HIC 1ACET ANNO M. D. XXI
L’épithète de urbis instaurator que nous lisons ici nous prouve que Pierre d’Aubusson etÉmery d’Amboise n’eurent pas le temps ou les ressources nécessaires pour achever les réparations devenues indispensables après le siège de 1480 et que Fabricius Carretti eut l’honneur de les terminer, et mérita ainsi le titre qui est gravé dans son épitaphe.
En examinant le pavé avec soin, on découvre plu- 1 . De Hammer, Hist. des Ottomans , t. V, p. 39.
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sieurs autres pierres sépulcrales avec des armoiries en partie effacées. Deux vitraux ont seuls échappé à la dévastation; l’un représente les armoiries de l'Ordre et l’autre celles de Jean-Baptiste des Ursins, grandmaître qui mourut en 1476.
Dépouillée de toutes les décorations intérieures dont la piété des chevaliers l’avaient ornée, cette basilique, devenue mosquée, fut pendant longtemps interdite aux chrétiens; le colonel Rottiers prétend même être le premier qui y ait pénétré depuis la conquête de Soliman. Aujourd’hui, on peut y entrer assez facilement en se faisant accompagner d’un cavas du pacha et moyennant une légère rétribution donnée à l’iman qui en est le gardien.
Devant la façade principale, à quelques pas de distance, s’élève une tour isolée de forme carrée qui, primitivement, renfermait les cloches et servait en même temps à la défense de la cathédrale. La plate-forme supérieure de cette tour était autrefois armée de fauconneaux : elle était aussi surmontée d’une flèche qui fut détruite à coups de canons par les Turcs, lors du dernier siège, et que depuis ils ont remplacée par un minaret élancé.
Non loin de là est la tour dite de YHorloge, ainsi appelée parce qu’elle porte un grand cadran; de construction toute récente, elle a été bâtie, il y a trois ans et demi, sur les fondements d’une tour qui dépendait du palais des grands-maîtres et qui, minée par de profondes crevasses, avait été complètement renversée par le tremblement de terre de 1851.
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Indépendamment de la rue des Chevaliers qui traversait dans toute son étendue la cité noble, d’autres rues latérales, généralement fort étroites et bordées de maisons qui, de distance en dislance, se relient entre elles par des arcades cintrées ou ogivales, aboutissent toutes directement ou indirectement à cette grande voie centrale.
II. — Cité proprement dite , habitée par la population civile.
En dehors de la cité des Chevaliers, s’étendait au S. et à l’O. la ville du commerce et de l’industrie, occupée par la bourgeoisie et par les artisans. Il est probable qu’alors comme maintenant les Juifs, avant d’être chassés par Pierre d’Aubusson, vers la fin de son magistère, habitaient un quartier séparé ou ghetto dans la basse ville.
Presque toutes les maisons de cette seconde cité, comme de la première, datent de l’époque des chevaliers : elles sont bâties en terrasses avec une cour intérieure, à la manière orientale; quelques-unes ont un petit jardin, au milieu duquel se dresse ordinairement, comme une colonne, un vieux palmier contemporain des anciens habitants de ces maisons. Plusieurs respirent encore, jusque dans leur état de délabrement actuel, une certaine élégance et sont ornées extérieurement de moulures et de câbles sculptés qui encadrent les portes et les fenêtres.
Les rues et les ruelles, en s’entre-croisant, forment une espèce de labyrinthe qui égare facilement celui
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qui s’y engage sans guide. Le silence le plus profond règne dans la plupart d’entre elles. On croirait qu’elles sont inhabitées. Les femmes turques, en effet, vivent retirées chez elles et invisibles; quant aux hommes, ils passent une partie de la journée soit dans les cafés qui avoisinent le port, soit dans les boutiques du bazar où le bruit, le commerce et la vie se concentrent.
Parmi les mosquées qu’on rencontre, je citerai les quatre suivantes, qui m’ont paru les plus dignes d’être signalées :
1° Celle d e Soliman. Elle est précédée d’un portique de huit colonnes en marbre blanc dont les fûts sont antiques. On croit que, primitivement, cette mosquée était l’église des Saints-Apôtres. A la porte d’entrée, on admire deux charmantes colonnettes en marbre, sculptées avec beaucoup d’art et où l’on voit représentés des heaumes et des haches d’armes entremêlées de jolies têtes d’anges, la plupart mutilées par les Musulmans. Ces élégants trophées et ces figurines délicieuses sont, sans doute, l’œuvre de quelque sculpteur italien du xve siècle.
A gauche du portique de cette mosquée est une fontaine entourée de colonnes également antiques et où les Musulmans font leurs ablutions avant de pénétrer dans le lieu saint.
2° La mosquée Mustapha. Elle est, comme celle de Soliman , précédée d’un portique et d’une fontaine dont les colonnes en marbre sont de même antiques, et elle a dû remplacer aussi une église chrétienne.
Non loin de là est un établissement de bains publics
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qui était autrefois une chapelle des Pères Franciscains. Plusieurs grands-maîtres y avaient leur sépulture et le colonel Rottiers* nous raconte qu’il a découvert luimême, près de cet édifice, le tombeau de Robert de Julliac transformé en réservoir. Les armoiries de ce grand-maître se montraient au centre et celles de l'Ordre figuraient aux deux côtés. L’épitaphe en latin occupait le haut du tombeau dans toute sa longueur; elle était sculptée en caractères gothiques avec les abréviations usitées à cette époque.
La voici restiluée et complète.
Hic jacet in Christo religiosus et pater Ordinis f rater Robertus de JulUaco , quondam magister sacræ domus hospitalis sancti Joannis IHerosolymitani , qui obiit die XXIX , mense julii , anno Domini MCCCLXXVII 2. Cujus anima requiescat in pace.
3° La mosquée dite de Fer , à cause des gros barreaux en fer qui en défendent les fenêtres. C’est la chapelle de l'ancien couvent de Saint-Augustin.
4° La mosquée Ibrahim , précédée d’un portique et d’une fontaine.
En redescendant vers la ville basse pour se rendre dans le quartier juif, on traverse les bazars. Us n’ont rien de la grandeur et de la beauté de ceux de Smyrne et de Constantinople et de quelques autres villes de