CHAPITRE VI
Mœars, usages et religion des Indiens on Indous. — Antiquité de la ciTilisation des Indiens. — Exagérations de quelques éeriTains réftitées. — Population de llnde entière. — Nombre des Indiens primitif et des étrangers. — Caractère moral des Indiens dans les Tilles, dans les campagnes. — Sobriété et paresse des classes laborieuses. — Modicité du salaire. — Langage. — Le sanskrit. — Particularité de cette langue. -^ Dialectes qui en sont dérivés. ^ DiTi« sion des Indiens en quatre castes. — Obligation de rester dans sa caste. — Peines encourues par celui qui viole les lois de sa caste. — Anecdote à ce sujet, «r- Les castes nobles. -— Les castes ignobles ou mixtes. — Les parias, — Subdivisions des castes. — Religion des Indiens — Culte de Brahma. ~ Trinité Uidoue. — Rapport de la mythologie indienne avec les mythologies grecque et égyptienne.
— Principales cérémonies du culte brahmanique. — Pagodes, ou temples indiens. — Pagodes les plus «élèbres. — Contraste dans le caractère indien.— Attachement des Indiens pour leurs superstitions. — Souffrances auxquelles ils s'exposent volontairement.
— Sacrifice des veuves indiennes, ou sutUet. — Fourberies d'un brahmine.
Après avoir donné, dans le chapitre précédent, une idée de Faspect de Bombay pendant une journée , je vais entrer dans quelques détails sur les mœurs 9 les usages et la religion des popula* tions diverses ^qui habitent cette ville. Comme il sV trouve des représentants de toutes les parties
de rinde, cette étode s'applique à Plnde entière, et me dispensera de revenir sur ce sujet quand j'aurai à parler des autres villes et des autres contrées de Tlnde,
Je commencerai par> parler des Indiens ou Indous , les habitants primitifs de cette vaste presqu'île qui s'étend de l'Inde au Gange, et de l'Hymalaïa au capComoran et à l'ile de Ceylan. Jie ne prétends pas rapporter ici tout ce qu'on a écrit de la haute antiquité de ces peuples et de leur civilisation , qu'on voulait faire remonter à des milliers d'années avant l'époque que la Genëse assigne à la création du monde. Depuis longtemps une saine critique a fait justice de ces exagérations ridicules, tout en reconnaissant que la civilisation indienne remonte effectivement à une très- haute antiquité. Les livres de Moïse parlent déjà des bois d'aloès et d'ébèie, de la cannelle et des pierres précieuses de l'Inde, dont on ignorait encore le nom, La Bible cite une terre d'Opbir d'où les vaisseaux de Salomon, se joignant à ceux des Phéniciens (1,000 ans environ avant J.-^C), et partant des ports iduméens sur le golfe arabique , Ëlath et Askmgaber, rapportaient, au bout d'un voyage de trois ans , de l'or, des
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pierres précieuses, des planehes de saiidal ou d'aloès, de Targent, de 11 voire, des riiiges et des paons (1). La position d^Ophir a été longtemps cherobée par les érudits; on ne doute plus aujourd'hui que cette terre ne doive être placée sur la côte occidentale de llnde, dans les environs > de Surate ou de Bombay.
Une autre preuve historique de la haute antiquité de la civilisation indienne, et cette preuve me parait la plus forte et la plus décisive, e^est ridcntité du système religieux et politique des Indiens aux siècles d'Alexandre et des Ptolémées, avec celui que nous offre Tlndoustan moderne. La division par castes et la rigoureuse séparation de ces cartes, institution essentielle et fondamen-
taie, issue de la religion de Brahma, existaient déjà. Les Macédoniens y trouvèrent toutes les espèces les plus remarquables de fakir s y ou religieux, qui ont frappé les yeux étonnés des voyageurs modernes. Les uns, vivant dans les forêts, s'y nourrissaient de racines , se couvraient de Fécorce des arbres; les autres colportaient des amulettes, des remèdes miraculeux, faisaient danser
(ij Rois, I ( III selon la Vulgaté), chap. x, v. 22.
