‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 27 sur 134 · DE RHODES, TURQUES, JUIVES, GRECQUES ET FRANQUES · texte numérisé non relu

DE RHODES, TURQUES, JUIVES, GRECQUES ET FRANQUES

La ville capitale ou Rhodes, connue plus communément par les habitants sous le nom de Kastro, renferme 5500 Turcs et 1000 Juifs. 500 autres Turcs résident dans les faubourgs ou sont disséminés dans l’intérieur de l’île.

Turcs. — Ce sont les descendants de ceux qui sont venus s’établir à Rhodes, après la conquête qu’en fit Soliman en 1522. Ils vivent, à l’exception d’une centaine de familles au plus, renfermés dans l’enceinte des remparts. La milice dont j’ai parlé est prise parmi eux, et ils serviraient tous au besoin d’appui au pacha contre les Grecs. Issus de la race conquérante et héritiers des droits qu’elle leur a légués, ils soutiendront toujours l’autorité, quand il s’agira de maintenir les races vaincues dans la soumission, et ils essaieront de la renverser ou tout au moins la maudiront en secret toutes les fois qu’ils la trouveront trop favorable aux rayas et comme tendant à compromettre par là leurs anciens privilèges. C’est ainsi qu’en 1822 ils formèrent un complot contre l’un des gouverneurs les plus justes et les plus estimables qui aient administré File de Rhodes, je veux dire Youssouf-Bey. Us lui imputaient à crime son équité égale pour tous ceux qui dé-

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pendaient de sa juridiction, et, dénoncé pour cela comme traître envers le sultan et envers leKoran, il fut rappelé. Ils doivent actuellement ne se plier qu’avec la plus grande répugnance aux mesures nouvelles et aux réformes radicales qui viennent d’être décrétées par la Sublime Porte, si toutefois elles sont déjà appliquées. Car ces réformes, que les circonstances du moment et la pression civilisatrice des grandes Puissances de l’Occident ont pu seules arracher au Divan, doivent, on le comprend sans peine, coûter cher à l’orgueil de la race ottomane, habituée jusqu’ici à commander et à jouir de plusieurs prérogatives très-importantes.

L’un de ces privilèges pour les Turcs de Rhodes, qui leur a permis de dominer plus facilement les Grecs de l’île, c’est qu’eux seuls peuvent habiter la capitale, où ils sont protégés par une enceinte très-fortifiée. Ce n’est pas que les Grecs n’aient le droit d’y venir pendant le jour et d’y circuler autant qu’ils le désirent; iis y ont même des boutiques où ils se livrent au commerce et à différents métiers; mais à peine le soleil commence-t-il à décliner à l’horizon qu’ils doivent se hâter de fermer leurs magasins et de quitter la ville; car, à l’instant môme où cet astre se couche, un coup de canon est le signal de la fermeture des portes : les ponts-levis sont aussitôt levés, et malheur alors au raya qui serait surpris au dedans des remparts ! Condamné pour la première fois à une amende, il serait, en cas de récidive, puni par une dure bastonnade. Cette interdiction absolue pour les rayas d’habiter l’enceinte

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fortifiée et leur désarmement complet dans l’île entière ont été deux mesures à la fois très-simples et trèshabiles qui ont contribué puissamment à maintenir à Rhodes avec des troupes peu nombreuses la domination de la race turque sur celle des vaincus. Elles subsisteront probablement encore longtemps; car, autrement, ce serait pour les Turcs une abdication véritable de leur suprématie sur l’ile, oti du moins il leur faudrait, pour la conserver, entretenir dans cette île des forces plus considérables. En effet, entre eux et les Grecs, quoi qu’on fasse, il y aura toujours une instinctive et invincible antipathie; vouloir opérer entre ces deux races si différentes l’une de l’autre et qu’un abîme immense sépare, la différence de religion, une fusion intime- et véritable qui aboutisse à identifier leurs intérêts et leurs volontés, c’est, je crois, poursuivre une chimère. Les Turcs ne seront jamais réellement aimés des Grecs; ils pourront seulement être moins haïs, s’ils sont plus justes et moins barbares. Maintenant que la force est prête à leur échapper, ils doivent s’efforcer de retenir et d’attacher à eux par l’équité ceux que le sabre leur a jadis soumis.

Les Turcs ont à Rhodes trois écoles pour les garçons : les petites filles n’y vont pas; aussi les femmes mahométanes, là, comme dans tout le reste de la Turquie, sont-elles plongées dans la plus profonde ignorance. Elles sortent rarement et toujours voilées; les plus riches sont servies par des négresses; les autres vaquent elles-mêmes aux divers soins du ménage.

