INSTRUCTION SUPÉRIEURE
C’est au lycée que sont réunies les chaires où l’on enseigne les sciences, et là aussi réside l’académie. Avant 1819, ces deux établissements scientifiques et littéraires étaient placés trop à l’étroit dans
l’ancien couvent de San-Frediano ; mais Marie- Louise de Bourbon, alors régente de Lucques, voulant donner plus d’extension à la haute instruction, acquit, aux frais de l’Etat, le vaste palaisdes comtes Lucchesini et le fit approprier à sa nouvelle destination. Les chaires y sont au nombre de 27 , savoir :
De logique, métaphysique, et éthique ou morale.
De théologie morale.
De droit canonique.
De théologie dogmatique.
De droit civil.
De droit criminel.
Des Pandectes.
Des conventions en matières civiles.
De médecine légale.
De physique théorique, expérimentale et appliquée.
De chimie générale et pharmaceutique.
De botanique et d’agriculture.
De matière médicale.
D’anatomie humaine et comparée.
De physiologie, pathologie et hygiène.
De chirurgie et d’accouchement.
Des opérations et clinique chirurgicales.
De médecine pratique et clinique médicale.
De l’art vétérinaire.
D’arithmétique.
De mathématiques élémentaires.
De mathématiques supérieures.
De mathématiques transcendantes.
De mathématiques appliquées.
D’architecture, perspective et ornements.
Du dessin de la figure.
De peinture.
Certes, pour un pays dont les ressources financières sont si restreintes, c’est un sujet de grands éloges d’avoir si largement pourvu aux besoins de! la haute instruction.
Les éludes de médecine et de chirurgie durent 6 ans, celles de droit 5, et le même nombre d’années est exigé pour les sciences physiques et les mathématiques. L’archevêque a conservé le privilège de conférer le lauréat en droit. Les autres facultés tiennent leurs grades du directeur de l’instruction publique. Chaque professeur, dans le cours de l’année scolastique , commençant le i3 novembre et finissant le io juillet, doit donner au moins i/|.o leçons.
L’académie, dont l’origine remonte à l’an l585, et qui, selon l’usage de cette époque, prit un titre bizarre, celui de gli oscuri (les obscurs), se compose de 36 membres résidants ou censés l’être , obligés, chacun à son tour, de lire, dans les séances mensuelles et publiques, des œuvres de leur composition sur des sujets scientifiques, artistiques ou littéraires. Le nombre des correspondants n’est pas limité. Cette académie est laborieuse et se livre à des travaux vraiment utiles, surtout à ceux concernant l’histoire du pays, entreprise sous l’administration de la princesse Elisa Bacciocchi^ à sa demande, et depuis continuée sans interruption. Douze volumes in-4° ont déjà paru et le tra-
vail touche à sa fin. Quoique seulement appliqué en apparence à une petite contrée, il offre cependant un grand intérêt, car les événements politiques de Lucques se rattachent à toutes les révolutions guelfes, gibelines et autres, qui ont agité si profondément la Péninsule depuis huit siècles.
Dans le même local* il faut visiter le cabinet de physique, pourvu de machines et d’instruments remarquables par la beauté de leur fabrication; c’est encore un don de Marie-Louise de Bourbon, provenant de sa cassette particulière. Près de là est un autre cabinet* celui d’anatomie, qui, en peu d’années, est devenu important par les soins du docteur Vincenzo Bormida.
Les bibliothèques, étant d’un si utile secours pour tous les degrés d’instruction, doivent nécessairement compléter les renseignements que nous venons de donner au lecteur. Nous allons donc les placer à la fin de ce chapitré, et d’autant plus, qu’aucune ville en Europe, d’une population de 25,000 âmes seulement , n’en possède de plus nombreuses et de plus riches én èhartes et documents du moyen âge. 11 existe à Lucques cinq de ces dépôts des connaissances humaines et qui indiquent leur progression.
Celle appelée du Capitole ou du Chapitre, et dépendante de la cathédrale de San-Martino, possède 328o manuscrits sur parchemin, dont un de
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l’an 774 et un autre également du huitième siècle, appelé Miscellanéens ( mélangés ) , sont classés parmi les plus précieux que l’on connaisse. Près de cette rare collection on voit, en nombre presque égal, ceux écrits sur papier de chiffons de lin ou de chanvre (i), et datant des douzième, treizième et quatorzième siècles. Aces manuscrits, ilfaut ajouter une grande quantité de diplômes impériaux, de bulles pontificales pouvant servir à rectifier ou à confirmer des dates et des faits historiques. Outre ces vénérables reliques des temps anciens, se trouvent de belles et précieuses éditions de l'origine de l’imprimerie, léguées au chapitre, en i5o3, par Felino Sandei, évêque de Lucques.
