DESCRIPTION DE CETTE CAPITALE
De Plaisance à Parme , sur un espace de vingt lieues, s'étend une plaine immense , unie comme une table et traversée par quatre torrents principaux, la Nurra, l’Arda, leStironeet le Taro, dont les lits, d’une largeur démesurée et pleins de cailloux roulés, reçoivent à peine un filet d’eau hors des temps de pluie ou de fonte des neiges; aussi le gouvernement a-t-il construit des ponts d’une longueur extraordinaire , superbes ouvrages qui lui font le plus grand honneur; mais n’eût-il pas mieux valu endiguer ces rivières vagabondes et conquérir des terrains à l’agriculture? Au reste, c’est une question qu’un étranger peut faire et non résoudre, et probablement les ingénieurs du pays furent arrêtés par des difficultés d’art ou de trop fortes dépenses.
Jusqu’à la petite ville de Fiorenzuola, la culture est la même que celle deSan-Giovanni à Plaisance;
la vigne cependant y occupe moins de surface. Les' vieux mûriers sont rares; mais les jeunes plantations commencent «à se multiplier, grâce à la suppression de l’absurde impôt jeté au milieu du siècle dernier sur la sortie des cocons, et dont nous nous sommes occupé au chapitre de l’agriculture; suppression due à l’esprit éclairé de M. le baron Mistrali, président des finances. Les hameaux sont fréquents et l’on voit peu de fermes éparses dans les champs. Nous avons déjà fait remarquer, aux premiers volumes de ce Voyage, la tendance tles cultivateurs italiens à l’agglomération et rc'vélé les causes qui l’ont produite. Le pont de la Nurra est, comme celui de la Trebbia, précédé et suivi de belles chaussées ornées de cippes , unis par des chaînes et servant de garde-fous.
Sur la route de Fiorenzuola à Borgo-Santo- Donnino , ville industrielle et florissante sous l’administration française, déchue aujourd’hui et redevenue agricole, on passe l’Arda et leSlirone. Les arbres couvrent la campagne et empêchent la vue de s’étendre jusqu’à l’horizon ; mais on n’en voit point de fruitiers. Il est singulier que presque partout, en France, en Italie, en Espagne, les paysans dédaignent la ressource si agréable des fruits, ressource et peu coûteuse, puisqu’elle n’exige aucun labour, aucun soin diflicile.
Santo-Donnino possède une curieuse église,
dont une partie remonte probablement au neuvième ou au dixième siècle. Ornée de bas-reliefs , sa façade est précédée d’un arc en saillie, que soutiennent deux colonnes, portées elles-mêmes, comme à la cathédrale de Plaisance , sur le dos d'animaux fantastiques; leurs corps participent du tigre et leurs têtes allongées du crocodile. La porte, à l'ombre de ce porche, s’embellit de colonnetles en retrait et toutes différentes de formes et de sculptures. La nef est d'un lourd gothique tenant encore du romain , et le chœur et l’abside , byzantins à l’intérieur et en dehors, sont exhaussés de seize marches. Au-dessous se trouve une crypte à deux rangs de colonnes; leurs chapiteaux , ayant eu l’intention d’être corinthiens , annoncent une époque plus ancienne que celle de l’édification de l’église, probablement le sixième ou le septième siècle. Nous engageons les amateurs , les archéologues à visiter ce monument , l’honneur d’une petite cité où les voyageurs ne font ordinairement que changer de chevaux. Nous avons déjà décrit son dépôt de mendicité, et nous n’y reviendrons pas.
Avant et après Castel-Guelfo, dernière porte conduisant à Parme, et qui tire son nom d’un château à quatre tours carrées, édifié au temps des sanglantes discordes guelfes et gibelines , on poursuit sa route au milieu de magnifiques pàtu-
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rages, de riches terres labourables, de cultures variées naissant toujours du voisinage des grandes villes , et qu’ici fécondent les canaux d’irrigation provenant du Taro, quatrième torrent sillonnant la plaine depuis Plaisance; il répare ainsi les ravages que trop souvent occasionnent ses inondations.
Vue de la campagne, la capitale du Parmesan ne présente point un aspect aussi pittoresque que celui de Plaisance; mais son intérieur l’emporte sur elle par sa population plus nombreuse, plus animée, par la beauté de plusieurs de ses rues, le nombre de ses édifices publics, ses trois monuments religieux hors de ligne, savoir sa cathédrale , le Baptistère et Santo-Giovanni , son riche musée, et enfin par ses remparts , que Dutillot fit orner de plantations dans toute leur circonférence et servant de promenade. La Parma , qui a donné son nom à la ville ou qui l’a reçu d’elle, la divise en deux parts inégales; celle de la rive gauche est la moins considérable; trois ponts les unissent; l’un s’appelle Ponte Mezzo (pont du Milieu), le second, plus à l’amont, Ponte Capra-Zucea (1), et le troisième, à l'aval, Ponte Perde , nom qui provient de la couleur verte dont sa charpente fut
(1) Ces deux mois signifient littéralement chèvre-caboche. No js n’avons pu savoir d’où ce pont a reçu un nom si bizarre.
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revêtue. De la porte Santa-Croce à la porte Santo- Micliele, une seule rue, de deux mille cent mètres, traverse la cité dans toute sa longueur et suit la même direction que l’antique voie Emilienne(i); le Ponte Mezzo y forme seul une lacune, # sans interrompre toutefois la directe communication. Celle ligne continue permet facilement aux étrangers de retrouver leur chemin au milieu d’autres rues, non tortueuses, mais s’entrecoupant en tous sens, surtout dans les plus anciens quartiers. La grande place s’épanouit précisément à égale distance des points extrêmes , et c’est encore un moyen de reconnaissance. Entourée de vieilles fortifications, sans ouvrages extérieurs, dont les bastions sont trop petits et les courtines trop étendues , la partie de la ville assise à la gauche de la Parma possède un vaste jardin appelé ducal et livré au public, excepté le parc réservé à la souveraine. L’autre côté de la rivière est mieux fortifié; là cependant l’ingénieur a fait, par contre, les bastions trop gros et les courtines trop courtes; de plus, ce bastionnage est à oreillons , ce qui rétrécit l’emplacement des feux de ses flancs.
(1) La voie Emilienne fut établie, en l’an 566 de la fondation, par le consul Marcus Emilius Lepidus, pour mettre en communication Rimini et Plaisance ; elle se rattachait à la route Flaminienne et conduisait ainsi à Rome en 638. Scaurus, portant le même surnom d’Emilius, la prolongea jusqu’à Tortona.
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Ce système annonce l’âge de cette enceinte, qui date probablement de la première moitié du dixseptième siècle , et se rattache à une citadelle pentagone, plus moderne, plus régulière, pourvue d’un chemin couvert , de glacis , et de deux demilunes donnant sur la campagne. •
Comme dans plusieurs villes de la France méridionale, le pavé de Parme est composé de cailloux que roulent les torrents, car aussi le territoire est privé de grès et de matériaux durs que l’on puisse façonner en cubes. Mais, si nous trouvons chez nous ce genre de pavage incommode, celui de la capitale du Parmesan est détestable; ses pointes sont encore plus aiguës; cependant il faut dire que, depuis quelque temps, on a fait de louables efforts pour atténuer son désagrément. Plusieurs des principales voies de communication ont reçu et recevront successivement de notables améliorations ; ce sont des trottoirs en briques, et au milieu des rues deux ou trois larges bandes en pierre, laissant entre elles environ un mètre de distance, en sorte que les voitures peuvent rouler sans cahot sur les dalles. C’est une imitation de ce qui s’est pratiqué à Turin.
