PORTIQUE
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le duc Ollavio Farnese, sur les plans de Giovanni Fornovo, et cet architecte répudia entièrement les traditions adoptées jusqu’alors pour celte espèce de monument ; car celui-ci ne ressemble nullement aux croix grecque ou latine, ni même à une basilique; son extérieur a quelque chose d’imposant par son étendue et sa singularité. Sur toute la largeur de sa façade, on aperçoit avec surprise un proanos, porche ou portique, car on peut lui donner plusieurs noms, tantson genre est incertain, formé d’une seule énorme arcade, profonde et accompagnée seulement, en fait de décoration, de deux pilastres doriques plaqués à chacun de ses pieds-droits; le tout est en briques. En dehors, à droite et à gauche, et se réglant sur le contour d’une ellipse, s’arrondissent successivement des hémicycles répondant intérieurement à autant de chapelles ; en sorte que l’église semble être entourée de vastes festons, n’ayant aucun ornement, si ce n’est de petits arceaux simplement figurés dans l’épaisseur des murs. L’intérieur, beau par sa majestueuse nudité et blanchi à la chaux, se compose de deux demi-cercles rejoignant un parallélogramme étroit et long qui se dirige du portique à l’abside où le grand autel est placé; c’est à celle disposition qu’il doit l’apparence d’un ovale; les voûtes viennent s’y rattacher. On ne peut se figurer l’effet produit à la fois par cette grandeur et v. t 30
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cette simplicité. Un plan, que nous avons levéà la vue seulement, et dont la rigoureuse exactitude n’est pas garantie, en donnera cependant un aperçu au lecteur, et nous le joignons à notre courte description.
Sanlo-Antonio, dont l’architecture se ressent trop du goût dépravé du dernier siècle, possède une Fuite en Egypte, de Cignaroli; le Christ en croix, la Vierge, Saint Jean et Madeleine, fresque dePéroni, qui jouit d'une réputation méritée, bien que son auteur soit du plus mauvais temps de la peinture italienne ; mais il en sut éviter une partie des défauts. Toutefois ce qui doit le plus attirer l’attention , ce sont des statues en plastique, de Gaetano Gallani, représentant les Huit Béatitudes ; magnifique ouvrage qu’admiraient Mengs et Canovâ, et qui vont peut-être de pair avec ceux de Begarelli, dont nous nous occuperons bientôt.
A l’église des Capucines, on voit, à la coupole, la belle Assomption, par Tinti, et les quatre figures de Moïse, de David, de Gédéon et d’un Prophète, et à la frise, au-dessus des colonnes, de puissantes fresques offrant alternativement les Prophètes et les Sybilles; elles sont dans le style du Correggio et dues à Antonio Bernabei ; ces figures, remarquablement bien composées, brillent par l’ordonnance et un vigoureux coloris 5 cependant ce peintre d’un réel talent, qui fleurissait nu milieu du seizième
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siècle, est presque inconnu hors de Parme et de ses environs. La voûte est parsemée de médaillons, où Giovanni Maria Conti retraça l’histoire de la Vierge et de Jésus-Christ. Celte oeuvre, datant de la troisième et dernière époque de l’épole parmesane, est loin du mérite des fresques précédentes.
Il faut entrera Santo-Uldarico pour contempler une Nativité, parGeronimoMazzuola, œuvre charmante, pleine de grâce, de finesse d’exécution, et qui décore le grand autel ; les stalles du chœur sont un beau travail en sculpture de Canoccio da Lendinara, et, dans une salle du monastère, il ne faut pas oublier de voir la fresque si expressive d’Araldj montrant le Christ en croix, la Vierge, les Saintes Femmes, Saint Benoît et une Religieuse à genoux , que l’on prétend représenter l’abbesse Cabrina Carissimi,ht même qui fit sculpter les stalles; anachronisme que l’on retrouve fréquemment dans les peintures italiennes jusqu’à la fin du dix-septième siècle, et rapprochant des per sonnages que les temps ont séparés; mais le blâme ne saurait atteindre les artistes, forcés d’obéir à ceux qui leur commandaient les tableaux.
