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CHAPITRE XVI

ur en Fratnce. — Utilité d'un sous-secrétaire d*Etat aux Affaires rangères. — Je reçois à mon départ de nombreuses marques I sympathie. — Nouvelle visite à M. Rochussen, qui ne me traite us comme à mon précédent voyage. — M. Lamartine et . Bastide, ministres des Affaires Étrangères.— Bourbon après la évolution jde Février. — Nous débarquons à Belltle.

Nous avions deux navires français dans le port md je me préparais à partir^ et Tun d'eux^ la rma^ était destiné pour Nantes. Je m'surrangeai îc le capitaine, M. Biroché, pour mon passage et Ks mes préparatifs de départ. Hélas ! je n'éprouvais s cette joie que je ressentais toutes les fois que je vais revoir mon pays ; mon long séjour dans Tlnde avait été onéreux et j'étais en instance pour des inmnités considérables y la première année d'un étaissement consulaire , surtout dans un pays où le ne est si grand^ dépasse de beaucoup ce que reçoint les agents. La crise que traversait le pays devait îcessairement influer sur les finances^ faire repousr les réclaniations les plus légitimes contre l'État.

Je voyais donc devant moi une ruine complète. Je n'hésitai pas cependant, mais désireux de garder les convenances, ne renonçant pas à servir mon pays là où je pourrais le faire avec honneur, je ne pris pas les airs d'un Bnitu9. C'est, je crois, une erreur de penser que si on reste longtemps dans les pays intertropicaux on s'y acclimate. J'ai vu et éprouvé par

moi-même tout le contraire , et voici comment je

l'txptiqae. h» elimat a sur l'écononûe animée nme influence incontestable j Texposîtion à une chaleur constante détermine dam. k& organe^ dea . middi&CAtions qui, si elles se développent, dégénèrent en maladies; ainsi, par exemple, la transpiration incessante àltàre le» fiDnctioQ» de l'estomac, par eonséquenif du foie^ et irrite le» tissus^ cutanés. Le cc^rps soi cowvrcr de boutons ou plutôt de petiM pestules connuts dans les o^lonî^s sous le nom dé* hourbouilles. Or, it Mt évident que si un indivûhi a d«jà tu s'attérer ainsi ses organes, s'^il » souffert d^hépatîtes ou de gastrites^ ou enfifi d'infla9»D9?lio»8 à la^peftil, ee» aUfeetioB» n»^ pwaitro»t ebe^Ili» ph» faeS^aient quechesr d'mtl>e». Aiési, je- seuiflhe eèrtainevient \iksa pin» cfe^lseftaleop penJIftnt: Flité^ que^je ne seuA*af9 aevant d^veè" Mbit» Fluib^ etilee^ premier* Myeps q^e^ j'ai paa^âi en- Bifvope- Kfi^ mxm reftn«> m'tot^ ftmi'vé tfèff-pev senei^ bl» an' ffoi;^. Çjfgm quM^ en soit, j^éfei9 très'-imkNlff au moment" de m^fi déparf, eÉ un dèeteur fer^insfatiit^,

ir tenant aux facultés de Paris et de Londres, dlen, constata l'état de ma santé et conseillait le irt. J'envoyai son certificat au Gouvernement reau ; je m'appuyai sur ce que j'avais écrit à Gruizot de Tinconvénient qu'avait mon séjour à ;apour, inconvénient bien plus grand depuis la lution y et je remis le service à M. Rey • Je puis, sans er indiscrètement dans des détails» dire que mes ms étaient politiques^ et que mon départ devant gner au Gouvernement des embarras certains , louvait que lui être agréable, ien que je n'approuve certes pas la conduite de ; qui s'étaient emparés du Gouvernement/ je n'épas moins lié avec plusieurs d'entre eux. i^e plus lent même, M. de Lamartine, mon propre mi- *ey m'avait depuis bien des années montré puuement sa bienveillance. Sans doute je ne lui fis compliment sur ses exploits récents, mais ses lions m'étaient connues, il leur restait fidèle, et je is ne pouvoir servir utilement sous ses ordres, le Lamartine pousse l'anglomanie à l'excès, selon » à ce point qu'il me reprochait et a reproché de- • au Gouvernement déchu de s'être opposé aux ets des Anglais sur Suez. Il est évident que j'étais propre à seconder une telle politique.