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des serpents , ou disaient la bonne aventure. On voyait celui-là s'étendre par terre pendant une journée tout entière, et recevoir sans émotion les torrrats de pluie qui inoildaient son corps; celui - ci , placé tout nu sur une pierre presque ardente , bravait la violence des rayons du soleil et la piqûre des insectes. Strabon, qui rapporte ces faits, sur le témoignage des compagnons d^ÂIexandre, rejette comme une fable que les Indiens savaient plier les doigts de la main en arrière et ceux du pied en avant, de sorte qu'ils marchaient sur la plante supérieure (1); or, ce sont des exercices auxquels les fakirs se livrent encore journellement, et dont j'ai été souvent témoin à Bénarès et à Calcutta.
L'usage qui condamne les veuves à s'immoler sur le tombeau de leur époux , ainsi que l'emploi des anneaux d'ivoire, des parasols et des babouches de cuir blanc, distinguaient les Indiens avant le
commencement de l'ère vulgaire.
Les institutions religieuses et politiques de l'Indoustan moderne paraissent donc avoir existé, quant à leur essence, un millier d'années avant
(I) Strabon , liv. ii , p. 48.
Jésus-Christ, c'est-à-dire, à peu près au temps de Salomon.
En admettant, d'après ces raisonnements, que les Indous sont une des nations les plus anciennes du globe, il faut nous garantir des exagérations des écrivains animés de Tesprit de parti. Aucun monument indien authentique ne remonte au delà du siècle de Moïse. Leurs tables astronomiques ont été calculées en rétrogradant, ainsi que Ta démontré le savant géomètre de Laplace, dans son Exposition du système du monde; et le fameux Sourya-Siddhanta, leur plus ancien traité d'astronomie , qu'on prétendait révélé depuis deux millions d'années, parait avoir été composé il y a environ 750 ans (Bentley, Asiaiic Researches). Les plus anciens de tous les écrits sacrés des Indiens, les Védas, à en juger d'après le calendrier qui s'y trouve annexé, et d'après la position des colures de& solstices que ce calendrief indique, peuvent remonter à 5,200 ans, époque rapprochée de celle de Moïse.
En adoptant ces opinions modérées et rationnelles sur la civilisation indienne , il nous reste encore assez de sujets d'admiration. La nation indoue, Véunie depuis environ 3,000 ans sous les
mêmes croyances, les mêmes lois, les mêmes in* stitutions , présente un phénomène d^autant plus rare et plus intéressant, que son pays natal a été envahi bien des fois, et par un gra^nd nombre de hordes étrangères attirées par le sol fertile et le caractère peu belliqueux des indigènes.
Quelques-unes dé ces bandes victorieuses ont disparu complètement du sol indien , sans laisser de traces de leur passage, comme l'armée d'Alexandre. D'autres sont restées dans le pays, et s'y sont fixées sans se mêler aux indigènes : tels sont les Tatars et Mongols, les Afghans ou Patanes, les Béloutchis, qui paraissent être venus anciennement de PAràbie; lesMalais, ]es Perses, et particulièrenient les adorateurs du feu, appelés guèbr^s ou parsis, dont la majeure partie habite Bombay et Surate; les juifs noirs et blancs ; enfiti les Portugais noirs, descendant d'un mélange d'Européens et d'Indous, et très-répandus sur les côtes du Dekhan et dans le Bengale. Noos ne parlons pas, dans ce dénombrement, des Anglais qui résident dans l'Inde, parce qu'ils ne font point partie ' de la population du pays, et quMls l'habitent, non pour s'y fixer, mais pour y faire leurs affaires, et retourner en Europe dès qu'ils auront amassé
de quoi vivre dans le repos. Sur 150 millions au moins à quoi la population totale de Plndoustan peut être évaluée, les étrangers dont nous venons de parler, et que les Indiens véritables désignent sous le nom générique de mlytch, mot qui a la même signification à peu près quç l'expression de barbares chez les Grecs et les Romains, les étran* gers, dis-je, comptent environ pour 12 millbns. Ainsi, 158 millions d'àmes composent Ja population des véritables indigènes du pays, c'està-dire des Indous ou descendants des anciens Indiens. Cette race, qui s'étendait autrefois sur rinde entière, occupe encore les plus belles et les plus vastes parties de ce pays. Des nations indoues se sont quelquefois mêlées aux nations venues de l'étranger, et en ont adopté la religion et les mœurs. Ainsi les Seikhs , dont j'ai pa;*lé déjà, ne sont séparés des autres Indous que par une croyance nouvelle et les institutions qu'elle a
fait naître. Beaucoup d'Indiens ont aussi adopté la religion musulmane, que leur avaient apportée les Arabes, les Persans, et surtout les Mongols. Nous verrons plus loin qu'un certain nombre ont embrassé le christianisme.
