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CHAPITRE XIX

KATAVIA. — APOLAKKIA. — ARNITA. — PROPHYLIA. — ISTRIOS.

Katavia. — Le premier village que Ton rencontre, en remontant du S. au N. la côte occidentale de l’île, est celui de Katavia , composé de 80 maisons mal bâties et dont une vingtaine tombent en ruines et sont désertes, ce qui réduit le nombre des habitants à 60 familles grecques, on y trouve une église, trois chapelles et une petite école primaire qui n’existe probablement plus maintenant, car le maître qui la dirigeait avait, quand je le vis, l’intention de quitter l’île et de retourner sur son rocher natal de Khalki.

À l’entrée du village est une tour ronde, à moitié détruite, ouvrage des chevaliers.

Les produits du sol sont du blé, de l’orge, de l’avoine, de l’huile, des figues et un peu de coton. Le vent du N.-O. prédomine ici comme dans la plus grande partie de l’île; car presque tous les arbres penchent vers le S.-E.

Apolakkia . — Pour se rendre de Katavia à Apolakkia, après avoir franchi plusieurs collines calcaires, on côtoie le rivage pendant trois heures, en longeant à sa droite le pied d’une chaîne de montagnes dépouillées pour la plupart de toute végétation. Le sentier que l’on suit est très-sablonneux. Des dunes hau-

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tes de cinq à six mètres bordent le rivage. Il faut traverser successivement le lit de plusieurs torrents quitarissentpendantTétéetqui débouchentàlamer entre des espèces d’oasis où croissent confusément de hautes touffes de myrtes, de genêts, de lentisques, d’arbousiers, de chênes-verts, de genévriers et de lauriersroses. Des biches, des daims et des chèvres sauvages errent en liberté dans ces parages solitaires ; les perdrix y abondent aussi, et pendant l’été les cigales y font retentir l’air de leurs chants monotones.

Apolakkia occupe le penchant d’une colline au pied de laquelle s’étend une riche vallée arrosée par deux torrents qui vont se jeter à la mer, confondus dans le meme lit : l’un s’appelle Megas Potamos , Y mire Sinna, comme le village près duquel il prend sa source. De magnifiques champs de blé environnent Apolakkia , qu’habitent une cinquantaine de familles grecques. L’église de ce village est nouvellement rebâtie. Sous le vestibule, on m’a montré deux chapiteaux en marbre blanc, gisants à terre, d’un travail très-délicat, mais d’une forme assez singulière. Ils représentent des corbeilles tressées et évidées à jour : ces deux chapiteaux et plusieurs autres pièces de marbre qui ont attiré mon attention dans la nef et dans le sanctuaire proviennent d’une belle et ancienne église, actuellement ruinée de fond en comble et dont quelques débris subsfstent encore 2 kilomètres au N. d’Apolakkia.

Ce village est commandé à l’E. par un monticule où ’élevait un Kastro bâti par les chevaliers et mesurant

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environ 30 pas sur chaque face. Les murs, à moitié renversés , ont deux mètres d’épaisseur.

Arnita. — A 20 minutes à l’E. d’Apolakkia est un petit village nommé Arnita , sur une colline qu’entoure elle-même une ceinture de montagnes plus élevées. Il consiste en 25 maisons dont quelques-unes sont habitées par des Turcs et les autres par des Grecs.

A 15 minutes d’Arnita à l’O. et à 20 d’Apolakkia au N., d’épaisses broussailles ont envahi l’emplacement d’une vieille église détruite depuis plusieurs siècles et consacrée à sainte Irène, car c’est encore le nom sous lequel on la désigne aujourd’hui. Elle était soutenue intérieurement par de belles colonnes de marbre blanc surmontées de chapiteaux très-curieux. Ces chapiteaux, qui sont malheureusement mutilés, affectent, comme ceux que j’ai déjà remarqués sous le vestibule de l’église d’Apolakkia, la forme d’une jolie corbeille de marbre, découpée comme un réseau de joncs entrelacés, travail habile et finement exécuté , mais qu’un goût sévère condamne peut-être et qui, tout gracieux qu’il est, sent cependant la décadence de l’art. Ce ne sont plus là, en effet, ces belles formes si simples et si noblement austères dans leur parure, et qui sont comme le produit presque exclusif de ces heureuses époques où l’art, dans sa jeunesse et, pour ainsi dire, dans sa première fleur, atteint tout d’abord une perfection et une élégance qu’il cherche ensuite à surpasser, mais trop souvent aux dépens du naturel et du vrai, c’est-à-dire aux dépens de la beauté même.

Sur ce même emplacement, on distingue aussi les dé"

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bris d’une chaire en marbre blanc où le diacre lisait l’Evangile. Des caveaux s’étendaient sous cette église qui n’offre plus maintenant qu’un monceau de ruines et dont les derniers marbres disparaissent de jour en jour, par suite de la reconstruction des églises des villages voisins. Ainsi, par exemple, celle d’Apolakkia s’est enrichie de ses dépouilles, et non loin de là, un petit monastère, du nom de saint Michel- Archange 9e n a fait de même.

Prophylia. — Le sentier qui d’Apolakkia conduit à Prophylia va presque toujours montant vers le N.- E. Au bout d’une heure de marche à travers les montagnes, on arrive à Prophylia, petit village d’une vingtaine de maisons. Les forêts dont il est environné sont peuplées de cerfs et de chèvres sauvages. Les habitants, tous Grecs, sont ou bergers ou laboureurs.

Istrios . — Le village d’Istrios n’est guère plus considérable que le précédent, au N.-O. duquel il est situé, à 3 kilomètres de distance. Il est habité par 25 familles tant grecques que turques. Une chapelle y est sous l’invocation de saint Mercure, Âyioç Mepxovpioç. Il est assez curieux de remarquer qu’à 3 heures de là, il y a, au milieu des montagnes, un”village que j’ai déjà mentionné et qui semble attester par sa dénomination de Laerma, XàçÉppYjç, qu’il étaitjadis consacré au dieu Mercure. Cette rencontre de noms serait-elle purement fortuite? ou bien , ne faudrait-il pas voir, dans le choix de ce saint comme patron du village d’Istrios , le souvenir d’une ancienne tradition

SUR L’ILE DE RHODES, perpétuée d’âge en âge dans le pays, au sujet du culte du dieu Mercure?

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