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CHAPITRE XXL

RUINES DE VASILIKA. — HAGIOS-PHOKÀS. — MARMARO-VOURNIA.

SI AN A. — HAGIOS-ISIDOROS. — ARTAMITIS. — EMBONAS.

Vasilika. — A une heure de marche au N. de la vallée dite de Camiros, un plateau, qui domine la mer d’environ 300 mètres et que l’on atteint en gravissant des flancs raides et boisés, est semé de tas nombreux de pierres grises ayant servi à d’anciennes constructions et qui conduisent aune colline couverte de ruines plus importantes. C’est un amas confus de blocs renversés, du milieu desquels s’élèvent des pins et des cyprès qui ont pris racine de toutes parts ainsi qu’un fourré épais de broussailles et de ronces. Toutefois du sein mêmedecedésordreondistingueaisémentles traces d’une assez vaste enceinte rectangulaire construite avec des matériaux d’un grand appareil, qui reposent sans ciment les unes sur les autres et dont plusieurs rangées d’assises sont encore debout. Parmi ces pierres il en est plusieurs qui mesurent deux mètres de long sur un de large ; les unes ont été taillées grossièrement et sont presque brutes, les autres au contraire ont été équarries avec soin et sont la plupart relevées en bossage.

Autour et un peu au-dessus de cette enceinte, qui était sans doute celle d’un édifice public soit sacré, soit profane, on en remarque d’autres plus petites, mais

SUR L’ILE DE RHODES

bâties elles-mêmes avec des matériaux d’un puissant appareil et non cimentés. Les portes de quelques-unes de ces enceintes existent encore : elles consistent en deux grands blocs verticaux se dressant comme des pieds-droits et surmontés d’un troisième bloc horizontal qui forme linteau.

A quelle époque remontent ces ruines et quelle est la localité antique qu’elles représentent? je l’ignore. Tout ce que puis dire, c’est qu’aujourd’hui, comme du temps de Bondelmonte, elles portent le nom de Vasilika (B tzethxà). Cet écrivain, en effet, qui parcourut l’île de Rhodes en 1422 et qui malheureusement ne nous en a laissé qu’une bien courte description, cite quelque part1 cette localité comme ayant été jadis une ville importante et alors complètement ruinée.

« Quarum una olim erat civitas Vasilica dicta, quæ latinis imperatrix manifestatur et ad nihilum redacta. »

En examinant ces débris, je n’y ai découvert aucune inscription, et si le nom de Vasilikadonné à cet endroit a la même date que les ruines qui le portent, ruines qui offrent tous les caractères des constructions les plus antiques, nous sommes peut-être autorisés à penser par ce titre de B aeihxà, ou demeures royales , que c’était là une ville forte qui avait pu servir quelquefois de résidence aux anciens rois de Camiros. Si cette conjecture est fondée, la grande enceinte dont j’ai parlé était probablement celle de leur palais. Si, au contraire, la dénomination de Vasilika est plus mo- 1. Bondelmontii Liber Insularum , p. 73.

ÉTUDE

derne, et si elle n’a été imposée à cette localité qu a l’époque chrétienne, il est permis de conjecturer que ia vue de cette même enceinte et peut-être aussi quelque vieille tradition auront fait croire alors qu’il y avait eu jadis en ce lieu un temple, d’où sera dérivé le nom de Vasilika (nasilique).

Effectivement rien ne s’oppose à ce que l’on regarde la grande enceinte rectangulaire qui domine toutes ces ruines comme celle d’un sanctuaire antique; et s’il en était ainsi, je serais tenté d’y voir un de ces temples primitifs bâtis par les Telchines et, par exemple, celui des Mylantiens dont il est question dans Hésychius comme ayant été fondé par Mylas, l’un des Telchines, dans le district deCamiros.

« M vlocç, eiç twv T èkyLvw, oç toc iv K ocpceipcp kpoc Mir Xocv racov liïpvaocTo. a

A 20 minutes de Vasilika vers l’E. un monticule escarpé, appelé Hagios-Phokas , est couvert de quelques débris qui paraissent les restes d’un ancien retranchement. Il commande une riche vallée nommée Chimisala.

Un peu plus loin versleN., à l’endroit dit Marmaro- Vournia, un amas considérable de blocs antiques taillés avec soin et une colonne de marbre ébauchée semblent n’avoir jamais servi et provenir de quelque ancienne carrière des environs; car les flancs du Gramytis, de ce côté, ont été jadis exploités par la main de l’homme, qui en a tiré de la pierre et du marbre.

A l’extrémité septentrionale de cette montagne et avant de la tourner pour longer au S. le versant orien-

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tal de ce même massif, dans la direction de Siana , on passe devant une petite chapelle prés de laquelle coule une fontaine qu’ombragent de magnifiques mûriers. L’eau, extrêmement fraîche et limpide, descend de la montagne par un conduit maçonné et elle est recueillie dans un bassin rectangulaire construit avec de belles pierres antiques. Autour de cette fontaine sont épars sur le sol d’autres blocs helléniques et des débris qui témoignent que ce lieu était autrefois habité. On y voit encore aujourd’hui quelques cabanes et des jardins plantés de vignes.

Siana . — Sur le revers oriental du Gramytis, à 3 kilomètres au S. de cette source est le village de Siana, composé de 75 maisons. Il est commandé par une forteresse datant des chevaliers et assise sur un monticule rocheux et escarpé. Il ne reste plus de ce Kastro que les murs d’enceinte qui sont même en partie renversés. Intérieurement, tout est détruit et une végétation luxuriante de hautes broussailles s’est fait jour à travers les décombres accumulés; plusieurs grands arbres y ont également poussé et décorent de leur feuillage ces ruines pittoresques.

Aucun débris hellénique n’a attiré mon attention à Siana; j’ignore donc si ce village occupe l’emplacement d’une localité antique. M. Ross1 déclare cependant qu’on lui avait parlé d’anciens vases découverts en ce lieu et portant des inscriptions grecques. Il remarque en outre2 que la dénomination de Siava a quelque

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