CATHEDRALE DE PARME
A la hauteur de la tribune du porche inférieur, et au niveau du sommet de l’arcade qu’elle supporte, on voit, à droite et à gauche, deux galeries à petits arcs et à colonnettcs, au nombre de huit, qu’un pilier carré et massif divise par moitié. Un bandeau en pierre de taille, lisse, sans aucune ornementation et de deux mètres environ de hauteur, les sépare. Une troisième leur est encore superposée; mais, au lieu d’être horizontale, elle monte et descend en diagonale, parallèlement aux deux pentes du fronton triangulaire, et se compose de \ ingt-cl-un arceaux semblables aux autres ; toutefois, comme leurs colonnelles sont plus nornbi euses, plusieurs de celles-ci 11e répondent pas à l’aplomb des inférieures et portent à faux. Une espèce de corniche, sans entablement, et formée de petits arcs entrelacés, couronne le faite. Cette façade contient sur ses parois plusieurs inscriptions provenant de la démolition de monuments antiques dont les archéologues se sont fort occupés, sans pouvoir cependant se mettre d’accord entre eux; habitude, au reste, assez constante chez ces savants.
A droite est un campanile carré, entièrement construit en briques, haut de soixante-huit mètres, large seulement de neuf, fondé en 1284. terminé dix ans après et un peu séparé de l’c'glise, ainsi qu’il se pratique en plusieurs contrées ita-
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liennes; sa décoration, d’une extrême simplicité, rie laisse pas d’être élégante et consiste, sur chaque face et entre les contreforts, en trois pilastres sans bases, sans chapiteaux et divisés en quatre étages par des mâchicoulis transversaux à peine proéminants. Le dernier étage, surmonté d’un cône, est percé de trois fenêtres, toujours à petites colonnes, mais dont les arcs indiquent l’ogive ; on sent que cette construction est plus jeune de cent soixante-dix-huit années que la cathédrale ; en effet, elle répond à l’époque où le pur gothique cherchait à s’introduire, sinon complètement en Italie, du moins à y exercer quelque influence. Un second clocher, semblable en tout à celui-ci, devait faire le pendant à gauche; mais il est resté imparfait, et l’on s’arrêta à la première divisiôn qui subsiste encore.
Des bâtiments modernes ayant masqué le prolongement des faces latérales, Vious ne pouvons que décrire l’architecture extérieure des croisillons, du chœur et des trois absides qui les terminent : à leur point de rencontre intérieur surgit un dôme octogone, portant à sa partie supérieure des arceaux à colonnes, et la même décoration s’étend sur les trois côtés des croisillons. Au-dessous de chacune de ces galeries s’avance, en demicercle, un abside; sa largeur est moindre que celle des branches de la croix, et de sou soubasse-
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ment s’élancent cinq grands arcs très-allongés,* dont les pieds-droits et les cintres ne figurent qu’eh relief peu saillant sur le plein de la maçonnerie; ils sont censés soutenir aussi une autre galerie de quinze petites arcades qui les dominent. L’absidè du chevet de l’église est semblable quant à la forme; seulement ses proportions sont plus vastes, et aucune colonnelte, aucun arceau ne couronnent son sommet.
