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Tandis que nous nous occupions ainsi du règne végétal , le règne minéral nous rappela tout-à-coup son existence par un violent fracas. 2"^l<ï^^s blocs de rocher tombés des montagnes au haut du glacier roulèrent sur sa pente de notre côté, comme s'ils eussent été lancés par des mains invisibles pour nous en disputer l'abord. Le glacier s'élève brusquement à une très-grande hauteur , sur une largeur d'environ un quart de lieue , par un talus très-escarpé , mais tellement couvert de sable et de pierres roulées que l'on ne peut appercevoîr la glace qu'à quelques places plus inclinées. On en voit sortir TAar en plusieurs bras qui changent sans cesse de lit , et c'est ici que pour la première fois cette rivière montre un courant visible , tandis qu'au glacier du Finsteraar , elle roule toujours sous la glace et ne paraît point au jour. Comme c'est dans les profondeurs de ce dernier qu'elle prend proprement son origine, on peut lui appliquer ce que Lucain a chanté au sujet du Nil :
Arcanum natura caput non prodidit ulll Amovitque sinus et gentes maluit ortus Mirari quant nosse tuos
Au-delà du glacier, nous vîmes le Zinkenberg^ fameux par la riche voûte de crystal située à sa basé au nord-est, qui a encore été visitée , il n'y a pas long-tems , par MM. Wyttenbach et Storr. Un petit ruisseau tombe devant sa bouche , élevée seulement de quelques pieds , et un autre sort de la caverne même. Il faut se baisser pour y entrer; mais après avoir fait quelques pas dans cette attitude, on se trouvé
dans un espace large de quelques-toises , de la hauteur d'un homme , qui se prolonge à 120 pas dans le roc. De tous côtés , on voit sur ses lambris des épaisses veines de quartz que Ton appelle des veines de ciystal. Au milieu de la grotte gisait en effet cet incomparable trésor de crystaux que Ton découvrit en 1720, après avoir long-tems creusé envain pour le trouver. Il y en avait qui pesaient 8 , 5 et 4 quintaux. On estima à 1000 quintaux le poids- de tous ceux qu'on en retira, et leur valeur à 30,000 florins. Jamais on n'avait exploité en Suisse une nûne aussi abondante de cette espèce de fossiles.
Après avoir pris quelques instans de repos, nous nous mîmes en route pour monter sur le glacier même. Nous y arrivâmes du côté du Berrenlamm , sur Taffreux chaos de pierres qui couvre son extrémité. Il est un peu relevé vers le milieu et s'abaisse au sud contre le Zinkenberg et au nord contre le Brummberg dont nous suivîmes le pied pour nous en approcher. Aucun sentier ne se présente sur cette masse de débris confusément entassés , qui parait avoir été amenée là des régions les plus reculées du glacier. Au midi, elle a une teinte de couleur de rouille et elle est en grande partie composée de rochers qui tiennent de la nature du gneiss mêlé de hornblende et de mica , dont la décomposition lui donne cette nuance.
A l'orient et au nord , on voit des pierres en grande partie grises qui ne se décomposent pas , parmi lesquelles se trouve beaucoup de véritable granit. On
remarque déjà de lain cette bigarrure qui donne au glacier l'apparence d'être couvert par deux tapis différêns. ly ailleurs on rencontre aussi dans ces débris outre ces espèces de roches plus nombreuses , du schorl vert , du feldspath crystallisé avec de la chlorite et du mobybdène sur du quartz.
Si l'on ne perd pas courage en gravissant ce coteau de glace obstrué par tant de décombres , on en est bientôt récompensé en arrivant sur la partie platte du glacier qui s'étend avec une déclivité presque insensible sur une espace de plusieurs lieues jusqu'aux plus hautes crêtes de cette chaîne de montagnes couvertes de^ieiges éternelles.
On est surpris à l'aspect de cette- plaine , ïors* qu'on n'a vu encore que les glaciers hérissés de pointes et dentelés du Grindelwald on des sources du Rhône; mais on y trouve la preuve évidente que Tinclinaisan du sol sur lequel les glaces glissent dans les vallées est la seule cause des fentes , des angles 9 des pyramides qui donnent à ces derniers une forme aussi singulière. Cependant les masses de glace non crevassées avancent aussi , et des documens écrits attestent, dit-on, que la vallée, occupée maintenant par le glacier du Vorderaar, était jadis couverte de fertiles pâturages.
Trois phénomènes dîiTérens et frappans que l'on * ne remarque pas sur les glaciers fortement inclinés, attirent ici l'attention du voyageur, lorsqu'il est parvenu au haut de la parois de glace. Dès que la
quantité de débris diminue sur la surface » on voit beaucoup de pierres isolées qui reposent en équilibre sur des bases de glace de fornîe ronde , hautes d'un pied et plus , et qui ne ressemblent pas mal à des tables ou à des escabelles préparées pour les gnomes ou pour les esprits invisibles de la montagne. On a vu de ces blocs de rocher , longs et larges de 18 à 20 pieds et^d'une épaisseur proportionnée , surmonter des pyramides de glace de la hauteur d'un homme. On en a même observé un sur les glaciers du Montblanc qui avait 49 pieds en lopg et en large*
Il n'est pas difficile 9 avec un peu de réflexion y d'expliquer cette particulaiîté. % Le glacier remplit une gorge assez vaste dans laquelle les rayons du soleil se concentrent et agissent du matin au soir. Leur chaleur est en pai'tie absorbée et en partie ré* fractée de diverses manières par ces blocs. Elle fond, peu à peu la glace sur laquelle ils reposent et même celle qui les environne de plus près et qui ne les touche pas. Mais cette chaleur ne peut cependant pas pénétrer jusqu'au centre de gravitation qui porte la grande masse de pierre , et par conséquent elie ne fond pas la glace qui s'y trouve , de sorte que celle-ci se maintient assez long-tems^ comme \m pilier.
La seconde particularité que Ton observe sur ce glacier ce sont ces nombreux puits plus ou moins grands , creusés verticalement à plus ou moins de profondeur dans Tintérieur du glacier et en partie remplis d'une eau parfaitement limpide* La cause
de ce phénomène se présente souvent assez évident* ment d'elle-même. Ce sont des pierres d'une dimension peu étendue , qui , ayant plus de densité et une couleur plus foncée que la glace , sont plus vîte réchaufiées de part en part par les rayons du soleil, de sorte qu'elles fondent la glace qui les porte et s'enfoncent en avant dans intérieur. (*)
Nous trouvâmes à quelques-uns de ces trous en les sondant avec nos bâtons ,5 à 6 pieds de profondeur , et d'autres paraissaient en avoir davantage. On dit qu'il y en a au Montanvert et dans les autres glaciers de Chamouni dont on n'a pu trouver le fond. Leur diamètre varie d'un pouce à un pied et plus. Rumford , dans sts Mémoires Vol. IV , observe que l'eau dont ces puits sont incessamment remplis doit avoÛL* la température du point de congélation j puisqu'elle est entourée de glace de toutes parts. Cependant leur enfoncement augmente pendant tout l'été , sans que leurs parois se fondent , ni que leur circonférence s'élargisse. Les vents chauds qui , dans cette saison , passent sur la surface de ces masses d'eau , doivent nécessairement communiquera celles de leurs particules qui se trouvent à la superficie quelque peu de chaleur , ce qui leiu: donne plus de pesanteur spécifique et les fait aller lentement à fond , où la chaleur qu'elles ont acquise agit à son tour sur la glace qu'elles touchent et la dissout. C'est ce qui augmente leur profondeur en sens vertical. Nous nous amu«sâmes j ainsi que le font presque tous les voyageurs,
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C) Voyez Saussure , etc. §• 630.
à pousser avec force nos bâtons de montagne dans ces trous et à les voir remonter avec rapidité à la surface.
Un troisième phénomène qui nous occupa sur ce glacier , ce sont les nombreux cônes de glace que nous appercevions. La plupart n'avaient guères plus de hauteur qu'une taupinière ; mais quelques - uns avaient jusqu'à 6 ou 8 pieds de haut. 11 paraît d'abord a$sez facile de s'expliquer l'origine de ces cônes ^ an admettant que plusieurs des pierres posées sur des piliers de glace , dont nous avons parlé plus haut, perdent l'équilibre et tombent , lorsque leur base se fond et que ces bases sur lesquelles agissent et les vents et la température prennent bientôt une forme régulière et .pyramidale. Mais ces petits obélisques sont revêtus d'une croûte épaisse de sable grossier, humide et congelé , qui donne même à quelques-uns l'aspect de monceaux de terre , et il est difficile d'expliquer d'où provient ce sable. Le vent ne peut pas l'apporter aussi régulièrement, ni en assez grande quantité et devrait d'ailleurs en couvrir également les colonnes de glace surmontées d'une pierre , qui cependant en sont dépourvues. On ne trouve pas non plus à côté de toutes ces pyramides enduites de sable des pieiTCS qui pourraient en être, tombées.
On a donc conçu et déduit l'idée que ces cônes se forment par les alluvions de pierres et de dépôts des nombreux courans d'eau qui coulent sur la sur* face des glaciers. Ces amas remplissent d'abord un enfoncement, puis s'élèvent bientôt au dessus de la
superficie , et la glace qu'ils recouvrent n'est pins autant exposée à se fondre ; mais elle se dissout tout autour. Les courans en enlèvent incessamment des particules et déposent des nouveaux grains de sable au pied du monceau déjà existant , qui devient toujours plus haut, tandis que l'évaporation , la pluie, la chaleur de Tair rendent son sommet plus aigu et son fut plus aiTondi. (*)
Il 7 aurait trop de présomption de ma part , si je voulais affirmer positivement la solidité de ces explications ou combattre celle qu'on pourrait donner de ces phénomènes , n'ayant été moi-même qu'une seule fois et pendant très-peu de tems sur les glaciers de TAar. Mais il est impossible , à moins qu'on ne 3oit tout- à -fait privé de la faculté de réfléchir, de contempler ces singularités sans chercher au moins à en supposer les causes.
Nous nous y livrâmes tout en admirant la superbe teinte bleue de la glace, qui brillait de tous côtés à nos pieds entre les pierres et le gravier. Cette ^ couleur azurée était surtout parfaitement pure au fond des innombrables ruisseaux coulant sur la surface dans des petits canaux , quelquefois larges d'un pied
(*) Olafsen, dans la description de son voyage en Islande^ parle de semblables pyramides et en donne l'explication suivante : „ Des parties de neige amoncclëes pendant „ l'hiver sur les glaciers se congèlent avec les pierres „ et le sable qui les couvrent pendant les nuits froides „ du printéms et la croûte de sable qui s'y forme les „ empêche de fondre davantage. "
et profonds de deux , qui se jettent bientôt dans qucl^ que crevasse ou se perdent sous les amas de débriç à rextrémité du glacier. Souvent nous appercevioo^ dans ces courans des petits feuillets de glace , sem^ blables à des rayons de miel rompus qui se brisaient avec fracas sous les pointes ferrées de nos bâtons.
La glace nous parut en général composée de grains , mais déchirée par les pluies et par le sable que les vents y apportent, de sorte qu'elle n'était point glissante et qu'on pouvait partout y marcher de pied ferme sans avoir besoin de crampons aux souliers , d'autant plus que la surface plane ou au moins presque imperceptiblement inclinée du glacier facilite beaucoup la marche. Nous n'aurions pas pu avancer aussi vite sur une pente plus escarpée-
Après avoir fait une demi-lieue de chemin , on ne voit presque plus de sable , ni de pierres , ni de puits, ni de pyramides,, ni de piliers au milieu du glacier. Tous les débris se réunissent en deux grandes moraines ou Guferlignes qui courent dans une direcrtion parallèle et qui sont quelquefois très - élevées. La glace se montre toujours plus pure et plus corn?pacte jusqu'à l'endroit où elle est recouverte par une couche de neige à moitié gelée , sur laquelle des rayes d'un blanc plus clair indiquent les crevs^ses qu'elle comTC et qu'il faut franchir en faisant un saut. Cependant le peu de déclivité de la masse ne permet pas qu'il s'y forme de ces larges fentes qui sur des glaciers plus inclinés arrêtant souvent les voyageurs ou les forcent à de longs et pénibles détours.
Les montagnes des deux catés devenaient toujours plus sauvages et plus nues , à mesure que nous avancions. A droite , on appercevait cependant sur leurs flancs quelques coteaux verdoyans. C^étaient autrefois des pâturages pour les bêtes à cornes 9 et ils en portent encore le nom ( Kuhtrift ) ; mais à présent on ne peut plus y conduire que des brebis. On montre encore la place où étaient jadis deux chalets habités par des heureux pâtres.
A gauche , sur les parois de rochers du Grwnenberg et de VErzèerglein^ prolongations du Zinkenberg , se présentaient dans tous les enfoncemens de vastes champs de neige , tenant toute la hauteur de la montagne jusqu^'au bord du glacier. De tems en tems il s'en détachait des masses de neige ou de glace qui tombaient avec un fracas prolongé , mais elles n'étaient point menaçantes poui* les voyageurs. Nous vîmes deux chamois traverser rapidement un de ces champs de neige, et bientôt après 4 autres y gravir lentement. Ils se cachèrent derrière un rocher saillant , et nos cris ne purent leur faire prendre la fuite. Si , sur ces côtes arides , il croit encore quelque peu d'herbe , on peut néanmoins lem* appliquer ce vers d'Ovide :
UUerius nihil est, nUi non habitabile frigus.
Bientôt nous apperçûmes à côté du Thierberg j autre projection du Zinkenberg au midi , un nouveau domaine de glaciers , celui du terrible JFinsteraarhom, la 'plus haute des sonunités de TOberland, auquel
les mesures de Tralles donnent 13,234 pieds d'élévation. Ce colosse arrondi est trop escarpé pour que Ton puisse le gravir de ce côté. Cependant Arnold Abbiihl^ ce valet de Thospice du Grimsel,dont il a été fait mention, et .deux Vallaisans qui accompagnaient M. Rodolphe Meyer , Tout escaladé. Ils y parvinrent avec une peine inexprimable du côté de rOberaarhorn (aiguille d'Oberaar). Mais l'abord en est infiniinent plus facile à Focçident par les pics de Viesch.
„ La sommité la plus élevée du Fînsteraarhorn j est-il dit dans la description du voyage de M. Meyer (Reise auf die Eisgebirge des Cantons Bem, im Sommer 1812. Arau 1813. p. 16, etc.) ^ est tranchante comme la croupe d 'une montagne et couverte d une couche de glace épaisse de plusieurs toises. Aucun des pics environnans ne paraît plus élevé; on voit depuis-là toutes les autres sommités. Les montagnes de la Suisse , les pâturages , les vallées , les collines se présentaient comme une plaine sombre. On distinguait seulement le lac de Thun qui brillait aux rayons du soleil. ''
J'ai parlé moi-même à Berne à Arnold Abbiihl de ce voyage , et il m'a détaillé sans exagération les dangers de cette entreprise.