Lors du recensement de i834, Parme, dans ses murs, comptait 3,43o constructions, dont 86 étaient consacrées aux églises, aux hospices, à des établissements publics ou de bienfaisance et à
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7 couvents, savoir 4 d’hommes et 3 de femmes. Sans doute, depuis ces douze années, quelquesunes ont été édifiées, mais en petit nombre ; car celles existantes auparavant sont plus que suffisantes pour recevoir l’augmentation graduelle des habitants ; on en juge au prix à peu près stationnaire des loyers , et encore aujourd’hui on ne paye que 3 ou 4oo fr. un appartement, qui, en France et à population égale, coûterait 12 à i,5oo fr. En général, ces maisons n’ont que deux à trois étages; dans la voie Ernilienne, centrale et commerçante , plusieurs cependant présentent quatre plans locatifs, mais en y comprenant les boutiques, magasins et cafés du rez-de-chaussée ; aussi leur peu de hauteur donne-t-elle aux rues une grande clarté en permettant au soleil italien d’y pénétrer, et la largeur de la plupart contribue également à la prompte évaporation des eaux pluviales, en laissant à l’air un libre courant.
L’architecture des habitations n’a point de caractère particulier, et l’on voit peu de palais rappelant la puissance et la splendeur de l’ancienne noblesse. Les fortunes de celte caste y soift moindres et plus divisées que celles des grandes famill es de Plaisance, et le code admettant le partage égal entre les enfants, augmentera encore cette division. Excepté quelques négociants, la classe bourgeoise ne jouit pas de plus d’opulence;
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5 à 6,000 fr. de revenu sont un taux moyen; 10,000 fr. passent pour donner une grande aisance; on regarde 20 à 26,000 fr. comme un avoir considérable, et à peine on peut compter quatre ou cinq possesseurs de 40 à 60,000 fr. de rentes. Les édifices ont dû nécessairement se ressentir de cette modicité de ressources; toutefois l’amour du confortable et même du luxe pénétrant partout, on lui fait aussi à Parme quelques sacrifices. L’extérieur de plusieurs maisons a été embelli ; l’intérieur est plus orné, mieux meublé; d'humbleS boutiques commencent dans les beaux quartiers à suivre de bien loin, il est vrai, en fait de décoration, l’exemple de leurs sœurs de France et d’Angleterre. Mais enfin l’impulsion est donnée; l’éclairage au gaz doit même s'introduire dans la vil'e, grâce à la spéculation d’une compagnie française, et, en octobre 1846, une concession accordée par le gouvernement permettait de contracter des marchés avec le palais ducal , la commune, le théâtre, l’école militaire et d’autres établissements publics. Les Parmesanes aiment la tpilette , et s'imposent, pour se la procurer, de nombreuses privations dont souffre le bien-être du ménage; mais nos manufactures, nos soieries, nos toiles imprimées y gagnent tout ce que l’on économise à leur intention. Si, parcelle raison, Parme semble, le dimanche, une ville opulente, lorsque
le sexe féminin étale ses parures, elle offre quotidiennement un déplorable spectacle; celui des galériens enchaînés et se rendant aux travaux publics; toute honte est éteinte chez eux et ils bravent avec insouciance les regards de leurs concitoyens. Ne pourrait-t-on pas éviter, à eux cet endurcissement provenant de l’habitude, et aux passants la vue des fers et du vêtement d’opprobre? Par habitude aussi la population y devient indifférente.
Terminons ces détails sur l’aspect et l’ensemble de la cité, en décrivant les singulières façades de plusieurs églises, qui n’ont rien de curieux dans leur intérieur, et dont nous ne devons plus nous occuper. Deux rangs horizontaux de briquesavancent sur un autre qui n’en a qu’une d’épaisseur et se trouve en retrait; ainsi toujours alternativement; en sorte que de loin, et lorsque ces matériaux ont noirci, la construction paraît être en vieux soliveaux que le temps a disjoints. L’effet que produit cette manière de bâtir est disgracieux et peu digne d’un temple.
Régulier parallélogramme, d’une superficie de 6,375 mètres carrés , la grande place est centrale, ainsi que nous venons de le dire, et six rues, parmi lesquelles se trouve la Strada Maggiore , y aboutissent. Sur trois de ses côtés , trois monuments la décorent : le palais du gouverneur, qui
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n’a de remarquable que sa longueur, et , dans son milieu, une tour quadrangulaire, svelte et haute de 37 mètres (114 pieds); le second est l’église deSanto- Pietro, fondée au onzième siècle, gothiquement réédifiée au quinzième, et enfin, en 1761, avec façade à quatre colonnes corinthiennes portées sur des piédestaux et surmontées d’un entablement et d'un attique; le troisième, enfin, celui quia le plus noble caractère, quoique son architecture soit la plus simple, est le siège de l’administration municipale, la casa communale , toute construite en briques d’un rouge obscur. La masse , du moins ce qui en paraît sur la place, sans colonnes, sans ornements en saillie , percée de rares fenêtres et comme soulevée en l’air par trois rangs parallèles de vastes arcades , saisit d’étonnement. On circule sous tout ce rez-de-chaussée entièrement ouvert, excepté d’un seul côté , et partout on voit audessus de sa tête les voûtes soutenant les salles supérieures; cet effet est des plus singuliers, et l’on cherche l’escalier qui peut y conduire; on le trouve cependant au dernier rang des arcs , et pratiqué derrière le seul mur de fond existant sous ce portique. A certains jours, il sert de halle aux blés, et la fécondité du pays permet d’y conclure d’importantes affaires. Dans les pièces supérieures on voit, seule curiosité qu'elles renferment, une fresque de Bertoja,de i566, fort endommagée,
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peinte jadis à l’extérieur de l’ancien palais du gouvernement, et qui en fut détachée par l’ingénieur, procédé en usage à Home et à Naples, procédé que nous avons fait connaître au lecteur dans le quatrième volume. Contre un des pieds-droits donnant sur la grande rue, un groupe d’Hercule étouffant Antée attire les regards; toutefois son exécution nous a paru entachée de lourdeur et de mollesse, et nous ignorons quel en est l’auteur. Cette noble construction, simple et grandiose, commencée en 1627 et terminée en i6j3, semble en contradiction avec le style vicieux et tourmenté de l’époque. C’est à tort qu’on l'attribuait à Y^ignola , décédé presque un siècle auparavant; l’honneur doit en revenir à Magnani et à Ilainaldi. C’est sur la place que se tient, le samedi, un marché où l’on peut admirer la puissance et les belles formes des bestiaux parmesans; nous l’avons visité plusieurs fois , et toujours le calme, l’ordre qu’on y voit régner, et attestant les mœurs paisibles des cultivateurs, nous a surpris. Il y a loin de là aux cris, à l’agitation des Napolitains, et même de nos paysans méridionaux en de semblables réunions.
Derrière l’église de Santo-Pietro , un théâtre antique , ou du moins son périmètre déterminé par ses fondations, a été dernièrement découvert en creusant un conduit souterrain. Les fouilles ont
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déjà procuré plusieurs objets précieux, et surtout le bras colossal , en bronze , d’une statue.
Près de cette place, et sur sa droite , sont groupés, pour ainsi dire, les édifices les plus importants, ceux qui méritent l’examen le plus attentif et x’évèlent, par leurs divers styles, les modifications que l’architecture lombarde éprouva depuis le onzième siècle jusqu’à nos jours. Nous allons d’abord nous en occuper et négligerons ensuite une partie des monuments d’un intérêt secondaire. Les descriptions trop fréquentes d’objets presque semblables finissent par fatiguer également et le lecteur et l’écrivain. Il faut donc laisser aux ciceroni, aux Guides , imprimés dans chaque ville pour les touristes, le soin salarié de s’épuiser en admiration sur les moindres débris de l'antiquité ou du moyen-âge.
