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CHAPITRE III

Comparaison des deux routes pour Alexandrie , Tune par Trieste , Tautre par Marseille. — État politique de l'Allemagne. -^ Les Musées en Allemagne et en Angleterre.

J^ avais mis un grand soin à ne négliger aucune des précautions qui pouvaient faciliter ma mission. Des lettres nombreuses de recommandation, des avis très-minutieux m'avaient été donnés par M. de Lagrené, sur lequel pesait la responsabilité morale de notre conduite dans l'extrême Orient. M. de Bois-le- Gomte m'avait, de son côté, assuré la protection du Gouvernement hollandais près de ses colonies et y avait joint la sienne. Je partis vers le commencement de 1847, bien que je ne dusse m'embarquer pour rinde que plusieurs mois après. J'étais chargé de comparer le mérite respectif des deux roules pour Alexandrie, l'une par Trieste, l'autre par Marseille, et de contrôler les projets de TAnglelerre à ce sujet. Comme cette question est assez mal connue, bien qu'elle ait été traitée plusieurs fois ; comme, récem-

ment encore, une commission de l'Assemblée ne parait pas en avoir eu une parfaite intelligence, je vais la soumettre au lecteur, dussé-je répéter certains faits que j'ai exposés ailleurs.

La ridicule importance que Ton attachait aux affaires de l'Orient avait exagéré, outre mesure, nos frais de correspondance avec Constantinople, Athènes, Alexandrie et les autres Échelles du Levant. M. Conte, directeur des postes, eut, en 1834, l'idée de substituer aux courriers qui traversaient l'Europe, aux Tartares qui sillonnaient l'Asie, des paquebots partant régulièrement de Marseille et chargés spécialement du service postal. Les avantages qu'il en espérait étaient d'abord de soustraire nos dépêches à des indiscrétions réelles ou supposées dans les pays qu'elles traversaient, puis d'ajouter à l'efficacité de nos forces navales, parce que le service devait être fait par dix paquebots armés en guerre, portant chacun dix caronades, et représentant ensemble un vaisseau de 100 canons ; enfin, de donner quelques bénéfices à l'administration par le prix des places qu'on réserverait aux voyageurs. Tel était le programme principal auquel je fus invité à coopérer par suite de la pratique que j'avais du Levant. M. Conte divisa le service en deux lignes principales, l'une allant de Marseille à Constantinople et l'autre de Constantinople à Alexandrie ; le point d'intersection était Syra.

Cet établissement fut fait vers 1836, et n'embrassait^ comme on voit, que la Méditerranée.

En 1839, les Anglais, après des essais plus ou moins heureux, finirent par établir, pour le transport des correspondances et des passagers, un service entre Suez et Bombay. Dans le principe, l'itinéraire était ainsi : la malle pour l'Inde, partie de Marseille, touchait à Malle, allait à Syra, où, prise par le paquebot venu de Constantinople, elle allait à Alexandrie ; on lui faisait traverser l'Egypte tant bien que mal, et elle était reçue à Suez par un paquebot du Gouvernement indien. On opérait en sens inverse, et d'après le même itinéraire, pour venir de l'Inde. Je résidais alors à Bombay , et j'écrivais lettres sur lettres pour dire que cette espèce de caravane qu'on imposait à des correspondances si pressées, si importantes (il s'agissait des correspondances de l'Inde et de la Chine, dont on évaluait le commerce à i ,200,000,000 fr. !), était trop absurde pour que l'Angleterre ne l'abrégeât pas. Mes avis furent inutiles. L'Angleterre ne manqua pas d'abord de prendre sur nos paquebots arrivés à Malte ses malles de l'Inde et de les porter droit à Alexandrie pour leur éviter l'inutile voyage de Syra ; puis, pour leur épargner la contemplation non moins inutile des côtes d'Italie, elle alla les chercher à Marseille pour les transporter à Malte. J'ignore et ne veux pas savoir qui laissa ainsi enlever à la France,

et en deux fois; le transport le plus important sous le rapport financier, bien plus important encore sous le rapport politique, qu^elle pût espérer sur la Méditerranée. Cette mer eût été, en effet, un lac français si nos paquebots eussent porté directement à Alexandrie les malles de Tlnde, si les Anglais n'eussent pas eu une raison très-légitime de venir se substituer à notre administration des postes dans notre port de Marseille, et d'étendre par suite leur compagnie pé«ninsulaire dans les parages du Levant. M. le duc de Montebello eut le malheur de signer, en 1840, un traité qui consacrait cet état de choses, et je ne le lui pardonnerais jamais s*il n'avait été un ministre pro-* visoire complétant les* actes de ses prédécesseurs.