L’intérieur, long de soixante-dix-huit mètres et large de vingt-neuf, est à trois nefs et à croix latine; mais des chapelles eu retrait, et d’autres constructions, ajoutées aux anciennes depuis trois siècles, lui ôtent malheureusement sa primitive simplicité. Autour des piliers de la grande nef, soutiens d’énormes arcades, se groupent plusieurs colonnes et pilastres presque gothiques, dont les chapiteaux, curieusement sculptés, représentent des figurines pareilles à celles des portails. Si les piliers approchent du gothique, les arcs qui les surmontent conservent néanmoins le cintre byzantin ou gallo-romain. Au-dessus, dans toute la longueur de la nef, s’étend une galerie où chacune des grandes arcades en porte quatre petites, et c’était là que, au moyen âge, les femmes assistaient au service divin. Plus haut-encore un mur pial, un large bandeau que termine une corniche, ou plutôt une espèce de bourrelet, va chercher la
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'majestueuse voûte entièrement demi-circulaire, et aucune trace d’ogive n’apparaît, dans cet édifice. Dix-sept marches en marbre rouge exhaussent le chœur et les croisillons, et quatre autres élèvent encore le maître-autel placé en avant de l’abside. Comme à Snnto-Giovanni , les stalles canonicales sont en arrière. Si cette disposition, que nous retrouverons ailleurs, empêche la vue de pénétrer horizontalement jusqu’au fond du temple, elle est mystérieuse, et ces chants du clergé, que l’on entend sans savoir d’où ils viennent, ont quelque chose de surprenant, d’auguste, et semblent descendre des cieux. Partout la peinture s’est emparée de ce vaste monument, et il n’est pas une voûte de la grande et des petites nefs, pas un espace lisse des murailles qui n’offrent une fresque aux regards; et nous osons dire que celle prodigalité, en produisant de la confusion, finit par être fatigante. Cependant les parois du chœur et de l’abside ne partagent point ce défaut; mais leurs combles sont encore chargés des œuvres d’habiles artistes.
Une crypte, d'une grande étendue, occupe tout l’espace que tiennent au-dessus les croisillons et le chœur, et affecte la même forme ; elle se compose d’abord de trois rangs d’arcades parallèles, à larges ouvertures surbaissées et soutenues par quarantedeux colonnes en marbre et à chapiteaux, tous dissemblables entre eux. Evidemment ils furent,
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ainsi que les fûts de diverses couleurs, arrachés à de plus anciens édifices. A chaque extrémité du portique médian s’arrondit une chapelle. Perpendiculairement à ces portiques, étendus dans le sens des croisillons supérieurs, un autre à huit colonnes, répondant à l’axe du chœur et suivant le contour de son abside, se termine pareillement par une plus grande chapelle. Quoique souterraine en apparence, celte crypte, à cause de l’exhaussement du chœur et des croisillons, se trouve en réalité de très-peu inférieure au pavé de la principale nef; il suffit, pour y pénétrer, de descendre quelques marches; sa chapelle majeure est éclairée par deux basses fenêtres donnant sur la place de Santo-Giovanni, presque au niveau ellemême de celle de la cathédrale et du portail de l’église.
Maintenant que la description des lieux est faite aussi exactement qu’il a été possible à l’écrivain, passons aux principales œuvres que le pinceau d’habiles artistes y a produites ; car, pour les rappeler toutes, il faudrait fatiguer la patience du lecteur. Désignons seulement à la curiosité des voyageurs les fresques du chœur et de son abside, par Girolamo Mazzuola, représentant le Christ dans sa gloire; mais, quel que soit leur mérite intrinsèque, on ne peut se dissimuler que le voisinage trop rapproché du Correggio est fâcheux
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pour elles. Ce peintre cependant possédait à un haut degré l’art du coloris, l’empâtement plein de vigueur qui le distingue , une partie de cette grâce, un peu affectée il est vrai, inhérente à sa famille, une grande facilité d’invention, et, pour suffire à tous ses travaux, una stupenda furin di penello (1), comme disent les Italiens. Le David et la Sainte Cécile jouant de l’orgue, du Procaccino, décorent aussi le choeur et sont de premier ordre; au grand autel, une Assomption, où l'on voit réunis, sur le premier plan, saint Thomas, sainte Lucie, saint Jean et saint Bernard, œuvre remarquable de Giovanni Baltista Tinti, habile imitateur du Parmigiano et un des derniers grands peintres de l’école parmesane. Moïse sur le Sinaï et le Peuple hébreu aux pieds de la Montagne, que nous citons parce qu’ils sont du fils du Correggio, artiste qui ne fut pas sans mérite, mais que la gloire de son père a fait oublier; l’Apparition de sainte Agnès suivie des saintes Vierges, par Michel Angelo Anselmi; un Crucifiement avec Madeleine, sainte Agathe, saint Bernard et un ange, œuvre du Sojaro, œuvre magnifique et par sa composition et par sa couleur: une Chapelle peinte par Rondani, toujours heureux lorsqu’il représentait une seule figure, mais qui l’était moins quand il fallait en
(t) Une élonnanle furie fie pinceau.