Situé sur les bords de la Parnia , le palais Farnèse, qui eût été, comme celui de Plaisance, d’une grandeur démesurée pour de si petits souverains, si on avait pu l’achever, est encore, dans son imperfection, un immense bâtiment en briques, comprenant dans son enceinte deux vastes cours qui devaient être entourées de hauts portiques , à sept arcades sur chaque face, et soutenir deux étages; la première est à peu près complète, et dans la seconde les lacunes sont plus considérables. Le tout n’a aucune ornementation , en sorte
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qu’il ressemble bien plus à une caserne qu’à un palais; cependant ses arceaux si élevés, ses larges portiques circulant autour des préaux, la grandeur de ses lignes rendent noble et imposante cette masse, entièrement privée des embellissemenlsexlérieurs que peut-être on y aurait puappliquer. Depuis longtemps elle est inhabitée et ne contient que des collections d’art, la bibliothèque ducale et un théâtre abandonné, à cause de sa trop grande capacité et de son délabrement.
Un escalier, dont la rampe et les voûtes sont d’une dimension extraordinaire, mais dépourvu aussi de décoration , malgré le soin qu’ont attaché ordinairement les architectes italiens à cette partie si apparente des constructions publiques et des demeures princières, conduit au Muséum, jadis célèbre par ses quatre cents tableaux d’élite, et dépouillé de cette richesse lorsque don Carlos quitta, en 1734, le duché de Parme pour monter sur le trône de Naples. La perte ne fut pas bornée à ce rapt odieux , mais suivie de celle des cabinets des médailles, d’histoire naturelle, et d’un grand nombre de précieux volumes et de rares manuscrits. Criminelle et honteuse spoliation , que les voyageurs écrivains n’ont pas assez flétrie ; car les souverains ne sont qu’usufruitiers des collections domaniales.
Il fallait donc recomposer ce musée, et Marie-
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Louise y a beaucoup contribué, soit en y adjoignant des œuvres de grands maîtres , provenant d’églises et de corporations religieuses supprimées, soit par des acquisitions et l’arrangement élégant et judicieux du local. Cependant il est loin encore de son ancienne splendeur. Construites, en 1822, sur les dessins du chevalier Paolo Toschi, célèbre graveur et directeur du Muséum, deux salles suffisent aujourd'hui à cette collection; elles sont vastes, d’un bel aspect, d’une pure architecture, divisées par deux colonnes qui n’empêchent point la vue de pénétrer jusqu’au fond de la galerie et servent seulement à établir une séparation entre les tableaux des premiers Ages de la peinture italienne et ceux qui la montrent arrivée à sa perfection. La première série contient les ouvrages des treizième, quatorzième et quinzième siècles. On les voit d'abord empreints de la symétrique raideur et du style grec du Bas-Empire, puis, se débarrassant, par degrés, des langes enveloppant de timides essais, prendre une plus libre allure et s’avancer progressivement vers la brillante époque du seizième siècle. Parmi ces anciennes peintures, plusieurs se font remarquer par un coloris solide et vigoureux, et nous rappellerons ici l’observation déjà faiteen décrivant la galeriedeFlorence, savoir, que la chimie pratique et non l’analytique procédant avec science, avait déjà trouvé, dès ce temps-
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là, presque toutes les couleurs employées maintenant. Les laques, et notamment celle de garance, sont d’une grande beauté.
Nous ne donnerons pas non plus un catalogue des richesses modernes que possède ce musée ; nous parlerons seulement de celles qui méritent la spéciale attention des amateurs. Commençons par les deux copies qu’exécuta Lodovico Carraccio, d’après le couronnement de la Vierge de Correggio; copies d’autant plus précieuses que les originaux, peints à l’abside de Santo-Giovauni, furent barbarement détruits pour agrandir l’église. L’une représente Marie sur un nuage et près d’elle un ange enfantin ; l’autre, Jésus prêta poser sur la tête de sa mère une couronne d’étoiles. Lodovico, quoique chef d’une école dont le coloris vigoureux n’est que du second ordre, a bien rendu les tons blonds et aériens du maitre ; du même artiste, mais lui appartenant en propre, il faut admirer deux tableaux où il a représenté, dans le premier, les Apôtres déposant la Vierge autombeau, et, dans le second, leur étonnement de le trouver vide; superbes tableaux à figures colossales joignant à la vigueur, à l’expression, à la vérité de mouvement, la profonde science du dessin, et qui eurent l’honneur d’être apportés au Muséum de Paris ; le Christ au cercueil, de Schedone, et l’Ange assis sur le bord du sépulcre, annonçant aux trois Marie la
résurrection du Sauveur, peintures empreintes de grandeur et de noblesse; des premiers temps de l’école vénitienne et d’auteurs inconnus, deux cadres de Vierges; dans l’un, et le plus remarquable, Saint Joseph, tenant une grande croix appuyée sur son épaule, la montre à l’Enfant Jésus pour lui indiquer qu’il doit un jour y accomplir le sacrifice rédempteur; touchante et philosophique allégorie, applicable à tout le genre humain, et déjà montrant à l’insouciante enfance les douleurs futures de la vie ; Sainte Cécile, du Procaccino, belle tête et belle couleur; la Vierge allaitant son fils, le petit Saint Jean , Sainte Marguerite et Sainte Cécile, d’AgostinoCarraccio, tableau de petite proportion, plein d’élégance et de douceur; une autre Vierge, de Van-Dick, tenant Jésus endormi sur son sein, oeuvre ravissante par l’éclat de la couleur et le sommeil gracieux de l’enfant ; une charmante toile de Girolamo Mazzola, cousin du Parmigiano et son heureux imitateur, représentant une Sainte Famille, Saint Michel et un Ange jouant de la guitare; deux beaux ouvrages de Francesco Francia, mais surtout celui où l’on voit Joseph d’Arimathie, Saint Jean et les trois Marie pleurant Jésus descendu de la croix; c’est un de ses chefs-d’œuvre par l’expression de la noble douleur des saintes femmes, le puissant coloris, la rondeur des contours et l’agencement des draperies; une remar-
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quable page de Michelangelo Anselmi, élève du Correggio; il a de la grâce du maître, ses formes sont grandioses, ses têtes habilement étudiées et les tons de sa palette doux et riants ; de Badolocehi, de l’école d'Annibale Carraccio, Saint François recevant les stigmates, tableau d’une prodigieuse énergie, où l’on voit l’ardeur de la foi, l’exaltation religieuse portées au plus haut degré, unies à une large exécution, au coloris le plus vigoureux; et pourtant cet artiste du premier rang est inconnu en France. Le Christ enseveli par sa mère, Saint Jean, Saint Pierre, Saint Paul, Sainte Catherine, et Sainte Madeleine, est d’Andrea del Sarto ou bien une magnifique copie, car on connaît un tableau semblable, de ce grand peintre, donné aux religieuses de Lugo in Mugello; il est possible qu’Andrea se soit copié lui-même, et on doit le croire, tant la touche a de franchise; une main étrangère n’aurait pas eu cette fermetéd’imitation. Du Guercino, Saint Jérome écrivant; l’auteur, si connu par la vigueur de son pinceau, sut reproduire sur ce panneau l’austérité, la rudesse de polémique dont le saint faisait preuve dans ses écrits; on reconnaît le Pannonien à demi-civilisé, quoique pleiu de génie, et venu des bords du Danube. Mais hâtons-nous d’arriver aux œuvres immortelles du Correggio et, comme nous avons déjà cherché, dans le précis sur l’école partnesane, à faire con-
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naître quel fut leur caractère, nous serons sobre de réflexions.
