CHAPITRE II
Voyage en Angleterre. -- Relations avec l'Angleterre. — Les
Journalistes anglais.
Trois consuls compris dans la même promotion devaient résider dans les possessions britanniques, M. de Ratti-Menton à Calcutta, M^ Gautier à Gibraltar, et moi-même à Singapour. Nous attendions tous trois Vexequatur de la reine d^ Angleterre, et comme on ne mettait pas grand empressement à nous renvoyer, on supposa que, grâce à mes publications, on se souciait médiocrement de ma présence en pays anglais. En thèse générale, je crois qu'il ne convient pas d'envoyer un agent public parmi ceux-là même dont il a critiqué les actes, et, s'il se fût agi de toute autre nation que de l'Angleterre, j'aurais sollicité mon changement, d'autant plus volontiers que je désirais ne pas trop m'éloigner de l'Europe. J'avais le sentiment de m'étre exposé autant et aussi longtemps que personne dans des contrées barbares, au
milieu de circonstances difficiles et sans qu'on m'eût tenu grand compte de cet éloignement de ma famille et de mon pays. Je comptais parmi les plus anciens employés du département et pouvais sans indiscrétion réclamer de sa justice que de plus jeunes fussent à leur tour placés aux avant-postes. Mais, dès qu'on soupçonnait chez l'autorité britannique de l'hésitation à m'admettre, je tenais à honneur qu'on insistât. Tous ceux qui ont rempli des fonctions publiques à l'étranger comprendront mes motifs ; car l'obligation de soutenir la dignité nationale les rend, sous ce rapport, plus susceptibles que les personnes. qui vivent à l'intérieur. Je l'étais d'autant plus qu'appelé à suivre de près les actes du Gouvernement anglais soit comme agent, soit comme écrivain, ils m'avaient plus profondément blessé ; je pensais que ses prétentions près des cours de l'Europe avaient été trop timidement repoussées; qu'on n'avait pas réprimé avec assez d'énergie son intervention dans les affaires qui ne la regardaient pas et son esprit de prépotence. Pour citer des exemples qui se rapportent à la France, je ne comprenais pas qu'on eût permis à M. Bulwer de continuer de représenter l'Angleterre à Paris, après qu'on eut publié officiellement les lettres dans lesquelles il se moquait du maréchal Soult, alors président du Conseil dans un pays près duquel il était accrédité. Je n'admettais pas que lord Palmers-
ton, après sa conduite en 1 840, dût, quelques années plus tard, venir chez nous d'une façon si dégagée et y recevoir une espèce d'ovation ; qu'il fût bien digne de se disputer à qui lui ferait les honneurs de la capitale. J'avais ressenti quelque honte quand j'avais vu les princes de la parole se succéder à la tribune, parler marine, sujet que la plupart ne connaissaient pas, comme pour l'amusement de cet insulaire ; ignorant ou oubUant que nos formés oratoires, si différentes de celles de l'Angleterre, dans lesquelles domine surtout l'invective, appelleraient ses moqueries plus que son admiration. Enfin, quand les impertinences du nouvel ambassadeur anglais, après la conclusion des mariages espagnols, étaient connues de tous ; quand ses menées avec les principaux chefs de l'opposition n'étaient un secret pour personne, j'avais vu de la faiblesse à ne pas lui donner ses passeports. Je pensais donc que, dans les petites comme dans les grandes affaires, nous devions peu nous préoccuper des sentiments de l'Angleterre, qui ne songeait pas aux nôtres; de peur cependant que sur un sujet si peu important que ma nomination on agit autrement, je priai M. le prince de Join ville, chez lequel il était si facile de faire vibrer la fibre nationale, d'intervenir pour empêcher une permutation. Tous les consulats français placés sur le territoire britannique dépendent, pour les affaires contentieu-
ses, du consulat général de Londres; il était utile que je me rendisse dans cette capitale pour connaître ce qui restait en litigç quant à Singapour, et aussi pour m'informer des motifs qui retardaient nos exequatur. Quand ce voyage fut décidé, les mariages espagnols étaient conclus, et le duc de Montpensier ramenait à Paris sa jeune épouse. Le triomphé diplomatique de la France était complet et, on peut le dire aujourd'hui sans être accusé de flatterie, l'orgueil national était satisfait. Ce sentiment dura peu, je le sais; car, grâce à notre régime parlementaire, l'esprit d'intrigue a trop beau jeu pour que les meilleures choses ne soient pas représentées comme détestables. Tout le monde n'a pas la noblesse de caractère de M. Molé> que j'entendis s'écrier dans un moment d'indignation : « Je n'ai pas à me louer de M. Guizot; je ne suis point son ami ; mais si, à la Chambre des pairs, on ose l'attaquer sur ce sujet, je me lèverai le premier pour le défendre. » Ceux-là -même qui avaient reproché au ministère sa condescendance pour l'Angleterre, qui avaient trouvé un sobriquet pour désigner les approbateurs de sa conduite, blâmèrent avec amertume son excès d'audace. J'affirme qu'ils n'étaient pas tous de bonne foi, parce - que je connais plusieurs écrivains, plusieurs députés même, qui, soit dans la presse, soit à la tribune, attaquèrent cet acte qu'ils m'avaient dit admirer. Ils obéissaient à
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cette maxime immorale et absurde soutenue par des ambitieux : « Qu'il faut, avant tout, servir sou parti, lui obéir ; » comme s'ils n'avaient pas prêté serment d'obéir à leur conscience.