Plus tard , cependant, quand tout était consommé, l'administration des postes trouva opportun d'établir un service direct de Marseille à Alexandrie. Une affaire si gigantesque ne fut pas adoptée sans bien des fleurs de rhétorique ; on invoqua la puissance de la France, ses intérêts séculaires en Orient; on adressa les compliments usités au vieux marchand de tabac, alors maître de l'Egypte, et qu'un académicien avait transformé en prince magnifique; enfin, on obtint de la munificence des Chambres six bateaux à vapeur. Mais on eut soin de fixer les jours de départ si heureusement que, ne pouvant comme navires de guerre porter des marchandises, ils n'avaient aucune

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chance de recevoir ni lettres ni passagers. J'ai vu ce que je dis parce qu'en 1844-45 J'ai été chargé d'une mission à Naples, et que je devais en outre m'occuper de ces affaires de correspondance. Au commencement de novembre je me trouvais donc à Marseille, où entra le paquebot anglais venu de Malte. J'allai le visiter sous prétexte d'y prendre passage. C'était un navire médiocre ; mais ses dispositions étaient faites pour recevoir la malle de l'Inde dès qu'elle arriverait, et, en effet, un ou deux jours après, on voyait charger sur des embarcations les caisses destinées pour ce pays; de nombreux voyageurs se rendaient à bord . A côté se trouvait un superbe paquebot français ; il devait, comme son voisin, toucher à Malte et se rendre à Alexandrie ; toutefois, il attendait respectueusement que celui-ci eût enlevé tous les passagers, toutes les correspondances ; il ne partait que quand c'était inutile^ quand il n'avait à recevoir que quelques voyageurs attardés et quelques duplicata de lettres. On peut se faire une idée de ce qu'avaient pour nous de désastreux ces combinaisons, si on considère que le nombre de passagers qui traversent mensuel^ lement l'Egypte est d'environ six cents^ que la route par la France est pour eux la plus naturelle , et que cinq ou six à peine prenaient nos paquebots. C'est qu'en effet le service anglais au delà de Suez se lie à celui qui est en deçà, et par une combinaison de ta-

rifs il est très-facile de rançonner ceux qui auraient suivi la ligne française. Comme la plupart des voyageurs ne s'arrêtent pas en Egypte, mais s'embarquent sur la mer Rouge, où la compagnie anglaise est sans concurrence, des représailles nous sont impossibles, et son monopole du côté de l'Inde entraine celui de la Méditerranée. A cette cause principale d'infériorité s'en joignaient d'accessoires : les quarantaines, la gêne imposée à bord de navires de guerre, le désir très-naturel des commandants et des .subordonnés civils et militaires, désintéressés dans l'entreprise, d'avoir à transporter le moins possible de voyageurs et de bagages. Toutes ces causes avaient si bien opéré que déjà, en 1844, nos paquebots, qui étaient incontestablement supérieurs sous tous les rapports à ceux qui parcourent la Méditerranée, avaient la plus détestable réputation.

