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PREMIÈRE EPOQUE

Plusieurs écrivains ont voulu faire remonter l’origine de l’école modénoise jusqu'au milieu du treizième siècle, vers l’an 1240; mais il est douteux que Berlingeri, originaire de Lucques et auteur, à cette époque, d’un tableau représentant saint François, ait formé des élèves à Modène. Il faut donc partir seulement de i352, et dater avec certitude le commencement d’une succession non interrompue d’artistes, du moment où Tomaso produisit des ouvrages d’un dessin correct, si l’on en juge par les estampes que le père Federigi, religieux dominicain , fit graver. Après Tomaso vint Barnaba di Modena, que, dans leur patriotique enthousiasme, les auteurs modénois placent à l’égal

de Giotlo. Il est vrai qu’il existe une grande analogie entre le talent, le style et les compositions de ces deux artistes ; mais les figures de Barnaba n’ont point la noblesse , l’élégance de celles du Florentin, et son dessin est plus lourd et moins correct. Au quinzième siècle , on vit apparaitre Andrea Campana, auteur d’un Martyre de saint Pierre, où brille un beau coloris , et Bartolomeo Bonassia, unissant au talent de la peinture celui de la marqueterie, et auquel on attachait alors une grande importance pour la décoration des meubles somptueux, et même des églises.

A ces peintres, dont il reste peu d’ouvrages authentiques, succéda Francesco Magagnolo, qui vécut jusqu’au commencement du seizième siècle. C’est un des premiers que l’on vit représenter des figures, de manière à ce qu’elles paraissentre garder le spectateur, quel que soit le point de vue où il se trouve ; tour de force en apparence et cependant puéril, fort estimé autrefois, et que les progrès de la perspective rendent facile aujourd’hui. Francesco eut pour contemporains Cecchino, Nicoletto, Gio-Munari, et après lui parut Bianchi que, sans preuves certaines, plusieurs auteurs prétendent avoir donné les premières leçons au Correggio. Son style tient le milieu entre l’ancienne sécheresse et le faire plus doux et plus savant de ses successeurs.

Modène ne possédait pas seule des hommes habiles pour le temps où ils vécurent ; presque toutes les villes du duché entretenaient aussi des écoles florissantes, dont la plupart des chefs n’obtinrent point cependant des noms d’une grande célébrité et qu’il soit nécessaire de mentionner ici ; mais si on ne peut leur assigner qu’un rang secondaire, ils n’en ont pas moins répandu et fortifié le goût de la peinture. Nous nous bornerons donc à citer les deux Allegri, l’un père et l’autre oncle du Correggio.

C’est pendant cette première période que Modène se distingua dans les arts de la plastique et du modelé, qui jadis donnèrent naissance à la sculpture et l’aidèrent ensuite si puissamment chez les anciens et les modernes. Guido Mazzoni , dès i484 5 fit admirer la justesse, la vivacité de mouvement, l’étonnante expression de ses statues; attaché à Charles VIII, par ses bienfails, il le suivit à Naples et en France et ne revint que dans sa vieillesse jouir, sous le ciel italien, d’une grande fortune et de sa renommée. Giovanni Abati s’adonnait à la sculpture en plâtre et fut surtout célèbre par l’exacte et savante anatomie de ses crucifix ; on peut seulement lui reprocher une trop sèche et minutieuse imitation de tous les détails, et allant jusqu’à faire sentir les moindres veines du corps humain ; défaut, du reste, que l’on retrouve

chez plusieurs artistes de la Renaissance. Lorsqu'on se livra aux études anatomiques, si longtemps négligées, il était naturel qu’ils fussent empressés de montrer leur nouveau savoir; mais celui qui surpassa tous les sculpteurs en plastique fut Antonio Begarelli, dont on ne saurait trop louer les tombeaux, les crèches (1), les groupes si habilement agencés, les airs de têtes qu’il sut leur donner et le jet de ses nobles draperies. Michel-Angelo Buonarotti, peu prodigue d’éloges , leur accordait une haute estime et regrettait que de si beaux ouvrages ne fussent pas en marbre plus durable que la terre cuite. On voit de lui, aux Bénédictins de Modène, de vrais chefs-d’œuvre. Begarelli eut également une grande influence sur la peinture, en enseignant le dessin à ses jeunes compatriotes, ainsi que l’art du relief et celui des raccourcis.

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