Nous passâmes auprès du T^ch (Table) , puissant roc de granit qui perce au-dessus de la glace. Non loin de là , nous atteignîmes une espèce d'île au milieu des glaciers , où des débris de rochers forment
\ine colline isolée. La douce chaleur* qui y régnait invitait à s'y reposer. On croit voir les ruines d'un rocher écroulé sur lui-même , qui jadis s'élevait au milieu de cette surface glacée.
Enfin , nous fîmes halte à \ Ahschwung (talus) où la vallée latérale qui court du côté du Finsteraarhorn s'ouvre tout-à-fait et d'où Ton peut atteindre, en une heure de chemin , le pied de cette montagne, en suivant le glacier du Finsteraar. Une moraine le sépare de celui du Lauteraar. A droite de l'Abschwung on voit le Lauteraarhorn (aiguille de Lauteraar) se prolongeant par une arête dentelée vers le Schreckhorn. Les habitans du Grimsel distinguent le premier par ce nom particulier , tandis que ceux du Grindelwald le comprennent sous la dénomination du dernier. Un air froid perçant et sépulchral partait de-ces rochers, même à Tapproche d'un orage. Tout vestige de vie disparai^ dans ces déserts. On entend TAar mugir sourdement au fond du glacier, peut-être à cent pieds de profondeur. Une hypothèse des campagnards de la contrée mérite d'être prise en considération» Ils prétendent que quelquefois ces eaux s'arrêtent, se gèlent à quelques endroits, puis se frayent de nouveau un chemin , s'enflent et exercent une pression verticale contre la voûte de glace qui les couvre. Ces effets fendent le glacier et le poussent en avant. En été 1816 , il avança remarquablement dans la vallée de l'Aar , et cependant la base sur laquelle il repose est trop plane pour que son propre poids eût pu l'entraîner.
Nous regardâmes encore autour de nous avec une sorte de rtiélancolie pour prendre congé de ce spectacle qui , de même que les cieux , malgré leur teinte monotone et uniforme, a cependant un caractère de sublimité. Une neige molle et brillante rayonnait de toutes parts , et lorsque les yeux , fatigués de son éclat , se portaient sur les surfaces grisâtres des moraines et des rochers , celles-ci paraissaient pendant quelques secondes couleur de pourpre.
Le vent aigre , la réfraction des rayons solaires nous occasionaient des démangeaisons douloureuses au visage ; nous étions hâlés comme si nous avions traversé les déserts sablonneux de l'Arabie. Nous n'aurions pu rester plus long-tems sur la glace sans mettre notre vue en danger. Nous n'avions pas cru nécessaire de nous pourvoir de voiles verts ou noirs. La clarté trop vive du soleil écorche la peau et peut produire des érésipèles et des humeurs douloureures qui dégénèrent en ampoules. On prescrit , pour guérir ces incommodités , de se laver avec de Talcali volatil mêlé d'un peu d'eau.(*) L'économe du Grimsel recommande un autre remède assez singulier que lui a indiqué un Vallaisan. Lui-même en a éprouvé les bons effets après un aveuglement complet qui avait duré trois jours , qui lui avait noirci le blanc de§ yeux et qu'il s'était attiré dans une excursion imprudente aux glaciers. Ce remède consiste à appliquer sur la nuque une pierre froide et humide au moment où
(*) Voyez Saussure Toy. Vol. lî p. 583 et Besson Observations sur quelques montagnes suisses p. XXIX.
on la sort d'un ruisseau et de la remplacer par une pareille tout aussi fraîche dès qu'elle s'est réchaujfTée : Finflammation disparut en peu de tems , sans qu'il employât d'autres remèdes.
Nous ne fumes point tentés d'entrer dans la JCaiie JFTerber^ ( auberge froide ) , caverne située au nord de TAbschwung sous un rocher nud , ou quelques fois des chasseurs de chamois et des voyageurs pas* sent la nuit. Il est probable que les premiers y laissent 9 suivant leur coutume , quelques instrumens propres à allumer du feu. On arrache dans les alentours un peu de l'herbe chétive qui. croît encore parci par-là sur la pente de la montagne, tournée au inidi. On trouve ordinairemeijt du foin sur le sol de la grotte sur lequel d'autres ont déjà couché. Elle peut contenir S à 7 personnes. On en ferme l'entrée avec des pierres pour que le froid n'y pénètre pas autant. Dans ces régions , l'eau gèle toutes les nuits, même au plus fort de l'été. Le jour suivant , on peut essayer , en continuant le voyage , de franchir l'arête qui conduit au glacier de Gauli , ou de gravir la crête , dont le revers descend au glacier supérîeui? du Grindelwald.
Nous reprîmes la route de l'hospice , avec d'autant plus d'empressement, qu'un orage menaçant s'approchait. Des nuages gigantesques s'entassaient et paraissaient lutter puissamment contre l'attraction des nombreuses sommités et des cols de montagne. On voyait de tems en tems une colonne de nuées partir ; comme un dragon ailé, des flancs du Fin-
sterâârhorn et fondre sur quelque autre cime, rappelant le tableau tracé par KIopstock en ces mots : n L'obscurité et les nuages en découlent sans cesse ^ „ pareils à une mer qui s'abaisse'. *'
Notre retour n'était pas cependant tout-à-fait ime fuite. Au contraire , nous cherchions à imprimer dans notre imagination chaque trait de ce spectacle sublime. Mais il me serait impossible de rendre avec des paroles ce que nous admirions , ce que nous éprouvions. Je me borne à répéter ici l'exclamation de Saussure.
„ Comment faire passer dans famé du lecteur y cette impression mêlée d'admiration et de terreur 7^ qu'inspirent ces immenses amas de glace entourés ^ et surmontés de ces rochers pyramidaux plus im- „ menses encore; le contraste de la blancheur des jj neiges avec la couleur obscure des rochers mouiljj lés par les eaux que ces neiges distillent y la pureté ,„ de Tair , l'éclat de la lumière du soleil qui donne j, à tous ces objets une netteté et une vivacité ex- .„ traordinaires ; le profond et le majestueux silence ,; qui règne dans ces solitudes , silence qm n'est trou- „ blé que , de loin en loin y ^r le fracas de quelque yj grand rocher.de granit ou de glace qui s'écroule yy du haut de quelque montagne , et la nudité même ,, de ces rochers élevés , où Ton ne découvre ni „ animaux, ni arbustes, ni verdure ? Et quand on „ se rappelle la belle végétation et les charmansimy- „ sages que Ton a vus les jours précédens dans les y) basses vallées , on est tenté de croire qu'on a été
yy subite-
i, subitement ttimpofté dans on autre monde , ou- ^ blië par la nature ou sur une -comète dans son „ aphélie. " (,*)
Ce ne fut pas sans difficulté que nous escaladâmes sur les débris mouvans la moraine qui borde l'e^ïtrémité du glacier pour atteindre de nouveau un «ol plus ferme. Il ne nous resta plus tm instant pour examiner avec attention les gufertignes et les blocs ■de pierre portés par des piliers de glace , ainra que nous l'aurions désiré. (*.*)
La pluie , accompagnée d'un violent ouragan , commençait à tomber avec force , lorsque nous quittâmes la région de la gelée étemelle et nous arrivâmes, percés jusqu'aux os , sous le toit de l'hospice.
Excursion au glacier du Rhône.
Ober- Liglare du vrage
• C) Toyage dans leg Alpes par H. B. de Saussure , jt ÎJ«achàtel 1803. Tom. III. p. 22.
C*) Nous aurions voulu , par exemple , pouvoir vérifier ■i U glace ne s'ausm^nte pas sous ces piètres, ainsi que Fatrin le croit possible et cherche à l'expliquer b l'article Glacier dduit le nouveau Dictionnaire tPhis* toire naturelle, Mai& il faudrait pour s'en assurer faire . des expériences «ai vies sur les glacier* mtme pendjint plusieurs été» eontécutifs, Tom. II. 24
pkis -ulale à la plupart des voyageurs qui parcoureiU ceS' contrées , je ne veux pas passer sous silence l'excursion que j'y ai faite et que je considère comme la plus intéressante de celles que l'on peut entreprendre depuis' l'hospice.
Noua 'partîmes le 1." Août 1815 à 7 heures du matîu. Un brouillard équivoque avait retardé notre d^art. Arnold Rehrii, l'un des valets de l'hospice^ portait nos provisions. Il est bon de prendre pour guides dans ces contrées des hommes qui les habitent. Nous suivîmes la grande route des bêtes da somme^ui conduit en Vî heure aiipoiot le plus élevié du passage , et de là , en '2% lieues , à Obergestelen', On peut se rendre en moins de teiliS par une routé latérale à - Oberwald , et l'on peut atteindre en 1 ou l'/i heures le glacier de Rhône par un sentier étroit et mal entretenu , en passant par la Meye.nwand. 11 est ficheùx. que les Vallaisans ne veuillent absolu- :r, sous prétexte de ne pas nuire s d'Obçrgestelen et d'Obenvaldi tous les Chevaux de somme qui imsel pour se rendre à la Furka ioivent absolument y passer, Mais la plupart des conducteurs peél^rent le chemin de la Meyenwand , qui abrège la traite, malgré' ia peine qu'il leWr en Èoute , ainsi qu'à leurs bêtes.
f Ëa.quitùnt l'hospice, ^n laisse les deux, petits jâcs-^aur lagauçh^eti'pnpi^udun chemin assçsjiien pavé qui. monte en plusieurs contours jue^'aujiaut de la montagne, entre le Sidelhorn, à droite,- et la
prolongation du Nagelisgrâtli, au sud-ouest. On fhutvt çhit, sans s'en apperc^voir, les limites entre le can* ton de Berne et le Vallais. Plusieurs bandes de neige inteiToiupent la route et l'on serait exposé à la perdre , si l'oD n'avait pas de guides. Les poteaux que l'on a plantés pour l'indiquer sont si rares , qu'il faut «ucore de l'expérience pour se diriger. (*)
Lorsque nous eûmes atteint le haut de la pente, abondamment parsemée de débris , nous eûmes beaucoup de plaisir à jeter un regard en arrière sur le fond grisâtre de la vallée de l'Aar et sur ses deux petits lacs. Le brouillard s'était dissipé et nous pouvions distinguer au haut du Nâgelisgrâtli un petit sapin * qu'on y avait apparemment enfoncé en terre comme un signal. Nous quittâmes la route frayée et nous prîmes à gauche, en marchant sur des flaques de neige et entre des blocs de pierre confusément épars. Dana un instant , nous fûmes de nouveau enveloppes par le brouillard que le vent avait ramené.
Nous traversâmes un champ d< 20 pieds d'épaisseur , qui , dans sa p avançait en voûte fragile sur le mil Seelein (petit lac des morts). On étang aussi le lac de Haïueck^ d'a[
(*) AmmicD Marceltin fait dëjft mention de pareiti poteaux , . dans sa description des Alpei Cottleones L. XV cap. 10. . ^ Locorum catlidi , eminentes Ugneos stilos par cautiora
iora defigunt, ut torum stries, viatorem dutat in, '
noxiumt
Aation de !a localité OU il est situé. On donne en général la qualification de mort à tous les lacs des Alpes qui n'ont pas une afflueiice et im écoulement visibles. Ici , Ton peut cependant reconnaître entre les pierres Técoulementdu petit lac de Hauseck dans le ruisseau du Meyenbach , qui se jette dans le Rhône , tandis qu'à un quart de lieue en arrière le ruisseau du Grimsel sort du lac du même nom pour se réunir avec l'Aar. Le premier va mêler ses ondes avec celles 4^ la mer Méditerranée et le second porte le tribut des siennes à la mer du Nord.
Après avoir fait une heure de chemin , nous arrivâmes à la Meyenwand , et M. le professeur Meisner ' observa le baromètre. H était à 16' 86" , tandis que , le thermomètre marquait 35^4 degrés.
Le brouillard se maintenait toujours; niais sa - mobilité nous faisait espérer qu^il ne durerait pas. En effet, après avoir descendu de quelques <ientaines de p^ , en quittant le deniier banc de neige , il avait disparu et nous pouvions Voir au-dessoxis de nous , à" une grande profondeur , les masses 'du placier du
- Éhône , tandis que nous foulions un sol gazonné et . émaillé dès plus belles fleurs des Alpes, que nous
- saluâmes avec des cris dé joie. \J artemùne sutfurea ,
- lé satyrium nigrum , la pédicularu rostrata, \ arnica . montana ^ \t% gentianœ acaules, purpureœ^ punc-
iatœ , étalaient en foule leurs bellels corolles aux ca- ' resses des papillons. Nous en cueillîmes de grands bouq\aets; nous donnâmes la chasse' à quelques insectes et nous effrayâmes quelques marmottés ^ ha*
bitant^ 8oIitaii*e5 de ces haoteurs; 'ï^eurs sifflemens se firent entendre de tous côtés et nous ex^giiinâmes avec curiosité rentrée de quelques-unes de leurs tannières.
Qu'il me soit permis de placer ici quelques observations sur ces animaux indigènes de nos Alpes. La confbrmation des marmottes est généralement connue. On les appelle dans le dialecte de l'Oberland Murmete ou MurmelL On lés trouve dans la région la plus élevée des Alpes bernoises sur des pentes éclairées par le soleil et tournées au midi ou à Torient près des neiges éternelles. C'est là qu'elles construis sent leurs demeures souterraines , sous des débris de rochers , où elles dorment pendant lihe grande partie de l'année , depuis les premières neiges de l'hiver jusqu'à leur fonte au printems 9 c'est-à-dire , depuis la fin de Septembre 9 soit à la St. Michel , jusqu'au commencement de Mai , soit à la St. George. Pendant Tété , les marmottes sont alertes ; elles sortent de leurs tannières , pâturent l'herbe , folâtrent ensemble , s'accouplent et bâtissent quelquefois de nouvelles habitations. Elles font l'office de baromètres pour lés habitans du pays. Lorsqu'on les voit sautiller en plain air 9 elles annoncent le beau tems; lorsqu'elles se cachent , on est menacé de pluie et de froidure. Elles usent toujours de beaucoup de circonspection, lorsqu'elles sortent de leurs trous pour se chauffer ou pour prendre leurs ébats aux rayons du soleil. A l'approche du moindre danger, elle fuyent en sifflant et' rentrait dans leurs demeures ou dans quelques retraites cachées qu'elles savent se ménager près
des endroits qu'elles fréquentent. Il faut que les chas- «^urs s'^t)prochent d'elles avec prudence, afin qu'elles ne les apperçoivent ni ne les entendent. 11 faut aussi que les coups de feu qu'on lâcha sur elles soi^it sûtis et mortels. Si elles ne sont que blessées , elles rentrent aussitôt dans leurs tannières et y attendent la mort. On a essayé depuis quelque tems de les prendre avec des trappes tendues à l'entrée de leurs retraites ; ce moyen a si bien réussi, qu'il a presque détruit la race de ces bons petits animaux dans quelques contrées 9 particulièrement dans le Grindelwald. QuëU quefois aussi on en a employé un autre plus barbare en les tirant de leurs retraites avec une espèce de taraud. Plus fréquemment on les déterre en hiver , lorsqu'on est assure qu'elles sont plongées dans leur sommeil léthargique. Au printems , elles s'^ifoncent plus en avant sous la terre à Tapproche de leurs ennemis. Afin de pouvoir rètronver leurs demeures sous la neige , on plante en automne des poteaux devant leurs issues. Elles savent si bien les fermer par une espèce de mur, que l'on pourrait difficilement les distinguer sur le terrain sans y faire quelque marqué. Les chasseurs prétendent pouvoir reconnaître , s'il y a des petits dans les tannières^ à là \ manière dont ces clôtures sont construites; lorsque
le mortier est mêlé de brins de foin, c'est un ^ignc qu'il recèle des jeunes marmottes; si non , on ne s'attend pas à en trc;uver. C'est peut-être un instinct particulier qui enseigne à ces animaux de préparer une première nourriture à leurs petits pour le printems, afin qu'en tirant avec les dents ces tuyaux d'herbes , ils puissent abattre le mûr et se frayer uiiè sortie.