Cependant, des réclamations de plus en plus vives s'élevaient contre cet état de choses, mais elles ne portaient pas sur le point principal, sur le monopole anglais. (Chacun se plaignait de ce qui l'avait touché : celui-ci de la nourriture, celui-là des quarantaines. Le prince de Join ville seul, à ma connaissance, suivait cette affaire dans son ensemble ; malheureusement il était forcé à tant de discrétion que son intervention était à peu près nulle. Ceux qui croient que les fils du roi avaient un grand crédit

SOUS le dernier règne, ont trop bonne opinion de nos administrations. Supposons que le prince de Joinville se fût adressé à M. Conte pour lui montrer les Tices de son système, les conséquences de son obstination à le suivre, voici ce qui serait arrivé : M. Conte eût écrit une lettre de remerciements très-respectueuse assurant qu'il étudierait Taiïaire ; d'autre part, il se serait plaint à son chef de Tintervention du princeamiraly de la pression exercée sur lui. Le public n'aurait pas tardé à être informé, et taudis que le prince, parfaitement abandonné par les feuilles ministérielles, aurait été dénoncé comme un brouillon par l'opposition, M. Conte aurait reçu une couronne pour avoir résisté aux influences de la cour. Aussi le prince se renfermait-il dans les affaires qui dépendaient directement du département de la marine et dont son service l'appelait à connaître. U n'étudiait d'^autres questions que pour lui-même, et celle-ci était du nombre; tantôt il blâmait avec douleur l'insouciance du Gouvernement, l'incurie des Chambres, où nul ne voulait étudier cette affaire ; tantôt il tombait dans le découragement. Enfin, M. Fould, après un voyage en Orient, s'empara de la question, et comme il était membre de la commission du budget, il fit insérer dans le rapport l'invitation au Gouvernement de s'en occuper. Je portai au prince cette bonne nouvelle : « Hélas ! me dit-il tristement, je

crains fort que vos espérances soient vaines ; cette administration est liée par trop d'entraves pour pouvoir se mouvoir, même pour faire le bien. » Six années se sont écoulées depuis lors, et sous le ministère de M. Fould, on a fait ce que nous demandions en livrant le service à une compagnie particulière intéressée à sa prospérité.

Malgré tous les avantages qu'on leur avait concédés, malgré le soin qu'on mettait à ne pas leur faire ombrage, à s'abstenir de toute concurrence contre eux, les Anglais n'étaient pas satisfaits. Soit que la route par Trieste leur convint mieux, soit qu'ils vou^lussent obtenir de nous de meilleures conditions, ils menaçaient d'abandonner la voie par Marseille* Ils avaient même, contrairement au traité, envoyé une fois leur correspondance par Trieste. Quelles chances de succès avait ce projet, quelles seraient ses conséquences probables, voilà ce que je devais étudier.

Je manquai être arrêté dans mon voyage avant d'être sorti de France et fus près de rentrer à Paris, Nous arrivions au débarcadère de Lille lorsque le conducteur du convoi, se présentant à la portière, demanda à qui appartenaient les bagages portant le n<> 2. C'étaient les miens, et j'appris qu'une de mes caisses était tombée et s'était brisée sur la route ; elle conte*nait précisément tous mes papiers, aussi bien mon

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ordonnance de nomination que les lettres qu'on m'avait données; elle renfermait également quelques objets de prix. La perte de ces derniers n'était pas irréparable, mais un consul réduit à son simple passe-port peut trèS'bien passer pour apocryphe. J'étais donc dans une grande perplexité, et la parfaite indifférence avec laquelle les employés accueillaient mes plaintes, me renvoyant de bureau en bureau, de dignitaire en dignitaire, ne me tranquillisait pas. Le lendemain cependant on m'apporta ma boîte brisée, dûment accompagnée du proeès^verbal du commissaire de police. Rien ne manquait, mais plusieurs objets étaient en morceaux. Ceux qui m'apportèrent ces débris, bien loin de regretter l'accident, paraissaient croire que je devais remercier leur administration; elle avait mis, suivant eux, toute l'obligeance, tout l'empressement possible à restituer. Je répondis à leurs remarques par un bon procès. Un avoué de la ville prit ma procuration, évalua la caisse, les objets brisés, les frais de séjour, et le tout avec un tel luxe de détails, qu'il me prouva à mcû-méme que l'administration me devait 1,000 fr. Sur Tétonnement que j'en montrais, il m'assura que le tribunal saurait assez réduire cette somme sans que je prisse Cfi souci. Je le laissai faire à sa guîse et continuai mon voyage; mais quelque temps après, je reçus une somme qui, après en avoir distrait les frais, était très-

exactement égale à la perte que j'avais éprouvée. Les juges étaient ceux du tribunal de commerce.

