‹ Voyage dans l'Italie méridionaleChapitre 75 sur 80 · SANTO-AGOSTINO ET MUSEE D’ANTIQUITES · texte numérisé non relu

SANTO-AGOSTINO ET MUSEE D’ANTIQUITES

Santo-Agostino est à son intérieur de la plus mauvaise architecture du dix-septième siècle, et, en fait de peinture, n’a de remarquable que la fresque de Franceschini, placée au milieu d’un riche plafond pareil à ceux des églises romaines. Mais on retrouve là encore une plastique de Bigarelli, composée de huit statues, et peut-être son chef-d’œuvre. Elle représente aussi unedéposition; mais le Christ est descendu de la croix. Le groupe de Saint Jean, de Joseph d’Arimathie et de Marie tenant son fils mort sur ses genoux, brille d’une admirable expression ; il est impossible de voir sur les traits d’une mère une plus noble et plus profonde douleur. Ce magnifique ouvrage se rapproche de l’antique, et l’on en jouit parfaitement, car il reçoit en plein le jour d’une fenêtre, avantage manquant à ceux que nous avons précédemment décrits, et qui sont presque dans l’obscurité. Santo-Agostino renferme les sépulcres de deux littérateurs célèbres, Sigonio (i) et Muratori. Le

(1) Sigonio ou Sigoriius, scion l’usage des littérateurs du seizième siècle de latiniser leurs noms, mourut en 158* à Modène, sa patrie. Il fut une des lumières littéraires de l'Italie, à cette époque, et s’adonna surtout à l’histoire. Ses principaux ouvrages sont : De Republica Htbrœorum; De Republiai Alh enieniium;

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tombeau du premier lui a été érigé après un long oubli par le gouverneur actuel de Modène, descendant de Camillo Coccapani, habile professeur de belles-lettres, contemporain et ami de Sigonio. Quant à la tombe de Muratori, elle est modestement indiquée dans le passage de la petite porte latérale, par une simple table de marbre portant une inscription. Est-ce assez reconnaître ses immenses et glorieux travaux?

A côté de Santo-Agostino, sur la place à laquelle cette église donne son nom, et dans le vaste bâtiment delle opéré pie (œuvres de charité), on a converti le portique de la première cour en musée, où l’on conserve des tombeaux antiques et des inscriptions que des fouilles ont fait découvrir. Plusieurs sont d’une conservation parfaite ; mais sous le rapport de l’art, soit comme sculpture, soit comme forme des lettres, elles paraissent appartenir au temps de la décadence. On y a joint aussi des inscriptions, des monuments célèbres et des bas-reliefs du moyen-âge, également bien conservés; car ils proviennent d’anciens couvents

Uittoria de Occidentis imperio ; De Regno Italiœ, depuis 679 jusqu’en 1300, œuvre pleine d’exactes et curieuses recherches, et durit les historieus modernes ont beaucoup profité en se dispensant quelquefois de la citer; Hitloria Ecdeeiaelica, imprimée à Milan, en 1774, et remplie d’érudition. Muratori a honoré ce savant d’une longue notice biographique.

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et n’ont point éprouvé les injures de l’air ou l’humidilé du sol. Parmi ces tombes chrétiennes, il en est qui sont d’époques assez récentes, telles que les quinzième et seizième siècles, et l’une d’elles appartenait à une famille encore existante qui ne l’a point réclamée.

Isolés entre quatre rues, les immenses bâtiments de l’université et du collège des nobles sont contigus, et comme nous nous sommes déjà occupé de ces institutions au chapitre de l’instruction publique, nous ne parlerons ici que de la façade du second, s’étendant sur la Slrada maggiore (ancienne voie Emilienne). Elle est ornée d’un portique de trente-deux colonnes doriques monolithes en marbre rouge de Vérone, laissant un large passage entre elles et le mur de fond, où l’on voit des boutiques égales en nombre aux entrecolonnements. En octobre i845, on commençait à leur faire, entièrement aux frais du collège, des devantures à montants et à cintres, en marbre blanc de Carrare, et à doter ce quartier d’une riche décoration. Partout, en Europe, le goût de l’élégance et du bien-être fait de notables et de rapides progrès.

Le dépôt des grains ou grenier d’abondance est un vaste bâtiment édifié en i825 et administré aux frais et au bénéfice du souverain ; du moins, en ï845, les achats se faisaient par sa cassette parti»

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eulière, et les ventes à son profit. Quand le prix des céréales monte trop, en temps de disette ou par crainte d’une mauvaise récolte, les établissements de ce genre peuvent être de quelque utilité, surtout dans un petit pays où le nombre des consommateurs est borné ; mais en général ils sont plus nuisibles que profitables aux populations; car souvent iis finissent par livrer au public des grains qu’un trop long séjour en magasin a gâtés, et qu’il faut bien écouler à bas prix, lorsque des années fertiles se succèdent ; ou bien si des remplacements réguliers obligent à des ventes annuelles, c’est une concurrence impolitique faite à l’agriculture. Aussi dans nos grandes villes françaises a-t-on renoncé à ces accaparements de précaution, et, sans inconvénients, on s’en rapporte au commerce des céréales.