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agencer plusieurs. Cependant les fresques dont il s’agit appartiennent sans aucun doute à un artiste d’un talent remarquable, quoiqu’on puisse le blâmer de s’attacher trop minutieusement aux détails. Une autre chapelle est remplie de petites peintures des premiers temps de la Renaissance, et, sous ce rapport, elles sont curieuses en ce qu’elles montrent le point de départ ; tout l’espace contenu, dans la g’rande nef, entre les galeries supérieures et la corniche est occupé par les fresques de Lattanzio Gambara, retraçant la vie de Jésus- Christ ; immense entreprise et qui donne une haute idée de la fécondité d’un peintre inconnu en France et mort à l’âge de trente-deux ans; on y retrouve le coloris de l’école vénitienne uni à la science anatomique, à des attitudes vraies et spirituelles, à l’intelligence des raccourcis, à un relief qui souvent fait illusion, à une grande originalité d’invention, et enfin, pour achever son éloge, disons que ses ouvrages ont le rare privilège de plaire encore à côté de ceux du Correggio. Les stalles du chœur appellent un examen attentif par l’élégance et la délicatesse de leurs sculptures, dues à Cristoforo Cannuci et Antonio dell’ Abale.
Mais hâtons-nous d’arriver «à la coupole, moins obscure que celle de Santo-Giovanni, et qui, par sa clarté même, fait naître d’amers regrets puisqu’elle n’en fait que mieux apercevoir les déplorables
dégradations qu'a subies l’œuvre capitale de l’immortel Correggio ; dégradations provenant de l’humidité des murs et causée, dit-on, par la soustraction de lames de plomb à la couverture du dôme. Telle qu’elle est encore, on admire la grandeur du génie qui put concevoir et exécuter si rapidement celte œuvre immense. Reine des fresques, elle montre l’Assomption de Marie et le paradis, peuplé d’êtres aériens, ouvert pour la recevoir. L’artiste, peintre et poète à la fois, a supposé que l’octogone, sur lequel s’élève le dôme, touche au sol où repose le tombeau de la Vierge. Partant de celte donnée, il a figuré à la naissance de la voûte une galerie à balustres, et à chacun de ses huit angles sont un candélabre surmonté d’une flamme, et une multitude d’enfants, à demi-nus, allumant des flambeaux et brûlant des parfums et des plantes odoriférantes. Sur le même soubassement, et répandus autour de sa circonférence, les apôtres portent leurs regards, étonnés et comme éblouis par sa splendeur, vers le cortège d’anges et de séraphins accompagnant Marie aux célestes demeures. Gabriel, entouré des hiérarchies des bienheureux, descend du firmament pour la recevoir et brille de la lumière éternelle. Aux quatre pendentifs, on voit les saints protecteurs de la ville, saint Hilaire, saint Jean-Baptiste et saint Thomas; chacun occupe un de ces pendentifs et s’y trouve admi-
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raklement placé au milieu d’anges d’une ravissante beauté, et de jeunes vierges tenant les insignes ecclésiastiques et les emblèmes des vertus du saint patron. Il est impossible que la parole puisse exprimer les sensations que fait éprouver ce travail surhumain, de décrire ces tons lumineux partout répandus et ne se nuisant point entre eux, cette vie animant toutes ces nobles et belles créations sorties de la main du maître, ces hardis raccourcis, cette grâce ineffable donnée à la jeunesse, la sévère et mâle beauté des apôtres, ce coloris doux et brillant, ou austère et vigoureux, selon que le sujet le réclame, et bornons-nous à dire que cette coupole n’eut jamais de rivale, et que probablement elle n’en aura jamais. Sur quittance datée du 3 novembre i522, elle fut payée 1 ,100 ducats d’or répondant chacun en poids à 12 francs de notre époque, soit ensemble à i3,200 francs; mais alors le numéraire avait une valeur comparative au moins sextuple; c’était donc en réalité, comme représentation des besoins de la vie, 79,200 francs, et plus peut-être, que Correggio reçut pour rémunération de son œuvre (1). Sans doute elle eût mérité davantage, si le prix avait été réglé en proportion du mérite ; mais les fabriciens de la cathédrale ne pouvaient
(1) De plus, pendant qu'il travaillait à cette coupole, Correggio produisit d’autres ouvrages et surtout des tableaux de chevalet, v. 33
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disposer que des fonds appartenant à la fabrique; d’ailleurs, l’artiste n’éleva aucune plainte. Ainsi tombent encore toutes ces lamentations des touristes écrivant des impressions de voyages, et c’est pour les faire cesser que nous sommes revenu plusieurs fois sur l'évaluation des salaires accordés aux grands peintres du seizième siècle.