La bibliothèque des archives épiscopales est célèbre par la possession de 10,000 diplômes, titres ou manuscrits, dont 3oo sont du huitième siècle ; richesse que ne peut égaler aucune autre collection de ce genre. Deux manuscrits remontent à 685 et 686. Le premier est peut-être le plus ancien de l’Italie. Muratori a qualifié ces archives d’ample trésor de la vénérable antiquité, et cet illustre savant et Mabillon y firent d’heureuses découvertes qu’ils ont communiquées au public.
(1) Avant qu’on sût fabriquer en Europe du papier avec le lin ou le chanvre, il en venait de l’Orient, dont le colon était la matière première, mais inférieur en beauté et eu durée.
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La collection de 20,000 volumes, des frères réguliers délia Madré di Dio est principalement remarquable par ses belles éditions latines; mais, comme elle n’a été fondée qu’en i583, elle ne peut montrer aux amateurs aucune rareté bibliographique. La corporation enseignante de ces frères se distingue par la tradition, qu’elle a toujours conservée, de la bonne latinité et des habiles élèves qu’elle a formés ; aussi, lors de la* suppression des couvents, sous l’administration française, elle en fut exceptée et, depuis le seizième siècle, ses leçons théologiques et littéraires ne furent jamais interrompues.
Située dans le palais du prince, la bibliothèque Palatine, ouverte au public trois fois la semaine, contient 42,000 volumes et un grand nombre de précieux manuscrits, parmi lesquels il faut remarquer principalement un Evangile grec sur parchemin, du onzième siècle, et orné de miniatures d’un assez bon style pour l’époque où elles furent peintes ; un autre, aussi sur vélin, du douzième, est une traduction en latin des Psaumes, faite littéralement d’après le texte hébreu; un Office de la Vierge, dont les peintures sont admirables et par celte raison attribuées au célèbre miniaturiste Giulio Clovio (î); un Bréviaire romain, que pos-
(1) Clovio, mort à quatre-vingts ans, en 1578, peintre de l’école
séda la famille souveraine des Gonzagues, dont l'ornementation est d’une extrême délicatesse. Entre les manuscrits plus modernes, on doit examiner un autographe de Torquato Tasso, où se trouvent des vers latins de sa composition , adressés à un personnage inconnu, et qui prouvent qu’il écrivait élégamment la langue des Césars. On peut demander encore à voir de l’écriture authentique de Bembo, de Caro et d’autres auteurs de la renaissance des lettres en Italie. Les papiers de famille des Buonvisi, de Lucques, et des Beccadelli, de Bologne, mériteraient un examen attentif, à cause des documents historiques qu’on y recueillerait; mais les plus précieux, sous ce rapport, sont ceux du cardinal Buonvisi, qui prit une part importante et si active aux grandes affaires traitées au temp's de l’empereur Léopold 1", de Louis XIV et de Jean Sobieski. Il serait digne de la France de les rendre publics, comme elle l’a fait pour ceux du cardinal Granvelle. Le gouvernement lucquois accorderait certainement l’auto-
de Mantoue et chanoine de cette ville , fut l’élève chéri de Giulio / Romano. Il porta la miniature à sa perfection par son talent et les procédés d’exécution qu’il inventa. C’est lui qui, le premier, fit connaître à Rome le mélange de la gomme avec les couleurs. Sa réputation était si grande, ses œuvres si recherchées et si chèrement payées, qu’il ne travaillait que pour les souverains, le pape et les cardinaux.
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risation d’en tirer «ne copie. Parmi les éditions du quinzième siècle, un amateur ne doit pas oublier / Trionfi (les triomphes) de Pétrarque, premier ouvrage imprimé à Lucquesen 1477, une grammaire latine, qui, privée de date, indique cependant, par la forme des caractères, l’époque de son impression, presque aussi ancienne que celle des Trionfi.
Près de celte bibliothèque est placé le cabinet d’histoire naturelle, riche surtout en coquilles et en échantillons minéralogiques d’une grosseur extraordinaire.