e passe pour un consul peu commode et serais > fier de ce compliment si je croyais l'avoir mieux

mérité. Malheureusement la réputation des agents à Fétranger se fait souvent à la légère ^ et on ne s'en étonnera pas si on remarque avec quelle facilité on travestit souvent le caractère des personnes les plus connues qui vivent à l'intérieur. Bien des gens n'ont peut-être pas oublié, par exemple, quUl plut à un journaliste de transformer en un pauvre esprit un personnage célèbre au contraire par sa verve, ses saillies, la-facilité de son élocution , en un mot, M. Viennet Tacadémicien, et ce journaliste réussit pendant quelque temps. S'il en est ainsi pour ceux qu^on peut voir tous les jours, on comprend ce que peuvent attendre ceux qu'on ne voit jamais. Ceux-ci passent quelquefois de leur vivant à l'état de légende. Voici ce qui m'est arrivé à moi-même il y a plusieurs années, et que je puis apporter en preuve, car je n'offenserai personne. Un jour» sur Fun des registres du ministère j'étais porté commit âgé de trente ans, et j'eus la mortification d'en faire ajouter une vingtaine. Une autre fois, sur une pièce importante, on avait changé mon prénom en celui de Vincent. Ainsi, on le voit, bien que je fusse depms longtemps au service, on ne savait au département des affaires étrangères ni mon nom ni mon âge.

Bien que les agents puissent souffrir parfois de ces erreurs, il ne faudrait pas les imputer à la malveillance, mais à l'organisation du ministère, qui les rend

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itables. 11 est clair, en effet, pour tout le monde m ministre apporté par le flot parlementaire i département auquel il est le plus souvent étran*

n'a pas le temps de lire la correspondance, d'éer la biographie de chacun et doit s'en rapporter

chefs des divisions de son i ministère. Mais les its correspondant avec le ministre par chacune ces divisions, leurs lettres étant par conséquent irées pour la politique, le commerce, etc., perde n'est appelé à suppléer le ministre dans Tapnation qu'il devrait et ne peut faire de l'ens^nble travaux. Avec cette organisation, il est à peu près ossible à un ministre, eût-il toutes les vertus, es les qualités imaginables, de s'éclairer et par séquent de bien juger les hommes ou les choses, considérations avaient prévalu après la Révolution évrier, et M. de Lamartine s'était adjoint un sousétaire d'État; mais comme il eut la singulière

de le prendre dans un chantier, je doute que son iborateur lui fût très-utile. M. Bastide, qui devait (ir quels services il avait rendus, en jugeait ain^

naéme , car lorsqu'il devint ministre et que ^avre» aussi inexpérimenté que lui, prit ses fonc- Syil les déclarait inutiles. Elles l'étaient évidemment |ue M» Drouyn de Lhuys, qui avait été directeur, éda à M. Bastide, et le sous-secrétariat fut sup-^ lé. ]Nul doute cependant qu'avec des ministres

nouveaux l'institution ne soit excellente, si au lieu d'étrangers, ils choisissent dans le département quelqu'un qui le connaisse et qui joigne le talent à la probité. On a été sur le point de le faire récemment, et il est fâcheux qu'on y ait renoncé.