Pline a déjà fait mention de leur manière de charrier dii foin sur leurs ventres , dont «ous avons parfé plus haut (*) et Besson l'a aussi rappelée. Il est certain qu'on trouve du foin dans leurs tannières ; mais c'est plutôt pour en faire leura couches. Çlles perdent l'appétit déjh quelque tems avant de s'enfouir. On ne peut pas assurer si elles se vuident les intestins avant de s'endormir pour tout l'hiver, ainsi qu'on l'a prétendu. II est cependant certain que ceUès que l'on sort de leurs tannières dans cette saison et que l'on ouvre ont les bocaux complètement vuides d'àlimens. Suivant des observations plus récentes , ils contiennent alors une espèce de fluide vert-jaunâtre ou gris-brun*
On compare la forme de leurs cavernes à celle d un grand Y dont la queue représente l'issup. ÇHes ont 8 , 10 mêm^ jusqu'à 20 pieds d^ profondeur , et leur entrée tout au plus 6 à 7 pouces de hauteur, de.. 2|Qrte que l'on conçoit à peiue comjuentles marq^ottes peuvent y passer. En hiver , on en trouve 2,, 4 > T j [ 12 jusqu'à 15 dans la même tannière. Elles S(mtcouchées les unes à côté des autres en cercle, dont leurs dos forment la périphérie. La tête de ehaotme repose près de sa queue; elles sctnt roides, froides^comme la glace et ne donncait aucun, signe de vie. : Probablement tous les habitans d'une cayeme sontde la même famille. Elles ne tolèrent, point de malade dans leur société , et chassent san§ pit|é celles qui le devi^^ment. Lorsqu'elles s'enfoujiS^nt de boxme
i^irfBà^M
O Plin. Hist. nat. L. VIU cap. $S. éd. Bîpota.
heure en automne , on doit s'attendre à un hiver rigoureux.
La chair des marmottes est fort estimée dans FOberl^d, soit qu'elles ayent été tuées au fusil ou déterrées, ^^elquefois on la sale et on Texpose à la fumée, ou bien on la mange fraîche en rôti , après avoir ^chaude Tanimal dans de l'^au bouillante pour lui ôter hs poils, comme on le fait aux cochons de lait^ C'est au commencement de leur sommeil qu'elles sont plus grasses; à la fin de l'hiver, elles sont très-maigres. On vtnd avantageusement dans les pharmacies la graisse qu'on en tire, et une seule marmotte en a souventdonné une pinte^
L'espace ne nous permet pas d'expliquer ici leur sommeil léthargique ; mais il est tellement inhérent à leur nature , que la douleur même ne peut Tinter-* rompre que pendant quelques înstans, et lorsqu'on les force à rester éveillées, elles périssent en peu de jours. <*)
Nous revenons à la Meycnwand et au point de vue qui se développa enfin sans obstacle à nos yeux. Il n'y en a presque point de plus remai*quable dans toute la, région des Alpes.
(*) M.Prunene, professeur de inëdecine à Montpellier' à donné les détails les plus complets et les plus intëressans sur le sommeil des marmottes dans nn Menokoirci' particulier sur ce siyet^
On plonge dans la profonde vallée d'/m Gletsch^ située. au pied de la Furka et du glacier du Riiôfte, traversée par ce fleuve encore enfant , encaissée comme un bassin étroit enti'e de hautes montagnes et se terminant en cul de sac. Au nord > est, elle est bornjée par le Galenstock, chargé d'immenses masses de glace et entouré de tous côtés de glaciers dans sa partie supérieure. Au sud -est s'élève la Furka , et plus au midi le Mutthorn à 8,450 pieds* Du côté du nord se présente le Nâgelisgrâtlî (arête des œuiUets) et la contrée d'Im Sass d'où découle le Sassbach. Le glacier sort d'une gorge au pied du Galenstock et descend d'abord en talus peu incliné , puis , obligé par les parois de rochers à dévier de sa première direction, il atteint des pentes plus roides, se déchire en mille gouffres surmontés de cubes ou cônes irréguliers et parvient enfin à la vallée où son extrémité présente une masse platte, large d'une demi -lieue, sillonnée dans toute sa longueur et transvei'salement par une multitude de crevasses. O
En se projetant obliquement, il ihenace de fermer le passage de la Furka au St. Gotthard. La côte qui le borde et où passe le chemin qui tend à cette dernière route , est revêtue d une herbe courte et d'aul*
O Voyez la planche au frontispice du second volqme du Manuel d'Ebel, où il est fidèlement représente. Cepen* dant la forme des glaciers varie chaque année , et 1*011 ne peut promettre une ressemblance exacte dans les dessins que l*on en fait^ que des montagnes qui les en« vironnent.
ncs de montagne très-bas ; ce tapis vcrd forme «n contraste agréable avec la teinte bleuâtre et grise du glacier. Les contours que fait celui-ci permettent de voir sa surface , sur Tétendue d'une lieue au nioins entre les montagnes qui encaissent sa pente. Son extrémité recouverte de gravier et de débris est d'un gris foncé*. Le Rbône , nommé Rotten par les Vallaisans, sort en serpentant sur ses deux flancs, là où ils touchent aux parois de la gorge. La plus forte des sources de la rivière est du côté du Grimsel, où feau d^ine couleur blanchâtre sort d'une voûté azurée. On éprouve un sentiment agréable en se ti*ouvant suf un sol que les poètes classiques de la Grèce et de Rome ont déjà célébré dans leurs chants j sous les couleurs vagues d'un voile mystérieux dont lès traditions et un éloignement qu'ils ne franchirent jamais Fenveloppaîent à leurs yeux. On se rappelle le tableau jjoétîque d'AppolIonius de Rhodes : „ Le „ Rhône sorti des antres les plus cachés de la terre j, et des demeures de la nuit éternelle, roule ses ondes „ au travers des lacs orageux qui baignent le triste yy séjour des Celtes. (*)
(*) Voyez Appollon. Argonaut. IV. v. 627 — 646: MQller, dans sou Histoire des Suisses, a cite encore' d^aùtres morceaux des autres classiques sur ces contrées. Nous apprenons par Rufuç Festus Avienns dans ses Ora rfiOm ritima v. 637 , etc. que les habitans du pays nommaient jadis ïe Galenstpck V Obélisque du soleil.
» « . • rupisilluderigenHsseiiCtbéS - (^tod edit amnem^ g^iâ^co^/nominc^ v r.
Solis calumnam, > : - >
On connaît aussi cqs l'crs de Sîlîus (Punie. lH 447, etc.) :
Aggeribus caput Alpinis et rupe nimli Proscrit in Celtas ingentemque extrahit amnem Spuménti Khodanus proscindens gurgite campos
Les sources de ce fleuve prêtent au glacier qui l'enfante un intérêt tout particulier ; mais sa beauté et sa grandeur lui assigneraient déjà un rang distingué dans le nombre de ces 400 amas de glaces, qui se trouvent entre le Mont blanc et les frontières du Tyrol. O
Non loin de son extrémité , où sa base commence à prendre plus de déclivité, sa surface est coupée transversalement en gradins presque réguliers^ d*abord assez bas, puis plus élevés; mais bientôt cHe'sc montre fendue conftisément et présente des coupure^ d un bleu clair et argenté , des crevasses d'un azur plus foncé et des taches grisesf Aucune moraine nVpu se former à sa superficie; il les a toutes poustsé^s décote ou englouties dans ses gouffres profonde. Celles qui bordent son extrémité ne sont point exhaussées et il s'est même reculé de la dernière. Le3 rochers de granit qui l'entourent se brisent trop lentement pour y v^r^r beaucoup de débris. Il offre un tableau tout différent de celui de fUnteraar , et ce n'est qu'en les comparant que l'on peut établir
(*) Ebel indique ce nombre et calcule que toute la chaîne des Alpes embrasse une mer de glace d'environ 100 lieu«8 quarrëes.
la théorie de Torigine des glaciers et de leurs accidens. Ils ne proviennent point des lacs des Alpes convertis en glace , mais des masses de neiges qui ne fondent pas entièrement pendant Tété et qui s'aug* mentent par les avalanches des Ixauteurs environ* nantes. Les parties de ces neiges qui se dissolvent en eau à la superficie , dans la saison des chaleurs ^ s'infiltrent dans rintérieur de leur masse et s'y congèlent.
L'essence d'un glacier consiste en glace, proprement dite et non en neige molle ou durcie. Ces masses condensées s'accroîtraient d'une manière incroyable , si trois causes n'en opéraient la diminution.. L'évaporation insensible en enlève ime certaine partie; une autre , en se fondant , s'écoule en petits ruisr seaux sur la surface. Enfin , la chaleur de la terre ou des sources qui jaillissent sous la glace et qui (»it acquis assez de calorique dans le sein des montagnes pour en communiquer une partie à la masse gelée qu'elles touchent immédiatement, effectuent aussi une dissolution par dessous. Même au fort de Thiver 5 les eaux ne cessent jamais de couler sous les glaciers , mais avec moins d'abondance , parce que l'action du soleil ne les augmente pas. Ces courans et la position inclinée des glaciers* sont les causes principales du mouvement de ces énormes fardeaux.
H ne faut cependant pas s'imaginer que toutes les parties d'un glacier se portent également en avant sur la pente. Ce n'est jamais qu'un fragment qui doit s'écrouler , parce qu'il ne trouve plus d'appui sur sa
base, lorsque l'eau l'a rongée, ou parce que le sol s'affaisse subitement. Vu la densité de la glace , i) doit se briser par une seule et grande fissure. Cependant îl ébranle en se déchirant les parties voisines. Ai'extrémité du glacier, cesfragmens s'en détachent tout-à-fait et fondent plus vite , ce qui diminue aussi l'ensemble de la niasse. Ceîle-ci, étant en grande partie excavée par dessous, et fondant aussi plus promptement sur les côtés, près des rochers qu'elle touche , mais dont elle se détache bientôt , elle n'est jamais solidement adhérente à sa base et son poids l'entraîne évidemment dans la vallée- Ainsi, les parties inférieures qui ne tiennent que faiblement au sol sont poussées en avant et le glacier avance avec une telle force, qu'il peut broyer des blocs de pierre qui se trouveraient resserrées entre la glace et des rocs plus durs.
En faisant ce mouvement sur un plan incliné, le plateau de glace se brise en nombreux débris , dont les angles et les bords forment à la surface des saillies et des inégalités que la pluie et la fonte travaillent sans cesse et qui prennent enfin la figure de colonnes, depyramides.etdi grandes , suivant l'épaisse de glace. On a souvent on l'a trouvée de 200 , 30( 600 pieds. Mais on n'a ] nature a posé des bornes bornes se trouvent sous :
' Dans les Hrers' où il tombe lieaucoup "de n'eige
tX dans les étés froids et pluvieux , la masse des glaciers augmente considérablement, et c'est alors qu'elle avance dans les vallées. Mais dans les étés chauds et dans les hivers secs, elle diminue plus quelle ne s'accroît, et les glaciers reculent, ce qui
n'est pas proprement une mai'che rétrograde , mais l'effet de l'absence de la pression supérieuz'e. Il en résulte, ainsi que de la fonte plus abondante à leur débouché dans la température plus chaude des vallées, que l'on voit souvent, en été, des espaces de plusieurs pieds où le sol est nud , tandis qu'il ét^it encore, couvert de glace au printems.
On ne doit d'ailleurs pas s'attendre à ce que la
marche de tous les glaciers soit partout uniforme dans
la vaste étendue de pays qu'ils occupent. Il y a trop
de différences dans les circonstances accidentelles et
dans les localités, pour que les mêmes phénomènes
se reproduisen}; exactement chaque année. Ici, la
bonne mère nature suit aussi réteJcneUe loi de la v^-,
riété, à laquelle elle.se montre toujours fidèle.
J'ai déjà indiqué plusieurs observations sur l'ac-, croissement général des glaciers, et nos descendans pourront établir un système plus complet sur cette matière , lorsqu'ils auront comparé l'état dans lequel ijs les ti'ouveront avec les notices de ce qu'ils étaient ^ de notre tems et dans les siècles passés, telles que nous les consignons pour eux. Il serait très-difficile de fixer Fâge d'un glacier par les différentes couches
cte %^ ^^^^A ? ^.^^I^H^^^i? assez distinctes ^ camme on reconnaît l'âge des arbres aux cercles que l'on
voit daas la ipoupture de leurs tigea. On pourrait tout au plus déduire de ces couches de giace , combien de tems une masse donnée se trouve à la place qu'elle occupe , mais non combien de couches antérieures se 501^ fondues dans une Bérle de siècles précédens.
Les guferlignes, ces bancs de débris longs el^ réguliers 9 dont j'ai déjk fait mention quelquefois y 90uX tuie des particularités les plus remarquables dei glaciers. Us se forment des deux cotés sur leurâ bords et courent en lignes parallèles jusqu'au point de réunion d'un second glacier lajtéral avec le pre^ miier. Qn voit alors quatre de ces bancs se prolongei^ sur la pente T 011 ( ce qui arrive le plus s<^uvent) les deux qui sont au milieu ,se réunissent, desorte^qu® Ton n^en voit plus que trois. Us. sont évidemment composées de fragmens des montagnes environnantes,, et si qudqoes personne^ont pu se laisser induire è croire que le glacier poussait ces amaS'd'éboitlis'Spon-' lanément hors de son sein , elles n'avaient pas bieâf pbsenré^kur nature. Oix prétendait ^ en suivant cette opiiûon ^ que c'^était une purification naturelle du gla« cier, «t Ton se plaisait à admettre cette idée d'ex-^ l^némens gigantesques. Il est assez singulier que lai glaoe soit toujours exhaussée de plusieurs pieds sous t)es' bandes de débris. On ne peut l'expliquer qu'en Supposant qu'elle ne subit pas autant d'évaporation $À defofite^ lorsque Tair et les rayons du soleil ne sont PA8 en contact immédiat avec elle; Ces guferlignea jont un grand attrait pour les minéralogistes, ils y -trouvent sans peine sous Jeurspieds des pieri'es venues des réfions . ks plus élevées , qu'ils sellaient obligés
d'aller chercher à la sueur de leur front et quelque* fois au péril de leur vie sur les pUu hautes montagnes.