Bien que ce soit à Parme que Correggio accomplit ses principaux ouvrages, la collection ducale ne compte pas plus de cinq tableaux de ce maître inimitable, lorsqu’il fut parvenu à l’apogée de son talent, et on ne doit pas s’en étonner; car ses travaux à l’huile et de chevalet furent toujours en petit nombre dans les musées, attendu qu’il peignit surtout à fresque les coupoles et les parois des monuments publics; mais ceux que possède ce Muséum sont d’autant plus précieux qu’ils montrent clairement le point de départ, la modification de son style et ses progrès continus.
Ces tableaux révèlent donc trois manières, non tout-à-fait distinctes, mais se perfectionnant par degrés. Le Christ portant sa croix, tient encore de l’imitation de l’école intermédiaire de Mantegna, où Correggio reçut ses premières leçons, bien que la sécheresse des formes et le défaut d’expression du peintre mantouan, s’attachant trop peut-être à l’imitation de l’antique et négligeant la vie et le mouvement de la nature, soient déjà grandement atténués (1). La couleur est plus vigoureuse, plus solide, et les figures plus animées expriment mieux
(1) Ce n’est point de Mantegna lui-même, mort en 1506, que Correggio reçut des leçons, mais de ses élèves.
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les sensations que le sacrifice du Dieu montant au Calvaire leur fait éprouver. Vient ensuite la Déposition de croix, belle, d’une noble simplicité et de la douleur vraie, si louchante, de Marie et des disciples du Seigneur.
De la seconde manière, surtout pour les tons des chairs, appartenant à lui seul et leur empâtement , le Martyre de Sainte Placide et de Sainte Flavie ; mais les figures ont un peu de maigreur dans le dessin, et ce qui contribue à faire ressortir ce léger défaut, c’est qu’elles sont au-dessous de la grandeur naturelle et n’ont pas plus de quatre pieds de hauteur. Quelle différence avec les puissantes fresques de Santo-Giovanni et de la cathédrale ! mais en évitant un terme de comparaison, cette oeuvre n’en est pas moins capitale, et si l’artiste ne se fût pas plus tard dépassé lui-même, elle suffirait à sa gloire. La tête de la sainte est admirable par sa beauté, par la foi vive, la résignation calme et profonde empreinte sur tousses traits, par la divine inspiration brillant dans ses regards; déjà les cieux sont entr’ouverts pour elle.
Ces trois tableaux ornent la galerie; mais les deux derniers, comme de précieux diamants gardés sous clef avec amour et défiance, sont placés à part dans un cabinet, espece de sanctuaire où l’on entre avec respect ; l’un est la Madona
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délia Scoflella (de l’écuelle) ou le Repos en Egypte; l’autre le Saint Jérôme, dont le duc de Parme offrit vainement un million lorsque les commissaires de la république française étaient chargés de l’envoyer à Paris. On ne sait pourquoi il reçut le nom du saint, car Jérôme, rejeté dans un coin de la toile, n’y est qu’en qualité d’accessoire et pour faire opposition aux tons argentins irisés de Marie, de l’Enfant Jésus, de Madeleine et de deux anges. Assise sur un tertre de gazon, la Vierge montre son fils à la sainte, qui lui baise les pieds avec une humilité mélée de chrétienne tendresse; expression ravissante, admirable exécution, grâce enchanteresse, teintes douces, brillantes, inimitables, passage insensible des clairs aux demi-tons et de ceux-ci aux ombres, reflets habiles arrondissant les objets, dessin élégant; tout se trouve dans ce chef-d’œuvre des chefsd’œuvre. On a reproché aux figures de Marie et de Madeleine un peu d’afféterie, mais elle disparait sous ce moelleux, sous cette morbidezza ( i), apanage du Correggio, et qu’on ne saurait décrire (2). Tous ces éloges s’appliquent également
• (t) Marbidezza. Mol difficile à traduire en français; il signifie, en italien, un mélange de beauté, de gr&ce, de délicatesse, de mouvements flexibles.
(2) Afin d’apitoyer sur la prétendue misère de l’artiste, on s’est fondé souvent sur les 47 sequins, les deux voilures de bois, les
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au ilepos en Egypte, dont le coloris a plus de fermeté, et les deux personnages de Marie et de Joseph montrent moins de bonheur, en contemplant le divin Enfant, comme l’exigeait le chagrin de l’exil.
mesures du froment, le porc gras et la nourriture, pendant six mois, que donna bu Correggio Briséis Cossa pour le prix de ce tableau. Nous avons déjà réduit ces exagérations à leur juste valeur, en établissant la proportionnalité entre le numéraire d’alors et celui du temps actuel ; mais rappelons encore que ces 47 sequins (552 fr.) représentaient, par l’emploi qu’on en pouvait faire, 4,000 fr. de notre époque. Quant à leurs accessoires en denrées, la manière simple de vivre alors permettait ces sottes de marchés; et les peintres travaillant pour les couvents faisaient entrer dans leur salaire la nourriture et le logement. De fréquents déplacements et la rareté des hôtelleries les y obligeaient. Dés l’ôge de vingt ans, le grand artiste reçut de l’église des couventuels de sa ville natale, pour les ligures de saint Jean et de saint Barthélemi, 100 sequins, soit 4,800 fr. de notre monnaie actuelle. Loin d’être méconnu, il jouit de son vivant de sa réputation, fut chargé d’immenses travaux, occupé par des souverains, et laissa à ses enfants un héritage assez considérable, et d’autant plus, il faut bien l’avouer, qu’il était fort économe et même parcimonieux. Il joignait à cette espèce d’avarice une inquiétude continuelle sur son avenir etsur le mérite de ses ouvrages. [| est étonnant que ces défauts, qui rétrécissent l’àme ordinairement et amoindrissent le talent, lui aient permis de posséder celte délicatesse, ce sentiment des convenances éclatant partout dans ses compositions, celte grâce exquise, cette fraîcheur de coloris qui font le désespoir de scs copstes. C’est encore une fable que celle si souvent répétée qu'il mourut d’u.ie pleurésie contractée en portant de la monnaie de cuivre reçue en paiement; car tous ses marchés, dont plusieurs existent encore, furent toujours stipulés en sequins ou florins d’or.
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Cette galerie possède aussi des bustes et des statues antiques, mais en petit nombre, et sa pauvreté en ce genre est due aux odieuses spoliations de don Carlos. Une tête colossale de Jupiter, en marbre de Carrare, ce qui prouve qu’elle provient d’un ciseau romain, appartient à la belle époque de la sculpture impériale, probablement de l’intervalle de temps écoulé entre Auguste et Adrien; un buste de Vitellius, demi-nature; une Agrippine sans tête, mais dont les draperies sont magnifiques ; deux colosses gréco-romains, en basalte égyptien, et surprenant plus par leur grandeur que par la beauté de l’exécution ; un Athlète, qu’on a défiguré en le restaurant : telles sont, à peu près, toutes les richesses que l’antiquité a léguées à ce musée. Parmi les modernes, on distingue le Saint Jean-Baptiste du Bernini, quoique son principal mérite consiste dans la taille du marbre et non dans la pureté des formes, comme tout ce qui sortit des mains de cet artiste; en arrière, et au fond de la galerie, le buste de l'impératrice Marie-Louise, par le célèbre Canova.
A cette galerie, sont jointes quatre salles renfermant une immense réunion de médailles, de camées, de pierres gravées, de statuettes, de basreliefs, de bronzes, de vases et antiquités d'Egypte et d’Etrurie, et enfin tout ce qui fut découvert depuis 176*2 dans les fouilles opérées à Velleïa,
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cité que l’on pourrait surnommer la Pompéïa,l’Herculanum clu Parmesan, et ensevelie sous l’éboulement de deux montagnes, au quatrième siècle de notre ère. C’est là qu’on retrouvera l’industrie, la civilisation purement romaine , de même qu’à Pompéïa on voit celle mélangée d’hellénisme.