Que je fusse ou non un consul commode, je ne reçus pas moins des marques nombreuses de sympathie quand je dus partir. Personne ne se méprit sur la position délicate que la Révolution avait faite aux agents de la France, et chacun se conduisit avec un tact et une convenance dont je ne saurais être trop reconnaissant. Loin de se tenir à l'écart, de montrer une défiance assez légitime, le gouverneur redoubla ses attentions et ses politesses. Peut-être à la bieuTeillance qui lui était naturelle se joignait-il l'estime qu'inspire une bonne conduite. Les œuvres de M. de Lamartine sont traduites dans toutes les langues, se trouvent partout, et comme il avait eu la bonté de me citer, grâce à lui je n'étais pas inconnu. Bien des gens pensaient que des antécédents si honorables pour moi m'attacheraient à sa fortune, et, si, au lieu de les invoquer, je me retirais quand il s'élevait, il était impossible de ne pas y. voir un acte d'abnégation. Aussi reçûmes-nous les adieux de tous ceux que nous avions connus, et le dernier Anglais que nous vîmes fut précisément le gouverneur.

Nous n'avions pas été oisifs cependant et on n'en-

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siit chez moi que le bruit des marteaux, que les lu commissaire-priseur. Ici on emballait mes etst les collections que nous avions formées ; là on ait mes meubles, sur lesquels je ne perdis pas

que je craignais* Ma maison fut un yéritable : pendant plusieurs jours. Le tumulte finit , les blés disparurent, et le plus difficile à faire, le ^port de huit grandes caisses pleines de végétaux nts, ayant été heureusement effectué par le capi« s Biroché, la même voiture qui nous avait amenés ébarcadère, celle de M. Segovia, nous y conduiet il nous. accompagna à bord avec tous les Fran-

Nous levâmes l'ancre pendant la nuit, et quand (ir parut, nous vîmes, non sans regret, s^éloigner eau pavillon de la France que j'avais planté et t j'avais de mon mieux soutenu l'honneur, puis ) terre où nous avions trouvé tant d'hospitalité, n vent assez favorable nous avait poussés le pre- : jour hors du détroit de Bintang, et nous étions es dans la mer de Chine, nous dirigeant vers (léo, afin de trouver plus tôt les brises régulières ud-est. Malheureusement les calmes noussurpri*- ;, et comme le navire marchait d'ailleurs fort mal blé qu'il était en zinc , nous fumes près de quae jours avant d'atteindre le détroit de la Sonde. s y étions venus en prenant le détroit de Cari* a pour passer de la mer de Chine dans celle de

Java^ de sorte que nous avions toujours éié en vue des terres ; nous liHigions la côte de Bornéo et suivions les îles si fraîches et si vertes qui se succèdent, tandis que le pic élevé de Garimata les domine toutes et se voit à une grande distance» Nous ne nous approchâmes pas assez cependant pour que je puisse affirmer que ce pic soit le produit d'une éruption volcanique, bien qu'il en ait l'apparence. Rien de singulier n'in* terrompit la monotonie de notre traversée, si ce n'est aux îles Tambelan, près desquelles nous étions retenus par le calme. Nous apercevions des navires ma-» lais nommés prohas qui en sortsient et pouvaient d'autant mieux être montés par des [Hrates qu'ils sont très-nombreux dans ces parages. Ces navires, d'ailleurs , ne suivaient pas une route certaine , mais paraissaient observer nos mouvements, tantôt se mon^ trant, tantôt se cachant derrière les rochers. Le capi^ taine Biroché crut même devoir, par prudence, faire préparer les armes et charger deux canons qu'il avait à bord. Puis, une brise passagère s' étant fait sentir, il cingla droit vers les îles, passa un canal qui les séparait et nous revînmes à peu près au point d'où nous étions^ partis. Cette manœuvre hardie fit proba-* blement prendre notre pauvre navire pour un bâtiment de guerre, car les prohas disparurent, et nous vîmes même tirer à terre d'autres embarcations qu'on venait de préparer contre nous. Ayant appris par les

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>ats récents devant la cour de justice de Singapour ic quelle humanité procèdent les pirates de TArpely je ne fus pas fâché quand nous fûmes un peu ignés de ces parages.

