HOSPICE DES ORPHELINES ET FILLES ILLÉGITIMES
Il occupe un monastère que lui donna la princesse Elisa Bacciocchi, lors de la suppression de plusieurs communautés, et l’administration en est confiée à une supérieure, toujours choisie en dehors de l’hospice , qui a sous ses ordres des maî-
3l6 HOPITAUX, HOSPICES,
tresses secondaires que l’on peut prendre parmi les élèves les plus sages et les plus habiles. Pour être reçues, les orphelines doivent obtenir l’autorisation du souverain et n’avoir pas moins de 5 ans et pas plus de i5 ; mais les exposées (enfants-trouvés) sont admises de droit aussitôt leur naissance. Le nombre moyen des unes et des autres, calculé sur io années, est de 432. Elles sont divisées en trois catégories ou familles (i), déterminées par l’àge; savoir depuis le jour de l’entrée jusqu’à 21 ans, et on l’appelle famille des jeunes ou du noviciat; viennent ensuite celle de 21 à 4<>j et la troisième de 4o et au-dessous. Les deux premières se subdivisent en plusieurs classes et chacune a une sous-directrice particulière, qui la surveille et instruit les apprenties. On les occupe, ainsi que celles dont l’apprentissage est terminé, et, comme les orphelins, principalement à des travaux utiles à l’hospice et aux autres établissements de charité; par conséquent au tissage des diverses étoffes dont ils ont besoin et à la confection des vêtements. Pour celles qui désirent se placer au dehors, comme femmes de chambre, et on les recherche avec empres-
fl) Ce root de famiglia , employé dans une grande partie de l'Italie pour désigner des agrégations d’individus , ou chez les grands seigneurs une nombreuse domesticité , a quelque chose de touchant, et prescrit, pour ainsi dire, les égards et l'affection que les hommes vivant ensemble se doivent mutuellement.
HOPITAUX, HOSPICES. 3l7
sement, il y a un atelier spécial où on leur apprend tout ce qui concerne la coupe des robes et la toilette des daines ; elles reçoivent également l’instruction élémentaire dans une école établie en leur faveur depuis quelques années. On évite aussi de les fatiguer par des travaux trop continus. Toutes dorment seules, excepté celles de 5 «à 7 ans qui sont couchées deux ensemble, mais dans un lit plus large. Le régime alimentaire est le même que celui des orphelins , et l’entretien , y compris l’habillement, revient à io sous (37 cent, ‘/a) par jour et par tète, tandis que le travail n’en rend que 4 à l’établissement ; mais il accomplit une œuvre de charité dont le bénéfice n’est pas le mobile et la condition.
Tous les ans un examen public est ouvert ; les jeunes filles qui s’y distinguent le plus par leur instruction et leur bonne conduite sont divisées en deux classes de 9.0 chacune, et c’est de là que sortent les sous-maîtresses de leurs camarades. Lorsque volontairement elles quittent l’hospice pour se marier, on leur donne une dot de 187 livres (141 fr.), et même si elles sont déjà au service des particuliers , pourvu toutefois qu’elles n’aient point changé de maîtres sans la permission de la directrice de l’hospice, ou démérité par une mauvaise conduite. Ces orphelines, ainsi que les exposées, toutes traitées avec une parfaite égalité,
3i8 HOPITAUX, HOSPICES,
peuvent demeurer toute leur vie dans l’établissement lorsqu’elles en témoignent le désir et qu’on n’a point de reproches à leur faire. En nous occupant des orphelines de Rome, nous avons blâmé cette charité mal entendue qui prive nécessairement de malheureux enfants de la faveur d’admission, et nous la blâmons d’autant plus, que l’éducation donnée aux élèves de cet hospice leur donne toute facilité de se placer avantageusement.
Les enfants trouvés des deux sexes sont confiés à des femmes de la campagne et y restent jusqu’à l’âge de douze ans. Le salaire de ces nourrices est, pour l’année de l’allaitement, de il livres (8 fr. 25 cent.) par mois, et ensuite de 3 livres 6 sous (2 fr. 45 cent.) pour la nourriture mensuelle (1). Beaucoup de ces enfants ne reviennent pas à l’hospice et restent aux champs, près de leurs mères et pères nourriciers, qui s’y affectionnent et les traitent comme faisant partie de leur famille ; en sorte que ces filles et fils adoptifs se livrent à l’agriculture. Sans ces adoptions, le nombre des exposés à la charge publique serait beaucoup plus grand
(1) L’hospice des Enfants-Trouvés de Paris paye un peu moins les mois d’allaitement, puisqu’il ne donne que 8 fr., et cependant les salaires sont plus élevés en France , et surtout dans les environs de ta capitale, qu’à Lucques où les vivres sont à meilleur marché.
et dépasserait la moyenne actuelle de 432, ci-dessus énoncée.