Sur des glaciers très-incliflés , ces bancs ne se prolongent pas très-loin ; sur d'autres , ils se dirigent insensiblement vers le milieu de la voie des glaces , ce qu'on doit moins attribuer , suivant Saussure , à un enfoncement en forme de berceau qui s'y trouverait , qu'à l'accroissement du gbicier sur ses deux flancs , produit par les neiges tombées en hiver -et congelées. Les guferlîgnes maintieDnmt constam- " ment leur marche réguUère et fournissent souvent la mesure de la quantité de glace de deux glaciers qui se réunissent et de la proportion de leur mouvement progresâif.
venons de dire, que le peut pas être appli>
montagnes couvertes nen r^oureux.. montre i espèce de vernis ou
envisager coqune de LIT sens véritable , sont I des neiges éternelles i que celles-ci ne se J'eau qui eii provient
d'un côté, un soleil
ides et quelques jours
é. Ainsi, la nature a
pourvu avec une sagesse admirable à établir ^ea ré-
>~ servôirs d^eaux courantes pour ime, grande partie de
l'Europe.
TEurope. Si la neige ne descendait pa3 des régipns supérieures des montagnes bien en avant dans les vallées , elle ne fondrait pas , et si elle y arrivait sous sa forme primitive , elle se dissoudrait trop vîte et produirait des torrens destructeurs qui tariraient en peu de tems. Mais lorsqu'elle a pris la consistance dure de la glace avant de descendre dans un atmosphère plus tempéré , où elle est mieux exposée à Tinfluence de la chaleur solaire , elle fond lentement et avec assez d'uniformité , pour alimenter les rivières et arroser les pays lointains régulièrement et sans interruption. (*)
Nous quittâmes enfin la station que nous avions prise en face du glacier du Rhône , qui nous a coiw duit à cette digression sur les glaciers en général, pour nous rendre à la cabane d'un distillateur de gen^
(*) Stapfer , dans son Voyage pittoresque p. 68 et suiv, fait aussi les mêmes remarques. Il cite différentes de* nominations des glaciers. En Lapponie ^ on leur donne celle de Jegna ou Jeégnaj en Islande, on les noinme Jô€k€lj dans quelques parties de la Norvège , Gykel^ ce qui rappelle l'ancien mot allemand Gôckeigut ^ cité par Wahlenberg , qui signifiait à Goslar du vitriol en forme de cheville. Dans les Grisons , on nomme les glaciers Wadret ^ Wedrez ou Vedreg y ce qui dérive probablement de vitrum (verre). Dans le canton de Glarîs , Fim ou Firner de fern ( ancien , éloigné , de Tannée passée). La dénomination allemande de /r/éf* scher ne dérive probablement pas du français glacier , mais plutôt de Glanz (éclat) ou de glitschen (glisser), peut-être de gleissen (briller). Voyez dans l'Idiotikoo suisse de Stalder les mots Glôste^ Gleisten, Gletscher, Glusseny GlUtzen.
Tom. IL 2S
tiane, qut nous appercevions à une certaine distance à nos pieds et ^ui , dans ces déserts sauvages , tient assez chétivçment lieu d'iuie auberge. Une troupe joyeuse de Vallaisans était assise sur des pierres et et sur des troncs d'arbres devant la porte ; un vieux Tyrolien à longue barbe , noir et enfumé, mais hospitalier, comme un charbonnier, sortit de la hutte et versa de son eau-de-vie dans de petits verres , qu'il piTrit avec empressement à ses hôtes. Cette liqueur amère a beaucoup de débit dans ces lieux , la route depuis le Vallais et le Grimsel à Realp qui y passe étant très «fréquentée dans cette saison. Dans une heure de tems , nous vîmes traverser quatre ou cinq caravanes, qui animèrent agréablement ce paysage dénué de vie , avec leurs mulets diversement chargés et les costumes' variés de leurs conducteurs. Quelques déserteurs autrichiens avec des uniformes en lambeaux et revêtus en grande partie de sacs , passèrent aussi venant d'Italie pour gagner le St. Gotthard. Il nous était plus agréable de les rencontrer près de cette cabane habitée que dans quelque lieu écarté sur notre route. Celui de tous les convives de cette hôtellerie qui me frappa le plus, fut un vieux Savoyard , aussi à longue barbe , chargé de paniers joliment tressés et faisant route vers la Furka : il me rappela le Juif errant qui , suivant une tradition fort accréditée dans le pays , passa trois fois le Grimsel et y trouva la première fois des vignes , la seconde fois une forêt de sapins et enfin la troisième les amas de neiges qu'on y voit encore de nos jours.
Après avoir goûté l'espèce de râfraîchissemens
que pouvait nous présenter le distîDateur de gentiane, nous quittâmes sa cabane pour nous rapprocher de la source du Rhône. Peut-être des voyageurs qui viendront après nous, ne trouveront «ils plus cette cabane habitée, car les gentianes commençaient à manquer dans la contrée. L'été de 1814, l'économe de rhospice du Grimsel avait pris à ferme cet établissement qui appartient à quelques communautés du Haut-Vallais , comprises sous le nom collectif de comté. Le pris du bail était L. 100 et de 4 pintes ou pots d'eau-de-vie. En peu de mois» deux des valets de l'hospice recueillirent 530 quintaux de racines de gentianes et en distillèrent 1100 pots d'eaude-vie. Us en vendirent pour 20 à 25 Louis d'or aux voyageurs qui passaient près de la cabane. Après ime telle moisson , on juge aisément qu'il reste peu à glaner.
Nous laissâmes quelques chalets sur la gauche , en nous rapprochant du glacier , et nous fûmes surpris , chemin faisant , de trouver quelques moraines très - anciennes , que nous n'avions point apperçues depuis la hauteur. Elles ne sont pas très-exhaussées et en grande partie revêtues d'herbes ; mais elles présentent cependant de grandes masses de pierres. La dernière était maintenant distante de 800 pas de la glace. Nous ne nous dirigeâmes pas sur le glacier du côté le plus favorable , où le bras principal du Rhône sort impétueusement d'une voûte azurée. Je ne pus m'empêcher de comparer de loin cette voûte aux toiles vertes que l'on pose sur les berceaux des enfans , lorsqu'on veut les endormir. On dirait que
la nature a tendu un de ces voiles sur la couche du jeune Dieu de ce fleuve , mais en vain ! le eommeil le fuit éternellement ; son murmure , ses gé^ missemens fatiguent incessamment les échos d'aleii*tour ; il semble déplorer de quitter ses grottes tranquilles et maternelles pour se lancer dans le séjour bruyant des mortels.
Avant de monter sur le glacier , M. le professeur Meisner observa , au moyen de son baromètre, que celui-ci était à 240 pieds plus bas que Thospice du Grimsel. Nous fîmes un quart de lieue de chemin , en gravissant sur cette plage de glace , et nous contemplâmes les innombrables filets d'eau qui coulaient sur sa surface et les puissantes crevasses qui la coupent. On pouvait très -bien distinguer dans celles-ci que les couches inférieures de la glace ont plus de densité et une couleur bleue plus vive que celles qui se rapprochent de la superficie et qui sont plus opaques et composées de grains , peu différens du noyau des floccons de neige, lorsqu'ils ont perdu leurs rayons. Ce n'est que dans les régions élevées des montagnes qu'une succession continuelle de dissolution et de congélation peut dépouiller la glace des particules d'air qu'elle contient et qu'elle prend un tel degré de crystallisation. La couleur bleue foncée se montre principalement dans ces voûtes y qui se forment comme de grands portiques à l'extrémité des glaciers et qui prouvent évidemment que ces énormes couches de glace sont excavées en des<^ sous par leur propre fonte et par le creusement qu'o- * pèrent les eaux dans le sol de la base graveleuse gui les porte.
Nous fumes obliges de quitter le glacier trop tôt pour satisfaire notre curiosité. Nous nous proposions de retourner au Grimsel , non par la Meyenwand , mais en faisant le détour par le village d'Obergestelen , distant encore de trois lieues plus bas dans la vallée du Rhône. Nous prîmes sur la rive droite de cette rivière , après l'avoir traversée sur un pont de bois , la route des bêtes de somme pierreuse , raboteuse et mal entretenue. Elle suit toujours la pente du Grimsel et côtoyé à gauche le ravin étroit au fond duquel les ondes se pressent en grondant au travers des débris. Sur la rive opposée s'élèvent le Hungerberg et le Geren. On traverse les lieux dits in der Lamm et in den Wengenen ; puis on arrive, après avoir passé par une forêt de sapins, à la chapelle de Saint -Nicolas, construite à côté des ruines d'une. plus ancienne, sur un rocher avancé éclairé par le soleil.
Nous nous y arrêtâmes pour faire un modeste repas avec les provisions que nous avions apportées. Le vent du midi nous pénétrait d'une agréable chaleur. Pour la première fois le Rhône serpentait fièrement au travers d'un vallon plus élargi. L'abondant torrent de Nufenen descendait avec fracas par la vallée de Geren , du passage de montagne de la Nufenen , qui conduit à Airolo. A droite , de l'autre côté du fleuve , on voyait derrière un bois de melèses le hameau d'Unterwasser , et sur la rive où nous étions , mais plus bas dans la vallée , le village d'Oberwald. Plus loin , l'église d'Obergestelea brillait dans le paysage.
Avec quel plaisir Toeil plane sur ce tableau orné «l'une riche végétation , après avoir été si long-tems fatigué de Taspect monotone des déserts du Grimsel et de la Furka. Une foule d'insectes se mouvaient autour de nous ; déjà nous retrouvions des prairies touffues où la faux peut s'exercer. A l'horizon s'étalait la chaîne de montagnes , située près d'Amen et autour du Mdderhorn.
A Oberwald » que nous traversâmes un quart d'heure après , Ton voit des granges très-vastes et des fenils d'une hauteur extraordinaire , dont les lambris bruns foncés (couleur que prend le bois de niclèse lorsqu'il est vieux ) paraissent enfumés. Depuis le matin , nous nous croyions transportés dans une autre partie du monde. Tous les paysans étaient occupés à fairç les foins , et les faneurs en portaient de larges bottes sur leurs têtes ou 8,ur leurs épaules dans les granges , de manière qu'on ne voyait point leurs visages. Nous rencontrâmes cependant aussi un char de foin très-bas qui paraissait être l'ouvrage de quelque Robinspn Crusoë. Il était d'une facture lourde j sans aycup lien de fçr çt traîné par une seule vache,
A Obergestelenoù le thermomètre marquait dgà 13 '/2 degrés au-dessus de zéro et qui est cependant de 700 pieds plus élevé que Guttahnen , la végétation était très-riche. Ce village, quoique assez grand, ne contient rien de remarquable ; son église est bien construite pour la contrée et son auberge assez bien pourvue. Nous y trouvâmes au lieu des fromages
et des viandes du Grimsel , des pains d'épices , des pâtisseries faites avec des œufs , de la oréme , du sucre , de la canelle et des doux de giroffle , du café et du pain blanc , comme si les hommes étaient d^à un peu plus gourmands sous un climat plus doux que sur les montagnes.
Nous recueillîmes des forces pour le retour et bientôt nous nous remîmes en route. Un sentier nous conduisit au travers de belles prairies au grand chemin et nous offrit quelques jolis points de vue sur le riant paysage , auquel il ne manque que des arbres à larges feuilles et, particulièrement des arbres fruitiers. Des aulnes ombragent seuls les rivages du Rhône dans leurs gracieux contours; mais bientôt l'aspect des melèses avec leurs tiges élancées et leur verdure tendre vint réjouir notre vue. Leurs branches sont toutes penchées du côté de la vallée , de sorte que la partie de leurs troncs tournée au nord contre la montagne paraît presque tout-à-fait dépouillée.
Il était trois heures après midi; le soleil du soir dardait ses rayons bienfaisans ; mais souvent des bouffées de vent du nord , partant du col des montagnes 5 nous frappaient de leur souffle glacial et chassaient devant elles , avec la rapidité de la fumée d'un canon, des pelottes de nuages isolées, qui se dissipaient à l'instant dans les airs et retombaient en vapeurs invisibles sur les plantations variées , pour porter aux seigles, aux orges , au lin une fraîcheur et une humidité fructifiantes.
Bientôt nous nous trouvâmes enveloppés dans un épais amas de nuages , tels qu'on en voit souvent ici se mouvoir en deux directions différentes. Ceux qui sont plus près de la terre volent avec plus de rapidité , tandis que la couche supérieure roule lentement dans les airs.
Alpestres Borea nunc hiriCj nunc Jlatibus illuc Eruere in ter se certant, ....
Nous fumes très - satisfaits de trouver des poteaux pour nous indiquer le chemin que nous devions suivre sur les bancs de pierre pu de neige , où nulle route n'était tracée. La Scheideck du Grimsel peut être considérée comme une vaste platteforme dont le sol ondoyé est composé de différentes couches presque verticales de roche primordiales et massives. Souvent les têtes et les angles de ces couches percent au-dessus du terrain et se montrent à nud en longues bandes , dont les intervalles sont enfoncés et comme balayés. Nous aurions désiré pouvoir les examiner plus attentivement, ainsi que d'autres objets intéressans qui se présentaient à nous. Mais le froid et le brouillard hâtaient notre marche vers la bonne chambre chaude qui nous attendait à l'hospice , où nous nous reposâmes pendant la soirée , en nous répétant mutuellement ^ et hœc olim mçminisse juvabit^
ta
Retour à Meyringen, La gorge obscure,
le Reichenbach.
Jamais on n'apprécie mieux les beautés de la vallée de Hasli que lorsqu'on descend des déserts rocailleux du Grimsel. J'ai goûté deux fois cette jouissance , et c'est ce qui a peut-être coijtribué à faire paraître à mes yeux les alentours de Meyringen sous un jour si riant, que je serais. tenté de m'accuser moi-même d'une espèce de prédilection , en les décrivant. On ne peut terminer un voyage dans rOberland d'une manière plus agréable, qu'en gravant dans sa mémoire les diverses scènes alternativement sublimes , belles et gracieuses qui se présentent de toutes parts dans ce vallon.
On descend par la gradation la mieux ordonnée, ni trop vite ni trop lentement, des contrées âpres et hivernales du Grimsel dans le séjour du printems , de la fertilité , de la variété et de la vie , dans Je charmant pays de Hasli ; on fuit d'un pas rapide les régions glaciales. Le cœur se réjouit de revoir les fleurs dont la plaine est parée , avec autant de vivacité que la ciu^iosité et le désir de s'instruire en avaient mis à chercher celles qui brillent sur les flancs arides des Alpes ; de revoir au milieu d'une verdure plus gaie ces sombres sapins , dont lés hautes pyramides s'élèvent seules comme autant de monumens lugubres dans les déserts des montagnes.