A la nouvelle de la Révolution je n'avais pas ûté un instant, je Tai dit, sur la conduite que je vais tenir ; je ne voulais pas cependant perdre la ^ulté de rendre jusqu'au dernier moment les servi* 3 que je pourrais, et j'avais stipulé ayec le capitaine roche que nous nous arrêterions à Angir dans le troit de la Sonde et y resterions quatre jours. Cette lâche suffisait pour que je pusse recevoir la corre&tndance attendue de France, et que j'avais prié . Rey d'envoyer à M. Rochùssen , qui aurait, j'en ais sûr, la bonté de me la transmettre. Je ne me ompais pas; à peine notre navire étaifr^il signalé que résident vint à notre bord chargé de volumineuses Ipéches et de journaux. Mais comme la distance 'Angir à Batavia n'est pas longue, que grâce au temps ue nous avions passé en mer un autre paquebot était Itendu qui nous donnerait les nouvelles d'un mois e plus, il fut résolu que j'irais les chercher à Bataia, ce qui m'offrirait l'occasion de remercier le ;ouverneur-général et ^de prendre congé de lui. A. Rochùssen me reçut avec bienveillance,maisil était acile de comprendre que je ne me présentais plus sous es mêmes auspices que la première fois. J'étais venu

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comme agent d'un Gouvernement renommé par sa sagesse et sa modération, qui, grâce à ces qualités, avait conquis la confiance de toute l'Europe. La paix, la tranquillité du monde, semblaient reposer sur la tête de Louis-Philippe, et M. Rochussen le connaissait, Faimait après avoir été, pendant ses n^ociations, admis dans son intimité. La France républicaine, au contraire, inspirait une répulsion générale, était pom: ceux-ci un objet de terreur, et pour les plus indulgents un objet de pitié. Je reconnaissais trop facilement, hélas ! que la politesse qu'on voulait bien me montrer s'adressait à l'ancien consul du roi, peutêtre à l'individu, mais non à l'agent de la nouvelle république, et ce m'était une vive douleur, car je prise au-dessus de tout la gloire et la considération de mon pays. Une pouvait, toutefois, en être autrement; à Batavia même les têtes s'étaient montées k la nouvelle de la Révolution de février ; on avait formé des réunions pour agiter cette paisible colonie ; on avait chanté la Marseillaise comme si Pitt et Cobourg s'étaient présentés à ses portes. La crise que subissait l'Europe avait son contre-coup dans l'autre hémisphère et, à Java comme à Singapour, les affaires étaient suspendues. Dans les maisons où naguère jV vais été reçu si cordialement, j'osais à peine me présenter, car j'étais Français, et bien que victime moimême des événements, je ne souffrais pas patiemment

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l'on nous les reprochât. M. Rochussen était profon. ment affecté de ces commotions ; il avait espéré à n droit s'illustrer par les services rendus à sa patrie ndant son gouvernement. Il m'avait entretenu de 3 projets avec la confiance que méritait un agent la France, et ces confidences honoraient mon pays moi-même. Nous n'eûmes plus de semblables conrsations à mon second voyage. Les espérances délites, l'obscurité de l'avenir, les dangers du présent, regret du passé, étaient le sujet de nos entretiens. ) gouverneur-général fut fidèle à lui-même en ce li concerne les égards et la politesse, mais une intiité naguère affichée presque officiellement avait disru. En particulier je le voyais tous les jours, je rais même à chaque instant; il regrettait que j'eusse itté Singapour et convenait pourtant que je n'aurais i honorablement y rester. Gomme j'avais laissé ma nille à Angir, il lui avait fait envoyer une immense lantité de légumes et de fruits d'Europe, ^t cela à le distance d'environ trente lieues. Il me comblait bontés, mais cette fois je ne demeurais pas dans n hôtel, je n'occupais plus à sa table une place donneur et aucun signe patent de faveur ne m'était cordé. Voilà ce que la Révolution avait ajouté de Qsidération aux agents à l'étranger ! On comprend e j'eusse un grand désir de voir arriver le paquet pour sortir d'une position qui ne laissait pas d'être