Aux Turcs appartiennent toutes les plus belles mai-

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sons de la ville, de jolis jardins dans les faubourgs et des fermes nombreuses dans l’intérieur de I’île. Les plus pauvres sont bateliers, marchands ou occupés à différents métiers.

Ils ont sept à huit mosquées, dont je dirai un mot plus tard et à l’entretien desquelles sont préposés plusieurs imans; des muezzins appellent les fidèles à la prière du haut des minarets.

Un mufti veille à tout ce qui concerne la religion et décide, par ses arrêts ou fetwas, le sens dans lequel il faut entendre et appliquer les articles du Koran sur l’interprétation desquels il est consulté.

Un kadi rend la justice. #

Juifs. — Les Juifs de Rhodes se bornent cà un millier d’individus; ils sont presque tous d’origine espagnole et, chassés de file par Pierre d’Aubusson, ils y sont revenus après la conquête des Turcs. Ils occupent dans le Kastro un quartier à part, espèce de ghetto qui n’est point fermé, mais en dehors duquel ils ne peuvent habiter. S’ils ont le privilège de rester ainsi jour et nuit près de leurs maîtres, c’est d’abord qu’ils sont peu nombreux et ensuite que, façonnés depuis de longs siècles à l’esclavage, ils courbent d’euxmêmes sous le joug une tête souple et docile. Les Turcs les méprisent trop pour les craindre, et en outre ils les emploient volontiers, parce que ces derniers ont l’art de se rendre nécessaires en beaucoup de choses et qu’ils savent se plier à tous les métiers, même les plus humbles et les plus rampants. Aussi les gardent-ils sous la main, comme des instruments utiles.

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faciles à manier et qui ne se retourneront jamais contre eux.

Les Juifs ont dans leur quartier deux synagogues; ils ont également deux rabbins qui sont tout à la fois pour eux les interprètes des Saintes Écritures, leurs patrons auprès du Conseil présidé par le pacha et leurs juges dans tous les cas» qui se rattachent à leur religion.

Ils ont trois écoles que fréquentent environ cent vingt garçons. L’éducation de ceux-ci est achevée d’ordinaire à douze ans, et même plus tôt; car elle se borne à la lecture, à l’écriture, à quelques notions de calcul et à la connaissance des principaux dogmes de leur foi. La méthode employée par les maîtresjuifs est à peu près la même que celle qui est misé en pratique dans les écoles primaires musulmanes. Les enfants apprennent tous en même temps leurs leçons à voix haute et légèrement cadencée; ils sont accroupis par terre en face et autour du maître, qui lui-même est as"sis d’une façon semblable, les jambes croisées sur une mauvaise natte, à l’un des angles de la salle où il enseigne. Il est ordinairement armé d’une longue baguette flexible, qui est une menace éternelle toujours suspendue sur la tête des paresseux ou des turbulents, et qui lui permet, sans qu’il ait besoin de se déranger de place, d’aiguillonner de loin la nonchalance des uns ou de corriger l’indiscipline des autres.

Il n’y a point d’école pour les petites filles. De là vient que les femmes juives, de même que les femmes turques, ne savent ni lire ni écrire. Comme celles-ci,

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elles vivent retirées chez elles, occupées du soin de leur ménage ou dévidant de la soie. Elles ne sortent guère que pour aller chercher les provisions nécessaires à la famille ou pour se rendre à la fontaine. C’est là qu’elles se voient les unes les autres et qu’elles se communiquent les nouvelles du jour. Quand elles reviennent ensemble, tenant avec grâce sur une de leurs épaules leurs urnes pleines, elles forment un tableau digne d’être reproduit par un pinceau habile et qui est comme empreint de couleurs toutes bibliques.

Les juives de Rhodes sont assez remarquables par leur beauté; le type des jeunes filles surtout ne manque ni d’agrément ni de délicatesse. À une douce physionomie, à un teint blanc et en quelque sorte diaphane, elles joignent une certaine langueur orientale qui se réflète dans leurs yeux, sur leurs traits et dans leur démarche. Presque toutes savent un peu jouer d’une espèce de guitare qui ressemble à la mandoline espagnole, et, dans leurs fêtes de famille, elles accompagnent du son de cet instrument soit leurs chants, soit leurs danses. Les airs qu’elles jouent, comme ceux qu’elles chantent, sont peu variés, eUes mêmes notes reviennent souvent avec une sorte de refrain sentimental et légèrement mélancolique qui , sans émouvoir profondément Famé et lui imprimer des secousses vives et diverses, la remue cependant et la pénètre insensiblement. Leurs danses ont de même quelque chose de calme et de posé, et je croirais volontiers qu’elles sont antiques.