Lemédaillierest d’une grande richesse; déjà, en i825, le nombre des monnaies et médailles montait à 19,000, et de cette époque à 1846, de nouvelles acquisitions l’ont plus que doublé; nous ne citerons que l’achat de la célèbre collection du marquis Strozzi, de Florence , qui, à elle seule, l’augmenta de 9,000 pièces, dont plusieurs étaient d’un rareté extrême. Les dons particuliers de généreux citoyens ont aussi contribué à l’accroissement de ce cabinet^ mais il doit surtout sa splendeur aux fonds du trésor public et de la liste civile. Le lecteur aurait peut-être désiré une indication des plus précieuses médailles, mais nous ne pourrions le satisfaire et avouons humblement notre complète ignorance en numismatique, ne sutor ultra crepidam.
Dans la seconde salle, on a rassemblé les inscriptions sur marbre, presque toutes tirées des fouilles de Velleïa, et celles en terre cuite, d’autant plus remarquables que ce sont les plus anciennes que l’on connaisse ; quelques-unes ont été achetées à Rome. Il faut aussi examiner un calendrier lu-
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nuire qui malheureusement est incomplet ; il en
manque une partie.
La troisième contient les bronzes et les inscriptions de ce métal. La plus célèbre et la plus curieuse est la Table trajane, monument de l’humanité de cet empereur, et le plus étendu en fait d’écriture antique; elle porte une ordonnance relative à l’entretien et la nourriture des pauvres enfants légitimes et naturels de la Gaule cisalpine. Divisée en six tables, formant une surface de trois mètres sur un et trente-trois centimètres, ses caractères, profondément gravés et de la plus belle écriture romaine, laissent lire parfaitement deux actes obligatoires par lesquels sont hypothéqués des fonds de terre; le premier constituant une rente de io4,400 sesterces pour l'alimentation de 281 enfants, et le second, une autre de 72,000 pour 19; en tout 3oo. Les noms des citoyens qui créèrent ces rentes sont groupés sur sept colonnes, et on les lit encore avec attendrissement et respect. Une autre inscription donne le texte d’un scnatusconsulle réglant les intérêts particuliers de la province, et on y voit quelle était déjà la richesse de ce pays dès le temps de la république. Parmi les objets, également en bronze, il faut distinguer les statuettes figurines d’Hercule ivre, de Bacchus, d’Apollon, de Minerve, d’iris, d’Ajax, de Ménélas, une Victoire, la Fortune, etc. Outre ces trésors
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artistiques, cette salle rassemble encore une foule d'ustensiles, d'instruments toujours en métal, de meubles singuliers, quelquefois bizarres, révélant les mœurs de l’antiquité et provenant aussi de Velleïa. Quant aux meubles de ménage et outils usuels, ils semblent être d’aujourd’hui; la succession des siècles n’y a rien changé, tant les cultivateurs en ont fidèlement respecté les formes; on croit voir leurs faucilles prêtes à scier les moissons, et leurs fléaux destinés au battage des grains.
La quatrième salle renferme les monuments égyptiens, des figurines, des chapiteaux antiques, corniches, fragments de sculpture et une mosaïque représentant Oreste et Pylade; mais la collection la plus curieuse de ce cabinet, sous le rapport de l’art et sous celui des connaissances chimiques, est celle des vases en verre et en terre cuite. En admirant leurs formes élégantes, on voit aussi que les anciens connaissaient la plupart des oxides métalliques dont nous nous servons encore pour colorer les pâtes vitreuses. Quant à la matière et aux couleurs, ces vases ressemblent aux produits des verreries vénitiennes qui, de tout temps, en exportèrent une grande quantité et avaient probablement hérité des secrets de cette fabrication.
Occupant dans le même palais le local où l’on voyait jadis le musée que don Carlos dépouilla si complètement , la bibliothèque, qui perdit aussi
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4o,ooo volumes, peul être considérée comme nouvelle, non qu’elle manque d’ouvrages anciens; mais, après tous les dommages soufferts par le fait de ces coupables spoliations, il fallut remplacer ceux qu’on avait transportés à Naples, du moins autant que possible. C’est en 1769 qu’elle fut inaugurée en présence de l’empereur Joseph II, par don Philippe, successeur au duché de Parme et frère du spoliateur ; et il est à remarquer que les ducs de la famille des Bourbons espagnols, qui se sont peu occupés de l’administration de l'Etat et du bien-être de leurs sujets, ont cependant favorisé les lettres et les beaux arts. Considérablement accru par l’impératrice Marie-Louise, ce dépôt des connaissances humaines a été encore augmenté d’une salle vaste, élégante, ornée de peintures, de pilastres en stucs, imitant le marbre de Sienne, et spécialement consacrée aux rares éditions du pié— montais Uossi et aux œuvres modernes. Un Français est heureux et fier d’y trouver une preuve de la supériorité intellectuelle de sa noble patrie, en contemplant, magnifiquement reliés, nos livres scientifiques, les voyages publiés sous les auspices de notre gouvernement, les explorations de sa marine, le grand ouvrage sur l’Egypte, les mémoires de l'institut, les documents historiques tirés de nos archives, la paléographie, les immortels travaux de Cuvier et de Laplace, etc.
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En <845, celte bibliothèque possédait plus de 90,000 volumes, 4»ooo manuscrits et 120,000 estampes, dont 100,000 anciennes, et par-là doublement précieuses, qui provenaient de l’achat lait aux héritiers Ortali. Après l’immense réunion des gravures de Paris et de Vienne, celle de Parme est peut-être la plus considérable. Depuis l’occupation française jusqu’à présent, d’autres richesses furent encore obtenues, telles que les collections des couvents supprimés, et celles acquises à prix onéreux des bibliophiles Barlholomeo Gamba, Michèle Colombo et du due de Sussex : celte dernière achetée à Londres. Les deux premières dépassaient 12,5oo volumes, et la troisième 3, 400, parmi lesquels étaient compris i,5oo manuscrits hébreux, 200 orientaux; et, pour l'obtenir, la souveraine dut dépenser 100,000 fr.
Parmi les livres et manuscrits remarquables, bornons-nous à citer les Heures de Henri II et le Psautier hébreu de Luther; singulier rapprochement qui met en contact deux livres de prières ayant appartenu, l’un au patriarche des luthériens et l’autre au roi allumant leur bûcher. De plus, ces Heures de Henri sont fort peu édifiantes, car sur toutes leurs pages on y voit le croissant, chiffre et symbole de sa maîtresse Diane de Poitiers. Quant au Psautier , il est sali par un fréquent usage, et plusieurs feuillets en sont déchirés. L’i-
l’ARME.
rascible Luther se vengeait-il sur eux de quelques injures de ses adversaires, de quelques citations arguées par eux d'inexactitude?
Un magnifique Evangile écrit sur des feuilles d’arbres , au dixième siècle ; un Bréviaire du quinzième couvert, de superbes miniatures, d’un éclatant coloris, et dont le dessin et la composition montrent les progrès de l’art ; la Morale de Confucius, imprimée à Pékin, et le tome quinzième des Œuvres de Foë, manuscrit en lettres d’or, sur papier azur plié en éventail ; de Cantate Dei, de saint Augustin , sortie des presses de Subiaco en 1467 : nous avons déjà fait remarquer, en nous occupant des bibliothèques romaines, combien, presque au moment de sa découverte , l’imprimerie avait perfectionné le papier et ses caractères; celle édition est en effet d’une étonnante beauté (1 ); un saint Thomas-d'Aquin , plus ancien de sept ans , imprimé à Mayence; de vieilles cartes géographiques et nautiques, et surtout la Mappemonde de Pizzigani, de 1 26? , donnant une curieuse idée de la configuration du globe, telle qu’on la concevait
(1) L’invention de l’imprimerie en Europe, par Jean Gulemberg, d’abord, comme elle existe encore en Chine, au moyen de la gravure sur planches de bois, date probablement de 1440, car il y a un peu d’incertitude sur ce millésime; mais, dès 14C2, les caractères en fonte éla ent devenus d’un ussge commun , et la Bible de celte année, de Fust el Schœffer, est ainsi imprimée.