Avant de partir, j'allai prendre les ordres de ]^me {^ duchesse d'Orléans, et dans sa retraite, où ne pénétraient pas les jalousies et les haines de nos soidisant hommes d'Etat, je retrouvai le sentiment populaire. La princesse était radieuse et s'écria, en véritable fille de France : c Vous voyez, monsieur, que lorsqu'il s'agit des grands intérêts du pays, nous ne sonunes pas à la remorque de l'Angleterre ! » S. A . R. , qui savait mes opinions sur la trop grande indulgence de notre cabinet, mettait sans doute une certaine ironie dans cette observation ; mais elle était dictée par un sentiment si vrai de patriotisme que je ne pus en éprouver que de là reconnaissance. Je me rendis après chez M. Guizot, dont je me garderai de faire le portrait, sur le mérite et le caractère duquel je n'exprimerai même pas d'opinon : je n'ai pas l'honneur de le connaître assez pour cela, et, d'ailleurs, ces analyses de personnes, quoique fort à la mode de nos jours, me paraissent très-impertinentes. Je me bornerai à dire que, dans ses relations privées, j'ai toujours trouvé ce ministre bienveillant, attentif et fidèle à ses amis. Quand je lui demandai mon passeport, il s'enquit des motifs de mon voyage, et je les
lui expliquai, Puis^ la conversatioa étaut venue sur les mariages, comme il savait que j'avais des amis en Angleterre et quelque pratique de ce pays, il m'engagea à prendre connaissance des notes que lord Palmerston commençait à lui envoyer à ce sujet et. des réponses qu'il méditait. Ces pièces étaient encore secrètes, mais le ministre voulût que, T occasion se présentant, je pusse parler avec quelque certitude. Chacun a pu les lire depuis, et on sait combien les étrangers ont été étonnés, combien les Anglais ont été humiliés quand eut lieu la publication. Après cette lecture, M. Guizot voulut bien me demander mon sentiment ; je n'avais garde d'en exprimer aucun sur des matières qui demandaient de profondes études historiques. Je n'osai parler que sur la forme et remarquer combien la traduction française adoucissait l'original anglais; comment l'injure, de cyniques jeux de mots, avaient presque disparu. Le ministre en convint, car il savait trop bien l'anglais pour ne pas avoir fait ces observations ; mais il n'avait voulu répondre que sur le fond, sans se prévaloir des inconvenances de la rédaction.