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A certains jours déterminés, les femmes juives ont coutume de visiter, dans le cimetière qui a été assigné cà leur nation en dehors des remparts, les tombeaux ou reposent les membres défunts de leur famille. Mais c’est principalement lorsqu’elles viennent de faire une perte récente et que celte perte a brisé une de leurs affections les plus chères, qu’elles vont sur la pierre sépulcrale qui recouvre cet objet aimé donner un libre cours à leurs regrets et à leur douleur. Elles s’y rendent accompagnées de leurs amies et quelquefois même de pleureuses à gages. Celle qui mène le deuil s’avance la première en agitant convulsivement audessus de sa tête un mouchoir et en poussant par intervalle des cris perçants que répètent en chœur les autres femmes qui la suivent. A mesure qu’on approche de la tombe, les gémissements redoublent; enfin, lorsqu’on y est arrivé, on fait halte. La parente du défunt ou de la défunte se prosterne ou plutôt se jette avec désespoir sur la pierre tumulaire ; et dans cette posture elle fait entendre de véritables hurlements de douleur auxquels sa suite fait écho. Puis, toutes ensemble s’accroupissent autour du tombeau, et alors commence une sorte de chant funèbre en l’honneur de celui ou de celle qui n’est plus et que ces femmes viennent pleurer. Celle qui leur donne, pour ainsi dire, le ton improvise un hymne de deuil et débite des espèces de strophes très-courtes, entrecoupées par des sanglots et accompagnées des gestes les plus expressifs. Bientôt s’animant elle-même et s’exaltant de plus en plus, elle finit par tomber dans un délire

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apparent qui se communique, par une sorte de contagion sympathique, à toute son assistance, laquelle, si je puis parler ainsi, se monte peu à peu au diapason de son désespoir. Mais épuisée par la violence meme de ses plaintes et de ses gémissements, elle ne peut pas se maintenir longtemps dans Get état désordonné et presque frénétique. Insensiblement sa douleur, par* venue à son paroxisme, décline et s’apaise, et ce concert de lamentafipns, de hurlements et de sanglots se ralentit et s’éteint.

Cette affliction, qui éclate d’une manière si bruyante, n’est pas toujours, comme on le pense bien, véritable et sincère, et quelquefois ce ne sont-là que des douleurs d’emprunt et de comédie; mais alors même qu’elles sont fausses, elles sont simulées par les femmes qui les jouent avec une imitation si fidèle et si expressive de la nature que ces femmes, de comédiennes qu’elles sont d’abord, s’identifient bientôt complètement avec leur rôle, et ces scènes de deuil, qui commencent plus d’une fois par des contorsions grimamaçantes et des larmes mensongères, se terminent ordinairement par des sanglots réels et des pleurs véritables qui paraissent sortir du cœur en môme temps que des yeux.

Il est inutile d’ajouter ici que ces lamentations funèbres sur les tombeaux remontent à la plus haute antiquité. C’est un usage qui paraît aussi vieux que l’Orient où il est né et où il règne encore presque partout. On le retrouve aussi chez plusieurs peuples de l’Afrique; enfin, dans certaines contrées méridional

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les de l’Europe, il en subsiste çà et là quelques vestiges qui s’effacent et disparaissent de plus en plus.

Grecs . — J’arrive maintenant à la troisième race qui habite l’île de Rhodes et qui forme le fond principal de la population, je veux dire la race grecque. Les Grecs de cette île sont au nombre de 20 000, parmi lesquels 5000 environ se sont établis dans les faubourgs de la capitale.

La plupart de ces derniers exercent différents mé~ tiers, comme ceux de menuisier, de charpentier, de sellier, de cordonnier, etc. ; quelques-uns ont dans la ville des boutiques où ils peuvent se rendre après le lever du soleil; d’autres sont marins; d’autres enfin sont jardiniers et vendent les légumes et les fruits qu’ils récoltent.

Ils ont deux écoles pour les garçons, l’une au faubourg de Néomaras et l’autre à celui de Métropolis. Elles sont fréquentées par 260 enfants. On y enseigne le grec moderne, un peu d’histoire, d’arithmétique et de géographie ; et, dans une classe supérieure, les élèves les plus âgés et qui montrent le plus d’aptitude apprennent le grec ancien, dont on leur met entre les mains quelques chefs-d’œuvre. Il n’y a point d’école spéciale pour les filles; mais j’ai remarqué une douzaine d’entre elles qui suivaient les exercices de l’école primaire des garçons.

