I. L. Lacroix, l'Univers. Iles de la Grèce , p
SUR I/ILE DE RHODES, rieuse, comme étant le seul souvenir conservé par l’histoire de la lutte qui dut nécessairement s’engager entre les deux nations qui se disputèrent dans ces temps reculés la possession de l’île de Rhodes. » Ialysos, dont la citadelle avait été le dernier boulevard de la domination des Phéniciens dans cette île, fut, après leur expulsion, tour à tour possédée et rebâtie par les diverses colonies grecques qui leur succédèrent. A l’époque de la guerre de Troie, l’ile entière paraît avoir été soumise au sceptre d’un même roi; car Homère, dans le passage que j’ai déjà cité de ce poète, nous dit que l’Héraclide Tlépolème amena au secours des Grecs neuf vaisseaux, montés par les courageux Rhodiens qui habitaient les villes de Lindos, d’ïalysos et de Camiros. Où résidait alors ce roi unique? C’est ce qu’Homère ne nous dit pas. Peut-être était-ce à Lindos qui semble avoir été la plus importante de ces trois cités. Ialysos devint ensuite l’une des six villes dont la confédération composait l’hexapole Dorique. Elle dut concourir, avec Lindos et Camiros, à la fondation des différentes colonies que les Rhodiens fondèrent sur divers points de la Méditerranée. Elle eut des monnaies qui lui étaient propres, comme nous le voyons -par Hésychius :
<( la).v<Tia, roc iv I ockvGà vopLapocroc, »
Ce qui indique qu’elle avait également un gouvernenement particulier. Le nom d’un de ses rois nous est connu par un passage de Pausanias2, qui nous raconte qu’après la prise d’Ira et la seconde guerre de Messénie 1. Pausanias, IV, c. xxiii.
ETUDE
Aristomène se réfugia à la cour de Damagète, roi dTalysos. A cette époque donc, c’est-à-dire 668 ans avant l’ère chrétienne, le régime monarchique était encore en vigueur dans l’île de Rhodes, ou du moins dans le district dTalysos; plus tard, il fut remplacé par le régime républicain, qui était déjà établi depuis longtemps, lorsqu’en l’an 408 avant J.-C., les habitants dTalysos se réunirent à ceux de Camiros et de Lindos pour fonder la ville de Rhodes. Cette fondation, commeje l’ai dit précédemment, en enlevant à ces trois anciennes villes leur importance et une grande partie de leurpopujation, fut le signal de leur décadence, surtout en ce qui concerne lalysos. Aussi Strabon se contente-t-il de lui donner le nom de bourg, tandis qu’il désigne encore les deux premières par celui de villes. A l’époque byzantine et, à plus forte raison au moyen âge, il n’est plus question dTalysos dans l’histoire, et sa ruine devait être déjà à peu près consommée. Son acropole seule était encore fortifiée. Sous les chevaliers, un monastère célèbre y florissait : c’est celui dont nous avons décrit les ruines.
Aujourd’hui ce plateau justifie plus que jamais la dénomination de Philérémos (ou ami de la solitude) qu’il porte depuis longtemps en échange de celle d’Ocliyrôma , qui elle-même avait remplacé celle d 'Aclia'ia, car sa vaste enceinte est déserte ; citadelle et monastère, tout n’est plus que débris, et le silence de ces ruines n’est interrompu que par le bruit des pas du Musulman possesseur de la montagne, qui de temps en temps parcourt son domaine , ou par le mugisse-
SUR L’ILE DE RHODES
ment de ses bœufs qui broutent les herbes sauvages éparses sur le sol et qui ont pour étable la chapelle , jadis si sainte et si vénérée, de Notre-Dame-de-toutesles-Grâces.*
Avant de terminer ce chapitre et de nous éloigner d’Ialysos, je citerai le seul poëte que cette ville ait produit ou du moins dont le nom et quelques vers soient arrivés jusqu’à nous'; je veux parler de Timocréon que nous connaissons principalement par un passage de la Vie de Thémistocle , de Plutarque , ch. 26. Ce poëte, qui poursuivit de ses traits mordants et satiriques Thémistocle, s’était exercé surtout à l’invective. Les deux ou trois petits fragments que nous avons de lui ne manquent ni de verve ni d’énergie. Il fut également l’ennemi acharné de Simonide et il passa sa vie à déchirer la réputation de ses rivaux en poésie. Il était en même temps athlète vigoureux, mangeur insatiable et buveur intrépide, comme le prouve l’inscription suivante qui fut placée sur sa tombe et qu’on attribue à Simonide.
Il ollà tîlcùv, x al nolXà çpaywv, xoà 7 xoïlà xax eincùv Avôpcdnovçy xeïfj-aL TtpLoxpéoiv Poiïioç.
Après avoir beaucoup bu, beaucoup mangé et dit beaucoup de mal des hommes, je repose ici, moi Timocréon le Rhodien. »
Par une inadvertance singulière qui a déjà été relevée par le colonel Rottiers et par M. Ross , M. de Hammer1 place le mont Philérémos à Symbülli et il voit le mont Saint-Etienne dans celui de Philérémos.
i. De Hammer, Topographische Ansichten , etc., p. 80 et suiv,
ÉTUDE
L’erreur est si palpable qu’il me semble inutile de la réfuter à mon tour; en effet le mont Philermus indiqué par Bondelmonte comme étant à 5 milles de la ville de Rhodes est toujours désigné par les Grecs sous ce même nom , et ensuite nous avons retrouvé sur son sommet les ruines de la place-forte et de la chapelle vénérée dont parle cet auteur. Il est donc impossible de se méprendre sur ce point, et je ne puis comprendre comment M. de Hammer a pu commettre une pareille erreur. Cette erreur malheureusement est devenue capitale dans l’article qu’il a écrit sur la topographie de Rhodes ; car en déplaçant le mont Philérémos pour le reporter arbitrairement à Symbülli, et en prenant comme point de départ et comme base de tout son système, dans le plan qu’il donne de la ville de Rhodes, la position erronée de ce mont, il a interverti complètement, ainsi que je l’ai montré plus haut1 l’ordre véritable des divers bastions, ce qui jette
une étrange confusion dans la manière dont il raconte
les deux grands sièges de Rhodes.