J'appris à Londres la prochaine expédition de nos exequaturf qui n'avait pas été' retardée à cause de moi. Quant aux confidences politiques que j'avais reçues, je n'eus point à m'en servir, d'abord parce que notre chargé d'affaires, M. le comte de Jarnac,
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jugeait le silence j^uft cooTenable ; puis à cause de la profonde indifférence que le public anglais montrait pour cette affaire, bien qu'elle fut le sujet quotidien de la polémique des journaux. Personne ne m'en parla quoique je yisse beaucoup de monde parmi ceux même qui sont appelés à s'occuper de choses publiques. J'étais d'autant plus firappé de ce phéno^ mène, que, peu d'années auparavant, dans des circonstances qui me paraissaient identiques^ j'avais fait une observation contraire. C'était lors du renvoi de Taïti du consul Pritcbard, à propos duquel la presse ne ménageait pas les commentaires. A cette époque, un Français ne paraissait pas sans qu'on lui demandât son opinion sur ce sujet ; on ne parlait pas d'autre chose dana les clubs ; on organisait des assemblées pour s'en entretenir ; l'irritation était patente, et on la trouvait partout. Une guerre fut plus imminente qu'on ne croit généralement, et ne fut évitée que par l'impassibUité de M. Guizot et la prudence de l'ambassadeur anglais , lord Cowley , qui s'entendirent pour laisser passer l'orage. Elle serait devenue inévitable si lord PalmerstoQ eût été ministre. Certes, pour tout homme de sens, et ils ne manquent pas en Angleterre, les mariages espagnols, c'est-à-dire le triomphe du parti national sur le parti révolutionnaire et anglais, avaient une tout autre importance que l'arrivée ou le départ d'un méchant consul. Et
on restait froid devant un fait très-grave, quand Témotion avait été si grande pour une misère ! Je ne pus m'expliquer cette anomalie que par le genre d'action que la presse exerce en Angleterre.
Chez nous, les journalistes sont le plus souvent des hommes considérables dans la politique, ou qui aspirent à le devenir; leur journal repose sur leur nom y leur réputation, leurs opinions. En Angleterre, un journal est surtout une entreprise industrielle ; qui voudra débourser tant , lui fera soutenir telle cause; qui aura tant d'actions, lui fera suivre telle ligne politique. Je sais un avocat anglais qui, chargé de très-grands intérêts, ne put jamais en faire parler dans un journal important, parce que ce journal était pensionné par la Compagnie des Indes. J'ai connu intimement de ces correspondants que les principaux journaux de Londres entretiennent dans les divers pays. On leur recommandait sans cesse de supprimer tous commentaires, mais de rassembler le plus grand nombre de nouvelles , que le journal habillerait à sa guise, exploiterait d'après son intérêt. • Cela explique comment un journal anglais peut être très-puissant, quoique sans considération, et un journaliste du même pays être parfaitement honorable sans qu'on l'honore beaucoup. Cela explique aussi comment le premier peut changer d'opinion du jour au lendemain, souffler le froid et le chaud, sans
qu^aucune honte s'attache à l'écrivain : celui-ci travaille pour le journal, mais ne le fait pas.
Le TimeSj de Londres, donnait alors un exemple remarquable de ces tergiversations effrontées. On sait combien il était prodigue d'éloges envers Louis- Philippe y et qu'un jour ce prince ayant été mis , par sir Robert Peel, autant au-dessus de Napoléon que le bien l'est au-dessus du mal, le journal trouva moyen d'enchérir encore sur la louange. Je ne sais si le roi méritait cet excès d'honneur, mais je sais qu'il ne méritait pas les indignités qui suivirent sans transition lorsque les mariages furent conclus, et encore ces premiers articles furent-ils en faveur de la politique française ! 11 n'était pas étrange qu'un public, facile à s'irriter quand il croyait son honneur et sa religion menacés, restât froid devant des attaques si imprévues, devant des allégations si opposées à ce qu'on lui avait dit la veille. Je me rendais ainsi compte de l'impassibilité du peuple anglais, et soupçonnais que la polémique n'était pas engagée pour son édification. Vivement blessé de l'accueil fait par les divers cabinets et par le public à ses appréciations du traité d'Utrecht, lord Palmerston cherchait dès lors à se venger et ne dédaignait pour cela aucun moyen. Il inspirait et écrivait lui-même des articles injurieux à Louis-Philippe, non pour agir sur l'opinion de son pays, où ils étaient aussitôt
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réfutés, mais pour les répandre sur le oootinent.
Il préparait dès lors les troubles de l'Italie et menaçait rAutriche du haut de la tribune parlementaire. Alors aussi s'curganisait cette conjuration carliste 'dont j'ai parléy conjuration qui devait éclater avant le 25 décembre, conjuration si publi({uement connue à Londres et à Paris qu'il était impossible à un ministre anglais de l'ignorer ; conspiration enfin qu'il tolérait» tandis que le traité de la quadruplealliance lui faisait un devoir de l'empêcher.