Sanlo-Tornmaso n’offre guère à la curiosité qu’une Nativité si belle qu’on l’attribue au Parmiginno, mais que défigure le saint patron de l’église, qu’une main étrangère y ajouta après la mort de Mazzuola ; véritable profanation d’un ouvrage
admirable, dont heureusement pour sa mémoire l’auteur est resté iuconnnu.
L’église des Capucins, dépossédée des œuvres des Carracci et du Guercino , transportées au musée de Parme, ne peut plus montrer en peintures de premier ordre qu'un Saint Louis, une SainleElisabelh d’Annibale Carraccio, et les deux miracles de Saint Félix, par Leonello Spada. Ou doit, en lui assignant toutefois un rang inférieur, faire mention de la Madeleine pénitente, de Ballista Pittoni, artiste vénitien, mort à quatre-vingts ans, en 1766. Les ciceroni vantent beaucoup questa opéra stupenda ; mais, malgré leurs éloges, ce tableau, qui pourtant n’est pas sans mérite, surtout pour la composition et le coloris, prouve la décadence de l’école du Georgione, de Paolo Veronese et du Tizianô.
Santo-Bartolomeo-deila-Giara (i) se glorifie du Martyre du Saint, tableau de l'abbé Peroni, un des derniers bons peintres parmesans du dix-huitième siècle ; mais son coloris est faible, entaché de teintes verdâtres, et on peut lui appliquer ce qui vient d’être dit pour Pittoni. A cet ouvrage ajoutons, à cause de sa bizarrerie et de sa descendance manifeste de l’école du Correggio, quant au faire et à la couleur, un Saint Jérome dans sa grotte et en babil de cardinal ; le nom de sop auteur est ignoré ;
(1) Giara, verra, et par extension verrerie.
mais, homme de talent, il n'aura sans doute cardinalisé le saint, du quatrième siècle de Père chrétienne, que sur exprès commandement.
Enfin, Santo-Alessandro a sa voûte ornée des fresques remarquables de Michelangelo Colonna , le plus habile peintre dans le genre décoratif qui soit sorti de l’école bolonaise j on est étonné de la hardiesse de sa manière et de son habileté en perspective à rendre planes à la vue ou en ligne droite des objets tracés sur des espaces courbes. La coupole et le sanctuaire sont couverts de peintures du'fiarini, où l’on retrouve toutes les qualités qui le distinguent, l’habileté, la gravité de ses compositions, la pose et les nobles mouvements de ses figures, leurs costumes variés par des draperies savamment plissées, un dessin correct et un coloris exempt de teintes trop vives, mais convenant aux sujets sévères qu’il aimait à traiter. Au maitre-autel, on voit encore un tableau de Geronimo Mazzuola, dont le pinceau infatigable enrichit de ses oeuvres presque toutes les églises de Parme. *
Comme monument à la fois religieux et artistique , n’oublions pas le cimetière construit par Marie-Louise et commencé en 1817, d’après leplan du Campo-Santo de Bologne, réservé à la même destination ; il est donc aussi à portique, accompagné d’une chapelle et d’un lien à part pour les dissidents des religions catholique, israélite et prolps-
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tante; mais, à la différence de celui de Pise, qui ne reçoit que des morts illustres ou d’un rang social élevé, celui-ci est à l’usage commun de tous les habitants de la ville, qui peuvent y avoir des tombeaux de famille : il a rendu un grand service hygiénique en abolissant la dangereuse coutume d’inhumer dans les églises, et ce fut un typhus épidémique, multipliant les décès, qui fit naître à la souveraine la pensée de cet édifice et de l'abolition des enterrements au sein de la cité. Il contient déjà plusieurs tombes ayant un caractère monumental.