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pénible^ et en l'attendant, je me réfugiais dans la société de deux compatriotes, M. Sanier et M. Diard, J'ai parlé de M. Sanier, qui représentait dignement notre commerce. M. Diard était pour moi comme un collègue ; il ne se trouvait pas à Batavia à mon premier voyage, mais y était arrivé depuis de la Hollande. Nous avions suivi à peu près la même carrière; étudiants tous deui nous avions reçu une mission scientifique du Gouvernement; en compagnie de M. Duvaucel, beau-fils de M. Cuvier, il s'était rendu dans l'Inde, puis de là dans l'Archipel» et s'était 6xé à Batavia. Profondément instruit dans les sciences chimiques, il était entré au service du Gouvernement néerlandais et dans des spéculations privées qui l'avaient conduit tantôt en Europe tantôt en Asie. 11 jouissait d'une grande considération et était du plus aimable caractère.

Enfin le paquebot arriva, et je m'empressai de re* tournera Angir, où le capitaine Biroché m'attendait avec impatience. 11 avait cependant mis le temps à profit : à l'aide de mon fils, qui parlait couramment le malai grâce à la fréquentation des habitants de Singapour, il était parvenu à ravitailler convenablement son navire. Les plaisirs ne lui avaient pas manqué pendant mon absence. Grâce au résident et au commandant du fort, les fêtes se succédaient dans la jolie petite ville d'Angir. Le résident était un capi-

ine de frégate, fils d'un amiral très-distingué , et ait perdu sa femme depuis quelque temps ; il en ait inconsolable, et il faut avoir vécu dans ces solides pour comprendre quelle pouvait être sa douur. Trompés par la similitude de costume , ses unes enfants avaient aussitôt donné le nom de mère Mme Fontanier, ce qui avait profondément touché ur père. Cet excellent homme était donc aux petits lins et faisait tous ses efforts pour retenir à terre s habitants de la iVbrma. On descendait le matin, 1 faisait des excursions dans les environs, et le soir 1 se séparait. Quand je revins, j'appris que les choux les carottes envoyés par le gouverneur avaient profit une grande sensation. Divisés équitablement ene les habitants de la colonie, ils leur avaient rap- Aé les doux souvenirs de la patrie, tandis que les lus ambitieux prétendaient les perpétuer dans le Biys. Un coup de canon mit fin à tous ces rêves ; >mme le capitaine Biroché était très-désireux de aurtir au plus tôt, il avait été convenu qu'on l'avertilit ainsi de mon arrivée, et il l'apprit au milieu de L nuit. La route entre Angir et Batavia n'est certes as aussi pittoresque que celle de Buitenzorg à Gbaior; les terres cependant sont bien cultivées et, ans son ensemble, le pays est bien supérieur à ce u'on voit dans l'Inde. Angir est une dépendance de i résidence de Bantam établie auprès d'un régent

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que je n^ai pas vu. Le chef-lieu a une apparence riante et est assez populeux, mais parfaitement semblable à ce qu^on trouve dans rinde, si ce n'est que la population européenne y est comparativement plus considérable. J'avais pendant la route été accompagné des lanciers indigènes que j'ai décrits, et ne m'étais arrêté que quelques instants chez le second du résident auquel ou m'avait recommandé. Nous parcounimes les environs pendant qu'on faisait à ma voiture, ou plutôt à celle que le résident d'Angir m'avait prêtée, quelques réparations, et, si courte que fût cette promenade, il était facile de reconnaître combien les Hollandais sont supéri&urs aux Anglais, si vantés en matière de colonisation. Ni les uns ni les autres ne réussissent pourtant, à ce qu'il parait, à exterminer les tigres ; on voulait me retenir à Bantam parce que des montagnes qui s'élèvent quand on s'approche de la mer leur servent d'asile et que le soir ils se répandent dans la campagne. Nous n'en rencontrâmes fort heureusement aucun ; mais le postillon n'avait pas moins l'air très-préoccupé de la probabihté de leur visite.

