PROFESSION DES ALIÉNÉS
Hommes. Feuinifo». Totaux.
Négociants 48 0 054
Artistes 122 8 130
Employés 14 > 14
HOSPICES
Militaires
Hommes.
Femmes.
Totaux.
Agriculteurs
Ouvriers à gages dans des maisons. .
Domestiques . . . .
Littérateurs, jurisconsultes, médecins, mathématiciens , savants
Maîtres d’école
Propriétaires
Prêtres et moines
Gens sans états
Deux observations ressortent de ce tableau ; la première, semblant confirmer les opinions modernes de plusieurs médecins, relatives à la pélagra, porte sur le nombre si considérable d'agriculteurs atteints de folie, et cependant cette classe de citoyens est moins sujette aux passions violentes qui agitent les habitants des villes. Il est probable qu’ils sont victimes d’une cause physique et qu’effectiveinent leur genre de nourriture, l’abus du maïs souvent avarié, puisqu’ils réservent celui qui est sain pour l’approvisionnement des marchés, les prédisposent à la terrible maladie dont l’aliénation mentale est la dernière phase. La seconde, c’est que les ecclésiastiques et surtout les religieuses et les moines claustrés ont fourni peu de pensionnaires à l’hospice de Reggio. Celte observation contrarie les idées reçues, savoir que le silence forcé et la séquestration contribuent au dérangement des facultés mentales, et il faut noter qu’en
AGRICULTURE, COMMERCE, INDUSTRIE. 233 Italie les couvents de trappistes et de chartreux existent encore. On en pourrait tirer une conséquence, c’est que le système de punition cellulaire pour les condamnés n’offre pas le danger de les voir devenir insensés, et c’était un des arguments favoris de ses adversaires, qui s’appuyaient sur de rares exemples que les prisons des Etats-Unis avaient présentés; mais on leur répondit que les vices de tous genres des reclus et l’abus précédent des liqueurs alcooliques étaient les vrais stimulants de leur folie, et non l’isolement.
En terminant ce chapitre, auquel nous avons cru devoir donner une certaine étendue, c’est un devoir pour nous de témoigner notre reconnaissance au célèbre docteur qui a bien voulu nous accueillir avec tant d’aménité, nous communiquer tous les détails sur son mode de traitement, et sacrifier de longues heures d’un temps si précieux, pour répondre à des questions qui pouvaient lui être importunes.
La constitution géologique du Modénois étant semblable à celle du Parmesan, et le climat n’offrant aucune différence, l’agriculture des deux contrées, soit dans la plaine, soit dans la montagne,
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suit les mêmes méthodes d’assolements, cultive les mêmes végétaux, élève les mêmes races d’animaux, qui sont, peut-être, un peu inférieures en puissance et en beauté à ceux des environs de Plaisance. Pour ne pas nous répéter, bornons-nous donc à dire que le Pô touchant sur un seul point la frontière septentrionale du duché, ou ne s’y occupe pas, ou que du moins on s’y applique à peine à la culture du riz; que celle du lupin y prend au contraire une grande extension ; que les châtaignes sont le plus important produit de la Cafargnana, la base de l’alimentation des montagnards, et que, dans la Lunigiana et à Massa, jouissant d’une chaude température et situés aux bords de la mer, on recueille des grains, des légumes de toutes espèces, de l’ail, dont'il se fait un commerce assez important, et que le mûrier commence à fixer l’attention et les soins des propriétaires. A Massa, croissent des forêts d’orangers, de citronniers, de limons dont les fruits ainsi que ceux de la vigne et de l’olivier forment la principale richesse de leurs possesseurs. On se livre aussi avec succès, dans ces trois provinces, à l’engraissement des bestiaux qui sont conduits en Toscane ; cependant le duché de Massa ne peut suffire à sa consommation végétale et, quelle que soit la fécondité d’un sol incessamment cultivé, il lui est impossible de nourrir l’excès de sa population ; il est donc tributaire de l’étranger et surtout
de Livourne, et c’est de là qu’il (ire les céréales de la Sicile et d’Odessa, qui doivent combler le déficit.
La plaine, au versant nord de l’Apennin, est mieux partagée, sous le rapport de l’alimentation ; ses habitants sont répartis, sur le territoire, dans une meilleure proportion et peuvent même exporter quelques excédants de leurs récoltes.
Il est impossible de donner une idée exacte du commerce et de l’industrie modénoise et d’évaluer en chiffres leurs exportations et importations, par toutes pièces officielles manquent à un étranger, et il ne peut riïême se procurer des documents approximatifs dignes de quelque confiance ; tels étaient du moins les obstacles apportés par l’administration sous le règne du souverain mort en 1846. Quant aux relations commerciales de Modène avec la France, on ne trouve rien dans les tableaux que publient annuellement nos douanes, le mouvement des marchandises de cette contrée s’exécutant réciproquement par les ports de Gènes et de Livourne et se confondant avec leurs entre'es et leurs sorties générales. Ce que nous allons dire est seulement , le résultat de conversations avec des négociants et des agriculteurs, et, dans cet état de choses, nous nous contenterons d’indiquer succinctement les productions duduché,etcequ’ilexporte et importe, aimant mieux dire trop peu et ne pas nous livrer à des assertions hasardées.
