DÉTAILS SUE LA MORT DU GÉNÉRAL ALLARD
« Cet homme, dont la destinée tient du ro- « man, a succombé, comme Bonaparte, à une
< aiïection du foie. 11 a éprouvé une première « attaque tandis qu'il passait en revue la légion a française (c'est-à-dire organisée à la française), « à Pichavor, où il avait pris position depuis l'af- « faire de Jawrood...
« Il a été saisi sur le lieu même de plusieurs « vomissements, et on Ta aussitôt transporté dans u sa tente, où il a été secouru par Ib docteur a Lord, à présent au service spécial , pour le gou- « vernement anglais, à Pichavor. Le troisième
< et le quatrième jour, il se trouvait beaucoup
(K mieux; mais il fut de nouveau saisi des mêmes « symptômes, et succomba victime du mal le « 23 janvier, huit jours après être tombé ma- « lade.
« D'après des renseignements sur lesquels on (( peut compter, il parait que la maladie du géné- <ï rai a été reconnue mortelle; c'était une affec- « tion, non pas du foie, comme nous Tavons dit « par erreur, mais du cœur, dont il souffrait de- « puis plusieurs années. Il a conservé sa présence « d'esprit jusqu'au dernier moment, et quelques « instants avant sa mort il avait reçu les officiers «'de son corps, et s'était entretenu avec eux «' pendant quelque temps.
« Le général a manifesté le désir d'être enterré r à Labore; son corps a été embaumé, et, pour « l'y transporter de Picbavor, les troupes se sont (( formées sur une double baie, au milieu de la- « quelle marcbait le convoi, suivi des officiers, ft du docteur Lord, et de plusieurs chefs seikbs de c distinction. Le 9 février, le corps est arrivé sur a les bancs de Jotlam, où la mission britannique, a maintenant en route pour Picbavor, était a campée. ^
c Leiieutenant-colonel Wade, pour honorer la
<( mémoire d^un officier de haut rang aa serViicë a de Runjét-Sing,' et pâi'égslrd persdhiîél potir im «r personnage qu^il avait longtemps' connu à Ma' a cour du màtiaradjati , sortit, accomt^dgné de ses « officiers, piùr conduire le corps de Padlre côté* « de la rive , à la tente dressée pour le recevoir, « prés du lieu où était barhpëe la mission.
(t A rârrfvée du Wps à Lahore, le maharadjah « a ordonne quil fût reçu et entériné avec les hbn- « nèurs militaires dus à son ran^', et Von dit qUe, « diaprés le désir exprimé par MM. Court et' Avîa tâbile (deux officiers 'franç'dis' amie' du général a et au service du maharadjah), lé corps restera a exposé pendant un jour ou deux avant d^tstre a mis eh terre.
« Le général Allard laisse eri 'France due vfeuve a dWigine indienne, (|ui a embraÈ^sé'la religion a catholique, et ciiiq enfants, qui habilefnt avec a la famille dli général la petite ville de Saint- « Tropez.
c( La mort du' général ÂUard est une perte ir- « réparable pour le royaume de Lahore (1). »
Quand j^'eus terminé la lecture de cet article.
(1) L'article que nous venons de citer est reproduit par le Moniteur du 19 mai 1839.
lecture que je fis à haute voix, M. Ritch ajouta quelques détails insignifiants qu^ii tenait de ses correspondants; puis il ajouta :
« Je suis parfaitement de Tavis du journaliste ; oui, la mort du général Allard est une perte irréparable pour le royaume de Labore, et maintenant je doute fort que Tempire des Seikhs ait une existence beaucoup plus longue que Texistenoe du maharadjah actuel, existence très-chancelante, d'après Tarticle que vous avez lu dans le Bombay- Times d^aujourd'hui.
— Je pense comme vous, reprit le capitaine Thurth; d'après ce que j'ai entendu dire, Runjefr Sing laisse deux ou trois prétendants à sa succession , et nous savons par expérience ce qui va en résulter. Chacun aura un parti qui le soutiendra, la guerre civile éclatera ; puis , après des flots de sang versé, l'empire se divisera, et. la compagnie anglaise sera probablement obligée d'intervenir pour empêcher ce malheureux pays de se détruire lui-même par l'anarchie. Ma foi, monsieur Des- Iresnes, si j'ai un conseil à vous donner maintenant, c'est de renoncer à votre projet d'aller cherclicr fortune dans ce pays- là.
— ; J'avais déjà pris cette résolution aussitôt
DANS L'INDë anglaise. ël
après, avoir lu Farticle du journal d'aujourd'hui. J'ai abandonné tout à fait mes projets pour Lahore, et je ne songe plus maintenant qu'à retourner en France , par le premier paquebot qui partira pour PEurope.
— Comment, comment? s'écria sir Edouard Piercy, vous parlez de retourner en Europe, et vous ne faites qu'arriver aux Indes ?
— Et que voulez -vous que j'y fasse, maintenant que je n'ai plus devant moi un but vers' lequel je puisse me diriger, et que, de plus, j'ai perdu la personne qui pouvait m'aider à l'atteindre ?
— Mais, mon cher Ned, est-ce qu'à votre âge, avec vos talents, on doit se désoler pour un but manqué, pour une espérance évanouie? Est-ce qu'il ne peut pas s'Ouvrir devant vous d'autres carrièries que celle que vous aviez en vue, et qui, bien que différentes, n'en soient pas moins avantageuses, et peut-être davantage ? Tenez , pour mon compte, je voua voyais avec peine engagé dans cette entreprise, qui, malgré la protection puissante du général ÂUard, ne me paraissait point devoir vous offrir un avenir aussi assuré et aussi brillant que vous le rêviez* Je me serais
bien gardé toutefois de vous en détourner, parce que votre résolution était arrêtée, et que je n^avais aucun drmt à me mêler de vos affaires. Seulement; je voyais avec regret approcher le moment de notre séparation , et en apprenant la nouvelle qui vous a si péniblement affecté, je vous avouerai que, tout en partageant votre peine, je n'ai pu me défendre d'un sentiment de satisfaction, en pensant que nous pourrions fort bien ne pas nous séparer. Et voilà précisément que vous parlez de nous quitter!
-7 Je vous remercie, mon cher Edouard, de VOS bons sentiments pour moi ; mais, encore une fois, que voulez-vous que je fasse dans ce pays, où je suis étranger, inconnu, sans appui et sans protection ?
— Et pour qui donc nous prenez -vous, M. Ritch, M. Tbiïrth et moi? Croyez -vous que Toffre de notre amitié n'ait été qu'un mot, et qu'elle doive vous manquer juste au moment où vous aurez besoin d'en avoir des preuves positives?
— Encore une fois, je ne doute pas de votre amitié ; mais ne serait- ce paS' en abuser que d'attendre de vous quelque chose au delà de ces
marques de bienveillance et de bonté dont vous m^avez déjà comblé, et d'exjger encore?...
— Pas un mot de plus, interrompit sir Edouard, ou nous nous fâcherons. Ce qui nous reste à faire pour vous nous regarde, ces messieurs et moi. Nous en causerons ensemble , et quand nous aurons décidé quelque chose, nous vous en ferons part Vous jugerez alors si cela vous convient; sinon, vous serez toujours libre de retourner en Europe. »
M. Ritcb et le capitaine confirmèrent les pàrôles de sir Edouard. L'arrivée d'un domestique, annonçant que W^^ Ritcb nous attendait dans le salon pour prendre le thé, coupa court à notre entretien, et il ne fut plus question de cette affaire da^s le reste de la soirée.