Le gouvernement a aussi, dans un vaste bâtiment situé au centre de la ville et orné de cinquante colonnes, concentré tous les étaux des boucheries, auxquels sont joints un abattoir et même une glacière pour la conservation des viandes en été; entreprise éminemment utile et possible dans une cité de moyenne étendue, mais inexécutable, malheureusement , dans les immenses rassemblements de population tels que ceux de Paris, où les distances à parcourir ne permettraient pas aux quartiers trop éloignés de la boucherie unique d’aller s’y approvisionner, et où il a fallu se borner à construire des abattoirs à la circonférence; mais comme à côté de l’éloge la critique doit se placer quelquefois, nous avouerons que nous ne pouvons approuver qu’on aij établi au premier étage de cet édifice une salle d’asiié pour les enfants indigents.
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Il nous semble qu’on aurait dù leur éviter les émanations qui peuvent y pénétrer, et surtout la vue, ou du moins 1e voisinage du meurtre et du sang des animaux. Construit aux frais de Marie-Louise et sur les fonds de sa cassette, ce monument fut ensuite donné par elle à la commune.
Le jardin de botanique est principalement destiné à l’instruction des médecins et des pharmaciens; son étendue est médiocre; assez grande cependant pour remplir le but qu’on s’est proposé. Comme la floraison des plantes et même leur fructification était passée au mois de novembre, il ne nous a pas été possible de savoir positivement si elles sont classées selon le système de Linné ou de Jussieu. Un simple garçon jardinier, qui nous montrait l’établissement, n’a pu nous le dire; cependant, d’après l’inspection de quelques végétaux encore subsistants, et en comparant leurs places dans les plates-bandes, nous croyons que c’est celui de Linné, généralement adopté en Italie (i).
(I) Ce n’est point par patriotisme français que nous préférons le système de Jussieu, mais parce qu’il t ous paraît le plus corn* mode et le plus applicable pour les voyageurs étudiant de nouvelles contrées ; en effet , selon Linné, ce sont les (leurs qui déterminent le genre et l’espèce, et elles passent promptement. Selon Jussieu, au contraire, c’est la fructification, et celle-ci dure plus longtemps. Il est des fruits osseux ou à baies se desséchant, qui restent une année et même plus sur l’ind vidu qui les a pro-
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Dans un petit canal croissent des végétaux aquatiques. Au fond du jardin, on voit une serre à la hollandaise, divisée en deux parties, l’une tempérée et l’autre servant d’orangerie. La première est assez riche en monocotylédons, et ceux appartenant aux plantes grasses y abondent. Nous en avons rapporté une voisine du genre mesembriethemum qui, à ce que nous croyons, n’existait « pas à Paris dans les collections.
L’Ecole des beaux-arts est organisée comme celle de France. On y apprend le dessin, la peinture, la perspective, l'anatomie, la sculpture, la gravure et l’ornementation architectonique, sous la direction de l’habile graveur M. Toschi, dont nous avons déjà parlé en décrivant le musée du palais Farnèse ; grâce à sa haute réputation , à son influence sur le gouvernement pour tout ce qui concerne les arts, il est aujourd’hui à la tête d’une entreprise qui sauvera de l’oubli les admirables fresques du Correggio, lesquelles se dégradent avec une déplorable rapidité, soit par l’humidité , soit par la mauvaise qualité du mortier qui les reçut ; avant cinquante ans elles n’existeront plus, car leur ruine est bien avancée. Ce demi-siècle* est le plus long terme qu’on assigne encore à leur durée. M. Tos-
duils. Les botanistes explorateurs ont donc plus de facilité pour reconnai re à quelles familles las végétaux appartiennent.