La première partie de la descente du Grimsel
n'est point pénible. On désirerait en vain trouver sur une route différente de nouveaux objets à contempler. Il n'en existe point d'autre que celle que FAar a frayée. On marclîe de pied ferme et sec siu* les larges dalles de granit que la nature a posées , et Ton sent avec plaisir, à chaque pas, que la température devient plus douce , le sol plus docile , la contrée plus habitable.
En quittant la Handeck , les pierres morcelées et anguleuses dont le chemin est parsemé commencent^ le rendre désagréable et douloureux pour la plante des pieds. Nous visitâmes encore une fois.. la cataracte de la Handeck , dont on trouve toujours Taspect incomparable. L'Aerlenbach s'avance avec hardiesse et se jette sur une saillie de rochers dans le sombre ravin ; mais , tout-à-coup , il paraît effrayé du gouffre profond qui s'ouvre sous lui ; il hésite , mais en vain. H ne peut plus s'arrêter ni reculer; obligé d'accomplir le saut le plus téméraire, il prend un élan comme s'il voulait se lancer sur Tautrc rive : au milieu de son vol , il rencontre la puissante colonne, de l'Aar , qui court avec une rapidité redoublée dans son Ut rocailleux et qui précipite ses ondes écumantes dans le sombre abîme; Elle saisit avec une force irrésistible F Aerlenbach et l'entraîne dans leur tombe- commune, au fondNde laquelle on croît entendre le gémissement dés enfers.
' A cliaquç pas, on voit disparaître qudques-uns
des enfaift de la Flore dés Alpes. Le silène acaulis,
■ K que Saussure a trouvé à une élévation de 10,668 pieds,
se trouve encore à celle de 4600 pieds , avec une tige, sur laquelle sa corolle se balance au-dessus du gazon. Plus bas ,' les fleurs pourprées du myrtil et du rhododendron s'entrelacent avec le pin de montagne , dont ks rameaux rampent sur la terre ; sous leurs ombrages se cachent le mulot des Alpes et la timide lagopède au plumage argenté. Plus bas encore , Tif élève sa tête toujours verte au-dessus des buissons du noir genévrier , près de celles des hjêtres et des melèses , que rhiver dépouille de leur feuillage.
On se rafraîchit avec un nouveau plaisir à Ifauberge de Guttannen, et Ton se hâte d'atteindre le joli vallon d'Im Ginind. On y parvient en S ou 6 heures de marche depuis l'hospice , et l'on franchit avec impatience le Kirchhet, cette dernière cloison qui sépare encore du beau village de Meyringen. Le mont Kirchhet est particulièrement intéressant pour les géologistes. 11 n'y a pas de doute que dans les tems les plus anciens son flanc méridional n'arrêtât toutes les eaux qui découlaient des hautes montagnes et ne les forçât à déposer le sable et les pierres qu'elles charriaient. Ces matières , dont on remarque encore des traces sur le versant des montagnes qui entourent le vallon d'Im Grund dans la direction du courant de l'Aar , ont probablement été soulevées peu à peu et déposées par les eaux stagnantes du lac qui remplissait ce bassin , ce qui paraît prouvé par la circonstance singulière que quelques petits tertres sur le Kirchhet même ne sont couverts de pierres roulées que sur leur côté méridional. Si ces pierres y avaient été amenées par des courans plus considérables à
quelque hauteur qu'on veuille les supposer , elles n'auraient pas été déposées avec une pareille régularité. Il en résulte donc qu^elles doivent avoir été poussées par une eau stagnante sur son rivage à la place qu'elles occupent et qui indique jusqu'où cette eau montait autrefois.
Une particularité du Kirchhet à laquelle on n'a pas encore fait assez d'attention , ce sont les lits profonds qui doivent avoir été creusés à différentes époques de la plus haute antiquité par les écoulemens du lac existant alors dans le vallon d'Im Grund. Deux de ces gorges , Isifinstere Schlauche (gorge obscure) et la luutere Schlauche (gorge éclairée), méritent d'être visitées par tout voyageur curieux. On parvient sans difficulté dans la seconde , située plus au nord. Elle ti*averse le rob vif sur l'espace d'un demiquart de lieue à peu près , comme url grand fossé naturel , large et raboteux , et s'ouvre enfin en ofii^ant un point de vue gracieux sur la grande vallée , par un portail étroit au travers des rochers dans une prairie platte, sur la rive gauche de TAar, près de l'endroit où cette rivière sort de l'horrible gorge nommée le Ltcanm,
La gorge obscure , située plus au midi près d'Im Grund , est plus cachée et d'un abord plus difficile. Bientôt après avoir commencé à monter le Kirchhet en quittant ce vallon, on se détourne à droite vers un enfoncement à quelques centaines de pas et l'on voit encore à droite, au milieu des rochers entr'ouverts comme des tombeaux , un sombre grouppe de
broussailles dans un fond resserré , auquel nul sentier ne conduit. On s'en approche avec assez de peine et l'on se trouve sur le bord d'une fosse obscure et escarpée , qui paraît n'avoir aucune issue. On se hasarde à descendre dans ce gouffre , en écartant avec précaution les orties et les buissons épineux qui erir tourent son orifice et en foulant un terrain mobile. Les poètes ne pourraient être taxés d'exagération, en comparant ces lieux à l'entrée des Enfers.
Bientôt le chemin devient plus pierreux , la cavité plus sombre. 2"*^'^^^^^ arbres que l'on avait vu jusqu'alors étendre leur feuillage gracieux au-dessus de soi disparaissent , les parois des rochers se rap^prochent et s'enchâssent tellement Tune sur l'autre , que pendant quelques instans la voûte des cieux même est masquée. Des troncs d'arbres pourris , apparemment tombés d'en haut , jonchent le sol. On n'ap-^ perçoit aucune trace de vie. Le bruit des gouttes d'eau qui distillent du plafond et un murmure sourd qui paraît soi;tir des entrailles de la terre, celui de l'Aar, interrompent seuls le silence effrayant qui règne dans ce souteiTain. On marche entre deux murs de rochers massifs hauts de 2 à 300 pieds et pleins d'excavations arrondies en forme de coquilles que les eaux y ont façonnées. L'un de ces trous est si grand , qu'on peut le comparer à ces petites niches taillées dans le roc que l'on voit quelquefois ornées d'images de Saints dans les pays de montagnes. On remarque aussi une espèce d'incision en spirale dans la pierre dure , qui paraît indiquer l'endroit où l'eau resserrée dans cette gorge et n'ayant pas encore percé
l'issue par où TAar s'écoule maintenant , s'agitait en tournoyant avec violence.
On trouve sur le sol de cette cavité entre les pierres roulées du sable très-fin et ti'ès-pur parfailement semblable à celui que TAar charrie, qui a probablement été formé en grande partie par le frottement des eaux contre les rochers et le broyement des débris qu'elles amenaient. Ce sont les pierres que les flots roulaient dans ces gouffres qui opéraient principalement leur excavation.
Après avoir fait à peu près 200 pas dans la nuit de cette fosse , on se retrouve en quelque façon en plein air, dans une petite place d'environ 20 pieds en circonférence entre les rochers écartés. A vos pieds> l'Aar roule ses flots verdâtres , semblable à l'Acheron devant les portes du Tenare. On ne voit pas d'où elle vient ni où elle va. Encaissée entre des rochers à pic , remplissant tout l'espace qui les sépare , elle laisse à peine à découvert, lorsque ses eaux sont ' basses, une petite plage de pierres roulées et de sable, sur laquelle on peut avancer à une centaine de pas du côté d'Im Grund sans trouver une issue hors de cet horrible ravin. Au milieu de son lit gît un grand bloc de pierre qui doit être tombé du rocher vertical en face, d'une hauteur de 500 pieds au moins. £a élevant la tête aussi haut qu'on le peut , on voit une étroite bande des cieux , deux rochers immenses avec quelques saillies verdoyantes et quelques broussailles, couronnés d'arbres à hautes tiges qui coupent un peu l'aspect effrayant et uniforme de ces lieux.
On ne quitte pas la gorge obscure sans être satisfait de l'avoir visitée. Que sont toutes les ruines des édifices humains en comparaison de ces restes des ouvrages de la puissante Nature ! Le sentiment vague, mais imposant , d'un passé incommensurable se mêle aux idées de mort et de destruction qu'inspirent CCS rochers nuds qui menacent de s'écrouler de toutes parts. En sortant de ce monde souterrain, on éprouve le bonheur de la résurrection. Les tableaux plus doux que Ton retrouve sur la croupe du Kirchhet forment une transition agréable pour jentrer dans le domaine de la vie.
On marche sous un dôme de tilleuls et de chênes , on foule un épais gazon. Le passage subit d'un désert dans un paysage riant, des ténèbres à la clarté , dun séjour mélancolique à des images attrayantes et animées , dilate le cœur du voyageur. Bientôt les grands arbres restent en arrière , le sol commence à devenir plus rocailleux et à s'incliner. Des broussailles touffues offusquent encore la vue :; mais enfin au pied d'un rocher qui surplombe en grotte , sous lequel est placé un reposoir simple et champêtre , l'horizon s'ouvre et un tableau enchanteur se développe aux regards satisfaits. L'œil suit presque jusqu'au lac de Brienz le cours sinueux de l'Aar serpentant au travers d'une vallée unie , plantureuse et verdoyante , remplie d'habitations et de fenils , signes d'une utile industrie et d'une heureuse population. Des deux côtés les plus belles montagnes s'élèvent en gradins de rochers , en terrasses pittoresques et revêtues de vertiire,, ou en pentes douces, tapissées
d'un gazon touffu. On entend dans le lointain le murmure continuel de vingt chûtes d*eau formant une harmonie aérienne, semblable aux voix des esprits de la montagne. Ces cascades brillantes se dessinent en rubans argentés sur le penchant grisâtre des coteaux. Partout des arbres élancés étalent leurs feuillage3 épais. Les hêtres , les^ noyers , de riches arbres fruitiers balancent leur branchage dans les airs. Le rempart dont les Alpes ceignent cette contrée la pré»serve du souffle glacial des vents du nord et y concentre la chaleur du soleil.
On se hâte de descendre dans ce paradis et on voit avec peine sur les bords du chemin les traces d'anciens écroulemens , d'anciens lits de torrens qui ont pu menacer jadis ce jardin délicieux. On atteint bientôt un pont couvert sur TAar , au-delà duquel on s'approche du beau village de Meyringen sur un terrain uni , en longeant des prairies , des plantages et des maisons isolées. Cependant, avant d'entrer dans le bourg , on traverse le large lit d'im torrent rempli de cailloux , et Ton pense avec regret que la nature a placé un instrument de destruction au milieu de ce séjour de vie et d'abondance. Le ruisseau impétueux qui roule ces amas de pierres dans ces riantes plaines , gronde au fond d'un sombre ravin , au pied de la montagne à droite. Son murmure est une voix éternellement menaçante , dont les imprécations peuvent se réaliser après chaque fonte de neige, à chaque printems. Au-delà de son cours, on entre dans la principale rue du village où se trouve l'auberge. Fatigué d'une longue traite , on s'empr^se
d'y entrer et de chercher dans un sommeil réparateur de nouvelles forces pour les jouissances que promet le lendemain , et pour visiter avant tout les superbes chûtes du Reichenbach.
Il est juste de vouer une mention toute particulière à cet objet remarquable , le premier et le plus vanté de tous ceux qup contient TOberhasli. Mais ici 5 comme au Staubbach , il y aurait tant de particularités à détailler, à indiquer, que Ton ne sait comment en donner une description succinte. Un jour entier m'a à peine suffi pour saisir toutes les beautés que le Reichenbach avec ses alentours pittoresques offre dans la belle saison aux yeux de ses admirateurs.
Je ne conçois pas ces voyageurs toujours pressés qui ne s'y arrêtent qu'un instant ou qui se mettent à la discrétion d'un guide indifférent et altéré pour se hâter de voir tout au plus deux des sept chûtes remarquables de cette rivière , sans choisir le moment ou la station favorable, et qui s'imaginent avoir épuisé toute la magnificence de ce spectacle. Je m'accorderais bien mieux avec cet artiste réfléchi qur séjourna pendant plusieurs jours sur cette rampe de grandes et de petites cascades et qui croyait n'avoir jamais assez étudié les merveilles du jeu de la lumière , la magie des mouvemens des ondes , les beautés , la richesse de la végétation , l'émail des fleurs , l'activité des hommes sur les bords et dans les environs de ce torrent dont les formes sont si variées. Quelle école pour le paysagiste ! Quel trésor d'images pour le poëtc ! Qae de matériaux pour le naturaliste!
Tom. IL 26
Et surtout' quelle source de doux sentimens, d'émotions , d'idées pour l'homme simple qui n'y vient que pour contempler , sans s'occuper de beauJC arts , ni de sciences i
La première loi que je m'imposerais pour mieux jouir de cet aspect incomparable, s Couché dans un paisible repos au . écumans, séparé des humains et de h versation , jetant les yeux tour à to et sur le lointain de la riante vallée , l'un des jours les pins heureux de impossible de me le rappeler sans la plus douce émotion.
Au sud - ouest de la vallée , pri Reichenbach fait le premier et le [ sauts vers la plaine , d'un rocher < les eaux , au milieu d'un coteau g cette chute haute et dégagée depresque tous lespoints de ta vallée , et pendant quelques matinées du mois de Juin , elle préi tacle magnifique des brillantes et semblable au toi cades inférieures éloigné , parce q et des broussailli La dernière et 1:
montre aussi à d admirablement b loriée et d'une d
Nous donnons ci-joint une gravure de la cascade supérieure par Hegi, d'après un dessin de Lory, Deux des chûtes intermédiaires , ainsi que la dernière , ont été dessinées fidèlement et publiées par Kônig dans ses Souvenirs. On pourrait encore citer plusieurs tableaux de ce ruisseau si fertile en effets pittoresques. (*)
On peut visiter ces chûtes dans deux ordres différens , soit en commençant d'en haut pai* la plus haute et la plus sauvage , soit en remontant d'en bas » depuis la plus large et la plus pittoresque. Il m'a toujours paru qu'on en jouissait mieux en suivant depuis en haut le courant de l'eau , et en arrivant avec elle dans la vallée , où elle trouve le repos ainsi que le voyageur. De cette manière on peut se rapprocher du ruisseau, en descendant la Scheideck, à moins que le soleil ne l'ait déjà quitté et ne Téclaire plus \ si non , il faut y monter avant midi depuis M eyringen, eu passant sur le pont de l'Aar et près des maisons de Schwendi. C'est alors qu'il est le mieux éclairé et que Ton voit en chemin les scènes champêtres les plus agréables. On traverse ensuite, en redescendant , le Reichenbach même , entre la pre-
(*) On trouve, par exemple, une gravure de la cascade supërîeure d*aprè9 Lory, dans l'agréable ouvrage intitule Recueil de paysages suisses , etc. par Lory , Lafond et ^ehender , accompagne d'un texte , etc. Berne 1797 petit in-fol. qui , malheureusement , n'est presque plus dans le commerce. Il contient aussi quelques autres très -jolis dessins pris dans la vallée de Hasli.
mière et la dernière chute , pour anriver à celle-ci , et Ton retourne à Mejrringen par le pont découvert en dessous du village.