Dans l’intérieur de file, c’est-à-dire dans les 47 villages qu’elle renferme, je n’en ai trouvé qu’un seul qui eût une école ; c’est celui d’Archangélo, et encore n’est-elle fréquentée que par 35 enfants au

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plus. Elle est dirigée par le papas de ce village important. Partout ailleurs, sauf deux *ou trois enfants auxquels le papas de l’endroit apprend un peu à lire et à écrire, pour qu’ils puissent servir d’enfants de chœur à l’église, tous les autres sont élevés dans l’ignorance la plus absolue. Dans le village de Katavia, un maître de l’île de Khalki avait fondé, il y a quatre ans, une petite école : au moment où je traversai cette localité, en juin 1854, je le vis n’ayant que 6 à 7 enfants ; et, comme le mince traitement qu’on lui avait fait lui permettait à peine de vivre, il était décidé à quitter File de Rhodes et à retourner sur son âpre rocher, près de sa famille.

L’instruction, même la plus élémentaire, est donc, comme on le voit, à peu près nulle dans l’intérieur de nie. Les habitants, sans exception, à commencer par les papas eux-mêmes, sont uniquement adonnés aux travaux de la campagne ou à des métiers de première nécessité. « Nous ressemblons à de véritables bêtes de somme, me disait un jour en gémissant un bon vieillard à qui je demandais s’il y avait une école dans son village. De père en fils, chacun de nous est condamné à vivre et à mourir pauvre et ignorant.. Notre papas lui-même sait tout au plus lire. Gomment voulez-vous que nous puissions payer les frais d’un maître d’école? car c’est à peine si, avec le travail de nos mains et celui de nos femmes et de nos enfants, nous pouvons amasser de quoi subsister et acquitter les trois impôts qui pèsent sur nous, le kharatsch, le capitanlik et le decation. »

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Qu’on n aille pas, en effet, attribuer cette ignorance dont je parle à une certaine lourdeur et à une apathie naturelle d’esprit. Non, là, comme partout, la race grecque est intelligente, vive et curieuse; mais par une sorte de nécessité politique et une défiance instinctive, le Gouvernement turc se garde bien d’encourager le développement des lumières parmi les populations qui ne lui sont soumises qu’à regret et qui aspirent toujours secrètement et quelquefois meme ouvertement à échapper à sa domination. Il sait par expérience qu'il n’est pas bon de permettre aux Grecs principalement d’étudier à loisir les titres de leur ancienne gloire et de réveiller en eux des souvenirs qui pourraient les faire rougir de leur abaissement actuel et les exciter à revendiquer leur émancipation et leur indépendance.

Tout le monde a entendu parler des qualités et des défauts qui caractérisent les Grecs en général. Ces qualités et ces défauts constituent en quelque sorte le type fondamental de la race grecque, type que les siècles et les événements ont pu singulièrement modifier, mais qui cependant permet de reconnaître assez facilement dans les Grecs d’aujourd’hui les descendants des Grecs d’autrefois. Si leurs grands hommes, tels que nous les dépeint Plutarque, sont morts depuis longtemps avec l’ancienne Grèce et s’ils ont été comme ensevelis avec les écrivains qui les ont célébrés, le gros de la nation, c’est-à-dire les Grecs réduits à leur taille ordinaire et non plus grandis par les événements et aussi par les éloges souvent exagérés des biographes et des

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historiens, les Grecs, par exemple, tels que nous les montrent les comédies d’Aristophane, se retrouvent encore jusqu’à un certain point dans les Grecs de nos jours.

Pour ne parler ici que de ceux qui habitent l’île de Rhodes, je vais essayer d’indiquer en peu de mots quelques-uns des traits qui les distinguent. Ils se divisent en trois catégories : les marins, les petits marchands ou artisans qui peuplent les faubourgs de la ville, et les paysans dispersés dans l’intérieur de l’île.

Les marins rhodiens, comme presque tous les marins grecs, étant habitués dès l’enfance à se jouer sur de frêles barques au milieu des vagues, ne manquent ni d’habileté ni de hardiesse pour affronter les périls de la mer, et c’est un spectacle toujours plein d’intérêt que celui qu’ils offrent lorsqu’on les voit lutter avec de légères embarcations contre les vents et les flots, et entreprendre souvent ainsi d’assez longs voyages. Mais ils sont maintenant en petit nombre, et la marine rhodienne, jadis si florissante, est singulièrement déchue de sa gloire et de sa puissance; c’est même à peine si actuellement elle peut s’appeler une marine. Qu’est devenu le temps où la Méditerranée presque tout entière était sillonnée par les vaisseaux de Rhodes et respectait son pavillon, où les arsenaux immenses de cette ville pouvaient suffire aux armements les plus formidables et où son Code maritime faisait loi dans le commerce, comme le plus sage et le plus complet de tous? De tout cela il ne reste plus que le souvenir. Les marins de cette île, réduits

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à trois ou quatre cents, trouvent en outre depuis quelques années une concurrence redoutable, qui a fini par les écraser, dans les paquebots à vapeur français et autrichiens qui desseryent la ligne de Constantinople à Alexandrie, et qui, faisant escale à Rhodes, y importent ou en exportent presque tous les articles qui entrent dans file ou qui eu sortent.

