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De bello Mithridat ., c. xxvi

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louchant aux murs de Rhodes et portant, elle aussi, à son sommet, de même que la grande montagne centrale de l’île, un temple dédié à Jupiter, est ainsi écrite « T aëvpiov » , mot que, dans des éditions plus récentes, on a cru à tort devoir corriger en préposant un a y pour en faire ÀzaÇvpiov. En effet la première leçon me semble préférable. Se rapprochant davantage du mot Phénicien Tabor , elle reproduit sans contredit la prononciation primitive, et Va dans Ât aêvpiov me semble une syllabe purement oisive et additionnelle : car aujourd’hui les habitants de l’île ne la prononcent pas ; ils suppriment en même temps le ê dans le corps du mol, le remplacent par un tréma sur lu qui suit et donnant à ce substantif une terminaison masculine; ils disent : 6 T dvpoç. » #

Quoiqu’il en soit, il est temps maintenant d’examiner en lui-même ce grand massif montagneux. Il a environ 20 kilomètres de circonférence, sa direction est N. -E. -S. -O.; ses flancs sont escarpés vers le N. -0., et presque nus; sur d’autres points, principalement vers l’E., ils sont en partie boisés et moins rocheux. Il consiste en une masse gigantesque de calcaire blanchâtre mêlé de petits silex et quelquefois uni à de la marne. Sa plus grande élévation est au N., et son sommet le plus considérable atteint une hauteur de 1500 mètres; c’est celui-là que nous allons gravir.

Les pentes du mont du côté d’Embonas sont trèsrapides. Toutefois, pendant une demi-heure, on suit un sentier praticable encore pour les mulets du pays, dont le pied si ferme et si sûr semble se jouer des

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obstacles les plus insurmontables, mais ensuite il faut grimper de roche en roche avec beaucoup de fatigue. Cette pénible ascension, qui demande au moins une heure et demie, n’offre du reste aucun danger ni aucune difficulté sérieuse; car les flancs du mont en cet endroit, tout abrupts et décharnés qu’ils sont, ont été disposés par la nature en une suite presque non interrompue de gradins qui s’échelonnent les uns les autres et qui sont comme les marches d’un escalier immense conduisant jusqu’au plateau supérieur. De distance en distance s’élèvent quelques vieux chênes-verts qui ont pris racine au milieu des rochers et qui par leur verdure interrompent un peu la monotone nudité de ces pentes âpres et stériles; çà et là aussi croissent des touffes d’herbes odoriférantes, connues des abeilles qui butinent autour de la montagne.

C’est le 20 juin 1854 que je fis cette ascension ; j’avais devancé le lever du soleil pour la commencer, afin d’éviter la chaleur; mais il enflammait déjà de ses rayons naissants le faîte du mont, au moment où j’y parvins. Une petite pyramide de pierres entassées confusément y a été construite par la main des bergers. Quel admirable panorama se déroula alors devant mes yeux! Les nuages légers qui, comme un brouillard transparent, s’étaient répandus dans les vallées à la première apparition de l’astre du jour se dissipaient peu à peu , et les dernières vapeurs du matin qui rampaient à la surface du sol s’évanouissaient insensiblement. Bientôt tout s’illumina d’une éblouissante clarté, et le disque du soleil montant de plus en plus au-dessus de

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l’horizon surgissait lentement dans un ciel serein et dont rien ne ternissait plus l’azur. Sans doute, la plupart des montagnes qui composent la chaîne des Alpes et celle des Pyrénées sont beaucoup plus hautes que le mont Taÿros; mais le coup d’œil dont on jouit de leurs cimes est souvent borné, soit par d’autres montagnes qui s’interposent comme un rideau immobile devant la vue, soit par des nuages errants ou des vapeurs condensées qui ne se dissipent presque jamais complètement et qui interceptent une grande partie de l’horizon. A Rhodes, au contraire, excepté pendant les plus mauvais mois de l’année, l’atmosphère est si pure et si diaphane, et le soleil a tant d’éclat, dans ce climat tout oriental, qu’on peut se figurer sans peine le magnifique spectacle qui doit frapper le regard lorsque, placé au centre de l’île, sur le sommet d’une montagne qui en domine les autres massifs les plus élevés d’environ 700 mètres et la mer de 1500, on plane librement et sans obstacles du haut de ce sublime observatoire tantôt sur les côtes variées et pittoresques de l’ancienne Doride, de la Lycie et de la Carie, tantôt sur tant d’îles jadis célèbres que baignent les flots de l’antique mer d’Icare et qui composent l’archipel des Sporades asiatiques. Ainsi Khalkia, Nisyros, Syme, Tilos, Cos, Calymnos, Leros, Patmos, Icaria et Samos au N. et au N.-O.; plus à FO., Astypalæa; au S. O., Carpathos, Casos et la grande île de Crète, sans compter une foule d’ilots qu’il serait trop long d’énumérer ici, se dessinent devant le spectateur charmé qui aime à promener de l’une à l’autre de ces îles ses