Les Indous, par la forme de leur crâne, les traits
de leur visage, les proportions de leurs membres, sont plus rapprochés des nations européennes que des Persans et des Arabes; mais leur peau, presque noire dans le midi de la péninsule , n'arrive pas, même dans les montagnes septentrionales, à la blancheur et à Tincarnat européen; elle conserve toujours une teinte olivâtre.
Sous le rapport moral, les habitants des campagnes se font remarquer par leurs principes honnêtes et religieux, tandis^ que ceux des villes sont corrompus et vicieux. En général, les Indous sont susceptibles de participer à tous les bienfaits de la civilisation. Ceux de la haute classe sont d'une politesse excessive; mais ils sentent leur dignité. Leurs cœurs ne sont point fermés aux sentiments patriotiques ; ils n'ont aucune sym-
pathie pour leurs dominateurs, dont ils savent apprécier les lois et les institutions pleines de sagesse comme un avantage dont Flndoustan jouira tôt ou tard , tandis que la masse du peuple parait tout à fait indifférente au pouvoir que les Anglais exercent sur leur pays.
La sobriété et la paresse, naturelles aux classes laborieuses , font que le salaire des ouyriers est très modique. Ainsi, à Calcutta même, où tout
se paie & des prix très - élevés , les charpentiers , les serruriers , les maçons gagnent douze à quinze francs par mois, les plus habiles vingt -cinq à trente ; les nianœuvres , neuf à dix ; les jardiniers et lès porteurs de palanquins, dix francs. Malgré sa sobriété , la population indigène augmente trèsrapidement.
Les peuplades indiennes parlent différents dia* lectes qui se rapportent tous à une souche commune, le sanskrist ou samskrda, langue dans laquelle sont écrits tous les anciens livrer sacrés de rinde. Cet idlpme, remarquable par sa grande perfection, est aujourd'hui une langue morte; mais ce qui est plus remarquable encore, c^est que le sanskrit se rapproche, tant par ses mots que par ses formes, du zend, du persan, du grec, de rhébreu , du latin , du teutonique ou ancien allemand , du gothique et de Tislàndais. Ces traits de parenté surprennent autant par la ressemblance la plus manifeste que par leur étonnante dissémination. Telle forme du verbe sanskrit se retrouve presque identiquement dans le latin ; telle autre ne se reconnaît que dans la langue grecque. Des racines qui n^existent pas dans les dialectes allemands connus, sont communes au sanskrit et à
Tislandais , langues sépai^ées par un quart de la circonférence du globe. Ces restes d'un vocabulaire et d'une grammaire commune à tant de nations semblent prouver, ou qu'elles descendent d'une souche aujourd'hui perdue, ou qu'à une époque reculée elles ont eu des rapports de commerce et de voisinage aussi difficiles à concevoir qu'impossibles à nier.
Le sanskrit , comme nous l'avons dit , ne se parle plus; mais dix à douze dialectes qui en sont dérivés sont usités dans l'Inde. La nomenclature ici en serait inutile ; nous ne ferons mention que de Tindoustani, qui est entendu dans toute la presqu'île, et dont la connaissance suffit à un étranger pour se faire comprendre partout.
La nation indoue est encore divisée, comme dans l'antiquité, en quatre castes, mot emprunté du portugais; le nom indien est dehadi. Chaque caste a des privilèges y des fonctions et des lois particulières; plus la caste est élevée, plus les restrictions sont multipliées et les préro^tives honorables ; la quatrième caste a le moins de lois à suivi*e , niais aussi elle a peu de considération et de droits. Chacun reste invariablement dans la caste où il est né, et en pratique les devoirs sans
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jamais pouvoir s^élever à une caste supérieure, quels que soient son mérite et son génie. Les peines les plus cruelles attendent celui qui voudrait se soustraire même aux règles les plus absurdes que lui prescrit la loi de sa caste. UIndou sacrifie apathiquemeot sa santé et sa vie même à ce point d^bonneur. En voici un exemple frappant que j'ai souvent entendu raconter.
