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CHAPITRE XIV

I ville nouvelle. — Société des Sciences et Arts de Batavia. AisaUon administrative Judiciaire, et militaire des Indes daises. — Étendue et solidité de la domination lioUandaise Lrchipel Indien. — Batavia, la ville vieille. — Relations relaies de la Hollande au Japon. —Observations sur le i Gouvernement que suivent dans les pays conquis TAnglea Hollande , la Russie et la France.

louvelle ville de Batavia est fort belle et le r habité par les Européens se compose de vé* \ palais. Sur une grande place on a élevé une i entourée de l'hôtel du Gouvernement ^ d'un formidable et de casernes. Les maisons sont es les unes des autres et pour la plupart entou- I jardins ou de parcs; dans des faubourgs los naturels et les Chinois. Ceux-ci sont, comme ipour, la providence des Européens, et d'après lent, M» Van-Rees, on serait fort embarrassé ivre sans eux. Du reste, comme Tadministrat bien meilleure chez les Hollandais que chez glais, la conduite de ces Chinois est assez ré-

gulière. On ne laisse pas débarquer et s'établir qui veut, mais tout nouveau venu doit trouver un répondant et est placé sous l'autorité d^un chef nommé capitaine. Comme ceux qui éinigrent de la Chine partent à la même époque pendant la mousson, s^ils sont repoussés de Batavia, ils vont ailleurs et surtout à Singapour. On y reçoit donc le rebut des autres pays;

les Anglais 9e plaigiaaîent 4e ce qpa 1^ HMlandais le leur GDiroyaieBt ; mm, i^il m ^t ainsi, ils ne penyent l'attribuer qu'à eux-nxémes. Telle est la partie de la population ^¥4ac laqueUa oait le plus d^ ivift^ls. lies services qu'elle rend n'empêchent pas Batavia d'être la ville la plus chère du monde. M* Van-Rees porte à 27,000 fr. les dépenses d'un ménage modeste. Le luxe est très-grand pour les voitures, l'ameublenoent et la toilette. La société est nombreuse , et à un bal donné par le gouverneur ^ l'honseur de la prin* cesse 4'Oiaage , il y eut près de Jeux mille invités , tons Européens.

Les étr^gei^ visilirnt volontiers à Batavia VhibtiA du GppuverBemcnt à cause de la galerie qui rjenferme le portrait de toiisleBgoaveraeiirs^géiiérauKdii pays. Uq putre étabikpemeot attire aussi les curiew : c'est le «erdie de l'Harmonie, qui sert de lieu de réunion; tout y est réglé comme dans les établissements de ce genre en Europe, et c'est une grande ressource dans ces contrées. Les salles sont magnifiques, et comme

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las HoUandais ont un peu i'habitude anglaise des mtelingsy c'est là qu'on en tient la pli:q>art. C'est là aussi, je crois, que se rassemble la Société des Sciences et des Arts de Batavia, soeîélé oél^ure qui a rendu de grands sermies et à laquelle la Hollande doit la pIiM grande partie de ses riches coUedions. Je visitai celle de Bstavia et j^y vis une belle bibliothèque, beau- QWjp de mannserits et tout ce qui tient à Tindnstrie javanaise. J'aurais désiré surtout obtenir quelques échantillons géologiques de Java ; mais, ainsi qu*il arri'ne souvent, on possédait en grand nombre ceux des pays éloignés, de Bornéo, de Sumatra, et on n'avait presque rien de la localité.

Le siège du Gouvernement des Indes Néerfandaîses Qst à Buitâizorg. €'cst là que se tient le conseil composé du gouverneur<-général, président, de quatre membres, d'un secrétaire-général et de deux secrétaires. Ijs roi nomme les conseillers et le secrétairegénéial. La justice est exercée par une haute cour qui juge en cassation, et comprend un président, un viûe^f)ré8ident, sept membf^s^ un avocat fiscal. Audessous sont d'abcH'd les conseils de justice, puis les tribunaux ambulatoires et les conseils de campagne. Un dsracteur-général veiUe aux finances et aux domaines et a sous ses ordres trois directeurs : celui des recettes, celui du produit et des magasins, celui des cultures. Une cour des comptes surveille les dépen-