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alors ; on y voit, aux énormes inexactitudes qu’elle met en évidence, combien, sauf pour quelques parties de l’Europe, les connaissances cosmographiques étaient incertaines.
Parmi les manuscrits, on doit examiner un Virgile du douzième siècle; une Divine Comèdie\, du Dante, postérieure de 5o ans à la mort de l’illustre et infortuné proscrit, et par conséquent de 1371 ; un élégant Térence qu’une note indique comme ayant été copié, d’après un manuscrit, tout entier de la main de Pétrarque ; de cet illustre poète, vrai fondateur de la langue et delà poésie italiennes; un très-beau volume du commencement du seizième siècle, que trois fleurs de lys, au milieu d’une couronne de laurier, font regarder comme ayant appartenu à François 1er; et, en admettant cette hypothèse, il aurait été pris à la bataille de Pavie, lorsque le camp des Français fut pillé par les troupes espagnoles. Les poésies latines du Parmesan Basinio, du milieu du quinzième siècle, dont Ginguené fait l’éloge dans son Histoire littéraire d’ Italie; il consacra ses vers aux Hespérides, à la conquête des Argonautes, à l’astronomie, à la belle Isolta degli Atti, d’abord maîtresse et ensuite femme de Pandolfo Malatesta , seigneur de Rimini. Il est étonnant que les Italiens, fiers, à juste titre, de leurs célébrités, n’aient pas fait imprimer les œuvres d’un des meilleurs écrivains de l’époque préciv. 29
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tée(i) ; niais le plus curieux manuscrit, par la manière dont il est arrivé à Parme, est un Coran d’une remarquable calligraphie. Après la victoiré obtenue sous les murs de Vienne par la valeur de Sobieski, l’empereur Léopold trouva cet exemplaire dans la tente du grand visir Kara-Mustapha, et en fit hommage à l'impératrice Eléonore; celle-ci le donna au jésuite Costa de Plaisance, son confesseur, qui, à son tour, le remit à son frère habitant Cette ville ; enfin, en 1767, un membre de la même famille, possesseur de ce Coran par héritage, le déposa à la nouvelle bibliothèque fondée, comme on vient de le dire, sous les auspices de don Philippe. Une note écrite en arabe apprend qu’avant de tomber en des mains chrétiennes et d’appartenir au visir, ce précieux volume avait Assan-Aga pour maître et lecteur assidu.
Enfin, Marie-Louise a complété ce qui se rapporte à la librairie en faisant l'acquisition des types de Bodoni, un des trois célèbres imprimeurs du dix-huitième siècle et du commencement du dixneuvième (2). Ils sont rangés dans des casiers et
(1) Au moment d’imprimer cette partie de notre cinquième volume, nous devons réparer une erreur. En 1794, on fit à Rimini une édition des œuvres de Basinio. En disant le contraire, nous noua en étions rapporté à l’assertion de Ginguené, troisième volume de son Histoire littéraire d’Italie.
(2) Ibarra en Espagne , Bodoni à Parme et Didot en France.
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remplissent un cabinet. On y admire surtout les modèles des caractères italiques (î).
La dernière curiosité que présente le palais Farnèseest son ancien théâtre, bâti en bois, aujourd’hui vermoulu, par l’architecte Aleotti, pour les fêtes que le duc Ranuce I" voulait donner à Cosrne, souverain de la Toscane. Aucun monument ne fut cause de plus d’exagérations de toutes espèces et même d’absurdités débitées par gens qui ont voulu le décrire sans l’avoir vu ; du moins ce qu’ils en ont dit doit le faire penser. Ainsi , les uns ont assuré qu’il pouvait contenir 10,000 et même 14,000 spectateurs; d’autres, qu’on le changeait à volonté en naumachie; et un membre de l’Académie française a répété un vieux conte que l’inspection des lieux réfute invinciblement; savoir : «qu’il « suffisait de lever une toile de fond pour jouir du « spectacle de vaisseaux (sans doute illuminés ) Hart viguant sur la Parma et de combats de rnonstres- « marins et de poissons énormes. » Un quatrième
(■1) Outre nos propres observations sur la collection d’antiquités et la bibliothèque, nous avons emprunté beaucoup de détails à * M. Jules Conte, fixé depuis plusieurs années à Parme. Cet écrivain a pu obtenir certains renseignements et des dates précises que deux mois seulement de séjour à Parme ne nous auraient pas permis de recueillir; d’ailleurs nous y étions au mois d’octobre et de novembre, pendant bs vacances, et fort occupé à rechercher des documents statistiques.
prétend que le duc Farnèse « pouvait entrer dans « le parterre avec une voiture attelée de huit che- « vaux; » et notons que ce parterre est au second étage du palais, et que pour y parvenir il aurait fallu que coursiers et carrosses gravissent 84 marches de l’escalier. Le fait est que la salle ne pouvait recevoir que 4i5oo personnes au plus, et ne l’emporte pas en étendue sur celles de San-Carlo de Naples et de la Scala de Milan , puisqu’elle n’a que 87 mètres de longueur, 32 de largeur et 23 d’élévation; qu’aucuns tuyaux 11e furent destinés à inonder le parterre, entouré de gradins comme les cirques romains ; et quant à la Parma, à peine filet d'eau presque toute l’année et trop impétueuse en temps d’inondation pour qu’on y puisse naviguer, sa surface est au moins de 20 mètres au-dessous du plancher de la scène, ainsi que nous l’avons vérifié; de plus, des maisons particulières, placées entre elle et le théâtre, n’eussent pas permis de voir des embarcations, quand même elle en aurait porté. Ainsi disparaissent les flottes et les monstres marins. Et voilà pourtant comment de prétendus touristes écrivent des impressions de voyages sans sortir peut-être de leur chambre. On a fait dernièrement de vains efforts pour la conservation de ce monument, construit en trop fragiles matériaux ; il tombe en ruines, et cependant conserve encore une faculté acoustique qui du reste se
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reproduit dans beaucoup d’édifices ; en pariant bas et en quelque endroit qu’on se place, on est partout entendu ; mais peut-être était-ce un défaut lors des représentations scéniques, la voix des acteurs devant éprouver une répercussion.
Au palais Farnèse se rattachent celui de Marie- Louise et le nouveau théâtre qui s’y joint par une galerie ; tous deux sont situés sur deux places que séparent seulement un long corps-de-garde et trois arcades qui établissent entre elles une facile et publique communication. Quoique réparée et augmentée, mais aux frais de la liste civile, la demeure de l’archiduchesse n’est que d’une moyenne étendue, comme il convient à la souveraine d’un modeste territoire; et en cela elle fit preuve de modération et de bon goût. L’architecture est simple, pure de lignes, et en la voyant, on dirait qu’elle décore la façade d’un hôtel du faubourg Saint-Germain plutôt qu’une résidence de la fille des Césars et de la veuve de Napoléon. L’intérieur est également orné, et on y a évité cette somptuosité quelquefois lourde et trop chargée de dorures qui semble le luxe obligé des grands potentats. Les appartements privés conservent encore plus de simplicité; mais ils contiennent quelques bons tableaux de notre école moderne par Gérard , Prudhon, Vernet, Vandael, et de belles miniatures d’Isabey. Dans une chambre existe toujours le cé-
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lèbre berceau que la ville de Paris offrit au roi de Home. Toutefois, cette touchante relique a déjà souffert des atteintes du temps. Les draperies, l’or, la nacre, le lapis-lazuli ont perdu leur fraîcheur, leur éclat, et l’on dirait que ces ornements, chefsd’œuvre de tissage et d’orfèvrerie, pâlissaient aussi à mesure que la mort approchait de l’impérial enfant. 20,000 volumes , répartis dans plusieurs pièces, composent une bibliothèque particulière, et nous avons noté que les deux tiers des livres sont français, quoique l’impératrice possède les langues anglaise, allemande et italienne; mais pourquoi à cet amour de l’étude, à cette noble modestie voiton s’unir un appareil de guerre? pourquoi, sur la place, devant lecorps-de-garde, un canon semblet-il menaçant ? l’émeute gronde-t-elle à Parme ? Nullement; et l’artillerie pourrait sans danger rentrer sous la remise.