On n’ignore pas que les marins Grecs de plusieurs îles de l’Archipel croient pouvoir sans déshonneur unir la piraterie au commerce : c’est pour eux un double métier qu’ils considèrent et estiment autant l’un que l’autre; et, s’ils se livrent maintenant plus rarement au premier, c’est qu’il est semé pour eux de beaucoup plus de dangers et de moins de profits, depuis que les parages des mers de la Grèce sont mieux connus et que les criques les plus mystérieuses qui servaient de refuges aux pirates ont été explorées et fouillées avec plus de soin par les navires chargés de leur donner la chasse. A Rhodes, les Grecs qui appartiennent à la classe des marins, soit par suite d’habitudes plus douces et plus honnêtes, soit parce qu'étant surveillés de plus près par le pacha ils ne pourraient que difficilement, à leur retour, échapper au châtiment de leur crime, n’ont pas la triste renommée que l’exercice de la piraterie a donnée et donne encore à d’autres insulaires de l’Archipel.

La seconde classe de Grecs que j’ai mentionnée est composée de ceux qui sont occupés de divers métiers et qui tiennent de petites boutiques dans la ville ou dans les faubourgs. On peut penser naturellement, sans

que j’aie besoin de le dire, que cette fécondité inépuisable de ruse et d’astuce, qui est comme inhérente au génie de la nation grecque, ne manque pas plus aux artisans et aux marchands de Rhodes qu’à tous les autres de la Grèce; mais les occasions de la manifester sont pour eux plus rares. Dans cette île, en effet, le commerce et l’industrie languissent comme tout le reste, et l’amour du gain s’y montre moins artificieux et moins fertile en supercheries frauduleuses, parce qu’il est paralysé dans son essor et qu’il n’est point surexcité comme à Smyrne, par exemple, et à Constantinople, par la multiplicité des affaires, par une concurrence effrénée et incessante et par une foule d’étrangers qui se succèdent continuellement, proie toujours nouvelle offerte à la cupidité et à la duperie.

Quant à la troisième classe de la population grecque de l’île, elle est à elle seule trois fois plus nombreuse que les deux précédentes; c’est celle des habitants de la campagne. Disséminée dans 47 villages différents, dont les uns avoisinent les côtes et les autres sont comme cachés et perdus dans l’intérieur sur les flancs des montagnes ou au fond des vallées, elle vit attachée au sol qui l’a vue naître et presque uniquement adonnée aux travaux de la culture. Pacifique et hospitalière, simple dans ses mœurs, pauvre et ignorante, elle s’est peu à peu accoutumée à la domination des Turcs et elle tremble devant ses maîtres qui du reste ont pris soin de la désarmer complètement. Chaque village est administré par deux primats élus par les habitants et confirmés par l’autorité. L’un ale titre de

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TTpoEŒTÙç et l’autre celui de npoiroyepoic. Nommés pour un an, ils peuvent être prorogés indéfiniment dans leurs fonctions. Ce sont eux qui répartissent les impôts dans leurs communes respectives; ils sont chargés aussi du soin de juger certains petits différends qui peuvent s’y élever; mais les causes un peu importantes en matière civile, commerciale ou criminelle sont portées devant les tribunaux de Rhodes. Ces primats répondent auprès du pacha de la tranquillité de leurs administrés; ils reçoivent et transmettent ses ordres. Pour contrôler leurs propres actes, celui-ci a ordinairement une police secrète, consistant en espions échelonnés dans l’île : quelquefois ce sont des Juifs qui, en faisant le métier de colporteurs de marchandises, recueillent dans leur tournée les nouvelles et les bruits qui circulent, et à leur retour en font part à l’autorité. Par intervalle aussi, le pacha envoie ses propres cavas dans l’intérieur, avec mission de s’assurer de l’état des choses, principalement à l’époque du payement des impôts dont les habitants doivent se libérer complète* ment en trois termes différents.