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^es. L'administration proprement dite se divise entre trois gouverneurs, ceux des Moluques, des Gélèbes, et de Sumatra, et en quarante^deux résidents. On a formé une garde nationale, et l'armée est commandée par deux lieutenants-généraux et deux générauxmajors, tandis que la marine obéit à un contre-amiral. Gomme dans Tlnde Britannique, comme dans toutes les colonies anglaises, le gouverneur-général est, dans des moments critiques et sous sa responsa* bilité, investi de pouvoirs qui le rendent absolu. Mais les Hollandais ont pris, pour assurer ces pouvoirs, de meilleures précautions que les Anglais. Ils ont investi leur gouverneur-général du commandement des trou* pes, et il porte en effet Tuniforme de maréchal. Il n'est donc pas exposé à se voir admonesté par un commandant en chef, à peu près son égal, et que soutiennent tous ses officiers s'il veut faire une entre-* prise. Il ne court pas le risque, s'il donne un ordre à un amiral^ qu'on lui réponde n'avoir pas trouvé son nom sur la liste des officiers de mer de Sa Majesté. La bizarre organisation qui permet des rela-tions si singulières et parfois si brutales entre les auto-» rites principales d'un grand empire plaît aux Anglais, qui croient y voir de la liberté ; mais le système hollandais est évidemment plus logique. En tout cas, il ne les a pas mal servis, car sur une population de 16,248,000 âmes à laquelle est évaluée celle de tout

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r Archipel Indien, ils comptent 15,007,000 sujets. Us ont réussi à faire cultiver un tiers de l'ile de Java et de ses dépendances et à réduire le nombre des esclaves à 30,000. Avec une marine qui compte environ cent navires de toute sorte et de toute grandeur, le baron Cornets de Groot a prouvé qu'ils avaient pourchassé les pirates dans toutes les mers orientales, tandis que les Anglais ne Pavaient fait qu'à Bornéo. L'une et l'autre nation s'étaient engagées à la détruire, mais l'Angleterre semblait, au contraire, la favoriser par la vente d'armes et de munitions de guerre. Sous le rapport des sciences, les cartes hydrographiques dressées pour ces mers par les Hollandais, la belle carte de Bornéo, les collections réunies à Batavia sont d'une supériorité incontestable à ce qu'ont obtenu leurs voisins. Enfin, les musées de la Hollande doivent à ses colonies de bien autres richesses que celles que FAngleterre a tirées des siennes.

On croit généralement en Europe que les Hollandais ne conservent leurs possessions des Indes que par la tolérance des Anglais, ceci me parait une erreur. Il ne serait pas facile d'enlever Java, car cette ile est dans un bien meilleur état de défense que lorsqu'on la prit sous l'Empire. Une route militaire tracée par le maréchal Daendels est achevée et la traverse entièrement. Les arsenaux sont pleins, les grands moyens de défense sont à Tintérieur ; la garnison est, dit-on.

de huit mille soldats européens, et le pays est trop fertile pour qu'on le puisse affamer. Eu oas de rupture, le commerce anglais serait ruiné par les Hol-landais 9 maîtres des détroits de la Sonde et de Bali, occupant d'ailleurs dans l'Archipel une foule de points fortifiés. Le succès ne serait donc pas si facile qu'on suppose, et l'Angleterre le sait probablement, car si efle n'a pas cherché à déposséder les Hollandais, ce n'est ceHes pas l'envie qui lui a manqué.

Noos ne négligeâmes pas de visiter la vieille ville, qui est le centre dm commerce et où les négociants qui habitent la nouvelle se rendent* tou« les jours. Le plus important de tous était M. Plate, directeur de la Compagnie générale du commerce, qui, en cette qualité, était en rapports continuels avec le Gouvernement et que j'avais vu souvent chez M. Rochussen. Il y avait une seule maison française, mats très-importante, celle de M. Sanier. La Hollande, par des raiscas politiques faciles à comprendre, ne voulait pas admeUre de consuls éib'angers dans ses colonies. On ne voyait donc pas de pavillons étrangers près de certaines maisons. Mais la grande curiosité de la ville basse est le magasin japonais. On saitque la Hollande a droit d'envoyer un navire par an au Japon, et elle affa^me ce privilé^ qu'un Français avait acheté. Il y avait là une foule d'objets remarquables par le travail M la richesse, mais tous d'un prix exorbitant. D'après

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M, de Siebald) il semblerait que les UoUancUûs sont traita au japoa cooitne les fiasses le sont à KiaÉka. Ils sont rmfenaés hoirs de la ville de Naiigasaki et h^teot une petite résidence nommée Oezima. On tient leur commerce si secret que le GoMYernement aBgiaîsa*ut laéine^ après 1815, devoir transfonner en prifiMnier d^Etat un diredeur-adjoint , netmné M. Bhïàhoi(9 qui n'avait pas cru devoir donner des détails s#r les afEaires dont l'avait chargé le Oouver-* nemeat hoUaA<bis.

