Nicétas, Appendix ad Phil. Byzanl., p
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au moyen de barres de fer transversales et de pierres de taille gigantesques, et la partie de l’ouvrage qui est cachée est encore plus admirable que celle que l’on voit, etc. »
Cet écrivain nous apprend ensuite que ce colosse, à cause de sa grandeur, ne put être fondu que pièce par pièce et que l’artiste s’y prit comme un architecte dans la construction d’une maison, s’élevant successivement et comme par étage des pieds jusqu’à la tête.
« Enfin, ajoute-t-il emphatiquement, après avoir employé 500 talents d’airain et 300 de fer, il fit, par un prodige d’art et d’audace, un Dieu égal au Dieu véritable et il donna au monde un second soleil. »
Du reste, Philon ne nomme pas cet artiste; il ne parle pas non plus de la chute du colosse : ce qui a fait croire à M. de Caylus1 que cet écrivain vivait antérieurement à ce désastre. Cependant on pense généralement qu’il florissait vers l’an 130 avant J.-C., et par conséquent le colosse était alors renversé depuis près d’un siècle. Mais on peut remarquer que, si cet auteur ne fait pas mention de ce fait, il semble néanmoins le donnai’ à entendre dès les premiers mots de sa description où il se sert de l’aoriste au lieu du présent : il ne dit pas : « un colosse s’élève à Rhodes » mais « un colosse s’élevait : « h ravr/i y.oXoa’a’o? ëarn » ; et si, quelques lignes plus bas, il ajoute en employant le présent : « la partie cachée est plus admirable que
1. De Cavlus, Hisl. de VAcad. des Inscript. Mémoire sur la sculpture des anciens , t. XXV, p. 363.
SUR L’ILE DE RHODES
celle que Ton voit, « zb xey,pv[Â[jLévov zoîj novov zov ŒIsttopiévov y.s îÇov êffztv» , cela ne contredit ni ce qui précède ni la conjecture que j'en lire; car nous, savons par Strabon1 que le colosse se rompit aux genoux : il y en avait donc encore une partie debout à lepoque de Phi- Ion, tandis que les autres membres brisés gisaient à terre, où ils restèrent pendant plusieurs siècles, excitant l’étonnement de ceux qui les contemplaient et qui pouvaient en admirer les cavités et la charpente intérieures autant que la configuration et la surface extérieures.
Quoiqu’il en soit, ce colosse fut renversé, suivant Pline, 56 ans après son érection, lors du fameux tremblement de terre de l’an 222 avant J. -G., qui ébranla Rhodes, la Carie et toutes les îles voisines. Comme on avait mis douze ans à l’exécuter, il avait donc été commencé en 290 et terminé en 278. Le siège de Rhodes par Démétrius avait été, il est vrai, levé dès l’année 304; mais il ne faut pas s’étonner si les Rhodiens, qui consacrèrent à la construction de ce monument l’argent provenant des machines de guerre abandonnées par ce prince, ne le commencèrent néanmoins que quatorze ans après son départ; car, avant de songer à embellir leur ville par ce merveilleux chef-d’œuvre, ils avaient d’abord à réparer les nombreux désastres qu’ils avaient éprouvés pendant un siège si long et si terrible.
Après le tremblement de terre de 222, Ptolémée Evergèle, roi d’Egypte, se signala par les immenses 1. XIV, 2.
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dons qu’il envoya aux Rhodiens pour les aider à reconstruire leur cité ; il leur promit en particulier1 la somme de 3000 talents, s’ils voulaient le rétablir dans des proportions probablement beaucoup plus vastes qu’auparavant, attendu qu’il n’avait coûté, au dire de Pline, que 300 talents; mais ceux-ci prétendirent qu’un oracle leur avait défendu de le relever2, et les débris en demeurèrent étendus sur le sol, à la place où ils étaient tombés, jusqu’à la douzième année de l’empereur Conslans (653 après J. -G.), c’est-à-dire pendant près de neuf siècles.
Meursius3 et après lui M. de Caylus4 ont déjà remarqué l’erreur de ceux qui comptent 1300 ans, et môme davantage, depuis le moment où le colosse fut érigé jusqu’à celui où Moawiah, général des Arabes, s’étant emparé de Rhodes, acheva de le détruire et en vendit le bronze à un marchand juif de la ville d’Emèse qui en trouva la charge de 900 chameaux. La charge d’un chameau étant ordinairementde250 kilogrammes, le poids du tout se montait donc à 225 000 kilogrammes, poids qui ne doit pas paraître exagéré, si l’on réfléchit aux proportions immenses de cette statue.
Au lieu de 900 chameaux, chiffre très-admissible et qui est indiqué par Paul Diacre, par Zonaras et par Cédrénus5, Constantin Porphyrogénète6 en porte le