Un brahmane de Calcutta, tourmenté d'une grave maladie, se fit exposer sur les bords du Grange ; il y passa quelques heures en contemplation et en prières , sans signe de vie : il attendait que la marée haute vint Fentrainer dans les flots sacrés, et lui donner la mort la plus sainte que son imagination pût lui promettre. Mais une compagnie d^Ânglais passa en bateau près du lieu de cette scène; Fhumanité de Tun d'eux fut émue à Faspect d'un homme qu'il croyait victime de quelque accident. Il fit at)procher le bateau , y entraîna le brahmane qui était sans connaissance, le rappela à la vie en lui versant dans la bouche un flacon d'eau de Cologne , et l'amena ensuite à Calcutta. Aussitôt les autres brahmanes le déclarerai infâme, déchu de sa caste et indigue qu'aucun Indou lui parlât. En vain l'Anglais
prouva- 1 -il par témoins que lui seul était coupable, puisquMl Tavait trouvé sans connaissance; la loi de Manou est inflexible, il avait bu avec un étranger, il en avait reçu des aliments ; ce crime lui fit perdre, selon les lois indoues, tons ses moyens de subsistance ; il fut aux yeux des siens frappé de mort civile. La loi anglaise, quia promis de respecter les lois du pays, ne pouvait rien contre une pareille décision ; seulement les tribunaux anglais ordonnèrent à celui qui lui avait sauvé la vie de lui fournir des aliments. Abandonné de tous les siens, poursuivi de marques de mépris et dMnaignation ; le malheureux brahmane traîna pendant trois ans une existence misérable; enfin une maladie nouvelle lui inspii%i le désir de se donner la mort, et son bienfaiteur, dont la bourse était épuisée , se garda bien cette fois de s^y opposer. Ce trait authentique peint mieux que cent remarques Fexcessive intolérance des Indous dans Tobservation des lois des castes. Un code, civil et religieux à la fois, règle scrupuleusement toutes les distinctions entre les castes, et prescrit le devoir de chacune déciles. Ce code est en vigueur
depuis des milliers d^années , et jamais les Indous n^ont songé à en modifier la rigueur.
La caste la plus noble est celle des brahmes ou brahmanes, prêtres; viennent ensuite celle des kchatriaSy ou xatrias, ou rajahs, guerriers; celle des veissiahs ou vessias, agriculteurs et commerçants; enfin celle des sudras ou sotidras, artisans, ouvriers, serviteurs.
En dehors de ces quatre castes, les descendants de ceux des Indous qui , par des mariages illicites , ont dérogé aux droits de ces quatre classes nobles, sont compris dans les divisions ignobles et méprisées, appelées barum - sunker ou wama-sanlcra, espèces de castes mixtes ; elles vivent à Tabri d^une sorte d'amnistie locale, mais elles n'osent communiquer avec aucun individu des classes nobles. Enfin, au-dessous de ces castes bâtardes, et en dehors de toute caste, on voit les malheureux parias, que les Indous ont rejeté de leur société, et qui se livrent aux travaux les plus vils et aux occupations les plus dégoûtantes. Dans tous les pays de Tlnde, les parias sont entièrement asservis aux autres castes, et traités partout avec une extrême dureté. Le mépris et Taversion que
les autres castes en général , et surtout celle des
brahmes, témoignent à ces malheureux, sont portés à un tel excès, que, dans bien des endroits ,
leur approdie seule ou la trace de leurs pieds est considérée comme capable de souiller tout le yoi* sinage. Une personne qui a été touchée, soit par inadvertance, soit volontairement, par un paria, est souillée par cela seul , et ne peut communiquer avec qui que ce soit jusqu'à ce qu'elle ait été purifiée par le bain, ou par d'autres cérémonies plus ou moins importantes, selon la dignité et les usages de la caste à laquelle cette personne appartien.
Chacune des quatre castes nobles se subdivise en beaucoup d'autres dont il n'est pas aisé de con* naître le nombre, parce que cette division varie selon les localités , et que telle division de caste qui se trouve sur un point ne se retrouve pas " ailleurs.
Parmi les brahraes, par exemple, on distingue dans le sud d^ la presqu'île trois ou quatre castes principales, qtii elles-mêmes comptent au moins vingt subdivisions chacune. Les lignes de démarcation çntre elles sont tellement prononcées, qu'elles s'opposent à toute espèce de fusion d^une subdivision dans une autre, surtout à ^elle qui pourrait s'opérer par le msfriage.