Ce serait m'écarter beaucoup trop de mon sujet, aprè^ avdir esquissé le mode de Oouvernenjent dans lœ Indes Néerlandaises que de le comparer minutieusement à celui des établissements étrangers qui ont avec elles quelque analogie. Quelques observations à ce sujet ne seront cependant pas, je crois, sans iatérèt et montreront en tout cas comment les diverses nations, «i différentes qu'elles soient les unes des auh'es, sont forcées d'user de moyens semblables quand leurs entreprises sont de même nature, et aussi comment les progrès qu'elles font sont proportionnés aax difficultés qu'elles rencontrent. Quatre puissances 4mt été appelées non à fonder des colonies, mais à établir leur domination sur des contrées plus ou moins éloignées, à dompter des populalions plus ou moins unies, plus ou moins guerrières, mais toujours hostiles. Ces puissances sont T Angleterre, la Hol-

laude, la Russie et la France, car je ne parle pas de l'Espagne dont je n'ai pas visité les possessions, ni du Portugal parce que je n^ai pas suffisamment étudié Goa. Il est assez difficile de dire pour laquelle d'entre elles la conquête a été la plus ardue.

Si les habitants de l'Algérie forment une masse homogène, unie par une langue et une religion communes, vivant dans un pays pauvre et montagneux, qu'aucun rempart naturel ne circonscrit, on peut dire que la tâche de la France a été la plus difficile. La Russie, en effet, trouva dans le Caucase des nations diverses qu'elle a délivrées du joug mahométan, des chrétiens qui lui ressemblent par le rite et lui sont des alliés fidèles. La Hollande domine aussi des musulmans, mais ils n'ont pas l'énergie des Arabes ; ils descendent de ceux-ci et des Indous et participent davantage des derniers ; ils habitent un pays divisé en Iles, ce qui en facilite la surveillance. Les Anglais ont subjugué des Indous de religions diverses, formant des groupes séparés et souvent hostiles, que l^ur croyance empêche souvent de se servir d'armes et qui, pour celte raison, ont toujours été soumis avec la plus grande facilité. La domination britannique est donc bien plus une œuvre de la politique que de la force. Je ne prends pas en considération le climat, car je ne le crois pas plus meurtrier dans l'un de ces pays que dans les autres, mais sous le rapport hy-

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giénique, sous celui du bien-êke des occupants, je crois plus grandes les difficultés de la Russie^ parce que, bien que ses provinces caucasiennes touchent au reste de Uempire , les communications avec elles sont beaucoup plus longues, beaucoup plus périlleuses qu'avec des colonies situées au delà des mers. Il peut arriver qu'elles soient fermées à la fois et par terre et par le port principal, Redout-Kalé. La France, qui, en trois jours, peut communiquer sur deux cents lieues de côtes avec TAlgérie, est, à ce point de vue, plus favorisée que les autres puissances.

Au point de vue administratif, la Russie suit un système plus libéral que les autres. Sans doute j'ai visité assez souvent ce pays et j'y ai résidé assez longtemps pour ne pas ignorer quelles fraudes et quelles C(mcussions y ont lieu. Mais la Russie n'a pas proclamé un principe que l'on dit oriental et qui ne me parait ni très-apolitique ni très-moral. Les Anglais, les Français et les Hollandais, parce quUls ont supplanté des princes qui souvent étaient d'abominables brigands, qui prétendaient que les biens de leurs sujets étaient à eux, ont dit qu'ils succédaient à ce droit et que le sol leur appartenait; que telle était la règle en Orient. Certes j'ai vu souvent dans ce pays ceux <}iii avaient la force s'emparer du bien d'autrui, mais je n'ai jamais vu que ce fût une règle. Je sais même . avoir, dans mon Voyage en Analolie, expliqué quelle

était k nature des propriétés; comment on les acqué<* rait, comment on en disposait, et parmi ces propriétés était celle du sol. Le principe iftToqné comme oriental n'existe donc pas ehes^ les Turcs, et je pourrais ajouter chez lés Persarts. Peut-être la confusion qui en de tels pays suit la conquête, rendelle la proclamation de cette maxime ndri -^seulement commode, mais inéTitable. Peut-être aussi ne Papplique-t<^on pas invariablement, caf aux lades, dans le Malabar, les paysans, les rdyots, possèdent le sol^ et il en est ainsi sur plusieurs points dé TAlgérie. J'ignore si des dérivations sétfiblâbles ont lieu* daÉfi^ les possessions hollandaises. En tout cas, la Russie seiïfe n'a pas proclamé le principe, et quand on considé^ rera ftotrc domirïatiou comme assurée, je crois qu'if serait à la fois UKAral et politique de ne pas le maintenir efl Algérie.

