MOTS SUR L’HISTOIRE DE CETTE VILLE
Monolithos . — D’istrios à Monolithos il y a 8 kilomètres, en se dirigeant toujours vers l’O. et un peu vers le N., à travers des montagnes clair-semées de bois de pins. Ces bois, qui étaient encore très-épais il y a quelques années et. qui renfermaient des arbres magnifiques, ont été dévastés ou par le fer ou par le feu. De tous côtés sur ma route je voyais étendus par terre des pins superbes qui, faute de moyens de transport ou de chemins praticables , gisaient abandonnés ; d’autres, en plus grand nombre, au lieu d’avoir été attaqués par la hache du bûcheron , avaient été livrés aux flammes, et à-demi rongés par le feu, ils dressaient encore dans les airs leur tige noircie et carbonisée.
Monolithos est situé au S. d’une grande montagne nommée Gramytis ou Agramytis que j’ai entendu prononcer également Akramytis1. Cette montagne forme un massif oblong qui court du N.-E. au S. -O.
i. Celte montagne tire sa dénomination du mot yptpvnôi0 térébinlhe.
Son sommet, nu et chauve, est presque inaccessible, tant il est escarpé, et il s’élève à une hauteur d’environ 900 mètres. Ses flancs inférieurs sont en partie boisés et en partie cultivés. Au-dessus la roche se montre seule en blocs immenses et éclatants de blancheur.
A 4 kilomètres de Monolithos , village peuplé de 35 familles grecques, s’avance vers le S. dans la mer un petit promontoire appelé Fourni, yovpvoi , les fours. Le sentier qui y conduit de Monolithos franchit une montagne couverte de jeunes pins et , en quelques endroits, il est très-glissant, car on marche sur des rochers plats et inclinés où le pied a de la peine à se fixer. Le cap Fourni se détache de cette montagne en une pointe qui a 160 mètres environ de développement et qui va s’abaissant et s’effilant progressivement. A son extrémité est une petite tour d’observation à moitié renversée. La surface de cette pointe a été aplanie par la main de l’homme. On y voit une chambre sépulcrale antique creusée dans le roc et divisée en deux compartiments.
Un chemin a été taillé dans les flancs méridionaux de ce cap et, en descendant quelques degrés très-usés pratiqués dans le roc, on parvient à trois grottes artificielles et demi-circulaires qui sont certainement antiques et qui ont pu être jadis consacrées à quelque divinité marine. Les nombreuses petites niches qu’elles renferment servaient sans doute à recevoir des offrandes. Plus tard , après la chute du paganisme , ces grottes paraissent avoir été transformées en sanc-
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tuaires chrétiens, car on y remarque une quantité considérable de petites croix grossièrement sculptées dans les parois latérales. Ces grottes ressemblant à des espèces de fours ont fait donner au promontoire le nom qu’il porte.
Si, de retour à Monolithos , on tourne ses pas vers l’0., on découvre, sur un rocher solitaire, à 20 minutes du village , les restes d’un Kastro remontant aux chevaliers. Ce rocher domine de trois côtés la vallée qui l’environne d’environ 100 mètres. A l’E. il est facilement accessible ; on y monte par des pentes couvertes de pins, de cyprès, de genévriers et de myrtes : puis un escalier en pierre conduit dans l’intérieur de la forteresse. Celle-ci est en grande partie renversée. Dans la chapelle qui est encore debout, les murs gardent les traces de peintures à fresque très-dégradées ; partout ailleurs, cette enceinte ne présente qu’un chaos de ruines amoncelées et au milieu desquelles ont pris racine de hautes broussailles.
De ce plateau on aperçoit, à quelque distance du rivage, un îlot nommé Strongyli, à cause de sa forme arrondie, qui renferme, m’a-t-on dit , des citernes et des tombeaux antiques. Je n’ai pu vérifier cette assertion, faute de barque pour m’y transporter.
4 kilomètres et demi plus loin vers le N. et au-delà du cap Monolithos s’étend, à l’O. du mont Gramytis, une vallée courant de l’E.à l’O. et qui était couverte de magnifiques moissons de blé et d’orge quand je la traversai. Elle appartient aux habitants de Monolithos. Elevée elle-même de 80 mètres au-dessus de la mer,
ÉTUDE
elle s’incline insensiblement vers le rivage et s’allonge entre deux montagnes, dont l’une, celle du S., constitue le promontoire Monolithos, et l’autre, celle du N. est plus haute et très-boisée. Cette vallée paraît trèsfertile dans la partie dont la culture s’est emparée ; plus près de la mer, d’inextricables broussailles dérobent presque entièrement à la vue les vestiges d’une localité importante à laquelle les habitants ont conservé le nom de Garnir os. En m’ouvrant un passage au milieu de ce fourré pour y examiner ces ruines, autant du moins que me le permettaient les arbustes et les épines qui hérissent ce lieu, je n’ai reconnu qu’un seul pan de mur considérable datant évidemment de l’époque hellénique. Les blocs de ce mur sont en grand appareil et équarris assez grossièrement. Les autres débris de maisons et d’édifices, qui jonchent le sol en cet endroit et qui sont ensevelis sous les broussailles
ou qui surgissent un peu au-dessus, m’ont paru pour
la plupart d’une époque plus récente.
A gauche de l’emplacement qu’occupent ces ruines s’ouvre un ravin large de 15 mètres et profond de 35 à 40, qui a été comme taillé à pic par la nature dans les flancs rocheux du mont Monolithos. Il s’appelle Rheni et reçoit les eaux de la vallée et de la montagne ; elles y descendent et s’y engouffrent l’hiver, lors des grandes pluies, comme une cascade écumante , et de là elles courent se précipiter à la mer. En longeant ce ravin, j’en ai vu fuir avec un bruit d’ailes assourdissant une nuée prodigieuse de perdrix que troublait ma présence inattendue et qui avaient élu domicile dans
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Ui
les nombreuses petites grottes naturelles que ce ravin renferme. Comme le port d’armes à feu est interdit aux Grecs dans l’île de Rhodes, le gibier s’y multiplie singulièrement.
Près de l’embouchure du torrent Rheni, une anse demi-circulaire offre aux navires un abri peu sûr ; elle est défendue par une tour, encore presque intacte , et bâtie par les chevaliers.
Cet endroit porte dans la carte anglaise de Spratt reproduite par M.Ross le nom de Camiros, et les habitants le désignent par la même dénomination, circonstance qu’il faut prendre en grande considération ; car, en fait de géographie , il est généralement trèssage d’avoir égard aux traditions locales et de s’y conformer. Toutefois, il faut avouer qu’ici elles sont contraires à une assertion formelle de Strabon qui place Camiros au-delà de PAtabyris , c’est-à-dire au N. de cette montagne; or, les ruines que je viens de signaler sont au S. de ce mont, et par conséquent, si Strabon ne s’est point ici trompé , elles ne peuvent être celles de Camiros, et nous sommes contraints de reporter plus haut vers le N. la ville que nous cherchons. Dans ce cas, nous ne serions peut-être pas très-loin de la vérité, en reconnaissant là les restes de Mnasyrion, de même que nous avons» cru retrouver avec Spratt ceux d’Ixia autour du monastère de Plimmyri.
Voici, en effet, le texte de Strabon1:
« Merà Je A ivàov I %i& yt optov x.aî Mvac rvpiov , el0 6 Ara- 6vp iç.... tira, KapLstpoç..,. )>