Le théâtre est aussi une œuvre de l’administration actuelle et fut élevé sur les dessins du chevalier Beltoli. 10 colonnes monolithes de granit et à chapiteaux ioniques sont encadrées entre deux avant-corps et soutiennent la partie supérieure du bâtiment que couronne un fronton décoré de basreliefs. Le tout présente un grand aspect. L’intérieur est vaste, à 28 rangs de loges à chaque étage, et d’une noble élégance. L’ouverture de la scène est au moins aussi large que celle de l’Opéra
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de Paris; mais salle et scène n’ont pas le même grandiose, parce qu’elles manquent d’élévation, le plafond étant trop surbaissé et ne se courbant point en coupole. On y joue habituellement la tragédie et la comédie, et le chant ne s’y fait entendre que pendant le carnaval et le mois de mai. L’illumination est médiocre, comme dans toutes les salles italiennes, en temps ordinaire ; mais on dit que pour l’opéra elle jette un vif éclat. L’auteur de cc Voyage n’ayant séjourné à Parme qu’en automne, n’a pu vérifier le fait. Le parterre, garni de banquettes, présente le plus singulier spectacle, le plus curieux mélange de conditions sociales et de costumes. Femmes de la bourgeoisie , ouvrières de bas étage, hommes bien vêtus et polissons déguenillés, tous sont confondus, assis à côté les uns des autres et y semblent parfaitement habitués. C’est une véritable image de la pure démocratie, et probablement jadis il en fut de même à Athènes. Au reste, ce pêle-mêle est forcé, puisque le parterre est seul accessible au public, toutes les loges étant louées ou réservées pour la cour ; d’ailleurs , les places sont à si bas prix , 5o centimes, que tout le monde peut y aspirer ; cependant, lorsqu’on joue l’opéra, elles valent 1 franc.
En sortant de la première cour du palais Farnèse, et en traversant ensuite le Ponte-Verde, on parvient au jardin ducal , situé sur la rive gauche
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de la Panna el que Marie-Louise a ouvert en grande partie au public. Celle-là est vaste, entourée presque entièrement de terrasses , ornées de belles allées de tilleuls, dominant d'un côté la campagne , et de l’autre le bas de ce jardin , où se déploie tout l’art des Le Nôtre et des tondeurs de palissades ; on y voit des quinconces, desespècesde labyrinthes et d’épais bosquets. Cependant, il faut avouer qu’ils ne sont pas sans quelque charme par la majestueuse grandeur de leurs lignes et l’oinbrage, si recherché dans les pays méridionaux, qu’ils accordent aux promeneurs. Sur un des côtés de ce vaste enclos s’élève le Casino, dont l’aspect est presque semblable à celui de la Malmaison , propriété de l’impératrice Joséphine, sauf une voûte, au rez-de-chaussée, conduisant au jardin réservé à l’arcbiduchesse, et où le concierge ne laisse entrer les voyageurs que lorsque la cour habite Parme ou Colorno. Ce parc est planté assez nouvellement à l’anglaise, et les arbres n’ont pas encore assez de développement. Parmi les végétaux qu’il renferme, on voit des ceps de presque tous les vignobles renommés ; près du chasselas de Fontainebleau mûrit le raisin de Tokai , et celui de Bourgogne est peut-être étonné d’avoir pour voisin le malvoisie de l’ile de Chypre. Celle collection pourra servir à propager les plants supérieurs, et son utilité sera grande, si on sait en profiter, car, en
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général, l'Italie ne s’est jamais distinguée par la qualité de ses vignobles et la fabrication de leurs produits ; tout le inonde sait qu’ils sont peu généreux et de mauvaise conservation. Au nombre des douces inclinations de Marie-Louise, il faut compter l’amour des fleurs; aussi une serre tempérée reçoit-elle pendant l’hiver les végétaux exotiques.
Presque touchant au palais Farnèse, le couvent de Saint-Paul , jadis appartenant aux bénédictines et aujourd’hui abandonné, possède cependant un des prodiges de l’art italien , un des plus gracieux chefs-d’œuvre du Correggio; et, chose étrange, il fut tellement oublié, les religieuses ayant été [il us tard soumises à la règle étroite et sévèrement claustrées, qu’il fallut en 1790, lorsqu’on en fit , pour ainsi dire, la découverte, nommer une commission et faire une enquête afin de s’assurer que ces ravissantes fresques sortaient réellement des pinceaux du divin artiste. C’est un des faits les plus curieux qu’aient mentionnés les annales de la peinture.
Commandé par l’abbesse Giovanna di Piacenzo, issue d’une noble famille, aimant le plaisir et vivant alors avec luxe et en pleine liberté, cet ouvrage capital représente des sujets entièrement profanes. Au rez-de-chaussée, dans une chambre, non pas oratoire de religieuse,- mais vrai boudoir de femme galante, on voit, au tiers de la voûte à quatre faces, seize médaillons contenant chacun
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deux enfants nus, plus grands que nature, en diverses altitudes et rayonnants de beauté et d’un admirable éclat de coloris; à l’entour, sur un ciel d’azur, sc détache un grillage où s’élancent des pampres et se mêlent des fleurs et des fruits ; au-dessous des médaillons, autant de camaïeux en grisaille et en demi-cercles offrent encore des personnages mythologiques, Minerve, Junon, la Fortune, Adonis, Endyinion, les Grâces sans vêtements et telles que nous les montre la sculpture antique; au sommet de la voûte apparaissent, au milieu d’une couronne d'or, la crosse abbatiale et les croissants de Diane; au manteau d’une vaste cheminée cette divinité payenne est assise dans un char traîné par des biches, et l’on croit qu’elle reproduit les traits de l’abbesse. Si la ressemblance est fidèle, à coup sûr Jeanne de Plaisance était la mère des amours bien plus que la directrice d’un couvent; car cette prétendue déesse n’a pas même le pudique regard de la chaste sœur d’Apollon. Cette fresque, attestant si bien les mœurs libres du seizième siècle, est la mieux conservée de toutes celles qui nous restent du grand peintre, et l’on ne saurait trop étudier ces modèles d’enfants réunissant la beauté, la puissance de la forme et une grâce inimitable ; car il faut.toujours en revenir à celte épithète lorsqu’il s’agit des œuvres du Correggio.
Une chambre voisine est également ornée d’ara-
besques et de petits tableaux où, celle fois, sont retracés des sujets sacrés et les armoiries de l'abbesse : décoration plus convenable et plus digne de la maîtresse du lieu. On les attribue soit tr Araldi, soit à Caselli Temporello, artistes doués d’un vrai mérite dans le genre que l’on appelle antico-moderne ou de transition, et leur ouvrage, achevé en *5i4i est antérieur de cinq ans à celui du Correggio que nous venons de décrire.