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chi a donc été chargé de les reproduire par le burin, ainsi que les tableaux du même maître, placés au Muséum, ses fresques du couvent deSanto-Paolo et quatre des ouvrages les plus précieux du Parmigiano. Mais un seul homme ne pouvait suffire à cet immense et dispendieux travail, et la souveraine lui est venue en aide, non -seulement en ce qui regardela dépense, mais aussi pour qu’il n’éprouvât aucune espèce d'obstacles. En effet, il fallut, par exemple, dans les coupoles de Santo-Giovanni et de la cathédrale, élever à poste fixe des échaffâudages qui permissent de voir de près leurs peintures, et de retrouver au milieu de leur dégiadation toute l'œuvre du Correggio. Il fallait en faire dans une grandeur réduite de fidèles copies coloriées à l’aquarelle, afin que le graveur pût reproduire, non-seulement la forme, mais la valeur respective des divers tons et l’éclat et la diminution graduelle de la lumière; il était nécessaire encore, pour que les gravures rendissent uniformément la manière et l’esprit des modèles, qu i! y eût unité dans le faire, et qu’un seul burin parût les avoir exécutées. On ne pouvait y parvenir qu’en cherchant et instruisant des artistes qui voulussent bien s’appliquer exclusivement et ensemble à étudier les chefs-d’œuvre qu’ils devaient retracer sur le cuivre, et de plus qu’un directeur unique de leurs travaux les trouvât dociles à ses con-
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seils (i). C’est le bonheur qu’obtint M. Toschi, chef de l’Ecole des beaux-arts ; doué d’un immense talent comme graveur, il a pu, de longue main, former d’habiles élèves et leur apprendre par quels procédés on pouvait arriver à rendre, avec le burin, le grandiose, la grâce et la douceur d’exécution de leurs admirables modèles; se réservant néanmoins les retouches et derniers perfectionnements. Tant de précautions ont eu un plein succès. Tout s’exécute chez lui sous sa constante surveillance; et entouré de ses collaborateurs, devenus maîtres à leur tour, il vit avec eux dans une fraternelle intimité. C’est ainsi qu’agirent llaphaele, les Carracci, Giulio Romano, et qu’ils purent accomplir tant et de si mémorables travaux, auxquels une seule force humaine n’aurait jamais suffi. Nous avons été témoin, pendant plusieurs soirées, de ce touchant accord entre le directeur et ses subordonnés, et nous avons grandement profité des instructives conversations de plusieurs notabilités scientifiques et littéraires réunies dans le salon de M. Toschi; nous le remercions sincèrement d’avoir bien voulu nous y admettre.
(1) C’est ce qui a manqué à ia grande publication du Muséum de Paris. Une foule de graveurs, répandus sur tous les points de l’Europe, et sans avoir connaissance des tableaux qu’on les chargeait de reproduire, ne purent travailler que d’après des dessins souvent assez médiocres.
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Nous avons déjà fait pressentir en décrivant l’aspect général de la cité, qu’elle contenait peu d’habitations remarquables appartenant à la noblesse, qui préféra, pour la plupart , lorsque les Farnèse vinrent se fixer à Parme , rester à Piaisance et ne pas déserter les anciennes demeures de ses aïeux; un certain esprit d’opposition provenant du mécontentement de celte émigration de la famille régnante l’y engageait aussi. Nous allons donc nous contenter d’indiquer les palais, en bien petit nombre, présentant quelque attrait à la curiosité des voyageurs.
Celui de l’ancien podestat, marquis Filippo délia Rosa Prati, possède une belle balustrade en marbre, sculptée par Francesco da Grada , et qui jadis appartenait à la cathédrale, et nous ignorons pourquoi et comment ce temple en fut déshérité; elle souffrit des mutilations à ses extrémités en la transportant «à la place qu’elle occupe actuellement; mais, tel qu’on le voit encore, ce beau spécimen de l’ornementation du dix-septième siècle est digne d’examen par son élégance et sa finesse d’exécution; à l’intérieur on admire la Vierge, l’Enfant-Jésus et Sainte Catherine, de Geronimo Mazzuola, provenant de l’église et du couvent supprimés des Carmélites; ouvrage d’une grâce charmante, d’un coloris parfait, et qu’on pourrait prêter au Correggio sans être accusé de trop d’ignorance.
