CHAPITRE XV
DESCRIPTION DES PRINCIPALES LOCALITÉS DE L’INTÉRIEUR DE L’ÎLE, EN COMMENÇANT PAR LA CÔTE ORIENTALE.- ASGOUROU. — RUINES DU MONASTÈRE SAINT-ÉLIE. — KOSKINOU. — KALITHIÆS. — ERIMOKASTRON. — APHANDOU. — PS1TOS. — ARKHIBOLI.
Pour comprendre les détails que je vais donner dans ce chapitre et dans ceux qui suivront, je prierai le lecteur de vouloir bien consulter la carte anglaise de Spratt, que j’ai reproduite fidèlement, à quelques modifications près qui m’ont paru nécessaires, et qui est, sans contredit, la plus exacte et la plus complète de toutes celles qu’on a faites jusqu’ici de l’île de Rhodes. Je parcourrai, tour à tour, chacun des 47 villages qui sont épars, soit dans l’intérieur, soit sur les
ÉTUDE
côtes de l'île, m’arrêtant de préférence à ceux qui rappellent des souvenirs antiques ou qui, par les débris qu’ils offrent aux regards du voyageur, méritent une attention plus particulière.
Je suivrai , dans cette description, l’itinéraire que j’ai adopté moi-même dans mon exploration, et, partant de Néo-Maras avec mon lecteur, je le promènerai d’abord tout le long de la côte orientale pour le ramener ensuite au pointde départ parla côte occidentale, après avoir en même temps rayonné en tous sens dans le cœur même du pays.
Asgourou. — Si l’on quille Néo-Maras pour parcourir l’île en commençant par la côte orientale, quand on a franchi, au-delà de Calo-Maras, le beau pont antique que j’ai décrit plus haut et passé au milieu de la vaste nécropole dont j’ai également parlé, on traverse bientôt un torrent peu large et peu profond, appelé Agrullidi , et qui coule à 3 kilomètres et demi de distance de Néo-Maras. Le long de ses bords on remarque une ligne assez étendue de grandes pierres helléniques qui sont les restes d’un long mur antique.
Deux kilomètres plus loin , serpente un autre ruisseau appelé Kaour yotamos. Des lauriers-roses, des myrtes, des lentisques et des agnus-castus en bordent les rives. Son eau peu abondante en été ne tarit cependant jamais complètement et fait tourner plusieurs moulins.
A droite de la route que nous suivons, à une distance d’environ deux kilomètres, dans une belle et riche campagne, sont disséminées une centaine de
SUR L’ILE DE RHODES
maisons, la plupart habitées par des Turcs et dont la réunion constitue le village d’Asgourou.
Ruines du monastère Saint-Elie. — Plus loin, vers le S., et en se rapprochant de la mer, au-delà d’un torrent très-profondément encaissé en quelques endroits et dont les berges escarpées sont couvertes de pins, de cyprès et de sapins, on trouve, sur le sommet d’une montagne rocheuse, les ruines d’un petit monastère consacré jadis à sai nt Élie. lise composaitd’une chapelle et de six à sept maisons voûtées ne contenant chacune qu’une seule pièce. Dans le sanctuaire de cette chapelle, c’est-à-dire dans l’hagion, j’ai aperçu un autel tumulaire antique, en marbre gris avec l’inscription suivante :
01AHTEPA
KABAAI2TA.
Cette montagne, complètement déserte, n’a d’autres habitants que de nombreuses abeilles qui vont butinant parmi les touffes de thym sauvage dont elle est comme revêtue. Elle s’avance à l’E. dans la mer, en forme de promontoire. A la pointe qui la termine est un rocher qui offre, jusqu’à un certain point, l’image d’un bœuf et qui, à cause de cette apparence, a reçu le nom de Bodi1, dénomination qu’il a communiquée au promontoire lui-mème. Deux petites anses avoisinent cette pointe, à droite et à gauche.
De là au village de Koskinou il y a trois kilomètres de distance vers l’O.