La caste des xatrias et celle d^ vessias ont
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. aussi beaucoup de divisions et de subdivisions. L'une et Tautre sont peu nombreuses dans le sud de la presqu'île; mais la première est plus considérable dans le nord de Plnde; quoique les brahmes affirment que la tribu des vrais xatrias n'existé plus , et que ceux qui passent pour lui appartenir ne sont qu'une race abâtardie.
Mais la caste où les catégories sont le plus multipliées, est celle des sudras. On en compte dixhuit principales, subdivisées en cent huit autres. La plus nombreuse des quatre grandes castes est sans contredit celle des sudras; elle forme en quelque sorte la masse de la population , et, jointe à la caste des parias, elle équivaut aux neuf dixièmes des habitants. '
La constitution des Indous est fondée sur le brahmanisme, ou culte de Brahma, religion qui admet Texistence d'une triple Divinité, Brakma, Vicknou et Chiya, d'une foule de divinités inférieures préposées au gouvernement du monde, ainsi que d'esprits bons et méchants, l'immortalité de l'âme, la métempsycose, la purification des âmes par les abstinences volontaires et les pratiques religieuses.
Les brahmes aiseignent que le peuple indien
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a été orée par Brahma ; les brahmes sont sortis de sa tète, voilà pourquoi ils forment la caste la plus noble ; les xatrias sont sortis de ses épaules ; les vessias de ses cuisses ; et les sudras de ses pieds. Telle est , selon eux , Torigine des quatre grandes castes.
La mythologie indienne semble être, comme cellcdes Grecs, un mélange de plusieurs croyances, qui se fondaient d'c^utant mieux Tune dans Tautre qu'elles offraient toutes les allégories 3ur Pétemel pouvoir de la nature. Iswara, divinité indienne, ressemble par beaucoup de traits à TOsiris des Égyptiens et au Bjacchus des Grecs. Vichnou et Chiva ont tous les deux des rapports frappants avec<Iupiter. Bien d'autres traits de ressemblance prouvent que les fables indiennes et grecques ont puisé à des sources communes.
Le culte brahmanique est accompagné d'un grand nombre de cérémonies et de coutumes so- Iranelles. Il y en a d'horribles , telle que la procession du dieu Djaggernath ou Jagrenat, dont le char pesant écrase sous ses roues les fanatiques qui , en s'y précipitant , croient trouver à la fois la mort la plus glorieuse et une éternelle félicité. Il y a d'autres fêtes indiennes où règne le tumulte,
OÙ préside la licence, et où Timpudique Lmgum est promené aux yeux de la multitude prosternée. Là se renouvellent tous les désordres, toutes les abominations des bacchanales et des fêtes de la bonne Déesse chez les anciens païens de Rome et de la Grèce. Mais arrêtons nos regards sur d'autres tableaux. Les ablutions et les lustrations forment une partie principale du culte brahmanique. Toute espèce d'eau est bonne pour les purifications, pourvu qu^elle soit limpide, et en cela le Gange fournit Peau par excellence. On fait aussi des ablutions avec de la bouse de vache, dont on se frotte le corps, et Ton a soin de s'y préparer d'abord par la lecture de quelques passages des Yédas , ou livres sacrés. Les idoles sont lavées avec de Teau et du lait, et ointes de beurre ou d'huile odorante.
Les temples où les Indiens célèbrent leur culte se nomment pagodes. On en trouve un grand nombre dans toutes les parties de l'Inde. Les plus célèbres sont dans l'île d'Éléphanta , près de Bom-
bay, à Illura et à Jagrenat. La pagode d'Eléphanta, que j^ai visitée pendant mon séjour à Bombay, est regardée comme la plus ancienne de toutes ; elle porle le nom de Kalpuri et celui à^Eléphanta. Ce
dernier nom lui vieùt d'un éléphant noir, taîUé autrefois dans le roc, aii pied d'une montagne voisine de Bombay^ Il y a en cet endroit plu»ears autres pagodes unieà ensemble; les citernes qui servent maintenant d'abreuvoir pour les bestiaux < étaient autrefois destinées aux ablutions et aux purifications.