Le petit palais Cusani, d’une si élégante construction qu’on l’attribue au célèbre architecte Vignola, n’est plus cependant aujourd’hui comme il sortit des mains de son auteur ; il a subi les injures du temps, et encore plus d’imprudentes restaurations.
La splendide habitation Sari-Vitale est un véritable musée. Outre de magnifiques toiles du Parmigiano et autres tableaux de grands maîtres , ainsi que des objets d’art variés, on doit y remarquer une riche bibliothèque, attestant les goûts héréditaires d’instruction d’une illustre famille.
Dans la rueFeline, une vaste maison peut, ajuste titre , par sa noble et simple architecture , passer pour un palais, quoiqu’un israélite l’ait fait construire et l'habite; nous la citons, afin de montrer de quelle liberté ses coreligionnaires et lui jouissent à Parme , contrairement à l’oppression qu’ils éprouvent en tant d’autres localités de la Péninsule; témoins ces hideux gheti où on les enferme; prisons nocturnes que nous avons déjà décrites et dont nous devrons parler encore; car il en existe une à 20 milles de distance, au chef-lieu du duché de Modène. A la grandiose maison qui a fait naître cette digression est joint un charmant jardin, orné d’un bassin et peuplé de brillantes fleurs et d’arbrisseaux exotiques.
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Nous voici arrivé aux trois monuments religieux capitaux de la cité par leur grandeur , les objets d’art qu’ils renferment, et dont la cathédrale et le Baptistère sont des types curieux de cette architecture des onzième et douzième siècles , propre à la Lombardie étrurienne. Le troisième, que nous décrirons le premier, est Santo-Giovanni, beaucoup plus moderne; et ces édifices se rapprochent tellement les uns des autres qu’ils forment un groupe à part et occupent à peine, en longueur, un espace de trois cents mètres.
Santo-Giovanni Evangelisto est presque de nos jours, comparativement aux deux autres, car son intérieur, construit par l’architecte Zaccagni, date seulement de i5io, et la façade, toute en marbre blanc, élevée sur les dessins de Moschino , ne fut terminée qu’en 1604. Si nous commençons contre l’ordre des temps, par cette église, plus moderne de quatre cent quatreans, c’est que les peintures de sa coupole, par leCorreggio, sont antérieures de plusieurs années à celles de la calhe'drale,dues aussi au pinceau du divin artiste , et que nous suivrons ainsi la succession de ses œuvres les plus vastes et les plus célèbres.
Nous renonçons à décrire la façade, toute description étant impossible, tant Moschino, imbu du mauvais goût italien de son époque, eut horreur
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des lignes droites et se complut à multiplier , à l’excès, les brisures, les ressauts et les courbes bizarrement contournées. A droite s’élance, haut de quatre-vingt-un mètres, le campanile entaché des mêmes vices de style, surtout à sa partie supérieure où il prend toutes les formes, excepté la bonne; car, tourmenté à chaque étage , il passe successivement de la carrée à l’octogone, et de celle-ci à la cylindrique. De l’extérieur du monument on ne peut voir que la façade; tout le reste est enveloppé de trois côtés par le couvent dépendant de Santo-Giovanni et des constructions particulières. Nous ignorons si elles préexistaient ou si on les a laissées s’appuyer sur l’édifice.