Outre ces chefs-d’œuvre, l’église possède aussi de remarquables sculptures, et il faut examiner au grand autel un bas-relief du onzième siècle représentant les Apôtres et les Évangélistes ; quoique datant de l’enfance de l’art, on y découvre, au milieu de l’incertitude et de la grossièreté du travail, une certaine naïveté qui n’est pas sans quelque charme; un autre, incrusté dans un mur et plus moderne d’une centaine d’années, dont le sbjet est la Déposition de croix, montre déjà de notables progrès. Exécuté en 1170, il fait honneur à son auteur, eu égard au temps où il vivait; malheureusement un confessionnal en cache Une partie. Du douzième siècle au commencement du seizième, l’espace que la sculptut-e a parcouru est immense; aussi le mausolée du chanoine Montini, mort en i5 07, par Giovanni Francesco da Grado, est-il du plus haut mérite , et prouve peut-être qu’à cette époque, où Raphaële et Correggio n’avaient pas encore fondé leurs écoles, les sculpteurs étaient
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relativement pltts avancés que les peintres (î). Le tombeau du jurisconsulte Bartolomeo Prati est dû àProsperoClementi,deReggio,élève deMichehmgelo, sculpteur de premier ordre, et qui abandonna l’austère manière de son maitre pour sacrifier aux grâces; quelques auteurs l’ont même surnommé le Correggio de la sculpture. L’éloge est un peu empreint d’exagération ; mais il n’en est pas moins vrai que les deux femmes assises et plongées dans la douleur, ornant la tombe de Bartolomeo, sont des modèles de correction de dessin, d’élégance, de poses nobles et gracieuses, et que le marbre est taillé admirablement. Un magnifique cénotaphe (2) fut consacré à Petrarca, archidiacre et chanoine de cette cathédrale ; nous n’avons pu sdvoir qui le lui fit élever et à quel ciseau il a été confié. A côté de ces splendides monuments funé-
(1) Nous avons déjà soutenu l’opinion que la sculpture était un art moins difficile que celui de la peinture; et en effet le sculpteur n’a qu’à s’occuper de la forme et de l’expression ; tandis que le peintre est obligé d’y ajouter la couleur, la dégradation des tons , la connaissances des raccourcis , des deux perspectives aérienne et linéaire, de l'architecture pour les monuments introduits dun3 ses (ableanx, et d’enrichir ses compositions d’un plus grand nombre de personnages, qui tous doivent concourir à l’action qu’ils représentent et se grouper habilement.
(2) C’est un vrai cénotaphe, car les restes du grand poète n’y sont point déposés j il mourut et fut inhumé à Padoue en 1574, à i’Étge de soixante dix ans,
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raires, Agostino Carraccio, mort de tristesse et de souffrance, à quarante-trois ans, au couvent des Capucins, n’obtint qu’une simple pierre tumuiaire, que firent poser, ainsique l’annonce l’inscription, ses deux amis Magnani, de Parme, et Guidolti, de Bologne. L’habile peintre Leonello Spada a aussi sa sépulture dans cette église.