Modène possède deux théâtres, l’un dépendant du palais ducal et appelé théâtre de la cour, et l’autre communal, parce qu’il appartient à la ville. Le premier est petit , d’une extrême simplicité et peint seulement en grisaille; en attendant que eelui bâti par la commune put recevoir le public, on y jouait l’opéra. Selon l’usage, si incommode pour les personnes assises aux derniers rangs , on s’y tenait le chapeau sur la tête quand les princes n’assistaient pas au spectacle. Le théâtre de la commune, qu’il était permis de visiter et qui devait

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être inauguré dans un terme très-rapproehé , est magnifique et serait digne d'une grande capitale. Avant de procéder à sa construction, M. Vandelii visita les monuments scéniques les plus renommés de l'Italie, et, comme Zeuxis, prenant à ses modèles, pour composer une figure parfaite, ce que chacun lui offrait de plus beau, l'architecte empruntait à ces édifices ce qu’ils pouvaient présenter de remarquable. L’auteur de ce Voyage peut donc affirmer que la forme de cette salle lui a paru irréprochable ; mais pour ce qui concerne l'acoustique, il n'aurait pu en juger qu’après avoir entendu l'orchestre et les acteurs ; car on sait que la transmission des sons déroute souvent tous les calculs. L’intérieur est vaste, d’une élégante ornementation et peut contenir 2,3oo spectateurs. Il a 28 loges à chaque étage. On y entre par un vestibule elliptique, décoré de stucs imitant des marbres de couleur, et la façade, grande, noble, ayant en avant-corps un balcon porté par quatre colonnes doriques et en retrait un nombre égal d'ioniques, répond à la magnificence du dedans. Au parterre, on a dérogé à un usage presque général dans la Péninsule, et supprimé le couloir du milieu qui divise les banquettes en deux parts; celui régnant au pourtour est seul conservé.

Près du canal, on voit le jardin appelé des princes, mais dans lequel on entre assez facilement. Il

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est divisé en deux parties ; l’une, dessinée à l’ancienne mode française, a des allées droites et parallèles ornées de fleurs de toutes les saisons; l’autre, repoussant cette symétrique régularité, adopte le tracé anglais ; au milieu de ses bosquets, un petit lac, au contour ondulé, et où des saules pleureurs trempent leurs rameaux, permet à des cygnes d’y naviguer majestueusement.

Séparé de ce jardin par un simple mur, celui de botanique offre plus d’intérêt. Il possède une belle collection de végétaux exotiques et deux serres, l’une chaude, l’autre tempérée. En i845 , on en construisait une troisième, de moindres dimensions, qui devait être chauffée à la vapeur. Ainsi l’on voit que l’Italie ne repousse pas les perfectionnements qu’indique la science.

L’Académie des beaux-arts est extérieurement et à son intérieur un bel édifice, bien qu’architectoniquemenl il ne soit pas irréprochable; mais il a du grandiose , caractère qui s’attache presque toujours aux monuments italiens. Au rez-dechaussée, règne un portique à sept arcades que séparent de larges pieds-droits à refends , empruntés au style florentin. Au premier étage, quatorze fenêtres sont chacune accotée de deux pilastres doriques ; au-dessus du second, plus simple d’ornementation, s’élève un fronton qu’un atlique rejoint des deux côtés à moitié de sa hauteur. In-

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térieurement, plusieurs salles, destinées aux études des élèves, renferment tous les modèles qui leur sont nécessaires. La première, où l’on apprend l’art de la gravure, soit au burin, soit à l’eau forte, et même celui de la lithographie, est ornée des plus beaux ouvrages des célèbres graveurs, et ceux des Français y tiennent une place considérable ; dans la seconde, on dessine d’après nature ; à la troisième et à la quatrième, travaillent les architectes et les ornementistes, et une galerie contient, en plâtre moulé, tous les chefs-d’œuvre statuaires que nous a légués l’antiquité ; on y distingue surtout la Niobé entourée de ses douze enfants, collection que l’on voit rarement complète dans les écoles de dessin. De même que l’on conserve à Rome, à l’Académie de Saint-Luc, le crâne de Raphaël, on garde sous verre, dans celle de Modène, celui du Correggio, couronné d’une branche de laurier en or; tardif honneur que pour l’artiste il eût mieux valu recevoir de son vivant , bien qu’il n’ait pas été autant dédaigné de ses contemporains que l’ont prétendu plusieurs biographes , et comme nous avons tâché de le prouver au chapitre consacré à l’école parmesane.

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