Les nouvelles que nous venions de recevoir coup sur coup n'étaient pas d'une nature très-rassurante ; la révolution s'étendait sur le continent, mais on était parvenu en France à réunir l'Assemblée consti* tuante, et M. Bastide m'annonçait avoir succédé à

. Lamartine ; enfin nous apprenions les journées I juin. Quand j'avais quitté Batavia on y était dans consternation. Ce n'est pas à ceux qui se trouvaient l'étranger pendant les événements à juger sévèreent ceux qui y prirent part. Sans doute que M. de Bimartine quand il se fit ministre et m'écrivit comme 1 n'avait pas plus le droit de me donner des ordres le je n'avais celui de lui en dicter; cependant on iconnaissait volontiers son autorité à cause de Téinence de son esprit , et on lui sut gré plus tard îs services réels qu'il rendit. Des conservateurs es -sincères m'écrivaient qu'avec MM. Marrast Garnier-Pagès, il avait empêché Paris de tomber ms le chaos. On n'était pas humilié de lui obéir, ; on ne saurait en dire autant de M. Bastide, si réulière que fut sa nomination. Il était absurde de avestir en ministre des affaires étrangères un obscur ^dacteur de journaux, et le général Cavaignac avait >rt de s'étonner qu'on le traitât en parvenu. 11 ne ous adressa pas moins pour circulaire une espèce 'épitre comminatoire qui semblait ordonner aux geuts de devenir aussitôt des républicains ardents ; uis, pour éviter les frais d'imagination, il renouvelit la célèbre note, du 4 mars, de son prédécesseur, ^n conçoit que dans le premier moment M. de Lalartine, obligé de s'expliquer, ait été forcé de publier Btte pièce, chef-d'œuvre d'éloquence et d'inanité ;

mais quand T Assemblée était réunie, quand des tentatives avaient été faites pour soulever les pays voisins, c'était montrer peu d'intelligence que de ne trouver à dire rien de plus clair. Si j'avais été à Singapour, j'aurais dû répondre à l'inconvenante circulaire adressée aux consuls, mais je laissai ce soin à M. Rey, auquel je renvoyai la correspondance.

Parmi les nouvelles reçues se trouvait celle des massacres et des incendiesqui, à la Martinique, avaient suivi l'émancipation des noirs. Les journaux qui la rapportaient semblaient craindre que cet exemple fût imité dans d'autres colonies. Je crus que ce serait un sei:vice éminent à rendre à celle de Bourbon que de l'avertir de ce qui s'était passé, et je fis pour cela appel au patriotisme du capitaine Biroché. Nos nouvelles de France allaient par la poste jusqu'au 23 juin de Paris, et par le télégraphe jusqu'au 26 de Marseille; nous étions au 15 août. Comme nous nous trouvions dans la région des vents réguliers, nous pouvions calculer à peu près notre arrivée à Bourbon et l'évaluions à vingt jours. Ainsi nos nouvelles n'auraient pas trois mois de date et devanceraient celles qui seraient parties de nos ports. Le capitaine Biro-' ché devait aller droit à Sainte-Hélène; mais connaissant les colonies, sachant quel service il pouvait ren* dre, il se décida aussitôt. Je m'engageai à soutenir une demande d*indemnité pour les frais qu'occasion-

