‹ Voyage dans l'Italie méridionaleChapitre 40 sur 80 · II · texte numérisé non relu

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constant usage quelque disposition à l’œdème et de la lenteur dans les fonctions de l’intelligence, A Lucques , elle ne produit poiut

MANUFACTURES, COMMERCE, ROUTES. ü6g

Si le plus grand nombre des habitants de la principauté se livrent à l’agriculture, cependant une partie d’entre eux s’adonne, ainsi que le chapitre précédent l’a déjà fait connaître, au travail des manufactures, et le pays possède assez d’établissemenls industriels pouvant subvenir à ses réels besoins, et même satisfaire aux demandes du luxe.

Au premier rang, il faut placer la filature des soies et les fabriques de soieries j quoique déchues, non sous le rapport de l’art, mais sous celui de la quantité des produits, à cause de la concurrence, elles soutiennent encore leur ancienne réputation, née, à ce que l’on croit, au onzième siècle et portée à son apogée aux quatorzième et quinzième (1).

cet effet sur les montagnards, race vigoureuse et active. Sans doute le climat exerce une influence favorable.

(1) Aux quatorzième et quinzième siècles , le commerce des soieries avait pris à Lucques une telle importance, que les fabri-

Lucques était alors riche et puissante, grâce à ses habiles ouvriers ; mais plusieurs de ses fabricants , ou proscrits par les factions, sans cesse renaissantes, ou fuyant les troubles et les suspensions des affaires qu’ils entraînent toujours avec eux, vinrent s’établir à Lyon. De là cette noble industrie se répandit aussi à Nîmes, à Avignon , à Saint-Etienne, et les filles grandirent aux dépens de leurs mères ; pourtant il existait encore, en i53o, 3,ooo métiers dans la ville ou sa banlieue, et, en i6i/j, ils étaient réduits à leur minimum ; mais sous le gouvernement de la princesse Elisa Bacciocchi, sœur de l’empereur Napoléon, cette manufacture reprit une vigueur nouvelle et se trouve maintenant en progrès. Nous avons vu des ameublements sortis des ateliers lucquois qui peuvent soutenir la comparaison avec les plus beaux de Tours et de Lyon. Parmi ces établissements il faut citer celui de MM. Burlatnacchi et Donati, se livrant à la double fabrication des étoffes de laine et de soie ; ces dernières, surtout, y arrivent à un haut point de perfection. Les métiers à soieries sont actuellement au nombre de 8 à 900 et emploient environ 3,ooo ouvriers, en y comprenant tous ceux qui coopèrent à ce genre d’industrie.

cants de cette république , outre de grands privilèges obtenus à Montpellier, à Paris et à Bruges, possédaient celui d’avoir des consuls et de» juridiction» particulières dans ces trois villes.

Le tissage de ]a laine est aussi cultivé avec succès, non-seulement’par MM. Burlamacchi etDonali, mais par d’autres concurrents. Outre ces deux espèces de tissus, on doit faire mention des futaines, des bordati ( toiles rayées) et autres étoffes de lin, de chanvre et de coton servant à la consommation in* térieure. D’autres fabriques, comme celle des bonnets de lainage et des couvertures de fil et en co* tonnade, ont étendu leur commerce à l’extérieur. On compte aussi celles de papiers, de chapeaux de feutre et de paille, de verreries, de laminage de fer, de fonderies de cuivre et autres métaux , de poteries, de fourneaux en terre et de toiles à voiles. La plupart de ces fabriques sont établies sur une bien petite échelle ; est-ce un germe qui se développera, suivant que les temps seront plus ou moins propices? Il faut l’espérer. Voici celles qui occupent le plus d’ouvriers.

Ida soieries . 3,000

de draps et lainages 900

de papiers 500

de laminage de Ter 700

de cotonnades et toiles de lin 1,200

Pour les toiles à voilés et celles de chanvre, destinées à la consommation du peuple, on 11e peut savoir combien d’individus s’emploient aies tisser, les métiers étant répandus dans la campagne et occupés par les paysans dans les heures de loisir.