Si l'on veut suivre Tordre inverse, on se rend par ce dernier pont sur la rive gauche de TAar; puis , en se détournant à l'orient , on apper^oit d'abord la cascade inférieure et on remonte le long du courant.
Mais pourquoi conseillerai- je à d'autres ce que je n'ai pas observé moi-même ? Sans aucun plan , tantôt descendant , tantôt montant au hasard , j'allai admirer 6 ou 7 de ces belles cascades , puis je fis une promenade à l'orient du ruisseau sur les hauteurs de Lugen, où m'attendait la jouissance inattendue d'un charmant point de vue.
Je me rendis d'abord par le pont couvert sur la rive gauche de TAar et j'atteignis la chute supériem^e , en me débattant contre une armée de mendians , en luttant contre plusieurs hayes que j'eus à escalader , et contre les pierres qui çà et là encombraient la route. Je payai avec plaisir une espèce de péage à la dernière maison que je rencontrai. On y levait une collecte pour construire un cabinet près delà cascade d'où l'on pût la contempler sans être incommodé par la poussière liquide qui en émane sans cesse. Ce petit édifice a été enfin terminé en 1816 , et l'on assure qu'il répond parfaitement à son but. Déjà on avait eu soin d'établir des degrés très-commodes avec de larges-pierres plattes sur le sentier toujours boueux, toujours glissant qui y conduit.
Nous montâmes jiis<iu'au plateau de gazon trèsincliné, sur la rive droite, d'où la chute supérieure se présente le plus favorablement. On dirait qu'Ovide a deviné d'un esprit prophétique cette cascade et qu'il a aussi voulu la dépeindre , lorsqu'il a chanté le fleuve qui embellît la vallée de Tempe :
C'est-là que le Pénée, échappé de sa source, Du Pinde à gros bouillons précipitant sa. course, Epaïiche avec fracas le torrent de ses flots, Et de leur chute au loin fatigue les échos. L'écume jaillissante en vapeurs transformée , Élève dans les airs une humide fumée.
Et des arbres voisins humecte les sommets. On appelle Tempe ce vallon toujours frais. Là , s'ouvre dans le roc une grotte enfoncée , . De mousse, de glayeuls et de joncs tapissée; Là, le Dieu tient, sa cour et gouverne en repos. Et les eaux de son lit, et les nymphes des eaux.(*)
Ce tfest pas au premier moment que le spectacle majestueux de cette cataracte pénèti*e Tame de toute sa beauté. Un bruit étourdissant, im courant d'air
■ ' III .IJKU I ■ I l'Kl 11 ■ III III I I
(*; Voyez Ovid. Metam. Lih, L v, 570 et seç, traduit par de St. Ange.
. 4 • . spumosis volvitur undîs Dejectuque gravi tenues agitantia fumos Nubila conducity summasque asptrgine siîvas Imptuit , et sonitu plus quant vicina fatigat» Hœc domus , hœc sedes , hcec sunt penetralia magni \4Tnms» In hoc residens , facto de caufibus anter Undisjura dabat , Nymphisque colentiifus undas.
glacé, une pitue perçante , un chaos bizarre de nuages, àe brouillards mouvans , de fusées d'écume assaillent tous les sens avec une telle force , qu'il faut se recueillir pendant quelque tems , avant de pouvoir s'élever à la contemplation raisonnée de ce sublime objet. 2"^'^"®s iustans s'écoulent encore avant que Tespritet le jugement puissent saisir les détails décette scène si riche et soumettre ses diverses parties aux règles reçues de grandeur , de largeur , de hauteur de proportions physiques. Ici , le pinceau de la poésie est plus fidèle qu'une plume froide et prosaïque. Ce chaos mouvant d'ondes tumultueusement agitées au milieu d'un chaos immobile de rochers et de débris fournit tous les traits d'une description poétique. On oublie tous les mots qui expriment la nature inanimée, lorsqu'on voit ce furieux combat de l'élément révolté*
Oserai«-je aussi , au risque d'échouer , tenter d'en faire la description ! Un rocher noirâtre qui traverse sur une ligne assez longue le flanc de la montagne, forme ime niche , devant un profond bassin creusé dans des débris de schistes , -se vuidant par une large fente dans le lit de la rivière. Le rocher avance des deux côtés de cette niche , haute de 2 à 300 pieds ; sur sa marge supérieure , il présente des traces de décomposition et des crenelures nombreuses. Les ondes du Reichenbach resserrées dans un canal étroit s'élancent avec une violence inexprimable de la plus profonde de ces entailles , de la gauche à la droite du spectateur. On estime le diamètre de cet énorme rayon d'eau de 20 à 30 pieds, et jusqu'à 40 pieds après de longues pluies^ U tombe presque en entier
4or
âur une assiette du rocher et contourne au milieu de sa chute pour achever dans toute sa longueur soir trajet vers le sombre abime. On se penche avec précaution , mais en tremblant , pour regarder au fond de ce gouffre. D«s broussailles mobiles qui se balancent au sommet des rochers , paraissent aussi trembler devant cette effrayante profondeur. Aucun grand arbre n'étend ses rameaux autour de celte horrible gorge 9 comme si les Hamadryades seules osaient se jouer avec ime témérité enfantine sm^ les bords du précipice. Le soleil même semble répugner à lancer un regard dans ce noir bassin , où ses rayons ne pénètrent presque jamais. Un angle saillant du roc projette une ombre grisâtre sur une partie de la gerbe éblouissante de blancheur.
Dans les momens favorables 9 Tare d'Iris , ce gage de la céleste paix, brille à vos pieds 9 mobile dans ces diverses nuances; et son ceintre Vaste et gracieux se prolonge dans la niche derrière la chute et luit au travers de l'écume. Il colore d'une manière incomparable la lisière des nuages de poussière liquide qui s'élèvent sans cesse du bassin bouillonnant , puis il revient en glissant presque imperceptiblement audessus de la rivière , se terminer devant le spectateur , au point d'où il est parti ,. en formant ainsi mi cercle pai*fait. On croit voir un salamandre enflammé voler à la poursuite des milliers d'Ondines qui dansent autour de leur domaine aquatique; mais il n'a pu en atteindre aucune, et n'osant pénétrer dans les ténèbres de leur gratte , il continue à toiH'noyer d'un vol ra- {ude. Les légères Ondines rient de ses efforts inutiles
et dan^ leur humeur badine, elles s'élancent sans cesse du haut du rocher , essayent de se retenir à ses saillies 5 se pourchassent d'une corniche à l'autre et sautillent sur les rescifs du bassin ? où elles se rassemblent enfin en foule pour recommencer leurs jeux infatigables.
Ces images sont peut-être trop riantes pour le fracas des, eaux en courroux qui les a fait naître; mais , embarrassé d'exprimer celles qui se présentent encore à mon imagination , je descends plutôt à quelques milliers de pas plus bas vers la cascade près du B^gelein , ce pont de pierre d'une seule arche , qui réunit près du Zwirgi les deux rives escarpées du Reichenbach. Cette chute se distingue par sa violente impétuosité. Courroucé d'être sans cesse arrêté dans sa course et de se trouver maintenant resserré euti'e des rochers insurmontables , le vigoureux Dieu du fleuve prend un élan et se précipite d'un bond téméraire en grondant , en faisant siffler l'air tout à l'entour , dans un bassin de pierre qui peut à peine le contenir, La croupe du rocher sur la rive droite est hérissée de dentelures tranchantes et surplombe dans sa teinte d'un gris noirâtre au-dessus du ruban éblouissant de l'eau. On voit les flots s'avancer, eu serpentant paisiblement , comme sous un arc de triomphe , vers le gradin qui leur prépare un saut si formidable. Quelquefois le soleil éclaire le miroir des ondes en-deçà de l'arche du pont , tandis que l'ombre règne de l'autre côté ; il jette seulement des regards furtifs au travers du feuillage touffu qui tapisse les bords du précipice , au fond duquel les crêtçs de rq-r cher$ sur les deux rives se rapprochent
La colonne d'eau blajiche vient se briser en mille atomes contre cet obstacle et se x'épand , soit en dehors 5 soit en dedans de Tinteri'alle qui sépare encore ces rocs. Cette cataracte a un caractère particulier , effrayant, sublime et romantique. Le torrent à moitié caché, semble s'ouvrir un passage dans le Tenare; la poussière qui s'en détache représente la fumée des Enfers , et son mugissement , les hurlemens de Cerbère.
L'avant - dernière cascade du Reichenbach est plus gracieuse. On passe sur sa rive gauche et on descend à quelque distance du courant. Bientôt on voit ses ondes tantôt blanches , tantôt azurées , se presser en bouillonnant entre des blocs de rochers saillans et adhérens au rivage , surmonté d'arbres à tiges élancées. On peut appliquer à cette rivière ce que Séneque dit des cataractes du Nil : „ Vainqueur „ ou vaincu , ce fleuve se précipite à grands flots. " C)
Un sentier étroit sur le coteau verdoyant conduit en ari'ière vers le lit du torrent , et l'on gagne une terrasse plantureuse , sur laquelle s'élevait jadis un superbe tilleul , dont il ne reste plus que le tronc. Ici on domine le cours de la rivière dans un lit élargi , sous le dôme de quelques beaux arbres qui répandent une frafcheur bienfaisante. On dirait , en voyant son paisible ondoyement, qu'elle a toujours roulé en plaine; le feuillage dérobe à la vue tous les rocs, tous les obstacles qu'elle a franchis et ceux qui l'attendent
(*) Seneca Quasi. ncU. L. IV c^2 : ^vbîcunqut vlncU^ » aui vincUur fluctuât^ "
encore. Mais , tout-à-coup , Ton voit un nuage de poussière s'élever de sa surface , comme si elle préférait gagner la vallée en traversant les airs , plutôt que d y descendre par la rampe dangereuse des gradins du rocher. Un bloc noirâtre placé sur la marge de la cascade , partage en deux la masse des eaux et double ainsi sa largeur. Le plus fort de ces deux bras tombe à droite de ce caillou; mais il, s'en détache un peu plus bas une nappe qui coule lentement sur les marches de la pierre brune, comme si elle craignait d'entreprendre un saut aussi téméraire et qui vient se rendre dans le résen^oir commun, où se rassemblent toutes les branches de la rivière avant d'aller se réunir i J'Aar.
Cependant , la grande colonne accomplît sa chute rapide et téméraire. Les deux rayons se réunissent sous la voûte sombre d'un angle du rocher proéminent; ils s'entrechoquent, se croisent, envoient au loin des nuées de vapeurs et forment avec un fracas horrible une énorme lavange d'eau. Mon imagination crut reconnaître dans les coupures du roc à droite le masque d'un Tantale altéré qui, tourné vei'S le courant et ne pouvant l'atteindre , espère envain d'étancher l'ardeur delà soif qui le tourmente.
t Avant de descendre encore pour me rapprocher de la dernière cascade , je rétrogradai au contraire sur le talus pour en aller voir une autre au-dessus du pont du Bôgelein. Elle tombe successivement sur quatre gradins et serait très-remarquable , si elle était la seule. Les blocs de pierres de diiTérentes
teintes et de différentes formes , au milieu de la rivière et sur ses bords , la couleur chatoyante du bleu au blanc argenté de la nappe d'eau , Ja profonde obscurité qui règne au - dessus des deux gradins supérieurs offrent à Tœil un tableau peu commun, attrayant et varié , au milieu duquel on croit voir une danse gracieuse de Nayades.
Mais la cascade la plus voisine près de la Fuchshutte (cabane des renards) est infiniment plus remarquable. On ne devrait jamais négliger de la visiter. Je passai pour m'y rendre sous un toit de verdure , formé par de belles tiges de hêtres et de tilleuls qui me firent souvenir que Taimable et habile paysagiste M. de La Rive de Genève est venu prendi'e dans ces lieux ses plus belles études d'arbres^ L'astuce perfide des humains a placé au sein de ces merveilles de la nattœe un instrument de mort. Sur un îlot de rescifs, revêtu de broussailles , au milieu d une nouvelle chute , on a construit une petite hutte pour tuer les renards. Là , le chasseur caché guette ces animaux lorsqu'ils viennent s'abreuver dans le ruisseau , où le courant de l'air les empêche de fliairer leur ennemi.
Lorsque les eaux sont hautes , la cascade se divise en trois branches et la plus forte tombe à droite avec une abondance admirable. Un autre bras jaillit à côté du pilier naturçl qui porte la petite île et paraît avoir rongé profondément son lit rocailleux. Des millions de flocons d'écume viennent blanchir comme de la neige la parois inclinée du cadre de rochers
et ne la tapissent jamais. A gauche , tin troisième rayon rebondit en angle droit du rivage et paraît frayer eu dessous une voye à «es deux frères. On peut assigner à cette cascade le troisième rang parmi celles du Reichenbach, si ce n'est par sa beauté , au moins par son aspect bizarre , et c'est aussi la troisième que l'on rencontre en descendant dans ta vallée.
Je voudrais laisser respirer pendant quelques ins^ tans le voyageur fatigué de tant d'effets aquatiques, en lui présentant pour se reposer quelques jolis pointa de vue sur U contrée riante gui s'étale à ses pieds. Je l'invite à venir s'asseair avec moi à quelque dil5tance du Reichenbach , sur l'échaffaudage élevé d'une grange f et à contempler la vallée déUcieuse , et audelà le Hasliberg éclairé par un brillant soleil avec ses grands villages , ses forêts touffues , ses prairies ^ ses pâturages , que je n'ai jamais vu sous un jour plus favorable, que de cette station. Mais bientôt la chaleur du milieu du jour ihe força à retourner auprès du ruisseau où je m'assis sur un banc de rocher 5 à Tombre des aulnes et des coudriers qui ornent la rive gauche de ce courant d'eau.
En face de moi se dessinait le ceiiitre de l'arche du pont, souvent mentionné, vers lequel l'onde azu« rée et scintillante s'acheminait en gazouillant doucement à ma droite. A mes pieds , elle formait une petite baye , encaissée entre des quartiers de roc et des pierres roulées, ombragée par un jeune noyer, dans laquelle conduisaient quelque^ marches cousk
truites en larges dalles de pierres, ^^elle scène pour le pinceau d'un Gessner ! Qutl parti n'auraîtîl pas tiré de Theureux accessoire qui vint l'animer , pendant que j'y prenais mon repas frugal. Un jeune et svelte faucheur , beau comme Appollon , avec des formes athlétiques , venant d'une prah'ie voisine , s'avança vers la rivière. Pour se préserver du soleil , il avait entouré sa tête d'un mouchoir , qui descendait sur sa nuque et dont les bouts passés sous ses bras étaient noués avec grâce sur sa poitrine. Sans faire aucune attention à l'étranger qui le regardait , le vigoureux adolescent plongea d'abord ses mains hâlées et brûlantes dans l'onde fraîche , puis se posant d'un seul pied sur un caillou étroit au milieu du courant, il baissa sa tête avec une adresse et un équilibre inimitable sur la nappe d'eau et se désaltéra, comme buvaient les héros de Gidéon , sans daigner puiser le breuvage avec la main à l'instar de Diogène. U serait impossible de se représenter , de décrire un tableau d'Idylle aussi parfait, ni d'inventer des formes accomplies et une attitude aussi hardie et aussi gracieuse.