Je ne m^arrétai à Bruxelles que pour recueillir^ sur les chemins de fer de la Belgique, des informations que, sur la demande de M. de Rumigny, notre ambassadeur, les directeurs me donnèrent avec une grâce parfaite ; puis je suivis jusqu'à Cologne, où nous dûmes prendre les voitures ordinaires. Nous retrouvâmes à Hanovre la voie ferrée qui nous mena jusqu'à Dresde. Nous eûmes une autre lacune entre cette ville et Prague; enfin, nous arrivâmes à Vienne. Nous étions au fort de l'hiver et la terre était couverte de neige. Une fois arrivés, nous avions plus de dispositions à nous renfermer qu'à nous promener. Le mode de voyage par les chemins de fer prête d'ailleurs si peu à l'observation qu'une valise s'y instruit à peu près autant que son propriétaire. Nous visitâmes cependant les principales curiosités des lieux où nous nous arrêtions ; mais il est inutile d'en parler, car elles sont partout décrites. Et pourtant cette excursion, qui devait être si ennuyeuse pour moi dans une pareille saison, quand je ne savais pas un mot de la langue, se place dans mes souvenirs d'une manière bien plus agréable que de longs et périlleux voyages dans des pays barbares, que le séjour dan^ les plus belles parties du monde. Tel est le pouvoir de la civilisation ; si peu nombreux que fussent les

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incidents de la route, si rares que fussent les objets qui attiraien tnotre attention, nous trouvions aussitôt à satisfaire notre curiosité, grâce à l'esprit sociable des Allemands , grâce à la connaissance qu'ils ont généralement du français. J'apprenais plus de choses utiles, raisonnables, en une demi-heure de conyersation avec le premier venu, que je n'eusse fait en interrogeant pendant un an tous les mollahs et tous les brahmes de l'Asie.

Mon ignorance n'était pas telle cependant que je ne fisse quelques-unes de ces remarques par lesquelles on apprécie la condition des peuples, l'état de la civilisation. Il était impossible, par exemple, quand on passait d'une douane à l'autre, de celle de la Belgique à celle de la Prusse , de ne pas remarquer combien celle-ci était mieux ordonnée que la première ; de ne pas en inférer que si, sous ce rapport, la supériorité restait à la Prusse, il était probable qu'il en serait de même pour les autres parties de l'administration. On ne perdait pas cette opinion quand, à mesure qu'on avançait vers les provinces allemandes, on voyait successivement diminuer le nombre des mendiants. Et qui aurait douté qu'un sentiment, une préoccupation politique profonde était au fond des cœurs, quand partout, dans les chaumières comme dans les lieux publics, en Saxe, en Autriche, en Hanovre comme en

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Prusse, était Iq portrait du roi de ce dernier pays?

J'ai» depuis oette époque, résidé assez longtemps |

en Prusse; j'ai même eu l'honneur d'être admis i

près du roi Frédéric^iuillaume, et je m'explique, je croi^, assez bien la situation où était alors l'Allemagne. Après une longue défiance, l'éclat du règne de Louis-*-Philippe, la- sagesse de ce prince, les attentats qui menaçaient la vie du père de famille et du sou** verain, la conduite récente du Gouvernement anglais à son égard» avaient appelé sur lui l'intérêt général, tandis que les splendeurs de la tribune française séduisaient les esprits éclairés de l'Allemagne. C'est te qu'on entendait dire de toutes parts ; quant aux souverains, ils étaient en général bien plus des pa«-* triarches que ces despotes qu'on nous dit, et leurs peuples ne les considéraient pas comme des ennemis. Le roi de Prusse surtout, prince du plus heureux caractère, instruit, versé dans les arts, dans les sciences, chef d'une nation chez laquelle les lu*» mièressont universellement répandues, ne deman<^ dait probablement pas mieux que de lui donner un gouvernement représentatif, si elle en désirait un* 11 avait donc préparé une Constitution, et on s'attendait à la voir paraître. Telle était la- principale cause de sa popularité, qu'augmentait encore un pa« triotisme très^exalté, un sentiment jaloux de la nationalité de l'Allemagne. Certes, le désir de réunir