27a MANUFACTURES, COMMERCE, ROUTES.

La fabrication des chapeaux de paille a pris une assez grande extension, depuis que les coiffures de cette matière élégante et légère sont devenues d’un usage si fréquent, même pour les hommes. Et qu’il soit permis de renouveler ici le regret et l’étonnement exprimés au premier volume de cet ouvrage, en nous occupant des tissus pareils fabriqués en Toscane. Comment se fait-il que l’espèce de graminée, qui en est la base et qui prospérerait sous le climat et dans les terrains analogues de la Provence et du Languedoc, n’y ait pas été introduite par nos cultivateurs et utilisée par nos industriels ? Quelques ouvrières, attirées dans ces départements, suffiraient pour y former des élèves et nous doter d’une industrie, dont les produits étrangers sont entrés en France, en i844i selon nos états de douanes, pour une valeur officielle de 3,965,211 fr., et en i845, de 5,ao3,236 (1).

Il est aussi une autre observation, déjà faite et qu’on doit rappeler encore, au sujet de cette multiplicité de petites entreprises du même genre

(1) Ces chapeaux, dont la matière première vaut à peine 1 fr. , moment quelquefois en Toscane à des prix énormes par la maind’œuvre. Il u’est pas rare d’en voir, d’une finesse extraordinaire, arriver à 5 et 600 fr. On eu cite qui ont été vendus 2,000, et l’on prétend qu’une princes«e russe en a payé un 8,000. Leur valeur moyenne, dans les bonnes qualités ordinaires à tresses cousues et engrénées, prises en fabrique, est de 18 a 16 fr.

MANUFACTURES, COMMERCÉ, ROUTES, amoncelées sur certains points de l’Italie et préjudiciables à la bonne fabrication. Ainsi quand on voit, dans la seule principauté de Lucques, 3o papeteries n’employant entre elles que 5oo ouvriers, c’est-à-dire en moyenne 17 pour chacune, il est impossible de ne pas penser que des établissements si restreints, que les bénéfices si étroits qui en résultent s’opposent à leurs perfectionnements. Aussi les faits répondent-ils à la théorie favorable aux grandes manufactures, car, en général, les papiers italiens sont de la plus médiocre qualité.

En résumé, l’industrie séricicole, celle des étoffes de soie et la production des lainages vont en progressant. Les bonnets de la fabrique Donati jouissent d’une réputation si étendue, en Afrique et dans le Levant, que cette maison ne peut souvent suffire à toutes les demandes qui lui arrivent de Tunis et de la Syrie. Les rapports avec notre colonie africaine augmentent chaque jour. D’autres industries sont encore en germe, comme on vient de le dire ; mais l’impulsion est donnée; elles font de louables efforts pour se développer et grandir, et le pays leur en offre la facilité par ses nombreux cours d’eau, force motrice qui ne coûte rien et constante, puisque la rigueur du froid ne l’enchaîne jamais sous cet heureux climat. Il est donc permis de croire que les manufactures prendront,

sur le territoire lucquois, une assez grande extenv. 18

sîon, et cette croyance se déduit du naturel intelligent et laborieux des habitants, du bas prix dè la main-d’œuvre et de l'exubérance de la population augmentant sans cesse; bientôt, faute d’emploi dans la campagne, on verra celle-ci contrainte à demander de l’occupation à l’Industrie. Déjà la plaine, trop peuplée, ne peut accorder du travail hivernal aux montagnards , quoique les cultures s’y succèdent sans interruption. De là les émigrations dans les Maremmes toscans, en torse, eh Sardaigne, et maintenant jusqu’en Algérie, émigrations qui cesseraient si des hommes actifs et vigoureux, au lieu d’aller chercher du pain en des pays éloignés et souvent malsains, pouvaient l’obtenir sans s’éloigner du foyer paternel.