En regrettant de ne pas posséder le talent et le génie d'un artiste qui aurait pu profiter du modèle qu'un heurpux hasard venait de m'offrir , je me levai enfin et je montai le long de la rivière vers sa chute Supérieure pour la revoir encore sous un autre point de vue. Elle était si bien éclairée dans cet instant , qu'elle me parut plus belle que jamais , et que je crus ne l'avoir jamais vue auparavant. Le bouillonnement de l'écume au fond du bassin était admirable au-delà
de toute expression. Ces flots roulans s'affaissânt , se soulevant tour à tour , cette mutation continuelle de formes et de place , et cependant cette constance infatigable de mouvement, d'agitation, ce tournoyé^ ment des ondes sur le même point et leur fuite rapide , tous ces accidens , sans cesse variés , saisissent Famé et exaltent l'imagination. L'abord facile de cette station , dont le terrain est toujours sec, devrait la faire rechercher par tous les curieux; mais il est à craindre que si elle était plus fréquentée qu'elle ne l'a été jusqu'ici , bientôt le propriétaire du sol n'exigeât avec une grossière importunité un tribut , tel que l'on est sollicité d'en payer dans d'autres locaUtés aux environs du Reichenbach.
Je continuai ma route depuis cette place favorite jusqu'à la plus prochaine terrasse de la montagne , iOu se trouvent les ruines d'un ancien signal nommé la Lugen, près du hameau du Falcheren, d'où la vue parfaitement dégagée est encore préférable à celle du Zwirgi. On y suit de l'œil distinctement tous les contours du Hasliberg (montagne de Hasli) jusqu'à son extrémité vers le Miihlithal. Le Schoren^ rocher anguleux , est la première des sommités qui le couronnent du côté du Briinig; puis le Giebelj le hohe Stollen, le Hothhorn, les deux Lauherstocke sont autant de dents de cette chaîne , qui se termine près de Weissenjluh par le Gummgrat, Au-delà , on voit dans un grand éloignement près du Susten une sommité de neige du canton d'Uri, ainsi qu'à gauche au-delà du Brùnig au nord , l'on apperçoit le Rindergrat et le Rothhorrij situés derrière Brienz. Mey-
rîngen au fond de la vallée se présente en face sous le jour le plus avantageux. L'auberge du Sauvage et l'antique église au pied de la montagne rocailleuse se distinguent parmi les autres bâtimens.
Mais le large banc de débris, de gravier, de de pierres roulées , que le torrent de TAlpbach amène jusques à la hauteur des bâtimens , fait un effet triste et pénible, -dans ce beau paysage. Le chemin qui monte au Hasliberg serpente sur le penchanrt de la montagne entre ce torrent et celui de Miihlibach. Une tour en ruines , celle de l'ancien donjon de ResU^ s'élève j comme un bloc de rocher gris-jaune , peu au-dessus des combles du hameau de Stein, presque coutigu au bourg de Meyringen. Le chemin qui conduit de là au village de TVilligen^ en passant sur le pont couvert de l'Aar, ressemble à un fil gris passé par le trou d'une aiguille. La sortie de TAar hors de la gorge du Lamm, entre le Kirchhet et le Hasliberg , fait un effet singulier et offre le contraste frappant de l'horreur d'un antre sauvage avec les rians alentours du hameau de Geissholz. Je doute qu'il existe un point de viie plus favorable que celui de la Lugen pour embrasser de l'œil toute la Vallée de Hasli.
J'avais réservé la dernière cascade du Reichenbach pour la fin de ma promenade et de ma journée, si riche en jouissances. Cette chute se joint à l'avantdernière de celles que j'ai décrites , pour former un ensemble unique et charmant. (*)
Ç") Il en existe de très-jolis dessins de Rieter et K6ni^ , qui 8t distinguent par leur fidëitté.
Je me plaçai sur un large bloc de rocher , à moî^ lié revêtu de verdure , à gauche du bassin , éclairé par le soleil couchant , et je fus frappé de l'abondance de ses eaux. Il me parut que leur niveau était dans ce moment élevé au moins d'un pied de plus, que je ne l'avais vu avant midi , ce qui provenait apparemment de la fonte des neiges dans les régions supérieures. Un roc couvert de verdure partage cette cascade en deux parties inégales et produit ainsi un effet itrès-pittoresque. Le plus petit de cfes bras , à droite , se projette dans sa chiite rapide un peu plus en avant que celui de la gauche , qui se verse avec une force redoublée dans le précipice. La forme ronde du bassin qui les reçoit tous les deux et le mouvement infatigable et ondoyant du hquide qu'il contient, contribuent à la ressemblance de cette cataracte avec celle du Rhin à Schaffouse; on peut comparer le plateau du rocher où je me trouvais avec la galerie bâtie au bord de ce dernier fleuve au-dessous du château de Lauffen.
Ici 5 comme là , on est exposé à un courant d'air continuel et à une pluie abondante d'eau en poussière. Un brouillard qui s'élève sans cesse des gradins , sur lequel la rivière rebondit, paraît être le retour des eaux vers les cieux d'où elles semblent descendre immédiatement , le penchant supérieur de la montagne étant masqué par les arbres de la dernière terrasse. Cette double cascade à deux étages fait" une conversion très-sensible à l'œil qui augmente encore sa beauté. L'étage supérieur est tourné plus au nord vers l'extrémité de la vallée, tandis que le second
saut
4ir
saut étale sa superbe nappe à Torient et en face du Hasliberg.
Il était déjà près de S heures du soir et le soleil ne dardait plus sa lumière que sur l'étage inférieur; le rivage trop élevé l'interceptait déjà à la partie supérieure de la cascade, g^oiqu'elle soit infiniment plus belle lorsqu'elle jouit en entier des rayons de l'astre du jour , cependant elle offre toujours par la force de sa chute , par le volume considérable de ses eaux, un spectacle propre à émouvoir profondément les mortels , en leur rappelant la durée de leur existence si courte auprès de ceUe du torrent, que Ton quitte en redisant ce beau vers :
Labitur et labetur in omne volubilis cevum. L'onde coule et coulera toujours.
Horace Épit. II. Liv* I*
Meyringen et la vallée de Hasli en général.
S'il existe en Suisse im délicieux coin de pays , c'est certainement celui de la vallée de Hasli autour de Meyringen , où Ton est toujours tenté de s'écriey avec Horace ( Ode VI. Liv. II. ) :
Ille terrarum prœter omnis Angulus ridet.
Plus que >tout l'Univers ^ j'aime cette retraite. Tom.lL 27
Une nature riche et variée, irn climat tempéré, une foule de tableaux gracieux dans un cadre rap-* proche et romantique, plein de superbes cascades, tes plus beaux pâturages alpestres, des grouppes de rochers incomparables, la vue des orgueilleuses cimes de neiges , de nombreux villages , hameaux et chakts habités par une population d'une beauté remarquable , que de matériaux intéressans pour les poëtes, les peintres, les sensibles amis de la nature! Si la contrée du Gessenay a pu réveiller un talent aussi distingué, une plume aussi habile que celle de M. de fionstetten , qui l'a décrite dans ses Lettres sur mut contrée pastorale de la Suisse , dédiées à Jean de Mûller, Berne 1Ô12 , comment se fait-il que l'aspect de l'Oberhasli, peut-être plus remarquable et sûrement phis riant , n'ait encore inspiré aucun ouvrage pareil ? Tous |es voyageurs le visitent avec une grande attention , et plusieurs en ont tracé des esquisses aussi bonnes qu'il était possible de les faire, après l'avoir parcouru rapidement.
Ebel en donne une description très-exacte. Sous le point At vue économique^ il n'a rien paru de meilleur sur ce pays que le Mémoire estimable de M. le ministre Spriingli. Il a été rédigé à l'instigation de là Société économique de Berne , qui avait entrepris une collection très-intéressante et très-utile de pareilles descriptions locales desdifférens districts du canton. On doit nécessairement consulter cet ouvrtige lorsqu!on veut écrire sur cette contrée , et j'en profite en aijôutâiit mes propres observations et celles que m'a fourni ji^ complaisance de quelques amis, entre
autres M. le paateur Kascrmann à Meyringcn ; ou que j'emprunte à d'autres auteui*s.
La contrée ou le district de Hasii se divise , ainsi qu'il a déjà été dit , en trois paroisses , celles de Meyringen , de Gadmen et de Guttannen , sous Tadminis- .tration d'un Préfet commun qui , depuis des siècles >, a été nommé par le Gouvernement de Berne et choisi parmi les habitans de la vallée.
La population de la paroisse de Mejoîngen est la plvis nombreuse. Elle a été portée , par des calculs faits en 1S16, au nombre de 4657 habitans répandus dans plusieurs communautés plus ou moins grandes -et situées soit 3ur les coteaux des deux côtés de la vallée, soit dans son terre-plaîn, en-deçà et en-de/à du mont Kirchhet. j^^^l^^^^s-unes de ces communautés comprennent plusieurs hameaux , réunis par des propriétés communes ou par des droits égaux. Leui^ nombre est de 18 , et chacune est pourvue d'une école. Ce sont : 1. Meyringen avec plusieurs hameaux. 2. Willigen. 3. Schwendi. 4. Lugen. 6. Geissholz. 6. Falcheren. 7. Briinigen. 8. Haslibergqui comprend plusieurs villages. 9. Grund avec quelques hameaux. 10. Bottigen. 11. Aeppigen. 12. Wyler du côté du soleil avec Miihlithal. 13. Wyler du côté de l'ombre.
' La paroisse de Gadmen contient la communauté de Nesselthal ; celle de Guttannen , les communautés d'Im Boden et de Guttannen 9 et chacune de ces paroisses a deux écoles.
D'après ces indications préliminaires, on peut juger de l'étendue et du produit de ce district. Quoique nulle part la vallée principale n'ait plus d'une demi-lieue de largeur , sa longueur considérable , les flancs des montagnes et les vallées latérales oiTrent assez d'espace à de nombreuses habitations , à une culture variée et à d'excellens pâturages. On estime que rOberhasli , depuis le pont de Wyler où commence le territoire de Brienz jusqu'aux frontières du Vallais sur le Grimsel , a 10 lieues de long , et que sa largeur , entre le fond des vallées latérales au Joch et au Susten , et la grande Scheideck est de 7 à 9 lieues.
La population a continuellement augmenté depuis une longue suite d'années. Des extraits des registres d'église de la paroisse de Meyringen prouvent que le nombre de sqs habitans a presque doublé depuis un siècle , quoique dans ce période les émigrations dans d'autres pai'ties de la Suisse et dans l'étranger aient été beaucoup plus fréquentes. Dans l'année 1675 , il y eut à Meyringen 88 baptêmes , 52 morts et 16 mariages. En 1775 , 124 baptêmes , 68 morts et 26 mariages. En 1785 , 120 baptêmes , 53 morts et 28 mariages. Dix ans après, en 1795 , le nombre des baptêmes monta à 159 , celui des morts seulement à 44 , et celui des mariages à 39. Les années 1805 et 1815 n'ont pas présenté une proportion aussi favorable. Dans la première, on compta 154 baptêmes, mais 70 morts et 40 mariages. Dans la seconde , 151 baptêmes , 69 morts et 42 mariages.
On doit certainement attribuer cet accroissement progressif de la population à Tintroduction de la vac-' cine , à la culture plus étendue des pommes de terre , à l'amélioration de quelques petites branches d'industrie , et comme toutes ces causes continuent encore à agir, il est à désirer que Ton s'applique plus qu'on ne l'a fait jusqu'ici à multiplier les moyens de subsistance , en partageant et en mettant en culture des pâturages communs, dont on tire peu de parti , et en perfectionnant l'éèonomie des vacheries alpestres. Une vacherie bien organisée , établie par le Gouvernement ou par des particuliers entendus qui pourrait servir de modèle, serait d'un très -grand avantage. Ici , comme presque partout ailleurs , le paysan n'ose pas s'écarter de ses anciennes habitudes, ni de la manière usitée de mettre à profit sa propriété , dûtelle même lui rapporter moins. Il craint trop de s'exposer à des pertes en adoptant de nouvelles méthodes.
L'agriculture , assez restreinte dans l'Oberhasli, produit quelque peu de céréaks , des fruits , du lin , du chanvre et des plantes potagères. Mais la branche d'économie la plus importante pour cette contrée est celle du bétail , des fromages et le commerce qu'on en fait. Le nombre très-considérable de 54 Alpes ou pâturages alpestres qui en dépendent prouvent évidemment que la nature a destiné ses habitans à être un peuple pasteur. On a calculé que ces Alpes peuvent fournir le fourrage d'été à 4448 vaches ou à la quantité proportionnée d'autre bétail et qu'on y nourrit en effet l'équivalent de 4000 vaches. L'un de ces
pâturages est citimé à 450 vaches , trois autres à 300 et plus , d'autres à 100 et 200; ujais il y en a plusieurs aussi dont Talpage n'est que de 20 , 10 et même de 8 vaches/
On a souvent fait le dénombrement des bestiaux dans la contrée, et je crois devoir rapporter ici le résultat de deux de ces récensemens. Le 1." Avril 1810 , il existait dans tout le district d'Oberhasli le nombre de bestiaux suivant : 77 taureaux âgés de deux ans et plus , 2418 vaches , 788 génisses et jeu* nés taureaux au-dessus d'un an , 491 veaux , 168 chevaux au-dessus de deux aiis , 42 poulains , 4871 bêtes à laine de tout âge et de tout sexe , 3916 boucs et chèvres , 1 âne et 1459 porcs tant jeunes que vieux. En tout 14,231 pièces de bétail , qui étaient toutes nourries , à peu d exception près , du produit du sol du district. Cinq ans après , le 1." Février 1815 , l'état du bétail consistait en 1 bœuf d'attelage, 60 taureaux , 2592 vaches , 955 jeunes bêtes à cernes , 321 veaux, 142 chevaux ,51 poulains, 5123 brebis, 3457 boucs et chèvres , 4 ânes , 1026 porcs de tout âge. Ensemble 13,738 têtes de bétail ; en conséquence 493 de moins qu'en 1810. Cette différence provenait peut-être de ce que le dénombrement fut fait huit semaines plus tôt et que l'on ne compta pas le jeune bétail , qui devait naître dans ces deux mois.
Mais ime foule de circonstances contribuent à faire augmenter ou diminuer le nombre des bestiaux d'une année à l'autre. Dc mauvaises récoltes de foin, le prix plus élevé du bétail sur les marchés voisins
en font sortir un grand nombre , tandis que le con* traire les fait rester dans le pays.