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regards et sa pensée, et à évoquer tour à tour les souvenirs que chacune d’elles rappelle. L’histoire nous raconte qu’Althémène, fils du roi Catrée, fuyant la Crète et ayant abordé à Rhodes , avait voulu établir un temple à Jupiter sur une montagne d’où il pût apercevoir sa patrie. Effectivement, il avait cette consolation, toutes les fois que le vent, balayant les nuages du S. -O., découvrait à ses yeux, au sommet du Taÿros, les rivages lointains de son pays natal et les cimes altières et neigeuses de l’Ida. Si, d’un autre côté, nous nous tournons vers l’Anatolie, d’autres régions et d’autres souvenirs se présentent à nous. Les deux presqu’îles de Cnide et d’Halicarnasse, le promontoire Triopium, le beau golfe de Telmissus, la fabuleuse montagne de la Chimère et les pics du verdoyant Cragus, qui semblent se perdre et se confondre avec l’azur du ciel, attirent surtout notre attention.

Mais si, limitant le champ de notre observation, nous nous arrêtons seulement à considérer l’île dont nous occupons le point central et culminant, nous pouvons de là en étudier à loisir la configuration, les différentes chaînes montagneuses, les baies et les promontoires, reconnaître en un instant et d’un seul coup d’œil toute la route que nous venons d’explorer et achever par la pensée celle qu’il nous reste à parcourir. L’île en effet se déploie tout entière autour de nous et à nos pieds comme un vaste plan en relief dû à la main du créateur lui-même et où tout s’anime et vit sous nos yeux. Du sommet où nous sommes placés, tous les grands traits de cet admirable tableau sont facilement

perceplibles ; lesprincipaux détails eux-mêmes n’échappent point à la vue.

Ainsi la plupart des villages qui ne sont pas cachés par des plis de terrain trop considérables apparaissent comme des taches blanches parsemées, soit au milieu des vallées, soit le plus souvent sur des collines ou bien sur le flanc des montagnes. De là on se rend compte de la faible partie de l’ile qui est cultivée et habitée et de l’étendue malheureusement si grande que l’homme et la culture ont abandonnée ; les forêts ellesmêmes, par le lointain de la perspective, ne se montrent guère que comme des plaques verdoyantes qui revêtent çà et laies pentes des monts ; les torrents ne sont plus que de simples cordons blanchâtres et sablonneux bordés d’une lisière de verdure, et l’écume blanchissante des vagues qui viennent mourir sur la grève ou qui rebondissent contre les rochers des promontoires ressemble à une frange argentée qui environne File et qui en suit et en décore tous les contours.

Tel est le merveilleux spectacle qui captiva longtemps mes regards, avant que je songeasse à étudier les ruines du temple de Jupiter que j’étais venu visiter. J’examinai surtout la grande charpente montagneuse de File. Traversée dans le sens de sa longueur elliptique par une arête dorsale qui court du N.-E. au S.-O. en projetant à l’E. et à FO. plusieurs rameaux secondaires, cette île, comme je Fai déjà dit, s’enfle dans sa partie moyenne; et là se dressent trois massifs principaux, le mont Saint-Elie au N. dont la chaîne s’étend de FE. à FO., le mont Gramytis au S. qui se pro-

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longe du N.-E. au S.-O. et entre les deux le mon Tayros, celui sur la cime duquel nous sommes en ce moment et qui s’élève, ainsi que je l’ai remarqué plus haut, de 700 mètres au-dessus des deux autres massifs. C’est, comme on le voit, le soulèvement de beaucoup le plus considérable de l’île ; il était donc naturel que ce mont, d’après la coutume religieuse des anciens, fût consacré par un temple et dédié au souverain maître des Dieux, de même qu’il est lui-même en quelque sorte le roi des montagnes de Rhodes ; mais dirigeons-nous actuellement vers les ruines qu’il présente.

A 150 pas au S.-E. de la plus haute cime du Taÿros on arrive à un plateau à peu près circulaire où des débris de l’antiquité laplus reculée jonchent le sol. Ces ruines ont déjà été décrites par plusieurs voyageurs et entre autres par Hamilton1 et par M. Ross . Qu’on me permette cependant d’en dire encore quelques mots.

Elles consistent en un grand péribole ou enceinte sacrée d’environ 40 mètres de long sur 35 de large. Ce péribole enfermait une cella (le naos proprement dit), longue de 14 mètres et large de 11. Ces deux enceintes ont été construites avec de gros blocs, les uns équarris et rectangulaires, les autres polygonaux et à moitié bruts. Ces blocs sont calcaires et grisâtres, et ils ont été tirés, comme on le pense bien, de la montagne même. Ceuxdu péribole sontplus considé-

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