Quant au commerce d'importation et d’exportation, il se divise en maritime et terrestre. Le premier est partagé en direct et indirect, selon qu’il suit la route de Viareggio, seule rade que possède le littoral de Ja principauté, ou de Livourne appartenant à la Toscane. Le commerce direct est minime; les matières qu’il exporte sont l’huile, les Fruits, les grains, principalement le maïs, les légumes et autres articles analogues. Celles introduites par mer consistent en poissons salés, charbon, vins, denrées coloniales et quelques objets manufacturés.

Le commerce terrestre se concentre à Livourne, car on transporte peu de marchandises de Viareg-

MANUFACTURES, COMMERCE, ROUTES. 2?5 gio à Lucques, attendu que, pour aller de Cette ville à la capitale, il faut passer le mont Chiesa et que le charroi y est difficile et coûteux. Evaluant la dépense et craignant le temps perdu, les négociants lucquois préfèrent prendre la voie de Livourne, toujours en plaine et n’offrant que la même distance. Il arrive de là que le commerce maritime semble être terrestre parce qu'il se dirige sur un port toscan et qu’il en revient. L’exportation consiste en huile, soie, soieries, bonnets, couvertures et autres tissus de laine et de coton. L’importation se compose, pour la plus grande partie, de denrées coloniales, salaisons, quincailleries, divers produits manufacturés et autres articles étrangers, mais de peu d’importance.

L’importation générale est à peu près de 0,000,000 de livres luc-

qooises.

L’exportation, seulement de 2,000,000 à 5,000,000.

Ses objets principaux sont :

L’huile 1,000,000.

La soie et soieries 550,000 à 400,000.

Bonneterie, cotonnades, lainages 250,000 à 500,000. Objets divers 1,000,000 à 1,400,000.

Si ces données sont exactes, il en résulte en apparence que la consommation des produits étrangers coûte, en moyenne, à chaque habitant 34 livres, soit en francs 26 fr.5ocent.; et qu’il contribue à l’exportation, également en moyenne, pour i5 à

17 livres, ou de 1 1 fr.25 cent, à 12 fr. 75 cent. Mais il faut faire observer que l’importation doit être plus considérable que les chiffres ne l’indiquent, à cause de la contrebande difficile à empêcher, dans une contrée montagneuse, avec les Etats limitrophes. Il parait surtout que celle du tabac est trèsactive. D’autre part, la différence, si considérable, qui existe officiellement entre la sortie et l’introduction des marchandises, et qui semblerait devoir appauvrir le pays, est certainement compensée par un trafic journalier de volaille, beurre, œufs, fruits, légumes, châtaignes, etc., se faisant aussi en fraude au profit du Modénois et de Livourne, ville de 70,000 âmes et située, ainsi que Pise, à peu de distance des frontières lucquoises. Il est encore une autre compensation peut-être, c’est celle du numéraire que des milliers d’ouvriers rapportent, tous les ans, après leur émigration de plusieurs mois; on doit y ajouter celui versé par le grand nombre d’étrangers fréquentant les eaux thermales de Monte-Catini, ou passant l’hiver à Viareggio pour jouir de la beauté du climat. S’il est impossible de savoir à combien montent les sommes diverses, dont la douane ne peut tenir compte, on doit néanmoins en conclure qu’elles rétablissent, au moins à peu près, l’équation, car l’intérêt de l’argent n’augmente pas et tend plutôt à diminuer.

Nous ne dirons rien ici sur la marine, qui d’ailleurs est d’une bien faible importance ; et, pour ne pas faire un double emploi, nous remettons à nous en occuper lors de la description de Viareggio.