Si la bibliothèque publique ne peut se vanter de renfermer de précieux manuscrits ou des éditions de luxe, si elle est inférieure, en nombre de volumes, aux principales de l’Italie, quoiqu’il s’élève à 5o,ooo, elle peut cependant souffrir la comparaison, si on la considère sous le rapport de la quantité des livres vraiment utiles ; en effet , chaque branche de la science y trouve, en général, tous ceux anciens et modernes dont elle peut avoir besoin, et cela vaut bien ces éditions rares que lesbibliomanes regardent avec un religieux respect et que personne ne lit, pas même leurs heureux possesseurs. La partie historique, incomplète longtemps, est maintenant augmentée au point de remplir, à elle seule, une grande salle; dans une autre est rassemblée une collection de pres-
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que tous les mémoires des académies européennes, auxquels il faut ajouter de nombreuses éditions des auteurs classiques grecs et latins, et les plus remarquables de l’académie délia Crusca , provenant toutes du fonds des marquis Cesare Lucchesini, dont le gouvernement a fait l'acquisition. En 182?., un incendie consuma une partie des livres et beaucoup d’inutiles. Ce malheur, s’il en fut un réel, ne tarda pas à être largement réparé et avec tant de zèle que, de i5,ooo volumes qui la composaient auparavant, elle est montée à 5o,ooo, comme on vient de le dire. On peut y étudier tous les jours, excepté le mercredi, de îe heures du matin à 2, depuis le i3 novembre, époque de la rentrée des classes, jusqu’au 12 septembre, commencement des vacances. Le prince régnant, bibliophile éclairé, a beaucoup contribué à l’accroissement des bibliothèques lucquoises (i).
Placée dans le même local et fondée en 1802, l’école de dessin et de peinture est pourvue abondamment de modèles moulés d’après l’antique ; mais le nu s’étudie au lycée. Deux professeurs enseignent l’un le dessin et l’ornementation , et l’autre la peinture ; 200 élèves fréquentent cette école, utile surtout aux enfants du peuple et dont
(1) 11 faut bien distinguer le bibliophile du bibliomane ; le premier aime les livres pour leur utilité, le second pour leur rareté.
hopitaüX , Hospices. 3o5
les avantages se firent promptement sentir par l'élégance qu’elle permit à certaines classes ouvrières de donner à leurs travaux, et l’on peut en voir un exemple dans les meubles fabriqués pour le palais du prince.
L’antiquité n’a point connu ces institutions charitables; c’est au christianisme, aux préceptes de l’Evangile que l’on doit leur établissement. Les Romains, il est vrai, distribuaient des vivres, dans la capitale, aux pauvres citoyens; mais quant aux secours médicaux à donner, au nom de la charité publique, dans des bâtiments construits à cet effet, ils n’en conçurent jamais la pensée, ou du moins elle resta stérile. Parmi les peuples chrétiens, ceux de l’Italie furent les premiers à ouvrir de semblables asiles aux maladies, aux infirmités humaines, aux enfants abandonnés ; dès le temps de l’empereur Justinien, au commencement du sixième siècle, les évêques de la Péninsule faisaient élever des hôpitaux, et presque tous les monastères possédaient des ambulances pour les malades et les pèlerins,
3o6 HOPITAUX, HOSPICES.
Ce fut par eux, par leur exemple, que se communiqua celte impulsion à la France, à l’Angleterre, où Lanfranco, né à Pavie, et devenu archevêque de Cantorbéry , créa un hospice pour les pauvres et les infirmes.
Mais, de toutes les villes italiennes, Lucques fut celle qui en érigea le plus grand nombre à cette époque du moyen-âge; car, sans compter ceux qui certainement existaient déjà, ses habitants en fondèrent quatre dans l’espace de 172 ans; savoir, un en 7 1 8 près l’église de St-Sylvestre, un second dans le couvent de St-Michel et deux autres en 757 et 890. En rappelant ces faits, c’est un honneur que nous tenons à leur conserver; ils n’ont point dégénéré de la pieuse humanité de leurs ancêtres, et leur bienfaisance plus éclairée a su perfectionner ces anciens établissements et en fonder de nouveaux. Nous allons donc faire mention des plus importants.
Commençons par dire que ces œuvres charitables ont suivi et adopté les progrès et les prescriptions de la science moderne, autant que les ont rendus possibles les bâtiments mis à leur disposition et leurs moyens pécuniaires ; c’est une justice qu’on leur doit pleinement, et nous avons été témoin du zèle et de l’instruction des administrateurs qui les dirigent.
La direction générale de tous ces établissements
est confiée à une commission de trois conseillers d'état. Sous leurs ordres, chaque hôpital ou hospice a une administration particulière composée à peu près du même personnel que celui employé dans nos hôpitaux français; ainsi on y voit un directeur, un économe, un secrétaire, un receveur, un vérificateur de la comptabilité, un pharmacien assisté d’élèves , qui, outre les médicaments fournis aux malades de l’hôpital ou de l’hospice, en distribuent encore aux pauvres de la ville et de sa banlieue; mais les administrations communales les payent à des prix modérés.
Les recettes générales de la direction supérieure, et ensuite réparties entre chacun des six établissements de charité, montent en moyenne à 568,778 livres lucquoises, soit 428,083 francs; les sources dont elles proviennent sont :
lirr. fr.
Renies et revenus fixes
Droits perçus sur les successions et loteries .
Secours du gouvernement
Total