Situé à une vingtaine de mètres delà cathédrale et sur la même place, le Baptistère, tout construit en marbre rouge de Vérone, est sans doute le plus vaste, le plus haut de tous ceux existants en Italie, un des plus curieux monuments de cette contrée, et celui, peut-être, dont l’architecture présente le plus de singularités, car elle ne ressemhleà aucune autre ; spécimen unique et sui generis , il a toujours attiré l’attention des archéologues. Commencé en 1196, par l’architecte Anlelami, il fut, sinon terminé en 1216 par le même artiste, du moins en étal de remplir sa destination et de recevoir les enfants pour le baptême; toutefois il paraît qu’on y travailla longtemps encore après ce millésime, et que sa consécration n’eut lieu solennellement qu’en 1270. C’est donc à tort que des écrivains l’ont attribué aux bienfaits de la fameuse comtesse Mathilde, morte en 111 5, quatre-vingtune années avant qu’il fût érigé.
Sa masse, extérieurement octogone, a 32 mètres de hauteur et 24 de diamètre. En dehors, à cha-
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que point de rencontre des huit faces, monte jusqu’au sommet du bâtiment un étroit pilastre dont le chapiteau, à peine sensible, se borne à quelques patinettes recourbées à leur extrémité. Du sol s’élèvent, au cinquième environ de la hauteur totale, trois portails, car ce baptistère a trois entrées et cinq arceaux figurés seulement par une légère saillie s’appuyant sur les grands pilastres, et le mur remplit tout l’espace compris entre les montants et les courbes des cintres. Le plein de ces cinq arceaux est divisé en trois parties par deux colonnes, dont six, sur trois faces, sont à chapiteaux corinthiens-composiles assez bien imités de l’antique, et les autres ne rappellent aucun ordre connu ; deux même imitent une draperie retombant de trois côtés, un tiers environ du diamètre des colonnes étant engagé dans la muraille; elles soutiennent une mince corniche, qui les sépare des arcs et s’étend au-dessous de leur naissance. Portées sur des piédestaux allongés et plaquées à la plinthe, ces colonnes sont liées entre elles, à la moitié de leur longueur, par une espèce de listel parallèle à la corniche. Une autre unit aussi les piédestaux et entoure les bases des colonnes ; en sorte que de ce listel inférieur à la corniche, le plein de la paroi est divisé en deux panneaux d’égales dimensions.
Sur quatre arcades et entre les deux listels, on
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voit ainsi que sur les grands pilastres, et rangés horizontalement, soixante-quatorze médaillons creqsés dans le marbre, contenant des sculptures en bas-relief d’une forte proéminence et parfaitement conservées. Exiles représentent des animaux de toutes espèces, surtout des oiseaux, et nous avons cru y reconnaître le faisan; on y trouve aussi quelques figures humaines et des signes du zodiaque, entre autres le sagittaire. Quelle est la signification de ces sculptures? sont-ce des ornements de fantaisie ou des emblèmes ? C’est une question qu’après un attentif examen nous n’avons pu résoudre, et notre ignorance en est peut-être la cause. Nous savions bien cependant que le savant orientaliste autrichien M. de Hammer a prétendu y reconnaître, ainsi que dans quelques parties de l’ornementation intérieure , des indices de la religion de Zoroastre ; mais est-il probable qu’au treizième siècle , au temps où le catholicisme était dans sa plus grande ferveur , dans sa plus entière puissance , où de nombreux conciles avaient irrévocablement fixé le dogme, qu’il restât quelques souvenirs de ce culte asiatique, ou, s’ils subsistaient encore, qu’on les eût rappelés sur un monument destiné au baptême des chrétiens, à les faire entrer dans la voie de vérité? Nous craignons que M.de Hammer, trop préoccupé deson système sur l’adoration du feu, n’aitcru voir ce qui n’existait pas.