La bonne viabilité étant un des éléments de l’agriculture et du commerce, par la facilité qu’elle procure aux transports, il faut s’occuper un instant de l’état des voies de communication. Les routes principales sont bien entretenues, et la royale, longeant la Méditerranée, allant de Carrara à Lucques et se prolongeant ensuite de la capitale aux confins de la Toscane, a été habilement e'tablie et défilée au milieu d’âpres montagnes présentant aux ingénieurs beaucoup d’obstacles à surmonter. Il en est de même de celle conduisant aux eaux thermales. En général aussi on a perfectionné les hemins vicinaux.

Depuis dix-huit mois que nous avons quitté Lucques, une entreprise, qui se préparait lors de notre départ, vient de se terminer avec une étonnante rapidité, et nous allons communiquer au lecteur les détails que nous donné à ce sujet notre correspondance. C’est l’achèvement du rail-way se dirigeant de la capitale sur Pise, et construit, avec économie et solidité, par M. l’ingénieurPoplmayer. Ce chemin commence près des murs de Lucques, et à 4 milles et '/, entre en Toscane; après avoir parcouru une égale distance, il arrive aux bains

deSanlo-Julianoet de là se dirige sur Pise. Les voitures sont élégantes, commodes et les wagons de troisième classe couverts et fermés avec des tentures en cuir. Les prix modérés répondent à ceux du chemin toscan de Léopold; savoir i5 centimes par mille italien de 1 ,400 mètres pour la première classe, 10 pour la seconde et 7 pour la troisième. L’ingénieur a établi les gardiens et les signaux avec beaucoup de soin et de prévoyance, surtout dans les courbes que la conformation du terrain rend très-fréquentes, et la vitesse est modérée à cause die ces mêmes courbes; cependant on franchit les 12 milles de ce rail-way en 24 minutes, y compris 2 de station. Ce chemin est le premier, parmi ceux en activité en Italie, passant d’un Etat à un autre; aussi a-t-il exigé des dispositions pour régler le$ affaires de douanes, qui l’ont été avec simplicité et sans fatiguer les voyageurs qu’on ne visite qu’à la station , s’ils y descendent , et à l’extrémité de la ligne; mais il paraît que le transport des marchandises exigera de nouvelles mesures.

Telle est la statistique matérielle, et bien incomplète sans doute, d’une contrée dont l’étendue tient si peu de place sur la carte italienne, mais habitée par un peuple laborieux, intelligent, de mœurs pacifiques et cherchant principalement son bien-être dans les travaux agricoles, qui, plus que tous les autres, portent à l’ordre et à la modération

MANUFACTURES, COMMERCE, ROUTES. 27g des désirs : presque tout le monde y est propriétaire. Si le perfectionnement social y marche avec circonspection, il n’avance pas moins, et, pour être mesurés, ses progrès n’en sont que plus certains,

puisqu’ils résultent, sans secousses, de l’action du temps et de la raison. Les établissements philanthropiques, les hospices, la maison des aliénés, le dépôt de mendicité, la haute instruction, plusieurs entreprises d’utilité publique en fournissent la preuve, et Lucques est une des premières villes de laPéninsuleoù la vaccine fut introduite. En somme, ce pays, exempt, depuis des siècles, de grandes perturbations, quoiqu’il ait changé de souverain et de constitution, a généralement un air d’aisance et de bonheur, et certainement il a gagné à ne plus être soumis au pouvoir de l’oligarchie.

Bien que la pièce suivante, publiée par le colonel Serristori,et plusancienneinent par Mazzarosa, historien de Lucques, n’ait aucun rapport avec la statistique, nous croyons cependant devoir la faire connaître au lecteur; car elle est curieuse et confirme deux faits non contestés. Premièrement, combien il en coûtait jadis, et il en coûte quelquefois aussi, dans nos temps modernes, aux petits Etals, entourés de puissants voisins, pour conserver leur

280 manufactures, commerce, routes.

liberté, leur indépendance, et encore ont-ils fini presque tous par succomber ; secondement, la puissance merveilleuse de l’ordre et de l'économie réparant, assez promptement même, tant et de si notables pertes.

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