L’intérieur, plus ancien d’un siècle et d’une meilleure architecture, est à croix latine, et au centre du monument, à l’intersection des branches, surgit une coupole. De chaque côté , les trois nefs sont séparées par six grandes arcades à plein cintre que supportent des piliers cannelés à chapiteaux composites. A droite, à gauche, et en arrière des petites nefs, le nombre des chapelles répond à celui des grands arcs. La voûte du milieu est aussi demicirculaire; cinq marches en marbre rouge exhaussent le chœur, surchargé d'ornements et de dorures, et l’autel est lui-même élevé sur un nombre égal d’autres marches. Selon l’usage presque universel en Italie, il précède ce chœur et l’pbiide où
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s’arrondissent les stalles des chanoines et duclergé, remarquablement sculptées par Marco-Antonio Zucchi, Pascale et Giovanni-Francesco Testa; ce fut un travail de dix-neuf ans, payé, sur l’estimation du célèbre Domenichino, 740 écus d’or (1).
A sa partie supérieure l’abside a reçu une fresque de Cesare Aretuse , copie de celle peinte par Correggio et que de barbares chanoines firent démolir pour allonger leur église. Un seul fragment de cette oeuvre capitale put échapper a la destruction, et on le voit à la bibliothèque Farnèse; ce sont Jésus et la Vierge. L’original représentait le couronnement de Marie accompagnée d’anges et de saints, et la copie le reproduit entièrement ; mais elle est loin d’avoir cette fraîcheur de coloris, cette suavité d’exécution, partage admirable du maître. Les autres peintures de ce chœur et de la voûte sont d’Antonio Paganini, artiste parmesan et imitateur cependant du Florentin Daniele di Volterra plus que du chef de l’école nationale. D’autres ouvrages, mais en petit nombre, ornent encore les bas-côtés, tels que le Christ portant sa eroix, de Michel Angelo Anselmi; Saint Jacques aux pieds de la Vierge; une Transfiguration au grand autel ;
(t) 8,880 francs, valeur nominale d’aujourd’hui j mais en réalité représentant un équivalent de 53,280 francs au seizième siècle.
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la Vierge tendant la main à sainte Catherine de Geronimo Mazzuola , toujours digne d’appartenir à cette nombreuse famille de grands peintres, et aux cintres des chapelles de Sainte-Gertrude et du Crucifix , des fresques du Parmigiano où brillent sa grâce et son élégance accoutumées.
Au dessus de la petite porte, conduisant au cloître , une fresque du Correggio représente Saint Jean prêt à écrire son Evangile avec une plume d’aigle; fresque pleine de vigueur et de gravité, et qui montre que son auteur ne fut le peintre par excellence des gracieuses vierges, des enfants et des anges, que lorsque le sujet le comportait. Cependant, tout le cède à son dôme où brille une si poétique pensée, à celte œuvre d’un si prodigieux grandiose, d’une si admirable perspective , où se révèle la connaissance si profonde des raccourcis, l'art de retracer les objets sur les surfaces courbes, sous leur aspect naturel , œuvre immense enfin et entreprise à l’àgede vingt-six ans, à cet âge où ordinairement, loin de s’être formé un stjle, déposséder un talent original, on suit encore les travaux et les leçons d'une école. L’artiste a figuré une Vision de saint Jean, du bien-aimédu Seigneur, mais déjà chargé d’années et resté le seul vivant des Apôtres. Dans un moment d’extase , il voit ses compagnons, les onze propagateurs de la foi, formant un chœur autour du Christ resplen-
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(lissant de gloire. Comme dernier survivant , encore attaché à la terre, le peintre ingénieux l’a placé au bas, aux bords extrêmes de la coupole ; là, à genoux sur un rocher, les bras appuyés sur un livre que son aigle supporte, et les regards tournés vers le centre du dôme, éclatant des splendeurs du paradis, le saint contemple le Rédempteur, ses disciples et une multitude d’anges peuplant les nuages et la voûte éthérée. Les pendentifs sont pareillement embellis des œuvres correggienes et représentent chacun un évangéliste et un dosteur de l’Église, tous désignés par leurs attributs , saint Jean et saint Augustin, saint Matthieu et saint Jérôme, saint Marc et saint Grégoire, saint Luc et saint Ambroise, assis sur des nuées et supportés par des chérubins, dont la grâce céleste contraste habilement avec les formes plus mâles et plus sévères des propagateurs du christianisme. Telle est celte immense composition achevée en quatre années et sans aides ; car alors le maître, si jeune encore , n’avait pu s’entourer d’élèves dignes de le seconder. Malheureusement ce dôme est si obscur, l’architecte donna si peu de passage au jour, qu’on ne peut admirer ce chef-d’œuvre dans tous ses détails et qu’il n’est possible que d’en bien saisir l’ensemble et les masses ; mais ce qu’on voit saisit d’étonnement. Nous ne reviendrons pas sur les procédés de peinture de l’artiste, sur l’éclat, la douceur, la v. 31
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finesse de son coloris ; ce que nous devions en dire se trouve dans ce volume , au chapitre de l’école parniesane.