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Les trois portails sont profondément enfoncés dans l’épaisseur des puissantes parois, et les huit colonnes minces et élégantes dont chacun est décoré vont en retrait chercher les montants de portes presque carrées, tant leur forme se rapproche d’un quadrilatère à quatre lignes d’égale longueur. Des sculptures en grande partie allégoriques, et d’une conservation également parfaite, couvrent les montants et l’arc qui les domine, et l’on voit que heureusement les iconoclastes (i) soit du Bas-Empire, soit modernes, n’ont jamaiseu d’accès à Parme. Au-dessus de la porte opposée à celle s’ouvrant sur la place, un bas-relief demicirculaire a, dans son milieu, un palmier, symbole alors du christianisme , et, au pied de l’arbre, le mauvais esprit, sous la forme d’un dragon, le regardant avec colère; son aspect le montre clairement. A droite et à gauche deux figures montées sur des chars attelés d’animaux ressemblant à des chiens, emblèmes de la fidélité, plutôt qu’à des chevaux, les excitent et paraissent accourir à la défense du palmier; leur attitude approche beaucoup de celle que l’antiquité donnait aux victoires portées sur dos ambiges (i). Ce bas-relief était
(1) Iconoclastes. Briseurs d’images et de sculptures. Secte religieuse du bas-empire grec qui u’a été que trop imitée par nos révolutionnaires de i793.
(t) Ambige. Char à deux chevaux. Quadrige. A quatre.
certainement destiné à rappeler les attaques du démon et des hérésies contre l’Eglise et à célébrer son triomphe.
Surmontant les arceaux et ces portails, oùle travail des sculpteurs a prodigué les ornements , surgissent en quatre étages des galeries faisant le tour de l’octogone et alternativement interrompues par les grands pilastres allant chercher le faite du bâtiment. Chacune contient, sur ses huit faces, 4colonneltes sans arcades et soutenant une plate-bande lisse et privée de décoration. Leur nombre est de 128, chaque étage en possédant .82. Un cinquième rang de petites colonnes les domine encore; mais elles sont, celle fois, censées servir d'appui à des arceaux simplement indiqués et s’engageant dans le mur que porte le dernier bandeau. Sans doute, ce rang supérieur parait trop massif, en opposition aux légères colonnettes des étages placées au-dessous de lui. Mais il devait , par son poids, résister à la poussée du dôme couronnant l’édifice, et ce fut une contrainte, une nécessité de solide construction imposées à l’architecte; car extérieurement les murs perpendiculaires n’ont point de contreforts; toutefois, la partie supérieure en souffre sous le rapport de l’élégance. Une corniche cordelée à grosses torsades sans entablement et une balustrade terminent celte remarquable et singulière construction, et
BAPTISTÈRE, DK PA RM K.
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l'AR MK.
leur faible saillie, leur extrême simplicité semblent peu en harmonie avec la riche ornementation du soubassement des portails et des s\ elles galeries.
L’intérieur en rotonde, ou plutôt en polygone à seize faces, chacune des extérieures se subdivisant, n’est pas moins curieux. l>u rez-de-chaussée parlent autant de colonnes toutes en marbres de diverses couleurs , à chapiteaux différents, d’une sculpture très-compliquée, digne d’examen et profondément fouillée par le ciseau. Immédiatement posées sur ces chapiteaux, faisant pour ainsi dire l’office de supports, s’élèvent d’autres minces colonnes montant jusqu’à la naissance de la coupole et offrant aussi à leur épanouissement supérieur la même variété, les mêmes caprices de décoration; entre elles on voit deux rangs superposés de trentedeux petites tribunes, toujours à colonnettes, que sépare un étroit bandeau horizontal. Au-dessus , et appuyant leur point de départ sur les chapiteaux de ces longues et minces colonnes, semblables à celles de nos églises gothiques, se courbent autant d’arcades en ogives. A l’aplomb des colonnes montent et convergent de vives arêtes jusqu’au sommet du dôme, où leur réunion entoure une rose, seule ouverture accordant du jour au Baptistère. Au centre du polygone et sous la rose sont placées les anciennes cuves destinées au bap-
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tème par immersion ; car la grande, d’un seul bloc de marbre, en contient une seconde circulaire, semblable à un puits, et couverte de bizarres arabesques. La forme inusitée delà première est celle de quatre demi-cercles se rencontrant aux quatre angles d’un carré. Ce que cette description n’aurait pas suffisamment éclairci, la gravure ci-jointe le fera mieux concevoir.
