‹ Voyage dans l'Italie méridionaleChapitre 54 sur 80 · DÉPÔT DE MENDICITÉ · texte numérisé non relu

DÉPÔT DE MENDICITÉ

Il est établi dans l’ancien et beau palais que fit construire, en i4i3, pour son habitation, Paolo Guinigi, et dont nous nous occuperons lors de la

description de la ville et de ses édifices. Destiné, à la fin du dernier siècle et au commencement de calui-ci, à servir d’hospice aux mendiants vagabonds, ensuite de prison pour les condamnés aux galères, il revint, en 1823, à sa première destination, par les soins de Marie-Louise de Bourbon.

En nombre moyen , cet hospice renferme 243 habitants, indépendamment du personnel de l'administration, savoir i3i hommes et 112 femmes, divisés en quatre sections , selon l’âge et le sexe ; et l’admission dépend du président du bon gouvernement. A peu d’exceptions près, on n’y reçoit que des enfants ou de très-jeunes gens, pour les soustraire aux vices et au vagabondage qui, tôt ou lard, les rendraient passibles de peines afflictives. Les garçons reçoivent leur congé à dix-huit ans; ils ont alors appris un état, et on cherche à les placer chez des maîtres-ouvriers. Pour les femmes, on s’occupe de les mettre au service de familles respectables ou de les marier. Si, pour une cause quelconque, des hommes plus âgés sont détenus à l’hospice, ils obtiennent leur liberté dès qu’ils peuvent prouver que le métier qu’ils ont appris pourra suffire à leurs besoins ; mais il faut pour leur sortie un ordre supérieur.

On occupe les femmes aux mêmes travaux que ceux des orphelines, et ils concourent au même but, à fournir aux établissements de charité les

tissus et les vêtements qui leur sont nécessaires. On apprend aux hommes à devenir principalement cordonniers et tailleurs, et il paraît qu’à Lucques on a une prédilection particulière pour ces deux états ; car on les impose aussi aux orphelins et aux enfants-trouvés; il semble cependant qu’on devrait diversifier davantage leurs occupations, pour ne pas faire une trop forte concurrence à deux seules industries. Il existe aussi, à ce dépôt de mendicité, une école de lecture, d’écriture et de calcul.

Le traitement est pareil à celui des orphelins ; cependant les vivres, quoique sains et abondants, sont peut-être d’une qualité inférieure. Dans la belle saison, il y a des jours de promenade; les punitions ne sont jamais corporelles. On ne traite donc point les habitants du dépôt comme des êtres coupables enfermés par jugement , mais comme des malheureux que l’Etat se charge de moraliser, d’instruire et de mettre à même de gagner leur vie sans recourir à une honteuse mendicité.

L’établissement, que surveillent quelques personnes des plus respectables par leur charité et leur position sociale, a des administrateurs spéciaux, mais dépendant de la direction générale des hospices. Telles sont les six grandes fondations de charité érigées avec l’aide du gouvernement et placées sous sa directe tutelle; et si l’on se rappelle de

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quel faible budget il peut disposer, on conviendra qu’il lui était impossible de faire mieux et d’agir plus généreusement.

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Il existe, dans la principauté, trois espèces de prisons correspondant aux délits, aux crimes et à la graduation des peines. Ce sont celles de police communale, où sont enfermés les délinquants condamnés à moins de trente jours d’incarcération ; la centrale, établie dans la ville, contenant les détenus pour dettes, les prévenus et les coupables ayant mérité des punitions correctionnelles ou la réclusion , et enfin le bagne de Viareggio renfermant les forçats «à temps et à perpétuité.

En i844 > les premières reçurent 422 hommes et 25 femmes pour querelles, voies de fait , désobéissance aux autorités locales et délits commis dans les champs.

La prison centrale est un ancien couvent peu propre à sa destination actuelle, et amélioré toutefois autant que l’ont permis ses vicieuses disposi-

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lions et l’état des finances ; car, dans celte souveraineté en miniature, c’est l’argent qui manque et non la bonne volonté de bien faire. Ainsi qu’on vient de le dire, elle renferme, outre les coupables condamnés par jugement, les débiteurs insolvables ; mais ceux du trésor public sont traités comme s’ils étaient punis correctionnellement, et soumis au même régime ; rigueur dont il est difficile de donner une raison satisfaisante. Les débiteurs incarcérés sur requête des particuliers reçoivent de leurs créanciers, et par jour, une trop faible rétribution d’un paolo pour leur entretien. La séparation des deux sexes est rigoureusement observée. Quant aux hommes, ils sont divisés en deux classes principales, composées des soumis au secret ou réclusion solitaire, et de ceux qui en sont exemptés.

En 1 844, celte prison a reçu 781 hommes et 187 femmes ; mais , à cause des sorties , en raison des condamnations à courte durée, le nombre moyen des prisonniers n’a été que de 126 pour le sexe masculin et de 1 2 pour le féminin; ce qui donne un total journalier de i38, et '/j pour cent sur la masse de la population lucquoise.

Voici les fautes les plus fréquentes commises par les prisonniers des deux sexes, et leurs punitions disciplinaires.

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