunis à la régence; là on avait planté des torches, et le dernier acte fut une mêlée générale à la fin de laquelle les amoureux se goutmèrent, l'héroïne s'échappa comme un diablotin et les torches s'éteignirent. La soirée était finie.

Le buffet et les musiques avaient fonctionné sans interruption. Le premier était une masse énorme de pâtisseries du pays accommodées à l'huile de coco et d'un goût abominable. La musique était très-variée : tantôt on frappait sur des planches sonores d'inégale longueur, tantôt sur des cloches de grandeurs diverses, et on obtenait, avec beaucoup de bruit, des sons qui ne manquaient ni de justesse ni d'une certaine harmonie. Le tam-tam et le chant remplissaient les lacunes. Je crois qu'on tira quelques fusées à notre départ, mais je n'en suis pas certain, car la variété des plaisirs et le besoin de repos avaient mis quelque confusion dans mon esprit. J'ignore si, fidèle aux usages des princes de l'Asie, le régent avait montré ainsi sa magnificence sans bourse délier, et même en y trouvant un prétexte pour rançonner ses sujets, ou

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en avait fait les frais. De façon ou d'autre, ces irs et eette multitude n'avaient pu être réunis d'énormes dépenses, et j'aurais dû avoir plus de finaissance pour ceux qui les avaient supportées [e n'en éprouvai dans le moment.

î plaine de Ghanior est bien cultivée et le paysage ssez varié à cause des montagnes qui la domi- 5 on ne peut pas dire que ce soit une ville, car laisens sont éparses et celles des Européens peu breuses; il y en a qudques-unes cependant, et la remarquable, après la résidence, est celle de la î. On suit, pour loger les voyageurs à Java,, un me analogue à celui de l'Inde : le Gouvernement ! des auberges et les fait occuper par des gens à des conditions fixées d'avance, doivent recelés passants et leur fournir certains objets indià des prix réglés. Ces auberges sont bien tenues, je ne suppose pas qu'elles rapportent beaucoup use de l'hospitalité exercée pal* les habitants. -ci ont une partie de leur maison pour ce qu'ils ment Its logés^ c'est-à-dire chaque personne qui e et est un peu connue. On peut d'ailleurs vivre bien dans ce pays , grâce à la proximité des iagnes ; le résident faisait cultiver des légumes le voisinage, et dans son jardin il avait formé des rs. J^y vis une chose que je ne crois pas inutile de [>rter. L'un des poissons les plus délicats de ces

contrées est, dit on, originaire de Chine et se nomme gourami. Comme on le trouve non^seulement à Java, mais encore à Bourbon , on peut supposer qu*il ne serait pas bien difficile à transporter. A la résidence ils étaient renfermés dans un bassin oit Ton entretenait de Teau courante, et à certaines heures on leur donnait pour nourriture de Thuile desséchée de coco. C'est une espèce de pâte qui a Tapparence du savon. On la suspendait à un fil qui la retenait à (leur d'eau, et rien n^était plus curieux que de voir les poissons se la disputer.

Nous quittâmes Chanior pleins de reconnaissance pour nos hôtes et retournâmeâ à Buitenzorg, où je restai encore quelques jours employés à visiter la ville et les environs, et surtout le jardin du Gouvernement. Outre qu'il sert à la promenade des halûtanls an château, c'est aussi une école de- botanique ei de culture, car on y a réuni en bon ordre et classé à^afrè» Linné toutes les plantes intertropieales. A cé4é se trouve une ménagerie où ou remarquait un singe blanc à face noire que je ne connaissais pas et un énorme tapir. On comprend que le voisini^ du gouverneur attire , outre les employés , une eartaîne quantité de personnes à Buitenzorg^ dont le e&mBï est plus frais, plus sain que celui de la ville. Aussi voit-on s'élever beaucoup d'élégairtesmakons de campagne, et la société du gouverneur y est^Ue aussi nom»

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qn'à Batavia. Le village javanais a f(ae\qQe e main» s^Mifibre qat d'u^e, c^est-à^dire que ie& oo \ê& pianches qpii fèn^latcent Ic^ mws is nouvelles et par conséquefvt plirs Uatmhei^, 6e lonce une plus grande aisance. Les environs^ que côté qu'on aille se promener , offrent de mts paysages. Mais Tépoque approchait où le lot devait retourner à Singapour, et M. Rochusirmit que je revinsse à la ville pour faire éparatifs de départ. Je ne me laissai pas séjour rester par le désir d'assister à une chasse e que m'offrait M. Rochussen, et qui devait ien intéressante si elle avait ressemblé à une jont on lui avait donné le spectacle pendant lurnée qu'il faisait. Le plus important des 5 de la contrée avait fait rassembler une trene ces animaux ; on les entoura d'un mur épais s armés de lances hautes de douze pieds; puis, à liai donné, on ouvrit leurs cages. Des hommes ^s, sans trop se presser, chantant et marchant sure, les animaient en leur jetant des étoupes imées. Les tigres parcouraient lentement le de lances qu'on leur présentait ; puis, ne voyant e issue, ils faisaient des bonds gigantesques; plus'élancèrent au-dessus des piques et gagnèrent ipagne. Un d'eux sauta sur l'estrade où le gouir se trouvait près du prince et y fut tué ; un

autre, traversé d'une lance, ne s'enfuit pas moins ; mais le plus grand nombre resta sur le champ de bataille. M. Rochussen disait ne pas connaître de plus émouvant spectacle.

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