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:âit ce détour et je rendis compte au ministre de qui était convenu. Gela fait,et sans aller vérifier si B immense colonne de fumée qui s'éleva tout à coup ^pointe de Sumatra, était l'éruption d'un volcan, js mimes à la voile et arrivâmes dans le temps du . Le vent était régulier , mais la mer, très-house, nous fit des avaries, et n'en e&t-il pas eu le des. aje capitaine aurait été forcé de touchera Bourbon. Nous n'avions communiqué avec aucun navire en r et on comprend l'anxiété avec laquelle nous ap- >chious. Sans doute la nature n'avait pas changé : taient bien là les pitons de l'Ile de France, puis le rne ; nous découvrions après cette masse noirâtre couverte d'arbres qui est le volcan de Bourbon ; il jetait dans ce moment que de la fumée ; puis, nme nous faisions le tour de l'ile, je reconnaissais petites villes, les habitations.méme que j'avais visi- 3 quelques années aupal*avant;mai§'desréTolutionSj \ massacres même avaient pu se succéder, et l'île ?ait conservé la même apparence. Enfin, et j'en nercie M. Protais, dont je reconnus la maison, un dllon nous salua et nous rassura; en nous appromt, nous découvrîmes des voitures et tous les siîs de la civilisation. Quand ce magnifique panorama fut déroulé devant nous, nous arrivâmes à Saint* nis, et après les cérémonies ordinaires, nous fûmes orisés à descendre. J'avais préparé pour le gou-

verneur une lettre et lui envoyais les journaux qui donnaient les détails sur les derniers éTénements ; nous débarquâmes ensuite, et pendant que nous nous rendions à rhôtel, le capitaine se présentait au Gouvernement, son rapport à la main. Mon premier devoir fut d'aller saluer M. Graëbet de lui recommander le capitaine. Voici quelle fut sa réponse; elle donnera la mesure de ce qu'avait ajouté la Révolution à la prospérité de la colonie : « Monsieur, le capitaine Biroché a agi on ne peut mieux, mais je chercherai des motifs pour ne le point indemniser; eût-il sauvé mon père, je ne lui donnerais pas un sou. La raison est que je n'ai pas d'argent pour le service; personne n'en a; toutes les affaires sont suspendues, et dans quelques jours je ne sais si je pourrai acheter mon dîner. » Le gouverneur ne mentait pas d'un mot, et ce qu'il m'avait dit me fut répété partout. Notre capitaine, ayant besoin de provisions, ne put en trouver à crédit, et n'en obtint pour la valeur de huit cents francs environ qu'en donnant caution sur son navire et sur sa cargaison. Le temps n'était pas, comme on voit, aux plaisirs et à l'ancienne hospitalité. Je n'étais pas plus joyeux que les habitants et ne vis que quelques anciens amis, et spécialement M. A. Bedier et M. Toché.

Nous reprîmes notre traversée après trois jours ; j'étais parti du même point, en 1842, sur un ma-

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ue navire, en compagnie d'aimables passagers ; avions toutes voiles dehors qyand nous dou- ; le cap des Tempêtes et étions arrivés en moins >is mois. Les traversées ne se ressemblent pas i que les jours. Notre navire était solide, il est mais c^ était à peu près sa seule qualité. Bien ) capitaine fût un excellent homme, nous n'épas moins fatigués de cetlo navigation sans fin ; lotre équipage s'affaiblissait, tombait malade et perdîmes un matelot. Nous étions, d'ailleurs, la mauvaise saison et trouvâmes une mer épouble dès que nous atteignîmes le canal de Mozam- . Au milieu de la nuit une vague déferla avec e violence qu'elle brisa notre gouvernail, si bien ou s fûmes sur le point de nous réfugier à Mau- Dn répara le désastre, mais il est impossible de e les tempêtes qui nous assaillirent pendant les ours, que nous mîmes à tourner le cap de ce Les éclairs et la foudre partaient de tous les i du ciel, des vagues s'élançaient sur toute la eur du navire et brisaient tout sur le pont. Je )ourtant avoir vu la mer plus terrible dans la 3rranée, mais avec moins de persistance. Du on s'habitue à tout, et dans les éclaircies nous ms des albatros, ce qui est assez divertissant ; ^n avions une vingtaine sur le pont. On sait es qu'on est arrivé par le travers de la ville du