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Il paraît que les exportations consistent principalement en matières brutes provenant du sol de la plaine éminemment fertile; la plus considérable est celle des bestiaux de l’espèce bovine qui vont servir aux besoins du labourage et de l’alimentation de la principauté de Lucques et du grand duché de Toscane. La sortie des fruits destinés à la Lombardie vénitienne est aussi profitable aux campagnes et acquiert quelque importance. Les céréales, la soie, le chanvre, les vins, l’alcool, etc., occupent, dans l’excédant des produits agricoles, une place moins considérable; mais en général le commerce semble peu goûté par les indigènes et ils l’abandonnent presque entièrement aux Israélites et aux Suisses qui viennent s’établir à Reggio et à Modène. Le plus grand nombre de ces derniers émigrants arrivent des Alpes grisonnes et des cantons de Glaris et d’Uri.
Mais ce commerce d’un si petit pays, presque privé de manufactures, ne peut donner lieu «à de grandes opérations, et n’ayant pour base que la * consommation locale se réduit, en fait d’importations, aux grains, pour le littoral, aux salaisons, aux denrées exotiques et aux objets manufacturiers. Les états de Gènes et de Parme envoient un assez grand nombre de bestiaux, non pour les besoins du Modénois, qui se suffit à lui-même et exporte aussi ; mais comme station d’animaux mai-
grès, que Ton engraisse sur les riches prairies de Modène et que l’on conduit ensuite à Livourne, avec un bénéfice de 20 à 3o écus par tête, et qui servent à l’approvisionnement de la ville et des vaisseaux. Le capital annuel de ce commerce représente environ 3oo,ooo fr. A l’exportation figurent principalement, pour Carrara et Massa, les marbres, l’huile, les oranges, les limons et l’ail envoyés à Marseille. Les marbres bruts sont comptés, dans la sortie, pour i4à i 5 millions, 'ceux travaillés pour 25o,ooo fr., et nous nous en occuperons spécialement, lors de la description de cette exiguë principauté, jadis indépendante, et soumise aujourd'hui à Modène. Les orangers et les limons peuvent s’évaluer à 3o ou 4o»ooo fr., et l’ail, si cher aux Provençaux, à 5o ou 60,000.
Le commerce maritime se réduit presque uniquement au transport des marbres, des céréales et des fruits propres au littoral ; ses rivages n’ont point de ports et ne présentent aux bâtiments que des débarcadères, sur une plage assez dangereuse, et qu’il faut quitter à la moindre apparence de mauvais temps. Les plus fréquentés sont ceux de Santo-Giuseppe et de Lavenza ; le premier est à 2 milles de Carrara, et c’est là où sont embarqués les marbres que reçoivent des tartanes, dont les plus grosses ne dépassent pas la contenance de 5o tonneaux ; on les amène à Livourne et à Gênes
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pour les transborder sur de plus grands navires capables de sillonner la Méditerranée ou de résister aux tempêtes de l’Océan ; car ils doivent souvent naviguer vers l’Egypte, la Baltique, les Etats- Unis, et même jusqu'au Bengale. Cette marine nationale se réduit à 8 ou g barques jaugeant ensemble 35o tonnes, occupant une quarantaine d’hommes, et dont les plus longues courses s’étendent des bouches du Tibre à la rivière de Gênes. Par exception, ces marins se dirigent quelquefois sur Nice et la Sicile.
Cette misère de la marine modénoise est forcée et ne tient point à une volonté, à un dédain pour la navigation. Si l’on fait attention au peu d’étendue de ses côtes et à l’absence de ports accessibles, on conviendra que le duché est obligé, par sa situation géographique, de faire prendre la voie de terre à son commerce; il faut, en outre, observer qu’une haute chaîne de montagnes sépare de la mer la plus nombreuse population. Il en résulte, quoique la Méditerranée baigne la partie méridionale du pays, que les provinces du Nord et transapennines sont contraintes, par leur position et l’économie des transports, de recourir à l’Adriatique pour s’approvisionner des marchandises d’outre-mer. Telle est la raison qui force Modène à se rendre tributaire du marché voisin de Venise, et il sera difficile de changer cette marche du tra-
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fie, qui suit toujours le chemin le plus court ou le moins dispendieux. Livourne ne pourrait entrer en rivalité, et surtout pour la plaine, que dans le cas où une voie de fer, passant les montagnes de Pontremoli, déboucherait en Lombardie; mais jusqu’à celte époque, fort éloignée probablement à cause des difficultés presque insurmontables que présenteraient le tracé et son exécution , les ports de l’Adriatique conviendront mieux à Modène, puisque le système des rail-ways est déjà en activité dàns le royaume lombard-vénitien et que, de plus, des canaux et la navigation du Pô y existent depuis des siècles. On peut donc en conclure que le commerce maritime, concentré dans la petite province de Massa et de Carrara , n’est pas susceptible d’une grande extension et continuera, du moins pour longtemps encore, à se borner aux exportations de ses marbres, de quelques produits agricoles, et à l’importation des grains et du peu de denrées coloniales dont il a besoin.
