De Administrât, imper ., c. xx
SUR L’ILE DE RHODES
nombre à 30000, exagération si étrange et si déraisonnable qu’il est inutile de la réfuter ici.
Une autre question se présente maintenant à nous, c’est celle de savoir où était jadis situé à Rhodes ce colosse. Une opinion longtemps accréditée le place à l’entrée du grand port, les jambes écartées et les pieds posés sur les deux rochers où l’on a depuis élevé la tour Saint-Michel et la tour Saint-Jean. On ajoute que les vaisseaux pouvaient passer entre ses jambes et qu’il tenait un fanal dans une de ses mains.
Cette opinion cependant ne peut soutenir le moindre examen, et je m’étonne que le voyageur Thévenot1 ait pu répéter une fable pareille et placer un colosse de 70 coudées seulement de hauteur à l’entrée d’un port dont l’ouverlure, il le reconnaît lui-même, dépasse 50 toises; elle est en réalité beaucoup plus grande, comme je l’ai dit, puisqu’elle est au moins de 230 mètres ; mais en admettant même qu’elle ne dépassât pas 50 toises ou 150 mètres, cdmment une statue haute de 35 mètres aurait-elle pu avoir un écartement de jambes quatre fois plus considérable que sa hauteur, afin de pouvoir poser chacun de ses pieds aux deux extrémités de cette ouverture?
Pour que le colosse de Rhodes eût occupé l’emplacement que lui assignent Thévenot et d’autres écrivains modernes, il aurait fallu ou bien qu’il eût été dix fois plus élevé que ne le prétendent les anciens, de manière à ce que l’écartement de ses jambes pût être en harmonie avec l’ouverture du port ou bien que cette