Gomme je ne négligeais pas de rapporter au ministre celles de mes observations que je supposais pouvoir l'intéresser, peut-être celui-ci en parla4-il au roi ; car, à mon retour, je trouvai des ordres réitérés pour me rendre près de Sa Majesté. J'ai eu plusieurs fois l'honneur d'approcher le roi Louis-Philippe, et je me suis fait un devoir de me taire sur ce qu'il a bien voulu me dire. Ce devoir me paraîtrait plus étroit encore depuis qu'il n'est plus, si l'indiscrétion était possible ; mais la correspondance du roi a été, pour sa plus grande gloire, livrée à la publicité; et qui voudra connaître sa conversation, n'a qu'à lire la lettre qu'il adressait à sa fille,' la reine des Belges. Mon émotion fut grande quand, à Singapour, lorsque la catastrophe de février nous plon^* geait dans la stupeur, je vis surnager parmi les débris du naufrage cette preuve de la probité de mon
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souverain. Honnête homme, en effet, celui qui si haut placé n'avait pas tenu à ses plus humbles sujets un autre langage qu'à ses enfants les plus chers 1 Cette lettre si connue disait les mêmes choses, usait souvent des mêmes expressions que j'avais entendues ; mais elle ne pouvait rendre la parfaite bonhomie, le naturel, les vivacités de Tauguste interlocuteur. L'irritation du roi était très*grande parce qu'on avait osé suspecter sa bonne foi ; parce cpie la reine d'Angleterre, probablement blessée par la déconvenue de son parent, le prince de Cobourg, s'était rangée à cette opinion avec la légèreté de son âge. «Mais! s'écriait-il, pourquoi ne puUient-ils pas leurs documents, puisque le Parlement est assemblé ? Savez-vous quand ils le feront ? Ah ! s'ils ne se hâtent pas, nous les devancerons ; je n'ai jamais manqué à ma parole, et ne permettrai pas à la calomnie de faire son chemin ! Et ce lord Aberdeen qui est l'honnêteté même, qui sait les choses, et va en Ecosse, à son Truil-Fishing^ probablement pour ne pas se rendre impopulaire en disant la vérité, car il ne mentirait pas celui-là ! » Telles étaient ses principales réflexions. Je lui rapportai cependant ce que j'avais observé à Londres, mais il prétait peu d'attention à ces détails ; il avait de l'Angleterre et des Anglais une telle intelligence, les nombreuses informations qu'il recevait de ce pays étaient si bien
appréciées, si bien classées dans son esprit, que je ne lui apprenais probablement rien de nouveau . Sa principale préoccupation était le soin de son honneur , de hâter le moment où le monde entier reconnaîtrait qu'il n^ avait trompé personne.
Je dus présenter à M- Guizot des rapports semblables à ceux que j'avais faits au roi, et les accompagnai de preuves qu'il ne m'est pas permis de rendre publiques. Je souhaitais ardemment, je l'avoue, que l'on montrât quelque ressentiment de la conduite du Gouvernement britannique. L'occasion s'en présentait, car on préparait une protestation contre l'occupation de Cracovie par la Russie, la Prusse et l'Autriche. A une de ses réceptions, j'osai suggérer au ministre de laisser l'Angleterre protester seule, parce que l'occupation était une démonstration contre elle, et non contre nous ; parce que cette occupation , comme je le ferai voir plus tard, était nécessaire; parce que, enfin, c'était une occasion d'isoler l'Angleterre, connue elle nous avait isolés en 1840. Le ministre répondit par un coup d'œil qui montrait que j'étais compris, mais que je demandais l'impossible. On n'eût, en effet , pu suivre cette politique , si raisonnable qu'elle fût, sans soulever d'effroyables tempêtes de tribune.
Cependant nos exequaiur ou , comme on dit en style officiel, nos provisions étaient enfin expédiées,
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et je faisais mes préparatifs de Yoyage. Jean de Witt écrivait que de son temps une ambassade à Paris était un exil doré ; de nos jours une ambassade et , à plus forte raison, un consulat sont demeurés un exil, mais on a eu soin d'en enlever la dorure. Ce n'est donc pas une chose si simple qu'on le croirait au premier abord , que de transporter une famille à de grandes distances, sous un nouveau ciel, pour y résider pendant des années. On comprendrait mieux les regrets que doivent éprouver, en quittant leurs parents, leurs amis, leur patrie, ceux auxquels l'âge a laissé peu d'illusions, et qui savent par expérience qu'on ne les remplace pas. Je ferai grâce au lecteur des mille incidents dont se compose la veille d'un départ, et des scènes d'adieux. Il est pourtant une circonstance qu'aujourd'hui je ne saurais taire sans ingratitude.
