‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 100 sur 134 · Virg., Eclog 11, v · texte numérisé non relu

Virg., Eclog 11, v

SUR L’ILE RE RHODE!^ 225

gale, et hâtons-nous d’atteindre Laerma. C’est toutefois un assez triste village , composé d’une quarantaine de maisons mal bâties et habitées par de pauvres paysans Grecs qui cultivent péniblement la pente des montagnes au sein desquelles ils vivent. M. Ross1 conjecture que le mot Laerma vient de lâç> pierre, et ÈppYjç, Mercure. Si ce village est situé sur l’emplacement d’une localité antique consacrée jadis à Mercure et tirant son nom de quelque statue de pierre en l’honneur de ce dieu, aucune ruine n’est là pour l’attester, et les traditions des bons villageois de ce lieu ne remontent pas si haut dans le passé.

Sklipio. — Entre Laerma et Sklipio on compte au moins 9 kilomètres d’intervalle dans la direction du S. Le sentier traverse d’abord des montagnes arides et dénudées, et ensuite il serpente au milieu d’une forêt de pins et de cyprès au centre de laquelle coule un torrent nommé Alona. Quand on approche de Sklipio, la culture commence à se montrer.

Ce village est construit sur le penchant d’une montagne et renferme 80 maisons, une église et deux chapelles. A l’entour croissent des caroubiers, des oliviers, des figuiers et des mûriers. Les champs voisins, au pied de la montagne, produisent du blé et de l’orge.

Sklipio, autrement dit Asklipio, est un mot évidemment formé de kavArntidov , dénomination qui semble indiquer qu’il y avait autrefois en ce lieu un temple consacré à Esculape, le dieu de la médecine. Ayant cependant interrogé le papas de l’endroit et plusieurs 1. Ross, Reisen auf den griechischen Inseln , p. 112.

226 ÉTUDE

autres habitants, pour savoir si en fouillant le sol ils ne trouvaient pas quelquefois des débris antiques, ils m’ont répondu qu’ils n’en avaient jamais découvert, mais que, près de la mer et non loin de l’embouchure du torrent, appelé Sklipianos potamos, qui arrose la belle vallée au N. -O. de laquelle est situé le village actuel, on distingue, au milieu des broussailles, les ruines d’un ancien bourg depuis longtemps abandonné. Effectivement des débris sont épars au lieu indiqué, et une chapelle semble y avoir été bâtie sur l’emplacement et avec quelques matériaux provenant d’un sanctuaire antique.

Quant au village de Sklipio, s'il ne contient aucunes ruines de l’antiquité, on y remarque celles d’un Kastro datant de lepoque des chevaliers. Il s’élève sur une colline escarpéé. Chacun des quatre angles du carré qu’il constitue est défendu par une tour. Au-dessus de la porte étaient des armoiries sculptées sur une plaque de marbre qui a été enlevée.

Vati. — A 6 kilomètres de Sklipio, en marchant vers le S. -O., on rencontre le village de Yati, situé dans une jolie vallée et se bornant à 35 maisons habitées par un pareil nombre de familles grecques. Il est entouré d’une ceinture de magnifiques oliviers mêlés à d’énormes figuiers.

L’étymologie du mot Yati 1 est probablement ov qui signifie mûre sauvage, Gotzoç, buisson, à moins qu’on ne doive la tirer de &oc9vçf profond; alors il faudrait écrire Vathy et non Yati.

i. On sait que les Grecs prononcent le 6 comme notre v.

SUR L’ILE DE RHODES. 227

Gennadi. — A 6 kilomètres et demi de Yati vers l’E., le village de Gennadi compte 80 maisons; suivant une tradition locale, il aurait été fondé par un certain Gennadios qui lui aurait laissé son nom. Sur un monticule qui commande au S. ce village, on voit les restes d’une ancienne tour carrée bâtie autrefois parles chevaliers. Elle a été démolie par les habitants qui se sont servis des matériaux qu’elle leur a fournis pour construire une grande église sous le vocable de sainte Anastasie, et où j’ai remarqué quelques fragments de marbre antique. Près de là est une autre église dédiée à saint Jean.

