‹ Voyage dans l'île de Rhodes et description de cette îleChapitre 68 sur 134 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

PETIT ATABYRIS, SORTE DE SUCCURSALE DE LA GRANDE MONTAGNE DE CE NOM. — SONDOURLI. — FONTAINES ANTIQUES. — RESTES DE DEUX ANCIENS SANCTUAIRES CONSACRÉS PROBA- BLEMENT JADIS AUX NYMPHES. — QUELQUES VILLAS EN RUINES. — CHAUSSÉE ANTIQUE, RÉPARÉE A L’ÉPOQUE DES CHEVALIERS.

Un autre site ravissant qui, dès l’antiquité, de même que celui de Symbülli, devait être pour les habitants

SUR L’ILE DE RHODES

de Rhodes un but de promenade favori, est celui qui aujourd’hui porte le nom Turc de Sonclourli. J’ignore quel pouvait être celui qu’on lui donnait autrefois. Il est éloigné du faubourg Néo-Maras d’environ 4 kilo*mètres vers le S. -O. Deux routes y conduisent, l’une qui longe la crête occidentale du mont Saint-Etienne, puis celle d’un autre plateau un peu plus élevé, pour descendre ensuite dans la valléede Sondourli ; l’autre, qui cotoie le rivage et tournant àgauche au bout de trois quarts d’heure de marche, mène par une pente assez douce à cette même vallée. Prenons d’abord la première route.

Après avoir gravi le mont Saint-Étienne, autrement dit le mont Smith, et en avoir suivi le bord occidental dans toute sa longueur, on arrive à une espèce d’échancrure, et c’est là, à mon avis, qu’il faut placer au S. -O. l’extrême limite du mur d’enceinte. Cette coupure est comme une sorte de fossé naturel qui, en cet endroit, sépare le mont Saint-Étienne d’un autre plateau qui le surpasse d’environ 15 à 20 mètres de hauteur. Ce dernier plateau paraît avoir été jadis, du côté de la mer, entouré d’un mur dont on distingue encore les vestiges l’espace de 400 pas. Les pentes sont moins abruptes et moins rocheuses que celles du mont Saint-Étienne. Dans l’antiquité, il s’appelait Atabyron ou Atabyris, de même que la montagne la plus haute de l’île. Appien1 nous apprend qu’il y avait également un temple de Jupiter Atabyrius et que ce fut du haut de ce mont que Mi- 1 . De bello Mithridatico , XXVI et XXVII.

170 ÉTUDE

thridale, quand il assiégea Rhodes, donna à ses troupes, au moyen de feux allumés, le signal d’un assaut général par terre et par mer. Ceux qui ont cru qu’il s’agissait ici dans cet historien du grand mont Atabyron, situé au centre de nie, se sont étrangement trompés. Comment croire en effet que, pour attaquer la ville, Mithridate ait fait donner le signal de l’assaut d’une distance de 40 kilomètres au moins? Mais une autre raison péremptoire qui empêche d’admettre cette opinion, c’est que des feux allumés sur le grand mont Atabyron n’auraient été aperçus ni de sa flotte, ni de son armée de terre, attendu que le plateau qui nous occupe en ce moment leur en eût dérobé la vue. Ce petit Atabyron, jadis sorte de succursale et de dépendance de la grande montagne de ce nom, est actuellement désert et envahi par des broussailles et de hautes herbes. J’y ai en vain cherché les débris du temple de Jupiter Atabyrius et de la demeure habitée par le collège des prêtres atabyriastes, collège dont l’existence nous a été révélée par une inscription trouvée à Rhodes près de l’hôpital des chevaliers de Saint-Jean et qui a été reproduite par M. Ross, dans son Recueil d'inscriptions grecques inédites \ Les seuls vestiges antiques reconnaissables que j’aie remarqués sur ce plateau sont ceux du mur dont j’ai fait mention et qui me paraît être celui que les soldats de Mithridate eurent à forcer, comme le rapporte Appien2, avant de s’emparer de cette hauteur qui, com-

Page 1