Le costume des Grecs à Rhodes est à peu près le même que celui des Turcs. Un large pantalon qui s’arrête un peu au-dessous du genou, un gilet et une veste, et pour coiffure un turban ou une simple calotte rouge ; tel est le fond principal de leur habillement. Les paysans, hommes et femmes, quand ils vont travailler aux champs, ont pour chaussure des bottes larges et grossières qu’ils se fabriquent eux-mêmes.

Dans les faubourgs et dans certains villages plus

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aisés que les autres, notamment à Arcliangélo, les femmes savent se parer les jours de fêtes avec une élégance et une grâce qui relèvent leur beauté naturelle : leurs traits, en effet, sont généralement réguliers et expressifs; mais dans la plupart des villages, comme elles sont assujetties elles-mêmes à d’assez rudes travaux et qu’elles sont souvent exposées à l’ardeur du soleil, la fraîcheur de leur teint se fane vite et leur visage perd de bonne heure sa délicatesse première.

L’ornement intérieur de la plupart des maisons grecques de l’îlede Rhodes consiste en une quantité considérable de vaisselle de faïence et quelquefois de porcelaine appendue aux murs ou placée sur dés étagères. Il n’est si pauvre demeure de villageois qui n’en possède et n’en étale ainsi dix fois plus qu’il n’est nécessaire pour les besoins de la famille; mais c’est là le genre de luxe que tous les habitants indistinctement recherchent le plus et ce à quoi une mode antique et traditionnelle fait qu’ils attachent leur vanité. Quant aux meubles, ils se réduisent le plus souvent à deux ou trois tabourets et à quelques coffres en bois peint qui renferment les vêtements et ce que la famille a de plus précieux. Ces insulaires, ayant adopté presque tous les usages des Turcs, ont l’habitude de s’asseoir à terre lés jambes croisées. C’est ainsi qu’ils conversent entre eux; c’est ainsi également qu’ils prennent leur frugal repas, rangés autour d’un plateau circulaire en bois, sur lequel sont servis les mets.

L’usage des lits leur est inconnu. Quand le soir arrive, on étend sur une estrade en bois qui règne au

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fond de la pièce principale des lapis et des couvertures, et c’est là qu’ils s’endorment, enveloppés dans les vêtements qui les couvraient pendant le jour.

Les habitations des gens de la campagne ne sont presque toutes composées que d’une seule chambre plus ou moins vaste, où loge toute la famille et où quelquefois même un compartiment spécial est réservé aux poules qui s’y retirent la nuit et rôdent dehors le jour. Une vermine effroyable pullule en toute saison, et pendant l’été principalement, dans ces misérables demeures et semble s’attaquer de préférence à l’étranger qui se hasarde à demander l’hospitalité à ces bons villageois. Il n’en serait guère plus assiégé sous la hutte du fellah, en Egypte, ou sous la tente du bédouin en Arabie.

Clergé . — L’Église grecque de Rhodes est soumise à la juridiction d’un archevêque qui réside dans l’un des faubourgs de la ville, nommée Métropolis , et dont la suprématie embrasse toutes les îles voisines. L’île renferme un assez grand nombre de sanctuaires vénérés desservis par des moines célibataires. Quant aux papas qui administrent les paroisses des faubourgs et des villages, ils sont presque tous mariés, et ils ne célèbrent d’ordinaire le saint sacrifice de la Messe que les jours de dimanches et de fêtes. Dans le courant de la semaine, ils vaquent aux mêmes travaux que leurs paroissiens ; car eux aussi ont une famille à élever, et les intérêts domestiques qui les préoccupent avant tout les empêchent d’approfondir l’étude de la religion dont ils sont les ministres et de se livrer tout entiers

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aux sublimes fonctions qui leur sont confiées. Pour subvenir aux frais du culte, ils recourent à des quêtes assez fréquentes et ne croient point rabaisser la dignité de leur sacerdoce en faisant trafic des choses saintes-, et surtout en vendant à des prix plus ou moins élevés les absolutions qu’ils donnent. Ils doivent eux-mêmes une redevance à l’archevêque, dont les revenus considérables consistent dans les contributions imposées à toutes les églises qui dépendent de sa haute juridiction, dans la perception d’une offrande en argent à proposde chaque mariage qui est célébré dans son diocèse, et principalement dans les dispenses qu’il a le droit d’accorder et auxquelles les Grecs recourent si souvent, soit pour s’unir nonobstant des degrés de parenté prohibés, soit pour rompre des alliances déjà contractées.