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Cap on retrouve les vents réguliers qui conduisent doucement jusque près de l'équateur. Quand cet heureux jour futvenu, nous examinâmes l'état du navire; une voie d'eau s'était déclarée, mais nous eûmes le bonheur de la découvrir et de la fermer. Mes pauvres caisses de plantes étaient à moitié brisées. De huit nous en fîmes quatre, et en les préparant» nous trouvâmes dans la terre des mulots qui auraient tout dévoré avant l'arrivée. Nous devions ces hôtes à un abominable nègre que le directeur du jardin botanique de Bourf)on m'avait envoyé pour mettre cette collection en état. J'avais voulu le récompenser, si bien qu'il s'enivra, et ne fit autre chose qu'apporter de la terre dans laquelle étaient ces rongeurs.

Le reste du voyage n'eut rien que de très-ordinaire jusqu'au moment où nous approchâmes de la France. Nous jouâmes cependant un mauvais tour aux fournisseurs de Sainte-Hélène ; dès qu'un navire entre dans le port, ces braves gens dépêchent des embarcations pour offrir leurs services. Nous désirions sans doute descendre à terre, car j'étais le seul à bord qui y eût fait le pèlerinage ordinaire à Longwood; mais les finances du capitaine, les difficultés qu'il avait rencontrées à Bourbon ne le permettaient pas. Pour nous dédommager cependant, il avait rasé l'île de très-près, et j'avais pu désigner les localités à nos compagnons. Nous tirâmes au large quand les

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embarcations étaient prêtes à nous atteindre. Le mauvais temps recommença lorsque nous fûmes en vue des Âçores et ne nous abandonna plus. Près des côtes de France, nous fûmes errants plusieurs jours parce que le soleil était voilé et que les observations étaient impossibles. Cependant nos provisions étaient épuisées, nous étions réduits à de mauvais biscuit , des haricots et du lard. Aussi ^ des symptômes de scorbut commençaient-ils à se manifester. Une éclair-* cie survint précisément à midi, et, comme nous avions un excellent chronomètre, nous nous trouvâmes à trente milles de Bellile, où nic^us arrivâmes bientôt. Il était temps, car nous venions de manger notre dernier biscuit, de boire notre dernier verre d'eau, et le capitaine parlait déjà de s'échouer sur la côte.

Grâce à Jean Frau, ce Français que j'avais pris chez moi, à Singapour, et qui se rapatriait, nous souffrîmes moins qu'il n'était à craindre pendant une navigation de six mois et deux jours. J'avais quelques provisions particulières, et comme il cuisinait assez bien, il variait un peu notre nourriture. Je trouvai à Saint-Nazaire les lettres et les journaux que m'avait envoyés l'excellent amiral Le Ray^ et j'étais, avant de débarquer à Nantes, au courant de ce qui était survenu pendant les six mois que j'avais été privé de nouvelles. L'élection du Président de la

République venait d^avoir lieu, et^ à la place de M. Bastide^ M. Drouyn de Lhuys était notre ministre. On pouvait donc espérer un gouvernement raisonnable. Je partis pour Paris, où j'arrivai très^nalade^ et j'appris que M. Bastide, — au lieu de m'accorder, suivant l'usage, un congé , — avait disposé de mon poste, ce qui ne m'étonna guère. Je fus donc forcé, pour vivre, de vendre la plus grande partie de mes collections, et n'en tirai par conséquent ni honneur ni profit. Telle était l'administration républicaine. Le xapitaine Biroché ne fut pas mieux récompensé de son dévouement, car M. Bastide n'avait pas même pris la peine de communiquer à son collègue de la marine ce qui s'était passé ; on l'ignorait quand il réclama, et il n'a pas, que je sache, reçu même un remercîment.

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