Mélange étonnaiil de force et de faiblesse, de douceur et de férocité, l'Indien nous présente le tableau d'âne race humaine qui, sans passer par les divers degrés d'une civilisation libi*e, a été enchaînée, polie et dégradée par la superstition et le despotisme. L'homme qui sacrifie sa vie pour ne pas blesser quelque loi bizarre de sa caste, n'Ose-
rait s'armer contre les étrangers oppresseurs de sa patrie. Il défend au péril de ses jours une vache sacrée , et voit tranquillement opprimer et massacrer sa nation entière. Les Indous sont servilement attachés à leur religion ; ils en pratiquent les rites supersititieux , quelque absurdes qu'ils soient. C'est ainsi que, dans leurs fêtes religieuses, des hommes qui Veulent passer pour très- pieux » se meurtrissent le corps et s'imposent toutes sortes de supplices, dans l'espérance d'être agréables à leurs divinités. Les fakirs font de la vie un tour-
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ment perpétuel, en se soumettant par dévotion aux habitudes les plus insupportables. Les femmes mêmes montrent du courage et de Tintrépidité quand il s^agit de coutumes religieuses. Cest au son d^une musique bruyante, et parée de ses plus beaux habits, que la veuve indienne, honorée dans ce cas du nom de suttie, va se précipiter dans les flammes du bûcher. Ses enfants raccompagnent, et dans leurs yeux brille une sainte joie, en pensant à la félicité céleste^ et à la gloire éternelle que leur mère va conquérir. J'ai lu dans le Bombay-Courier qne dans une de ces cérémonies, qui deviennent de plus en plus rares grâce à Fintervention du gouvernement anglais, un jour un Européen disait au fils 4*une suttie : < Ne supplierez-vous pas votre mère de se conserver pour ses jeunes enfants qu'elle va rendre orphelins?
— Moi commettre une telle infamie! répond Tadolescent; ah! plutôt, si ma mère hésitait un moment, je Tencouragêrais, je la forcerais même à accomplir un sacrifice que demandent la religion et Phonneur. »
Les brahmes entretiennent et accroissent par toutes sortes de moyens la superstition populaire, qui est pour eux une source intarissable de lî-
chesses. Us n^ont pas besoin de recourir à des moyens bien ingénieux; les fourberies les plus grossières leur réussissent sans peine aux yeux de ce peuple aveugle. Je citerai pour preuve un fait arrivé il y a quelques années, et dont Tauthenticité m^a été attestée par une personne digne de foi. Je terminerai ce chapitre par cette anecdote, dont un côté passablement bouffon formera un contraste avec les sombres tableaux que j^ai présentes précédemment.
Il y a quatre à cinq ans , un brahme imagina un singulier moyen de se procurer de Targent et des présents. Il annonça aux adorateurs de Brahma, Tun des dieux Me TOlympe indien, qu'il leur rendrait visible cette divinité, non sous les formes dMne statue inanimée, mais avec la figure humaine et le corps d'un homme marchant, parlant, agissant Pour cela il ne demanda que six jours et Targent nécessaire aux sacrifices préparatoires. Au jour indiqué, les bons Indiens d^accourir en foule à la pagode. Comme tous étaient dans Tattente , munis d'une provision de beurre, d^huile, d'encens et de cocos, pour en faire offrande au dieu qui leur était promis , Timposteur aperçoit venir de loin un vieillard à Tair
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vénérable, bien vêtu, et le front orné des trois bandes de couleur que portent tous les sectateurs de Brahma. Alors il se prosterne en s^écriant: « Le voici, le grand Dieu! le voici qui s^avance vers vous ! » Les idolâtres aussitôt se précipitent au-devant du vieillard; les uns se jettent à ses pieds et les embrassent, les autres font des libations d'huile et de coco sur sa tète; on se presse, on se pousse; c'est à qui aura le bonheur de toucher la prétendue divinité. Notre homme, d'abord étourdi de ces transports religieux, ne tarde pas à en être la victime; il tombe à la renverse au milieu* de ses malencontreux adorateurs. C'est en vain qu'il se débat et qu'il crie au secours; sa voix se perd dans le tumulte. Pendant cette étrange scène, deux fils du vieillard, qui venaient aussi à la pagode pour jouir de la vue du dieu , furent avertis du danger que courait leur père, et se je* tèrent à coups de bâton sur cette multitude d'insensés. Il était temps ; grâce a cette énergique intervention, le malheureux vieillard fut arraché à une mort presque certaine. Inutile de dire ce que devint le rusé brahmane ; on comprend assez qu'il profita du tumulte pour s'enfuir avec l'argent destiné aux sacrifices.