Les mines de cuivre et de fer de la Cafargnana, jadis assez riches, sont maintenant d’un faible rapport pour les particuliers qui les exploitent, et nous doutons qu’on y emploie les procédés indiqués par la science moderne, économisant le combustible et augmentant le rendement du minerai, en extrayant de leur gangue les dernières particules des métaux.
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11 n’en est pas de même des immenses carrières de marbre blanc de Carrara : il est vrai que, sauf IcsdifBcultés de transport jusqu’au lieu d’embarquement , son extraction de la montagne ne demande que peu de moyens d’art ou de mécanique. Le soulèvement des bancs sert à obtenir les grosses pièces de formes régulières, réservées pour la statuaire, et la poudre fait sauter les blocs moins puissants dont la destination n’exige pas cette régularité. Il est vrai que cette manière d’exploiter fait perdre une grande quantité de matière et jonche le sol de débris; mais les carrières semblent inépuisables. Ce marbre est le plus beau, le plus égal de teintes, le plus exempt de veines sèches, rebelles sous le ciseau, et par conséquent le plus facile à tailler, depuis que celui de Paros est épuisé (i). Vingt-huit usines, mises en mouvement par un courant d'eau, scient ces masses, les réduisent en tables, en cubes, en parallélipipèdes dont les proportions sont fixées selon les divers usages auxquels Je commerce
(1) Le marbre de Itle de Paros, dans la mer Egée el l’une des Cyclades, était supérieur à celui de Carrara par son grain, paraissant contenir des particules nacrées, et par une quasi-diaphuliéiléqui donnait un charme particulier aux statues sorties du ciseau des sculpteurs grecs. C’était , à vrai dire, une espèce d'albâtre incolore plutôt qu’un marbre ; car on prétend qu’il provenait des stalactites qui, par le laps du temps , avaient rempli des cavernes.
étranger de la marbrerie les destine. Quant aux vases, cheminées, consoles, guéridons, que l’on exporte, tout sculptés avec beaucoup de talent, ils rentrent dans la catégorie des objets d’art, et nous y reviendrons en nous occupant plus tard de l’école fondée à Carrara pour former des sculpteurs.
Nous ne nous occuperons pas de quelques fabriques de cotonnades , de draperies communes , de toiles de chanvre ou de lin, confectionnées à la campagne par les paysans, à leurs heures de loisir; de poteries, etc., ne servant qu’à la consommation des habitants les moins aisés; elles n’offrent rien de particulier et, vu leur infériorité, ne sont pas en état d’exporter, ou du moins de mettre un poids appréciable dans la balance du commerce extérieur.
A Carpi, il existe une manufacture de chapeaux de paille; mais ils sont loin d’atteindre à la finesse de leurs voisins de la Toscane et même de Bologne et de Fer rare , qui, depuis peu, ont fait de notables progrès.
La fabrication du papier a plus d’importance, et le duché compte 10 papeteries contenant 18 cuves et produisant i,8oo balles du poids moyen chacune de i3o kilogrammes , qui représentent une valeur d’environ i 80,000 francs et emploient 200 ouvriers, hommes, femmes et enfants. La qualité des produits est médiocre et au-dessous de ceux que fournissent les autres papeteries italien-
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nés, qui pourtant sont elles-mêmes inférieures à celles de France , de Hollande et d’Angleterre. La quantité de chiffons de lin , de chanvre et de laine réduits en pâte est de 3oo,ooo kilogrammes. Par défaut d'habile manipulation , ces fabriques consomment beaucoup plus de matière première qu’il n’en faudrait proportionnellement à la somme de leur production. Telles qu’elles existentcependant, elles se soutiennent et suffisent à la consommation du pays pour le papier commun. Quant à celui de meilleure qualité, il vient delà Toscane, de Parme et du Milanais. Il est tristement remarquable que cette imperfection se rencontre dans un pays où les chiffons sont le plus abondants , les campagnards ayant conservé l’habitude de se servir ex-* clusivement de tissus de chanvre ou de lin ; aussi sur 1,000,000 dekil. en vieux linge annuellement fournis par le duché, 700,000 environ passent en Toscane et en Lombardie, quoique l’exportation soit grevée de 5 francs par quintal. Mais ce qui se vend 10 à 12 à Modène vaut 20 à Livourne et 22 à Milan.
Si nous avons donné de si longs détails sur cette minime fabrication, c’est, ainsi que nous l’avons fait remarquer dans les précédents volumes, qu’elle montre le vice de beaucoup de manufactures italiennes ; c’est-à-dire leur multiplicité et leur trop peu d’importance, qui ne permettent aucuns per-
fectionnements ; ainsi voilà 10 fabriques ne produisant chacune, en moyenne, que 23,000 kilogrammes de papier, tandis qu’une seule qui en fabriquerait 3oo,ooo pourrait adopter les machines et les procédés nouveaux.