Malgré la simonie qui déshonore l’Église grecque, malgré l’incapacité et les mœurs quelquefois peu austères de beaucoup de ministres du culte qui embrassent le sacerdoce sans vocation sérieuse et sans noviciat préalable, cependant, en ce qui concerne du moins la plupart des villages de l’intérieur de Pile de Rhodes, les populations qui les habitent semblent encore animées d’une foi assez vive pour la religion qu’elles professent. Les jours de dimanches et de fêtes, et les quatre jeûnes principaux que célèbre chaque année l’Église grecque y sont observés régulièrement; les églises et les chapelles sont nombreuses et entretenues avec soin : depuis une vingtaine d’années surtout, grâce à la tolérance plus grande des Turcs, presque toutes les

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paroisses de file ont été soit réparées, soit rebâties complètement. La forme de ces églises est celle d’une croix grecque ou d’un rectangle que termine une abside demi-circulaire. Elle sont ordinairement surmontées d'une ou de plusieurs coupoles peintes, où les sujets représentés et la manière dont ils le sont reproduisent toujours des personnages et un type consacrés. On sait, en effet, que la peinture religieuse des Grecs est restée fidèle aux anciennes traditions que lui avait léguées l'Église byzantine. Chez eux, l’artiste est astreint dans ce genre à des règles et à des lois immuables, dont il ne doit jamais s’écarter. Rien n’est laissé à son caprice, et si son talent est parfois un peu trop asservi et perd en originalité, d’un autre côté, il court moins risque de s’égarer et de fausser, par une fantaisie trop libre, ie caractère traditionnel et sacré des sujets qu’il a à traiter.

Francs. — Avant de terminer ce chapitre, il me reste à parler d’une quatrième classe d’habitants, à Rhodes, distincte des trois autres que je viens d’énumérer et comprise sous le nom général de Francs. Fort peu nombreuse, elle se borne à quelques familles européennes professant, sauf deux seulement qui sont protestantes, la religion catholique et placées sous la prolection de leurs consuls respectifs. Elles forment un ensemble de 120 personnes. Leur paroisse est le couvent latin de Sainte-Marie-de-la-Victoire, situé dans le faubourg Néomaras et qui, de même que tous les établissements catholiques du Levant, s’abrite derrière le protectorat spécial et séculaire de la France.

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Gomme cette paroisse esl actuellement la seule chapelle catholique de l’île de Rhodes, on me saura gré, je pense, d’en dire quelques mois.

On sait qu’après la prise de Rhodes par les Turcs, en 1522, tous les catholiques, au nombre de 4000, quittèrent File avec les chevaliers de Saint-Jean et cherchèrent un refuge en différents pays. Les églises latines furent alors converties en mosquées et le catholicisme entièremeut aboli à Rhodes.

En l’année 1660, un religieux latin, appartenant aux franciscains réformés du couvent de Sainte-Marie, à Smyrne, aborda dans celte île pour apporter les consolations de la religion à de pauvres esclaves catholiques qui servaient sur les galères du pacha. A partir de ce moment* on vit, deux fois l’an, débarquer à Rhodes un religieux de cet ordre qui y passait quelques semaines, vaquant aux devoirs de son pieux ministère; et bientôt, quelques familles latines, étant venues s’établir au faubourg Néomaras, y fondèrent une petite chapelle qui avait deux autels, l’un consacré à la Vierge et l’autre à saint Jean de Malte.

En 1693, un esclave latin, nommé Simon, occupé avec d’autres esclaves du bagne à la réparation des murs de la ville et déblayant le terrain à l’endroit où l’on aperçoit encore aujourd'hui les restes d’une église, trouva enfoui sous des décombres un tableau peint sur marbre et représentant la Vierge et l’Enfant Jésus, avec les armoiries et le nom de Lierre d’Aubusson. Ce grand-maître avait fait construire cette église en 1480, sous l’invocation de Sainte-Marie-de-la-Victoire, en

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reconnaissance du succès qu’il venait de remporter sur Messih-Pacha, lequel avait été contraint de lever le siège de Rhodes , après avoir essuyé des pertes considérables.

L’esclave Simon s’empressa d’annoncer à ceux de ses compagnons de servitude qui étaient catholiques l'heureuse découverte qu’il avait faite, et ceux-ci obtinrent du chef du bagne l’autorisation de transporter celte image sacrée dans la chapelle latine de Néomaras.

Le 20 avril 1720, par décret de la cour de Rome, deux religieux Franciscains vinrent s’établir définitivement à Rhodes, et le culte catholique, qui jusque-là n’y était célébré qu’à de rares intervalles et comme furtivement dans la chapelle latine de Néomaras, commença à y être officiellement reconnu et publiquement pratiqué. Ces deux religieux étaient l’un le P. Sailler, français d’origine, l’autre le P. Basilius, né en Italie. On leur adjoignit un frère du même ordre. Ils se mirent immédiatement sous la protection de la France, celte patrone commune des intérêts catholiques dans toutes les Échelles du Levant.