De beaux jardins entourent ce village vers le S. Au N. et au bas du plateau qu’il occupe s’étend une grande plaine arrosée par deux torrents, l’un que j’ai déjà cité, le Sklipianos potamos , à l’embouchure duquel se trouvent, comme je l’ai dit, les ruines de l’ancien bourg d’Asklipion {kavlniaeiov); l’autre, le Gennadinos potamos , qui va se jeter dans la mer vingt minutes au S. du premier, près des débris d’un autre bourg renversé, consistant en un amas confus de pierres éparses au milieu de hautes broussailles et en une multitude innombrable de fragments de poterie, ce qui porterait à croire qu’il y avait autrefois en ce lieu des fabriques de potiers ; mais quel était le nom de cette localité, c’est ce que je n’ai pu apprendre de personne.

Une heure au S. de Gennadi, dans un endroit appelé B ourdou-Car ata , les restes d’un villnge avoisinent l’embouchure d’un torrent connu par les

228 ÉTUDE

habitants sous le nom de Moros potamos ou le fleuve fou, sans doute parce que, lors des grandes pluies d’hiver, il s’abandonne à un cours désordonné et furieux.

Dix minutes au-delà de ce torrent, en continuant à suivre le rivage, on découvre des débris plus considérables, Un fourré de Ientisques, d’arbousiers, de genévriers et de myrtes y cache des amas de pierres qui jonchent le sol, et parmi lesquelles on distingue un assez grand nombre de fragments de marbre mutilés et plusieurs tronçons de colonnes qui paraissent avoir appartenu à un temple antique et qui ensuite ont servi à une église chrétienne. Cette église, complètement détruite et dont la forme seule est encorejusqu’à un certain point reconnaissable , n’a point perdu son nom, car elle est toujours communément désignée sous celui de Saint-Dimitri. Quant à la dénomination du bourg ruiné qui l’entourait, on n’a pu me l’indiquer.

De là , si nous dirigeons notre marche vers l’O. , nous avons d’abord à parcourir de riches et belles campagnes, mais bientôt le terrain s’accidente, et la culture diminue ; elle cesse même ensuite tout à fait , et il faut escalader d’âpres montagnes d’un aspect triste et désolé, au sein desquelles est comme perdu le village de Mesanagros.

Mesanagros, — Ce village n’a que 35 maisons. Les habitants, à défaut des plaines qui leur manquent , cultivent les pentes les moins abruptes des montagnes. Us m’ont raconté qu’à cause de la position iso-

SUR I/ILE DE RHODES

lée de ce hameau au milieu des terres, position d’où lui est venu le nom de Mesanagros, il était resté pendant plusieurs années ignoré des Turcs, après qu’ils eurent conquis l’ile de Rhodes sur les chevaliers et qu’il avait ainsi échappé quelque temps à l’impôt.

Je n’ai observé dans cette localité aucun vestige de constructions helléniques : on m’a montré seulement dans l’église quatre petites colonnes de marbre qui semblent byzantines et des fonts baptismaux également en marbre et qui certainement doivent avoir été enlevés à quelque église importante et assez ancienne.

Lachania. — De Mesanagros à Lachania la distance est de 7 kilomètres vers le S.-E. La route est d’abord nue et sans ombrages , puis elle traverse une jolie vallée couverte de pins, de cyprès et de sapins et sillonnée par un torrent.

Lachania est un village composé de 55 familles grecques. Il est assis sur une colline et précédé de jardins. Les légumes qu’on y cultive lui auront sans doute valu le nom qu’il porte1; une église et deux petites chapelles n’offrent rien qui mérite d’être signalé.

Une demi-heure au N.-E. de Lachania, sur un plateau qui domine tout le pays environnant et non loin de la mer, s’élèvent les ruines d’une belle tour rectangulaire, datant de l’époque des chevaliers et construite avec beaucoup de solidité. On a commencé à la démolir, pour en transporter les matériaux ailleurs.

Page 1