Il est un autre point sur lequel la Russie se moïi* tre plus libérale que les autres puissances, c'est dans le traitement qu'elle fait aux peuples conquis, et elle y trotrte de l'avantage, tandis que les autnes, excepté l'Angleterre, ne sauraient l'imiter sans danger. Elle a, comme j'ai dit, trouTé des alHfe naturels et fidèles, plus citiliséi^ même que les Russes, ddils les nations chrétienites du Caucase, leè Géorgiens, les Arméniens, etc., et se les eât aus^têt assimilée^. On compte un grand nombre d'Asiatiques exerçant avec

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liouneur pour eux-mêmes et pour leur pays des fonc* tiens publiques. Plusieurs sont parvenus aux grades les plus élevés soit dans Tarmée, soit dans le service civil. Or^ la Russie, comme la France en Algérie, e^ierce directement son autorité sur ses conquêtes. U est résulté de son système qu^elIe a eu aussitôt parmi ses fonctionnaires un personnel dévoué, connaissant le pays et en parlant les langues aussi bien que les pitpulations hostiles. Et ces fonctionnaires niétaient pas des traîtres désertant leurs compatriotes et cherchant a se faire pardonner par eux en trahissant les ncmVeanix nmitres. Ils représentaient au contraire ces compatriotes et étaient appuyés par eux. Les Frsliïçais n'avaient pas de pateils instrumenté d'administration et ne pouvaient imit^ cet irtemple } ils avaient à subjuguer un peuple animé tout entier de la même haine de Tétranger^ do même fanatisme, et qtre leur expé^rienoe seule leof apprendrait à confiai tré stas qU'ité pussent em{^er des inlermé(£aires« Quelijttôs inler-^ prêtes plus ou moins ignorants, plus ou imim par-' fides, voilà tout le secours qu'ils pouvaient attendre des indigènes* Am$i, en 1844, et à Alg^ fnâme, paraiasions^nous des étrangers ékh» rapports avec^ ëtt% pour mcttier une vie spéciale^ la vie militaire. Je vak en donner la preuTe : à ^tte époque j'étri&àllé dan» un bain maure où se trouvait nombreuse com{yagni^. Un individu psrraissait foire meilieyré fîgf^fe qife \^

autres, soit parce qu'il était vêtu à la turque, soit que son teint dénotât une origine différente ; c'était en effet un cologlou qui me dit être employé comme interprète près d^un de nos généraux. Voulant savoir ce que Ton pensait de notre Gouvernement, je me gardai de dire que j'étais Français et me donnai pour un Grec Smyrniote ; le mauvais turc que je parlais avec un mauvais accent autorisait parfaitement cette prétention, et il parait qu'on me crut, car les quolibets sur les Français, le récit des tours que l'on jouait aussi bien aux particuliers qu'à l'autorité , furent le principal sujet de conversation. Il est très-probable qu'une grande partie de ce qu'on racontait était ou faux ou exagéré, mais nul ne voulait rester en arrière quand il s'agissait de nous dénigrer^ et l'interprète surtout cherchait à montrer à ses compatriotes quels services il leur rendait en nous trompant. Pareille conversation n^aurait pu être tenue dans un lieu pu-^ blic à Tiflis ni mémie à Bombay sans que la police en eût demandé compte.

La Hollande suit un système différent de celui de la Russie et de la France : elle n'administre pas directement ses possessions et, moyennant une rémunération très-libérale, les fait administrer par des chefs du pays nommés régents, que surveillent les résidents hollandais, sous la main desquels sont placées les forces nécessaires pour assurer l'obéissance. C'est le

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mode de Gouvernement que le maréchal Bugeaud avait voulu imposer à Abd-el*Kader par le traité de la Tafna, et qui lui réussit assez mal. Si les Hollandais sont plus heureux que lui, c^est probablement parce que leur domination est plus ancienne et qu'on y est plus accoutumé, parce que la population est plus agricole et par conséquent moins guerrière, parce qu'enfin on a eu soin d'instituer quarante-deux régents au lieu de donner toute l'autorité à un seul. Le cabinet de La Haye a eu d'ailleurs tout le temps d'arrêter ses idées sur ces matières, et un de ses ministres , ancien gouverneur-général à Batavia , M. Baud, les formulait d'une manière assez précise pour que je ne l'aie pas oublié. « En toutes choses, il faut savoir ce qu'on veut et surtout en affaires coloniales; ou elles ont un but politique et militaire, ou elles ont un but commercial. Les prend-on pour la conquête ou la défense, la métropole doit administrer directement; les prend-on par spéculation, mieux vaut éviter les embarras du Gouvernement et faire administrer. Le plus mauvais des systèmes est le système mixte. » Ainsi, on le voit, les Hollandais n'ont pas à se préoccuper de principes, d'améliorations ni même d'autre police que de celle des grandes villes, à laquelle les autorités municipales suffisent ; mais ils ne restent pas pour cela^ comme nous, sans racines, sans adhérents dans le pays; ils ont les ré-