Ce temple, d’un noble aspect intérieure pourtant le défaut capital dont nous venons de nous plaindre pour la coupole; c’est son obscurité. Il n’est éclairé, au-dessous des voûtes, que par quelques fenêtres circulaires d’un petit diamètre, et, pour que la lumière y pénètre, il faut que la grande porte soit ouverte. Alors les reflets des rayons solaires, tombant sur la place située en avant de Santo-Giovanni, s’introduisent sous les nefs et permettent de voir un peu mieux les fresques et les tableaux qui les décorent ; mais le grand maître, le divin Correggio, n’en profite guère, car l’élévation du dôme le laisse toujours dans une demi-ombre.
Attenant au flanc gauche de l’église, le cloître de Santo-Giovanni appartient à des moines bénédictins qui se livrent à l’instruction de la jeunesse, et ont compté parmi leurs écrivains et leurs professeurs des savants et des littérateurs distingués. Ce vaste édifice fut certainement agrandi à diverses époques , car il offre intérieurement plusieurs styles architectoniques. On traverse d’abord deux cours carrées d’égale dimension , communiquant entre elles par des passages latéraux, et que sépare seulement une étroite construction. Toutes deux ont des portiques à vingt-quatre co-
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lonnes, soutenant des arcs demi-circulaires. La première est plus moderne, à en juger par ses chapiteaux ioniques d’une assez grande pureté, et sa porte d’entrée ornée de riches sculptures laissant des jours entre elles et entourant un aigle qui tient dans ses serres l’Evangile de saint Jean. Les chapiteaux et les bases de la seconde indiquent le quatorzième siècle ou le commencement du quinzième. Au fond de celle-ci se trouve une autre porte dont lesdeux pilastres corinthiens, la frise et le tympan, en marbre de Carrare, sont également dércorés de charmantes arabesques, ciselées pour ainsi dire, tant elles sont d’une délicatesse exquise. C’est à Tangradi que l’on doit ce délicieux ouvrage. Aux deux côtés de cette porte s’ouvrent deux élégantes fenêtres, divisées chacune par une colonnetle du même ordre, et que l’artiste se plut aussi à sculpter avec amour. C’est une ornementation bien plus nouvelle que le corps du bâti-? ment, et son style le prouve sans réplique. Une troisième cour n’a point de portique; mais au faîte régnent des arceaux sur trois de ses faces, et à moitié de hauteur de la quatrième s’étend, sur un mur de sept à huit mètres d’élévation, une galerie que supportent dix-huit colonnes doriques.
Les logements destinés aux religieux, et consistant en modestes cellules, sont rangés, à la suite les uns des autres, dans quatre immenses et larges
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corridors, se coupant à angles droits et figurant une croix grecque; niais aujourd’hui beaucoup de ces cellules n’ont point d’habitants, le nombre des moines ayant été restreint. Au point d’intersection des corridors, formant une espèce de carrefour, on a placé sur des piédestaux quatre statues en plastique, par Begarelli , représentant, d’après les dessins de son ami Correggio, deux Vierges, saint Benoît, fondateur de l’ordre des bénédictins, et saint Jean l’évangéliste. Une de ces Vierges est debout, et près d’elle on voit, debout aussi, Jésus sorti de la première enfance, tenant une palme à la main et dans une complète nudité, quoique sa (aille et ses traits annoncent neuf à dix ans ; l’autre, assise sur un nuage, a son fils sur ses genoux et h sa gauche le petit saint Jean-Baptiste,
offrant une rose à son maître : toutes deux sont * 1
remplies d’une grâce modeste et charmante que le dessinateur inspirait au sculpteur (î).