Toute surface , soit des parois , soit des courbes du dôme qui a pu recevoir une peinture, en est chargée, et il en existe de toutes les époques du moyen-âge; mais celles imitant le style byzantin ou de la première Renaissance sont les plus nombreuses; elles datent de ia5o .à 1270, au dire de quelquesérudi tsqui parvinrent à déchiffrer les millésimes, les noms obscurades imagistes de ces temps, et ont pour sujets sacrés ou emblématiques ceux que généralement on traitait alors ; cependant, quoique paraissant, à plusieurs de leurs caractères, appartenir à l’école byzantine, elles sont moins raides, moins symétriques, moins anguleuses que les œuvres des peintres et des mosaïstes grecs, et l’on voit que les artistes parmesans commençaient à répudier les poncis traditionnels de ces étrangers. Leurs ouvrages ont quelque chose de plus original dans les costumes, les ornements et même la composition ; ils prouvent surtout une grande habileté dans l’application des dorures et l’emploi des cou-
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leurs , qui, depuis cinq siècles, conservent une étonnante vivacité et confirment ce que nous avons fait remarquer plusieurs fois, savoir que la chimie expérimentale était déjà fort avancée. Sur les murs perpendiculaires, ces fresques furent placées au hasard pour remplir les espaces vides, et il en résulte une véritable confusion ; mais à la coupole elles occupent régulièrement trois rangs parallèles. Lesfiguresdel’inférieur, espèce de frise, paraissent un peu plus petites que nature , du moins à les considérer d’en bas. Par contre, celles des deux rangs supérieurs sont gigantesques et seules, chacune entre les arêtes allant chercher la rose du dôme. Debout, vêtues d’habits sacerdotaux et représentant des saints, elles ont la tête environnée de nimbes dorés; plusieurs proviennent , dif-on, du pinceau d’Antelami, l’architecte du monument et qui fut aussi sculpteur ; car à la renaissance, les mêmes hommes, entièrement dévoués à l'art, en cultivaient toutes les branches. Parmi ces vieilles peintures, il s’en trouve cependant quelques-unes de plus modernes, et l’on doit citer le Baptême du Christ, parFilippo Mazzuola, père du célèbre Parraigiano; une autre fresque de Michèle, membreaussi de cette famille, si féconde en peintres habiles, et la Mort de santo Ottavio, par Giovanni Lanfranco. Oserons-nous le dire? ces tableaux, d’un mérite bien supérieur , nous ont paru faire
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disparate avec leurs prédécesseurs, et nous aurions préféré que ce vieux Baptistère fût resté, en tout et par tout, un pur et complet spécimen du treizième siècle.
Tels sont ces deux édifices, sur lesquels on vient de donner, peut-être, de trop longs détails; mais on peut affirmer qu’il n’en est point en Italie qui méritent une plus sérieuse exploration , et cependant ils ont été , jusqu’à présent , bien peu décrits parles voyageurs; ils font naître aussi une foule de réflexions et un véritable étonnement lorsqu’on les contemple. Comment , se demande-t-on , une si petite république, car alors Plaisance et Guastalla ne dépendaient point du Parmesan, et furent même souvent ses adversaires, put-elle élever de si vastes constructions et avec un luxe de matériaux qui dépasserait de beaucoup aujourd'hui les ressources financières d'un Etat plus étendu ? La solution de ce problème se trouve dans la religion, dans l'ardeur de la foi animant les générations de cet âge; elles procuraient une foule de ressources, de dons particuliers, de legs pieux, de corvées volontaires, et soulageaient ainsi le trésor public.
