‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 127 sur 134 · TÀber Insul p · texte numérisé non relu

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rencontre à l’O., sur les bords mêmes du plateau, deux grandes tours du moyen âge, éloignées d’environ 50 pas l’une de l’autre; le sommeben est démoli; elles regardent le village de Kremastos.

Vers le centre, le sol se relève légèrement et les ruines abondent davantage; on distingue encore l’emplacement et les restes de plusieurs bâtiments assez vastes, qui n’offrent plus qu’un monceau informe de pierres brisées et noircies par le temps; mais c’est la partie septentrionale surtout qui mérite d’être visitée. Là, sur le point culminant du plateau, des ruines plus belles et mieux conservées attirent l’attention. Ce sont celles d’un ancien monastère fondé par les chevaliers, ou du moins réparé et agrandi par eux. Trois salles voûtées et une partie de la chapelle dont les ogives sont très-élégantes subsistent encore. J’y ai remarqué plusieurs dalles et d’autres pièces et fragments de marbre blanc qui paraissent antiques et ont été probablement enlevés à quelque temple de cette acropole, peut-être à celui de Hera Telchina , déesse que vénéraient les Ialysiens, comme nous l’avons vu dans le passage que j’ai cité de Diodore de Sicile.

La nef de cette chapelle est actuellement à découvert, et la sacristie sert d’étable aux bœufs du Turc qui est propriétaire de la montagne. Ce sanctuaire est celui de Notre-Dame-de-toutes-les-grâc&s , Domina omnium gratiarum , dont il est question dans Bondelmonte et qui était de son temps l’objet de nombreux pèlerinages. Lors du premier siège de 1480, l’image miraculeuse et vénérée de cette madone avait été pro-

cessionnellement transportée à Rhodes; elle le fut également avant le second siège de 1522, pendant lequel Soliman, comme nous l’apprend l’historien Fontanus1, fit sa place d’armes du mont Philérémos et profana la chapelle du monastère en la transformant en salle de bains et en un asile d’impurs plaisirs. « Ad portam usque Ambosianam qua iter ad montem Phileremum est super cujus verticem tyrannus, sacello Deiparæ Virginis in balneas sedemque arcanarum libidinum etmonstruosi concubitus mutato, arcem erexit.»

A une centaine de pas au S. de ce monastère , est une autre petite chapelle souterraine et voûtée, longue de 6 mètres et large de 2 et demi ; les murs en sont entièrement couverts de peintures à fresque qui malheureusement sont très-effacées. Le colonel Rottiers les a reproduites dans quelques-unes des planches de son ouvrage sur les monuments de Rhodes, et il en donne la description pages 370 et suivantes : « On pense , dit-il , que ces peintures sont l’ouvrage d’un frère-servant de l’ordre nommé Sébastiano de Florence, élève de Gimabuë. Lors du siège de 1480 , les Turcs ont dégradé ces peintures; mais ensuite elles furent restaurées et repeintes à l’huile sur le dessin primitif des fresques. »

Si nous nous dirigeons vers l’angle N.-E. du plateau, d’autres ruines importantes se présentent également à nos yeux. On y reconnaît aussitôt celles du château qui servait de résidence au commandant militaire de la place. Entouré vers le S.-O. d’un fossé ar-

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