‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 17 sur 134 · Id., XVI · texte numérisé non relu

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lanède et le caroubier, qui mériteraient d’être multipliés dans l’île, tant ils coûtent peu de soins et s’y développent facilement, n’y sont, à cause de leur nombre trop peu considérable, que d’un rapport annuel assez médiocre, qui se borne à 12000 quintaux de vallonées et à 8000 okes de caroubes. Les caroubes servent à la fois à la nourriture des hommes et à celle des animaux. Pline1 parle du caroubier comme ne se trouvant point en Égypte, mais en Syrie, en Ionie, près de Cnide et à Rhodes.

« Non enim in Ægypto nascitur (ceronia), sed in Syria Ioniaque et circa Cnidum atque in Rhodo. »

En Europe, les fruits de cet arbre sont uniquement réservés aux bestiaux; ils y sont, du reste, plus amers et plus indigestes que ceux qu’on récolte dans les pays que je viens de nommer. En tout cas, c’est, même dans le Levant, une nourriture assez grossière, à l’usage seulement de la partie la plus pauvre de la population.

Le fruit du chêne vélanède est recherché pour le tannage des peaux. Cet arbre est d’un produit considérable par la grande quantité de glands qu’il peut fournir, quand il est en pleine vigueur, et il acquiert alors des proportions gigantesques.

Il me reste encore à mentionner quelques autres arbres qui se rencontrent communément dans l’île de Rhodes et qui sont plus spécialement des arbres d’agrément. Comme ils y forment l’embellissement naturel des jardins et des places publiques et que l’ombre 1. Hist. nat ., XIII, 16.

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qu’ils répandent ou le charme qu’ils ajoutent aux lieux qu’ils décorent les font généralement respecter par l’homme, on les laisse d’ordinaire parvenir jusqu’à une extrême vieillesse. Ce sont le peuplier blanc aux feuilles cotonneuses et argentés, le térébinthe qui devient si beau en Palestine et en Syrie et qui dans File de Rhodes atteint également un développement remarquable; le platane qui aime à croître au bord des eaux et que son port majestueux, son large et gracieux feuillage et l’ampleur de ses vastes rameaux ont fait choisir de préférence en Grèce et en Orient pour ombrager les sources et les fontaines; le sycomore aux feuilles dentelées et au bois incorruptible, le palmier enfin qui abonde surtout dans les jardins dont la ville est entourée et qui, extrêmement rare dans les autres îles de l’Archipel, à l’exception de celles de Crète et de Chypre, l’est beaucoup moins à Rhodes et par sa présence communique aux paysages de l’île un caractère tout oriental.

Au nombre des principales plantes, soit légumineuses, soit autres, je signalerai seulement les ognons qui y sont excellents et cultivés sur une assez grande échelle dans plusieurs localités, les concombres, les artichauts, les pastèques, les courges, les tomates, un peu de coton et de tabac, etc.

Disons maintenant un mot de quelques-uns des animaux que l’île renferme.

Les chevaux y sont en fort petit nombre. Les seuls presque qu’on y remarque sont ceux du Pacha et de sa suite, de quelques Turcs aisés et des Cavas à cheval

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qui forment comme la gendarmerie mobile de l’île. Ces chevaux viennent pour la plupart d’Anatolie.

Les mulets au contraire sont assez nombreux. Comme il n’y a aucune voiture dans l’île, faute de routes praticables, ce sont eux qu’on emploie à tous les transports. Ils sont très-vigoureux, ont le pied sûr et l’allure en même temps douce et rapide. Ceux qu’on destine plus spécialement à servir de bêtes de selle ont surtout du prix, lorsqu’on les a habitués à aller l’amble. Leur valeur peut alors atteindre pour les meilleurs jusqu’à 1000 fr. ; leur prix moyen est de 180 à 200 fr.

Les ânes sont petits et d’une valeur trois fois moindre.

Les bœufs sont d’une taille moyenne et d’une race médiocre. Le nombre en est d’ailleurs très-limité : on les emploie au labour.

Les moutons prospèrent mieux, et c’est presque la seule viande que l’on mange dans l’île, soit bouillie, soit rôtie.

Les chèvres abondent également, et il n’est pas même rare de les rencontrer au milieu des montagnes à l’état sauvage. Elles y broutent les jeunes pousses des arbres et occasionnent de grands dégâts dans les forêts. 11 en est de même de celles qui vivent en troupeaux; comme elles errent souvent en toute liberté, elles ravagent les endroits qu’elles parcourent. Le prix moyen d’une brebis est de 6 fr. et celui d’une chèvre de 5.

Les cochons sont généralement noirs; ils rôdent au-

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tour des habitations de ceux qui les possèdent et ne se nourrissent guère que d’ordures; aussi sont-ils beaucoup moins gros que les nôtres et leur chair est flasque et insipide.

La volaille consiste presque uniquement en poules. Pline1 nous apprend que les coqs de Rhodes étaient autrefois extrêmement braves et que plusieurs d’entre eux ne naissaient que pour la guerre et de continuels combats.

(( Quidam galli ad beîla tantum et prælia assidua nascuntur, quihus etiam patriam nobilitarunt, Rhodum ac Tanagram. »

Depuis longtemps ces luttes n’ont plus lieu. Pline ajoute que les poules y pondaient peu et étaient fort lentes à couver et à élever leurs poussins. Ont-elles encore ce défaut d’aujourd'hui? je ne le pense pas. Leur fécondité du moins semble prouvée par le bon marché des œufs dans la plupart des villages.

Le miel de Rhodes était estimé dans l’antiquité; il en est fait mention par un grammairien1 à côté du miel de l’Attique. Toutefois il devait être inférieur à ce dernier, attendu qu’on avait coutume d’importer dans dans cette île du miel du mont Hymette. Celui qu’on recueille encore aujourd’hui n’est pas trop au-dessous de son ancienne réputation; il a un goût très-parfumé, ce qui provient des herbes et des plantes aromatiques dont les abeilles distillent les sucs.

L’île ne contient pas d’animaux féroces, à part

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