gents armés d'un grand pouvoir et réunissant autour d'eux une nombreuse clientèle. Us laissent continuer en le régularisant, en radoucissant, le système suivi avant la conquête.

Le Gouyernement des Anglais dans Tlnde participe des trois modes que j'ai indiqués : dans certaines provinces Tadministrationestdirecte, et les collecteurs surveillent l'exploitation du sol appartenant à la Compagnie; dans d'autres il est abandonné à des fermiers nommés zemindars; enfin^ dans les pays soi-disant alliés, mais soumis en réalité, on suit le système hollandais. On place près des princes indigènes des résidents qui les surveillent, mais qui ne se mêlent, comme à Java, ni de la justice ni des actes quotidiens des autorités locales. Ce que je reprocherais à ce Gou- ^ vernement, c'est d'accorder à ses agents un trop grand pouvoir et de les accabler de tant d'affaires qu'il est physiquement impossible qu'ils les surveillent toutes, quelque zèle et quelque habileté qu'ils y mettent. Je lui reproche encore d'être moins libéral et plus exclusif que celui des Russes en éloignant des fonctions publiques non-seulement les étrangers, mais même certains Anglais placés dans des conditions spéciales, quels que puissent être leurs talents et leur aptitude.

La justice doit être mieux rendue dans les possessions hollandaises qu'ailleurs, à cause du nombre plus considérable de magistrats et de la variété des

juridictions, àcause surtout de T admission dUndigènes dans les tribunaux inférieurs, de la connaissance de la langue exigée des Hollandais. Les Russes ont pris de cette méthode en instituant des Divans dans certaines provinces; mais ces Divans perdent beaucoup àe leur utilité quand, pour les présider, ils ont, comme il arrive souvent, le gouverneur qui n'entend pas un mot de ce qu'on dit autour de lui. En Algérie la justice est exercée par des cadis, que surveillent les bureaux arabes, ce qui est une amélioration dans le mode russe* La justice dans Tlnde Britannique est exercée par des magistrats anglais qui, comme les collecteurs, ont beaucoup trop d'affaires pour les pouvoir examiner avec «oin. Là aussi les magistrats sont, à rimitation de la métropole, revêtus d'un pouvoir si exagéré, qu'ils deviennent parfois un véritable fléau pour le pays«

Dans leurs quatre possessions, chaque puissance s'est réservé certains monopoles ; mais, excepté à Java, le commerce est abandonné à l'industrie privée.

Plus la nation soumise est homogène et belliqueuse, plus les conquérants sont obligés d'augmenter la force militaire qui la maintient, et moins elle peut employer les indigènes. Ainsi la France , qui a le moins de moyens accessoires de domination, est-elle forcée d'avoir près de cent mille hommes pour combattre ou surveiller une population de quatre millions

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d'Arabes. Elle a progressivement emprunté le secours de ces derniers, et M. le général Daumas, dans un mémoire présenté au Président de la République par le ministre de la guerre sur la campagne de 1851, ^fait remarquer avec un juste orgueil que ces nouveaux alliés ont combattu parfois sans le secours de nos soldats. Pour la population du Caucase, que l'on prétend à peu près égale à celle de l'Algérie, la Russie n'employait de mon temps, en 1825, que quarantecinq milk soldats, et ce nombre doit être diminué si la domination s'est affermie. On comptait sur les volontaires, sur les levées en masse des nations chrétiennes, et elles ne faisaient pas défaut. Je ne crois pas que l'armée hollandaise dans l'Inde dépasse vingt mille hommes pour garder une population de quinze millions d'âmes. La garde^nationale sert plutôt à la police qu'à la guerre. Enûn les Anglais ont aux Indes vingt-cinq mille hommes au plus, et emploient les indigènes comme soldats au nombre de deux cent mille. La population est là portée à cent vingt millions.

Je repris le chemin par où j'étais venu et sur le même paquebot. Nous y fûmes aussi bien accueillis que la première fois, et nous étions traités moins somptueusement mais beaucoup mieux que sur les vapeurs anglais. En trois jours nous étions arrivés.

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