Geogr. sacra , p
Quant à identifier Achaïa avec Cyrbé, comme le propose, mais avec un point d’interrogation toutefois, M. Ross1, cela me semble inadmissible. Le seul écrivain ancien qui fasse mention de cette dernière ville, je veux dire Diodore2, nous apprend que « du temps des fils de Cercaphus, un grand débordement de la mer étant survenu, Cyrbé fut inondée par les eaux et abandonnée : alors ceux-ci se partagèrent la contrée et fondèrent chacun une ville qui porta son nom : »
« EttI de tovtoùv yevoftévYiç ^zyaknç, irhnpLpLvpidoç, èn ixAuor- Beïda. Yi Kupêy j èpyjp.oç èyéver 0, avrol de dieilovro ryjv ^copav? xai exaoroç eavzov ttôIlv optcovupiov ehtive. »
Si la ville de Cyrbé fut désertée par ses habitants à la suite d’une inondation des eaux de la mer, elle devait être par conséquent sur la côte et au niveau même du rivage, tandis que nous savons par Ergéas dans Athénée qu’Achaïa était une ville très-forte, ce qui nous porte naturellement à induire qu’elle était située sur une hauteur de difficile accès, hauteur qui, nous le répétons, est certainement le mont Philérémos d’aujourd’hui. Cyrbé devait être également dans l’Ialysie, ou, pour mieux dire, dans le district qui reçut plus tard ce nom, après la fondation d’Ialysos ; mais comme cette ville, à cause du débordement rapporté par Diodore, fut abandonnée dès les temps les plus reculés, il n’est pas étonnant qu’elle n’ait laissé aucune trace d’elle-même et qu’il soit à peu près impossible de
\ . Reisen auf den griechischen Inseln , p. 99, noie 11.
SUR LUE DE RHODES. 295
déterminerd’unemanière positive l’emplacement qu’elle occupait.
Pour en revenir à Ialysos , nous savons peu de chose sur l’histoire particulière de cette ville, qui se confond avec l’histoire générale de l’île de Rhodes.
Fondée parl’Héliade Ialysus à la même époque où les deux autres villes principales le furent par Camirus et Lindus, elle fut comme celles-ci colonisée dans le principe par des Phéniciens.
Quelque temps après, Cadmus1 aborda dans l’île de Rhodes. Il avait essuyé pendant sa traversée une violente tempête et il avait fait vœu , s’il y échappait , d’élever un temple en l’honneur de Neptune. Préservé du naufrage qu’il redoutait, il construisit ce temple à Ialvsos et il y laissa des Phéniciens pour le desservir. Ces Phéniciens obtinrent le droit de cité dans cette ville et se confondirent avec les habitants du pays qui du reste leur étaient unis par la communauté d’origine.
Si l’Ochyrôma d’Ialysos paraît avoir été, sous le nom d’Achaïa, l’une des premières places fortes occupées par les Phéniciens dans l’ile de Rhodes, elle fut également la dernière qui resta en leur pouvoir et où ils se défendirent longtemps avant d’être chassés de cette île par les Grecs. Deux Rhodiens, Polyzélus et Ergéas, qui avaient écrit sur l’histoire de leur patrie et dont les ouvrages malheureusement sont perdus, avaient recueilli les traditions relatives à l’expulsion des Phéniciens. D’après un extrait de leurs récits qui i. DioL, 1. V, 58,
ÉTUDE
nous a été conservé par Athénée4, Phalanthus, chef des Phéniciens, s’était enfermé dans la citadelle d’Achaïa où il fut assiégé par un certain lphiclus. Il se croyait d’autant plus imprenable dans cette place qu’ayant consulté l’oracle il lui avait été répondu que l’ennemi ne s’en rendrait maître que lorsque l’on verrait des corbeaux blancs voler dans l’air et des poissons nager dans les coupes. Cependant lphiclus, informé de cet oracle parvint à l’accomplir ou plutôt à l’éluder par la ruse, en envoyant à Phalanthus des corbeaux qu’il avait enduits de chaux et en ne relâchant un des serviteurs cle son rival, nommé Larca, qui était tombé entre ses mains au moment où il était sorti de la place pour aller puiser de l’eau à une source voisine, qu’à la condition qu’il s’engagerait à verser dans la coupe de son maître l’eau qu'il lui rapportait et où il avait pris soin de jeter lui-même une quantité de petits poissons.
Polyzélus ajoute qu’Iphiclus avait été secondé dans l’exécution de ce double stratagème par la propre fille de Phalanthus, à laquelle il avait inspiré une violente passion. Phalanthus, voyant l’oracle ainsi accompli, perdit courage et abandonna l’île avec les siens.
Cet événement, comme le remarque très-judicieusement M. Lacroix 4, est loin d’offrir dans ses détails le caractère de la vérité historique; on ne sait, d’ailjeurs, à quelle époque le placer. « Mais, poursuit le même auteur, cette tradition n’en est pas moins cu-
\ . Athénée , 1. VIII, c. 61.