(1) L’amitié qui régnait entre ces deux artistes, leur permit de se rendre de mutuels services. Si Correggio fournissait des dessins à Begarelli, à son tour celui-ci modelait en terre, pour Correggio, des statuettes dans toutes les poses qu'il désirait et qui l'aidèrent souvent, en les suspendant au plafond de son atelier, à étudier ces admirables raccourcis que personne n’a su rendre comme lui sur la toile et les fresques des coupoles. Cependant Begarelli n’eut pas toujours besoin des dessins de son am:, et après la mort du grand peintre il n’en resta pas moins le premier des sculpteurs en plastique.
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A la suite de toutes ces constructions, un abside, situé en face de la porte du réfectoire, fut peint par Correggio; à peine en reste-t-il quelques traces, et, il faut bien l’avouer, sa perte si regrettable est due à des Français. En i8i3, le couvent était momentanément converti en caserne et encombré de troupes; nos soldats établirent une cuisine sous la demi-voûte de cet abside, et la fumée, ne trouvant point d’issue pour s’échapper, a tout noirci. A droite, on n’aperçoit plus que deux ravissantes tètes d’enfants, mais considérablement dégradées ; le coloris a disparu, et les traits et la grâce du jeune âge ont seuls échappé à la destruction. Tel est le fait universellement affirmé à Parme, et nous voudrions sincèrement qu'il fût apocryphe ; mais il est difficile d’en douter, car la suie accusatrice est encore attachée aux parois (i). Au fond du réfectoire est un magnifique tableau à l’huile, de Girolamo Mazzuola, représentant la Cène; il fut transporté au Muséum de Paris comme œuvre d’élite ; mais, mal emballé à son retour, il subit d’irréparables dégradations.
Au-delà du réfectoire, on voit encore une quatrième et vaste cour, également quadrilatère, à
(I) Nous concevons cette barbare indifférence des soldats pour un clief-d’œuvro j mais comment leurs officiers ont-ils pu consentir à ce «crilége?
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sept arceaux èt huit colonnes sur chaque face. Les chapiteaux sont probablement du quinzième siècle, et, tous de fantaisie, n’imitent aucun ordre connu. Sur la frise, et entre les fenêtres du seul étape s’élevant au-dessus des arcades, sont ou plutôt étaient des fresques de Michel Angelo Ansehni ; car la chute du mortier se détachant des murs les à presque entièrement détruites. Tel est cet immense couvent ; et quels étaient donc jadis les ressources pécuniaires d’un simple corps religieux assez riche pour l’édifier? 11 est vrai que, ne mourant jamais, il pouvait y mettre de longues années, des siècles même, et les styles différents des quatre cours le démontrent pleinement.
Le dôme (1), on a vu dans cet ouvrage que les Italiens nomment ainsi leurs cathédrales, est un spécimen du passage de la pure architecture byzantine au gothique propre à l’Italie, c’est-à-dire dépourvu de cette extrême légèreté, caractère distinctif de celui du Nord; cependant la byzantine lombarde, si on peut lui donner cette épithète, prédomine encore dans ce noble édifice, car tous
(1) La difficulté de décrire assez clairement tous les détails si compliqués de l’arcliiteclure extérieure de celte cathédrale et de son Baptistère , nous engage à joindre la gravure au texte. Nous agirons de même pour plusieurs monuments religieux de Lucques.
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