Vers 1743, comme la première chapelle était trop petite et incommode, les Latins achetèrent d’un Turc le terrain du couvent actuel; mais n’ayant à leur disposition que de faibles ressources, ils ne purent y bâtir encore qu’une chapelle peu considérable, et le 26 mars de la même année on y transféra solennellement et avec beaucoup de pompe le tableau vénéré qui so trouvait dans l’ancienne chapelle. La première messa

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y fut célébrée ce même jour par le préfet apostolique de Constantinople, Dominico (la Verdese. Cette nouvelle chapelle subsista jusqu’en 1849, époque à la quelle arriva le P. Giuseppe de Lucques. Ce religieux plein de zèle, ayant reconnu qu’elle était insuffisante pour les besoins du culte et qu’elle pouvait à peine contenir une soixantaine de personnes, entreprit de la rebâtir dans des proportions plus vastes et il adressa à ce sujet une supplique à la congrégation de Lyon qui lui envoya 4000 francs. C’est avec cette faible somme, suivie plus tard de quelques autres secours, qu’il se mit courageusement à l’œuvre. Ayant remarqué qu’un Turc sur la pente septentrionale du mont Saint-Étienne possédait dans son jardin les débris d’une fort ancienne église catholique, jadis consacrée à ce saint, il en acheta les matériaux qui furent transportés à dos de mulets. Ces matériaux étaient excellents; car ils consistaient pour la plupart en pierres de taille; c’était en outre une heureuse idée que d’arracher ainsi à la profanation des infidèles les restes d’un sanctuaire célèbre à lepoque des chevaliers et où avait été enterré le fameux Gozon. Le 5 novembre 1849, la première pierre de la paroisse actuelle fut posée et bénite solennellement, en présence des différents consuls. A peine les fondements de cet édifice étaient-ils achevés que le pacha de Rhodes suscita des difficultés inattendues et voulut empêcher la continuation des travaux. La construction fut donc suspendue pendant quelque temps; enfin, grâce aux réclamations énergiques de M. le vice-consul de France, grâce aussi à

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la persévérance du P. Giuseppe, que rien ne décourageait et qui dirigeait lui-même les ouvriers comme un véritable architecte, l'église s’éleva peu à peu, et au mois de février 1851 elle était presque terminée, lorsqu eut lieu, le 28 de ce mois, le terrible tremblement de terre qui renversa à Rhodes plusieurs monuments et une quantité considérable de maisons. Cette secousse violente n’ébranla pas la solidité du nouvel édifice, et aucune crevasse même n’y fut remarquée par le vénérable religieux qui tremblait pour la conservation de sa chère église, qu’il avait eu tant de peine à fonder. Le 24 décembre de la même année, la dédicace en fut faite avec une certaine magnificence devant tous les catholiques réunis; à leur tête étaient les divers consuls, y compris même celui d’Angleterre qui, quoique protestant, voulut assister à celte belle cérémonie.

Après avoir bâti son église, le P. Giuseppe construisit autour de la cour qui la précède un petit couvent pour lui servir à lui-même d’habitation, ainsi qu’au père et au frère qui lui sont adjoints, et renfermant en outre quelques chambres de réserve destinées aux étrangers. Une vaste terrasse règne sur toute l’étendue des bâtiments, et de là la vue se promène avec ravissement sur la ville de Rhodes, sur la mer et sur les côtes voisines de l’Anatolie. Cette terrasse est dominée elle-même par une tourelle carrée, au-dessus de laquelle on hisse, tous les dimanches, le drapeau français.

L’église est dans le style italien ; simple et élégante

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à la fois, elle peut contenir environ 500 personnes. Derrière le maître-autel on a encastré dans le mur même de l’abside la fameuse Madone trouvée jadis par l’esclave Simon dans les décombres de Sainte-Mariede-la-Victoire, et, pour faire revivre le nom de cette ancienne église, il a été donné à la paroisse nouvelle de Néomaras.

Les principales nations de l’Europe sont représentées à Rhodes par des vice-consuls; l'Angleterre seule y entretient un consul. Us résident tous dans le faubourg Néomaras, appelé autrement Néckbon. Leur mission est de veiller aux intérêts de leurs nationaux respectifs, et ils bissent leur pavillon particulier au haut d’un mât qui s’élève sur leur demeure, aussilôt qu’un navire de leur nation entre dans l’un des ports de Rhodes. Mais il est temps maintenant d’y aborder nous-même avec notre lecteur et de décrire cette ville célèbre.

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