Au fond du jardin on voit encore deux belles fresques des mêmes auteurs; à la première, sainte Catherine argumente, en présence de l’empereur Maximin, contre cinquante philosophes idolâtres et les amène au christianisme; étonnant miracle, car la philosophie est tenace et difficile à convertir. A la seconde, la Sainte Visite, Saint Jérôme dans sa grotte. Malheureusement le temps et l’humidité l’ont dégradée.
Fondée en 1021, l’église de la Steccata (1), terminée à l’intérieur en i53q, et -seulement, quant à la façade et aux ornements extérieurs, en 17 5o, serait, sans contredit, un des plus beaux spécimens du style de la renaissance, de ce commencement du seizième siècle qui vit Bramante, Raphaële, Ligorio, Peruzzi, Giulio Romano imprimer un si
(1) Steccata. Palissade, enclos, et par extension de signification, barrière, porte d’une ville.
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remarquable essor à l'architecture, si le mauvais goûtdes teinpsqui lesuivirenl n’en eût pas gâté plusieurs parties, soit par l'ornementation du dehors, soit surtout par celle du chœur aussi contournée, aussi barbarement tourmentée que possible; il semble qu’on ait voulu opposer, à la noble simplicité des trois autres branches du monument, tout ce que put inventer l’amour désordonné des lignes brisées et du clinquant. La forme du temple est celle d’une croix grecque, dont les quatre croisillons, d’égale longueur, s'arrondissent en absides à leurs extrémités; au centre s’élève, au point d’intersection, une vaste coupole extérieurement entourée d’élégantes arcades à colonnes et formant galerie. La branche d’entrée et les deux autres, s’y réunissant à angle droit, ont un aspect plein de majesté, car, dieu merci, les décorateurs modernes ont bien voulu les respecter. Leur ornementation consiste simplement en pilastres corinthiens couverts de peintures, en grisaille, par Michclangelo Anselmi ; celles du chœur sont du même artiste, mais d’après un carton dessiné et colorié à l’aquarelle par Giulio Romano; ainsi, sauf l’exécution à fresque exigeant une habitude particulière, ce n’est en réalité qu’une copie d’après un grand maître. A l’abside de la branche d’entrée, au-dessus de la grande porte, on voit encore d’Anselmi, et celte fois lui appartenant entièrement, l’Adora-
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tion des Mages. Les demi-coupoles latérales appartiennent à Girolamo Mazzola. Un autre du même nom, quoique plus connu sous celui de Parmigiano, et souvent rival si heureux du Correggio qu’on attribua plusieurs de ses œuvres au chef suprême de l’école parmesane, peignit la voûte octangulaire au-dessus du sanctuaire et y retraça, en clair-obscur, Moïse brisant les tables de la loi, Adam, Èvq et les Vierges prudentes; deux fresques du chœur, à gigantesques figures de prophètes, sont également du Parmigiano, qui prodigua son talent à cette église. Près de là le Christ à la colonne, de Lionello Spada, ne craint point la comparaison; il n’en est pas de même de la Nativité, par Beltino Cignaroli, peintre du dix-huitième siècle, qui, malgré la réputation dont il jouit alors, se ressentit de l’époque de décadence. A la chapelle du Rosaire on admire encore Ici Nativité de Jésus, du maître si fécond, du Parmigiano, qui sembla se multiplier dans le court espace de temps où il exerça son art (1). A celle de Santo-Pietro, un charmant tableau que l’on attribue à Spada, mais dans le fait d’auteur incertain; et aux quatre pendentifs sont retracés en monochromes, des su-
(1) Possédé de la passion de l’alchimie, il quitta ses pinceaux pour courir après la transmuiation des métaux et la vaine recherche de l’or. Mis en prison pour dettes, il s’en échappa, erra de ville en ville et mourut à 37 ans, au même âge que Kafuele.
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jets de l’Ancien-Testament, que l’on donne à Galtî ou à Gain bar a ; au-dessus monte le dôme, et là,*l n’y a point de doute, ses peintures sont bien authentiquement un ouvrage capital de Gatti, surnommé Sojaro, où il a figuré les diverses hiérarchies des Anges entourant, comme d’une couronne céleste, Marie et son divin Fils. On y retrouve toutes les précieuses qualités de cet habile élève du Correggio, l’innocence, la candeur, la gracieuse beauté qu’il prêtait aux Vierges et aux enfants, et cette suavité de couleur qui ne l’empêchait point de donner un puissant relief à scs figures (1). Certainement cette peinture est une des plus remarquables que possède l’Italie. Peu de monuments religieux réunissent plus d’ouvrages de célèbres artistes; mais, comme à beaucoup d’autres de la Péninsule italienne, on peut lui reprocher l’obscurité de ses absides et même de la coupole. Lorsqu’on demandait aux maîtres de l’art des chefs-d’œuvre, on aurait dû, au moins, les entourer de lumière et en faire jouir pleinement le public. Les architectes, en mettant la lampe sous le boisseau, ont mérité le blâme infligé par l’Kvangile.
A la chapelle de Santo-Antonio di Padova, il
(1) Travaillant jusqu’à la plus extrême vieillesse et toujours avec le même talent, Sojaro devint paralytique du bras droit et peignit alors avec la main gauche.
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faut examiner le tombeau de Bertrando Rossi, petit-neveu de Sixte IV, mort à l’âge de ig ans, et celui de Sforzino Sforza, dont la statue et les basreliefs sont de Gianfranceseo da Grado et dignes du beau temps de la sculpture. Au-dessous de la Steccata, une crypte fut construite en 1823 pour y recevoir les mausolées des ducs de Parme érigés précédemment aux Capucins ou dispersés en d’autres églises. On s’arrête surtout à celui d’Alessandro Farnese, portant un seul mot pour épitaphe; on y lit : Alexander. Il était impossible de faire plus brièvement le juste éloge de ce grand capitaine.
La vaste sacristie, qui sert aussi de chapelle, a toutes ses parois couvertes de sculptures en bois de noyer, mi-partie en bas-reliefs et en ronde-bosse. C’est une œuvre capitale de Banzi, sculpteur parmesan, qui, depuis 1606, y travailla pendant quatorze années. La décoration consiste en panneaux ornés d’arabesques et encadrés par des pieds-droits au milieu desquels s’avancent, en saillie, des consoles portant, au nombre de trente, des enfants de grandeur naturelle; au-dessus règne une élégante cornichesurmontée de médaillons, de génies, et aux angles quatre colonnes torses supportent chacune une statue de deux mètres de hauteur. Ce rare et grand travail est peut-être unique en son espèce, et il ne semblerait pas invraisemblable que la vie entière d’un artiste y eût été consacrée. Dans le cor-
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ridor transversal, précédant cette sacristie, sont fixées à la muraille les armoiries des chevaliers de Constantinio di San Giorgio, possesseurs de la Steccata.
Tous les monuments, y compris ceux de la grande place, que nous venons de décrire, sont groupés dans un espace de quelques centaines de mètres, et, par cette raison, nous avons cru devoir les réunir sous le même chapitre.
Nous allons maintenant nous occuper d’autres édifices consacrés au culte, de quelques établissements publics dispersés dans la cité, d’un petit nombre de palais appartenant à la noblesse, et nous terminerons ensuite la description de Parme par les trois constructions religieuses de Santo-Giovanni, de la cathédrale et du Baptistère, que leur masse, leur style et les objets d’art qu’elles renferment rendent, sans contredit, les plus importantes et les plus dignes de la sérieuse étude des archéologues. Pour eux, nous croyons devoir joindre au texte leur représentation fidèlement gravée; car la parole ne saurait en donner une exacte idée.
Dans la rue, suivant encore, après la grande place, la direction de la voie Emilienne, on trouve l’église de l’Annuuziata, construite en i566, par