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en un faisceau les forces germaaiquas et de les opposer à la France ou à la Rusaie» car c'est aiasi que le compreoait le public , n'était pas une ambition vulgaire et pouvait séduire une âme élevée, un es^ prit généveixi^ Voilà Tévénement qu'on attendait, et qui eut lieu pendant mon séjour. Je ne puis dire si l'œuvre royale était bonne, si elle méritait les criti^ ques qu'on lui adressa ; car, bien que chacun sem-^ ble appelé aujourd'hui à fabriquer des constitutions et des lois, je ne suis pas expert en pareille matière. Cependant je ne m'étonnais pas qu'on ne l'eût pas faite à l'image de notre Charte dont les vices étaient assex évidents. L'une et l'autre furent renversées par l'esprit révolutionnaire, ennemi naturel des progrès et de la liberté ; et, après quelques années, ce même prince que j'avais vu entouré do l'adoration des peu* pies, connut les retours de la fortune. Comme Loui^Philippe , il vit sa capitale s'insurger contre lui et dut craindre plus tard la balle des assassins. Consul dans ses Etats dans cette seconde circon*stance, j'eus môme à rédiger une de ces adresses qui deviennent périodiques, et par lesquelles on félicite . Iqs souverains d'avoir échappé à l'assassinat, Et pourtant, telles étaient la conviction et la loyauté de ce princOi qu'après une si triste expérience, il ne renonça pas à ses projets. Plusieurs fois encore il voulut rétablir la Constitution prussienne, organiser

la nationalité allemande ; la démagogie ne le permettait pas, car là, comme ailleurs, elle s^ntroduisait pour renverser les meilleures institutions.

Je fis, en visitant les collections publiques et celles de Dresde surtout qui sont si remarquables , une autre observation dont je désirerais bien que nos musées tirassent parti. Ainsi qu'en Angleterre, on paie pour entrer, mais d'une façon plus convenable ; on achète des billets à l'administration; puis, au lieu d'être un rustre en livrée récitant toujours le même refrain, celui qui conduit les étrangers est un homme instruit qui fait remarquer les choses dignes d^attention, qui peut répondre aux observations qu'on lui adresse. Le produit des entrées sert en partie à l'entretien de l'établissement et en partie à la rémunération des employés. Rien de plus agréable pour des voyageurs qui, ne pouvant s'arrêter longtemps dans une ville, peu curieux de s'en rapporter aux bavardages d'ignorants cicérone, ne savent ce qu'ils doivent étudier et sortent sans avoir tiré de ce qu'ils ont vu grand bénéfice pour leur instruction. A Dieu ne plaise que je désire voir la porte de nos musées fermée à ceux qui ne peuvent payer ; mais pourquoi ne pas user de l'une et de l'autre méthode ? Il y a certes bien des gens qui, réduits à bayer au milieu de la foule dans nos interminables galeries, seraient heureux que, pour un certain prix, on leur montrât ce

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qu'ils désirent, et pour qui ce serait une économie» Pourquoi ne pas leur donner, à certains jours, cette faculté? Les employés ne croiraient probablement pas déroger en les dirigeant. La plupart aspirent à remplacer leurs chefs dans le professorat, et je ne crois pas que des démonstrations, des explications privées, des leçons au petit pied, fussent inutiles pour les préparer à des leçons publiques. Enfin ce serait un acte de justice ; sans doute nos musées sont une partie de la richesse et de la gloire nationales, et les dépenses qu'ils occasionnent doivent être supportées par tous ; mais pourquoi se priver des moyens de les alléger 7 Pourquoi un pauvre hère qui ne les verra jamais, qui ignore qu'elles existent, devrait-il contribuer à leur entretien dans une proportion d'autant plus grande qu'on aura refusé Vargent que beaucoup donneraient volontiers?

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