Un de mes anciens camarades, M. de Boismilon, avait surveillé l'éducation du duc d'Orléans, et était devenu son secrétaire et son ami. Il faisait, pour ainasi dire, partie de la famille royale ; et, dans son affection pour ses jeunes membres, il nous parlait souvent de leur caractère, de leurs études, de leurs progrès. J'avais donc, comme beaucoup d'autres, suivi pour ainsi dire les princes dès leur enfance, et je prenais à leurs succès un vif intérêt. Quand je revins de l'Inde, le duc d'Orléans n'était plus, mais son au-
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guste veuve voulut bien le remplacer dans la bienveillance quUl me montrait. L'éducation de son fils était sa principale, sinon son unique occupation ; et, comme il faisait de rapides progrès, on songea à varier ses études. Sous prétexte de le récompenser^ on lui formait un petit musée, pour apprendre les éléments de l'histoire naturelle et pour Tinstruire dans la géographie. Tout indigne que je sois, je cultive moi-même ces sciences, et il fut convenu que, pour exciter Tintérét du jeune prince, je lui enverrais les collections que je pourrais former, et qu'il offrirait lui-même aux divers établissements publics ce qu'elles renfermaient d'utile. Devenu de cette façon correspondant du prince royal , je dus solliciter rhosmeur de prendre congé de lui, et, quoiqu'elle fût très-avajre de cette faveur, M<"^ la duchesse d'Orléans daigna me l'accorder. J'allai en conséquence à Saint*Cloud ; mais, au moment d'entrer, mon introducteur m'arrêta, et me dit ces remarquables paroles : « Monsieur, il est une condition que M'"® la duchesse d'Orléans impose à tous ceux qu'elle admet à voir son fils en particulier : c'est de ne jamais faire allusion au sort auquel il parait appelé ; les desseins de la Providence sont impénétrables, et si la fortune devenait con* traire , les regrets seraient d'autant plus vifs que les espérances auraient été plus élevées. » Une telle allocution peut être adressée de la meilleure grâce du
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monde, ayec un natarel parfait ; elle ne produit pas moins une certaine impression, et d'autres en auraient été affectés aussi bien que moi. Quant au jeune prince, il ne se doutait guère de la sollicitude d<»it sa mère l'entourait , et n'était pas pour le moment en veine de philosopher. 11 Tenait d'attraper dans le parc un affreux crapaud dont il cherchait le nom. Je lui promis des animaux plus agréables à la Yue, de ces oiseaux et de ces insectes aux mille couleurs qui vivent dans les régions équatoriales. Puis, la conversation ayant pris une certaine gravité à propos de cartes nouvelles que nous montrait M. Régnier, son précepteur, il les suivait avec beaucoup plus d'attention et de curiosité que je n'aurais espéré.
Le comte de Paris avait alors environ huit ans, et, s'il n'eût été prince , on eût plus souvent célébré sa remarquable beauté, l'intelligence de son regard, la finesse de ses traits. Quelques années, et l'infortune prévue par sa mère , et à laquelle son éducation l'avait si bien préparé, n'ont point altéré cette heureuse physionomie ; sa santé est devenue plus robuste, sa taille s'est élancée ; son teint animé , ses cris joyeux, la vivacité de ses mouvements, tout présage une brillante jeunesse. Tel je l'ai vu dans l'exil, car j'ai présenté depuis mon retour mes hommages à cette royale famille, et peut-être ai-je été pénétré pour elle de plus de respect que lorsque je l'avais
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Yue dans les solennités publiques se presser autour du trône de son chef. Je fus, certes, plus touché quand je dus, avant d'être reçu par le grand et vénérable Louis-Philippe, attendre qu'il eût traduit à ses nombreux petits-enfants les facéties de Punchy débitées par un artiste ambulant, que quand il daignait me reconnaître dans la foule, et m'adresser sa phrase célèbre : « Surtout ne nous faites pas d^affaires. »