Pour ne rien omettre dans la description que nous avons entreprise, faisons mention, en la terminant, de la maison de Petrarca, qui séjourna longtemps à Parme et y obtint des dignités ecclésiastiques et des revenus considérables que, de son
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propre aveu, il ne méritait guère (i), s’occupant plus de littérature et de poésie que d’assister aux offices de la cathédrale. Les guides vous conduiront certainement vers cette maison ; mais ils ne peuvent en montrer que l’emplacement, une plus moderne, celle de la famille Bergonzi, ayant été substituée à l’ancienne.
(t) Petrarca se plaisait beaucoup à Parme et y travaillait avec ardeur, ainsi que le disent plusieurs de ses épîtres, à son poème latin De AfricA, maintenant oublié, et sur lequel il fondait tant de vaines espérances, tandis qu’il accordait bien moins d’affection à ses canzone, qui seules l’ont immortalisé. Il désirait môme avoir sa sépulture dans la cathédrale, comme le prouve cet humble vœu de son testament : Al ti Parmœ moriar, pont volo in ecclesiA majori ubi multos annos archidiaconus inulilis fui; c’est-à dire : « Si je meurs à Parme, je veux être inhumé dans l’église majeure, où je fus, pendant un grand nombre d’années, un archidiacre inutile. »
DUCHÉ DE MODÈNÉ.
L'espace parcouru de Parme aux limites orientales du duché ressemble à celui qui sépare Plaisance de la capitale, et bientôt on arrive au torrent de l’Enza, formant la ligne de démarcation du Parmesan et du Modénais; cet affluent du Pô est traversé par un ancien pont, précédé et suivi d’une longue chaussée , car probablement il inonde les champs lors de ses débordements, auxquels la dépression des rives offre peu d’obstacles. Bientôt après on franchit encore un second cours d’eau également torrentueux, le Crostolo , moins considérable, plus encaissé et par conséquent moins destructeur. Les routes sont magnifiques, parfaitement entretenues, et partout des ir-
ROUTE DE PARME A REGGIO. 5ll
rigations répandent l’abondance dans la campagne ; mais, comme nous en avons longuement parlé au chapitre de l’agriculture parmesane , et que le système d’arrosement du Modénais est le même, nous ne reviendrons pas sur cet élément de fertilité, si apprécié et si bien utilisé dans toute la Lombardie.
La plaine continue que l’on parcourt est entièrement horizontale, et son terrain profond, riche en humus, provient évidemment d’antiques alluvions, soit marécageuses, soit primitifs dépôts de l’Adriatique, couvrant jadis cette contrée, à peine encore aujourd’hui au-dessus de son niveau ; cette horizontalité est telle, que les arbres répandus dans la campagne, et d’une médiocre élévation , puisqu’ils servent de tuteurs à la vigne, ne permettent d’étendre la vue qu’à bien peu de distance. Les fermes et les maisons de Plaisance sont nombreuses sur toute la longueur du chemin et annoncent que le pays est très-peuplé relativement à sa superficie. La culture ressemble à celle du Parmesan; mais, quoique bonne et fructueuse, elle est moins parfaite peut-être ; noOs exprimons ce doute, car il y a rivalité, à ce sujet, entre les deux pays, et l’on ne doit juger en faveur de l’un ou de l’autre qu’après un sérieux examen, auqüel nous n’aVons pu nous livrer. Les graminées, les prairies naturelles, les lupins semés en octobre composent
5l2 reggio kt route jusqu’à modène.
le fonds de cette culture qu’ombragent des pampres et des mûriers. On voit peu de fourrages artificiels, peu de pommes de terre et point de racines; on prétend que le sol ne leur est pas favorable; mais il convient éminemment au nourricier des vers à soie, que partout on multiplie en l’élevant à haute tige ou sous forme de haies séparant leshéritages. L’exemple de Parineest suivi, et nous avons dit, au chapitre de l’agriculture de ce pays, quelle nouvelle mesure, prise par son gouvernement, y avait excité leur propagation.
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