On peut aisément déduire de ce qui vient d'être dit , que le commerce du bétail et des fromages est la principale source de profit pour cette conti*ée. On estime que les 54 pâturages qu'elle contient corn* prennent 150 jusqu'à 200 vacheries; chacune rend , l'une portant l'autre , 20 quintaux de fromages pour la vente. Il en résulte pour tout le district un pro* duit de 3000 quintaux, qui font entrer dans le pays la somme d'environ 90,000 francs (le quintal à 30 fr.) Si l'on pouvait croire ces calculs exagérés , on pourrait s'en tenir à ceux qu'a donné le laborieux auteur Normann dans sa Description géographique et sta^ ùs tique de la Suisse. Hambourg 1795. FbL I, p. 802.
„ Suivant une supputation faite vers l'année 1760, dit-il , „ le district d'Oberhasli exportait annuellement „ en fromages, en grande partie par le Grimsel en n Italie et par le lac de Brienz , plus de 1050 quin- „ taux , pour la somme d'ejiviron 21,000 écus d'Em- „ pire (soit 63,000 franôs de Suisse), 4000 brebis, „ pour la somme de 8000 écus (soit 24,000 fr. de S") , „ des chevaux pour environ 2 à 3000 écus, et pour „ environ 2300 écus de porcs. ''
Ce calcul , suivant lequel il y entrerait annuellement , au moyen de ce commerce , une somme de 118^000 livres bernoises et queFâsi a répété dans sa Géographie de la Suisse , ne me paraît incomplet qu'en ce qu'il ne fait point mention des bêtes à cor-
nés 9 d6nt il sort certainement aussi une quantité considérable , qui ne peut être comprise dans aucun des articles préindiqués.
On compte aussi parmi les objets d'exportation de rOberhasli les peaux des animaux de boucherie que Ton y tue et celles des bêtes sauvages ; les fourrures de blaireaux et de renards , ainsi que les peaux de chamois assez rares que Ton tire en général de rOberland , sont particulièrement estimées.
On peut y ajouter encore un peu de bois , de lin , de chanvre , de laine et de plantes officinales \ mais \ts sommes qu'on en retire ne sont pas assez considérables pour compenser l'absence de toute industrie manuelle qui porte un grand préjudice à cette contrée et augmente la masse des objets d'importation , par laquelle les bénéfices du commerce d'exportation sont absorbés en grande partie. On ne recueille qu'une petite quantité de bleds de printems , d'avoine et d'orge; la culture des pommes de terre augmente et s'améliore chaque année , et ce fruit est devenu une ressource indispensable pour les pauvres. Mais on est obligé de tirer de l'étranger des grains pour une somme que Fâsi porte à 2000 Rixdaler. On estime celle du sel importé à 100 quintaux pour la valeur de 5000 Rixdaler et celle du vin à 1000 Saum (mesure d'environ 100 pots de Berne), qui coûtent environ 16,000 Rixdaler. Enfin , il y entre encore les marchandises suivantes ; draps, boutounerie, chapellerie, cuir, fer, outils ^ tabac, ris, sucre, café et épiceries, qui , Routées aux intérêts des capitaux
dûs hors du district , établissent une disproportion très-inquiétante entre les dépenses des habitans et leurs revenus , inconvénient qui menace toujours d'empirer en raison de l'augmentation des familles , malgré les fréquentes émigrations.
On peut donc encore appliquera ce pays ce qu'en disait déjà Normann ' n La filature , le tissage et ,, d'autres travaux manufacturiers pourraient devenir „ une branche d'industrie accessoire profitable pour „ ce peuple pasteur , pendant ses longs loisirs en yj hiver. Mais l'habitant du Hasli n'aime pas ce genre „ d'occupation , et ne fait du drap de sa laine , et de „ la toile de son chanvre et de son lin que pour son » propre usage et en se bornant au strict nécessaire , ,, et encore sont-ce en grande partie des tisserands n étrangers qui travaillent ces tissus. En général , la „ police administrative du pays est susceptible d'a- „ mélioration, et elle en aurait grand besoin. Il existe jj de nombreux abus dans l'économie des pâturages „ alpestres. Les riches en tirent presque tout l'avanj) tage. Les pauvres ne maifquent ni d'aumônes , ni y, d'autres assistances ; mais il n'y a point de maison „ de travail où l'on pourrait utiliser les secours qu'on yy leur donne. " (*)
(*) II serait en effet fort à dësirer que Ton instituât de pareils ëtablissemens , à T instar de ceux que plusieurs ' communes de l'Emmenthal ont ériges , et qu'elles ont réunis à leurs hôpitaux. On en trouve de très-distingués dans les villages paroissiaux de Languau , Samîswald , RUderswyl, LUzeIflUh et autres, que des étrangers même ne verraient pas sans y prendre un grand intérêt.
Le seul obstacle qui paraît s'y opposer consiste dans la crainte que cette peuplade ne tombât dans le même inconvénient , qui pèse maintenant sur le canton de Glaris et d'autres parties de la Suisse , dont les habitans , séduits par le bénéfice momentané de leurs manufactures , ont abandonné peu à peu l'agri- . cultm'e et l'économie du bétail , et sont tombés subitement dans une affreuse misère , à la suite des grands changemens survenus dans la marche du commerce européen.
Il faut éviter que l'antique et vîgoureusç race des pâtres ne dégénère en un peuple fabricant , mol et faible. Mais , si elle ne revient pas à son ancieime tempérance , à la simplicité originaire de ses mœurs , elle ne peut être sauvée que par de nouvelles branches d'industrie , par d'importans perfectionnemens dans celles auxquelles on s'est adonné jusqu'ici , ou par des émigrations bien dix'igées qui diminueraient le surcroit trop considérable de la population. Le Gouvernement seul pourrait , avec la force et les lumières qui lui sont propres , prévenir l'appauvrissement total dont cette contrée est menacée. L'affluerice des étrangers qui a recommencé depuis quelque tems rapporte maintenant un bénéfice assez productif; mais il se concentre en peu de mains et n'est pas analogue au caractèi:e de ce peuple; aussi n'a-t-il pas réveillé remarquablement son activité , et Ton n'a pas même eu soin de prendre toutes les mesures nécessaires pour la commodité des voyageurs , pour leur transport ou pour les faire jouir avec plus de facilité des beautés de la nature qu'ils viennent y chercher.
Cette A^allée offre au paysagiste , particulièrement dans le circuit d'une lieue quarrée autour du bourg principal , un ti-ésor inépuisable de belles études de k nature. Lé vallon de Grund au-delà de Kirchhet présente encore quelques scènes douces et agréables; mais elles sont déjà trop rapprochéesdes hautes montagnes et de leur aspect sauvage et monotone , tandis qu'autour de Meyringen il existe une variété sans égale de tableaux gracieux et riants qui forment un contraste admirable avec les rocs hérissés et les sombres forêts dont ils sont entrecoupés. Plus bas vers le lac de Brienz , les nombreuses habitations ^ les riches vergers disparaissent , lés parois de rochers sont plus escarpées et d'un aspect plus sévère. Des prairies marécageuses , où fermentent les dépôts de TAar , y produisent moins d'herbes et ne sont revêtues ni de beaux ai'bres , ni de l'émail des fleurs.
Mais aussi, ces alentours de Meyringen et de Stein jusqu'à Willigen et Schwendi ont toujours fait l'admiration des artistes. M. Ch. L. Zehender de Gerzensee , habile paysagiste bernois , mort , il y a (quelques années , après une longue maladie , trop tôt pour les beaux arts , dit dans le texte qui accompagné le Recueil de paysages suisses , etc. cité plus haut :
„ La nature étale dans cette contrée tous ses at- ^ traits ; elle s'y montre dans le faste le plus impo- „' sant : du buisson flexible jusqu'au glacier majes- „ tueux,,tout est grand, tout est noble , tout est de j, la plus belle forme; enfin , c^est là que le paysa- „ giste doit épurer son goût et l'élever au style hé-
yf roïque. Des monts entassés sur des monts menaj, cent les cieux de leurs sommets élancés : partout ry le sauvage est lié admirablement au champêtre ; y) d'épouvantables masses de rochers sont couronnées j, de grouppes d'arbres charmans ou parées de brousy, sailles légères, et sur les terrains fertiles s'étend y, un tapis velouté du plus beau gazon. Des plantes ff aromatiques embaument Tair de leurs parfums „ exquis , et la couleur de chaque objet est d'une ), vivacité que l'on ne remarque nulle autre part que » dans les Alpes ; tout le pays porte l'empreinte de 3, l'extraordinaire ; des choses mille fois vues prennent y ici un nouvel intérêt et plaisent par des charmes yj non encore apperçus ; à chaque instant , l'œil est, n surpris par des singularités qui tiennent au local ; » à chaque pas , Fattente est trompée : ici , Ton se croit aux colonnes d'Hercule , et là , la vue ne connaît plus de bornes , plane sur des lointains im-
ii menses et domme la plus vaste plaine. "
„ Cette déUcieuse vallée joint à toutes les beautés ^ de la nature et à un sol naturellement fertile le pré- ), cieux avantage d'une culture bien entendue, l'abon- „ dance des vivres et les pâturages les plus gras : 5, tout y vient presque sans effort, et la salubrité de „ l'air est inconcevable : si le bétail est plus grand „ dans d'autres contrées, il plaira davantage dans „ celle-ci par sa légèreté et par sa couleur. Cette „ contrée est propre à inspirer le poëte; elle a exalté „ l'imagination de Haller qui lui a consacré les plus „ heureuses strophes de son immortel poëme. (*)
(*} Pisch 4 dans ses JL»etttes sur la France méridionale ,
Sous le point de vue de son rapport , le sol productif se divise en pâturages , prairies , marécages, terres arables et forêts. On a déjà indiqué plus haut le nombre des pâturages et ce qu'ils rendent. On en profite dès le milieu de Mai jusqu'au milieu d'Octobre. La plupart sont divisés en trois stations j que les vachers font pâtui*er successivement du bas en haut au commencemeint de Tété, et ensuite du haut en bas , à rapproche de l'automne. Us finissent la saison du pâturage en plein air , sur les Alpes les plus bâSS^uC Vorsassen , Voralpen ) , et enfin sur des prainVà l'en tour des villages , jusqu'à ce qu'ils fassent prendre à leur bétail les quartiers d'hiver dans les étables plus ou moins éloignées des habitations , où l'on a déposé le foin et le regain des meilleures prairies et seulement le fourrage des moins bonnes.
On tire un double parti des pâturages de montagnes ; d'un côté , l'on y engraisse une quantité de chevaux , puis 9 des bétes à cornes , des brebis et des porcs-, que l'on tue en automne pour la consommation des habitans , ou que l'on vend au dehors \ de l'autre , on convertit le lait en fromages , en quelques autres denrées , telles que le serêt , le beurre ; celle-ci est la plus rare , faute d'un débit rapproché et commode. On exporte la plus grande partie des fromages , surtout les meilleurs , tandis que les fromages maigres, le serét et le petit-lait se consom-
p€ig. 12 , observe que la vallée de Tlsère près de Grenoble , a beaucoup de ressemblance avec celle de Hasli, à laquelle cependant il donne la préférence.
ment dans le pays et lui foumiss^t au moins la moitié des subsistances nécessaires.
Les prairies de la plaine et des coteaux les plus aecessibles produisent le fourrage d'hiver pour le bétail; cependant, les habitans pauvres qui ne peuvent envoyer en été qu'un couple de chèvres sur les pâturages de montagnes , sont obligés de les nourrir dans la froide saison avec des foins sauvages ou de la feuille d'arbres. On s'adonne à Toccupation dangereuse d'aller faucher ces foins sauvages sur les terrasses des rochers les plus escarpées , ]^|P ^^^* quemment que dans le Grindelwald y et les faucheurs y recueillent , au péril de leur vie , les herbes les plus aromatiques.
On trouve d'ailleurs jusqu'à Guttannen et à Gadmen d'excellens prés qui sont d'un très - haut prix. iSur les hauteurs du Hasliberg et sur d'autres coteaux élevés , où l'on devrait s'attendre à ne voir qu'une herbe alpestre très-courte , elle vient assez haute , pour qu'on puisse (a faucher en abondance , et les beaux villages situés sur ces montagnes prouvent la richesse du pays, arrosé par des nombreuses et abondantes sources. Outre une double récoite de fohi, les meilleures prairies offrent encore des pâturages dç printems et d'automne que le bétail va brouter. On ne fauche même les prés de moindre qualité qu'une fois, en faveur de cette pâture. Il existe encore beaur coup de terrain vague appartenant aux communautés qui servent de paquis dont on pourrait tirer plus de parti, mais qui attendent encore d'une meilleure économie d'être partagés et cultivés.
Nous avons déjà observé que Ton s'adonne peu à la culture des céréales dans TOberhasli. Il en résulte qu'on Y manque de paille pour la litière des bestiaux et qu'on est obligé d'employer à- cet usage les feuilles sèches que l'on ramasse dans les vergers et dans les forêts les plus rapprochées. On se sert aussi de mauvaise herbe de marais et de bâche dédaignée même par les chevaux. Malheureusement , une grande partie du terre-plain de la vallée, exposé aux fi'équens débordemens de TAar, est tellement marécageuse , qu'elle ne produit que de cette mauvaise herbe. Le Gouvernement de Berne a cependant déjà fait corriger une fois le cours de cette rivière dans le 18.' siècle; mais comme son lit s'exhausse continuellement par les matières que ses eaux déposent, elles recommencent bientôt à dépasser le rivage et à inonder le terrain environnant. Maintenant on a l'espoir que , pour compléter le bel ouvrage du Susten , on travaillera à rendre la navigation sur cette rivière praticable jusqu'au lac de Brienz et plus facile dèslà jusqu'à Berne , et que par là même on obviera aux inondations si souvent renouvelées. Si le peuple d'Oberhasli avait plus de lumières , d'esprit public, d'activité et de constance dans ses entreprises , il aurait pu déjà y remédier , soit par de fortes digues , soit en creusiint à la rivière un lit plus profond et en lui donnant .un courant plus rapide qui aurait entraîné avec plus de force les sables et les pierres roulées qu'elle charrie.
On a quelques notions d'un village et de bâtiment dépendons d'une mine de fer , qui doivent avoir existé
jadis dans les prairies marécageuses , où Ton ne voit plus de nos jours que quelques chétives granges à foin. Peut-être ce village était-il celui de JBllrglen, qui a disparu dans la contrée et dont il n'est resté que le nom. Suivant une autre opinion , il était situé sur le Hasliberg , où il aurait été enseveli sous les débris d'une montagne.
On peut ranger dans le chapitre du rapport des prairies celui des nombreux et superbes vergers qui entourent les habitations et qui en sont une dépendance. Les noyers même prospèrent encore parfaitement en-deçà du Kirchhet, et, à plus forte raison, les pommiers , les poiriers, les cerisiers, les pruniers , que Ton plante en grande quantité , particulièrement autour des villages de Meyringen, Stein, Isenbolgen, Hausen , Willigen et au-delà du Kirchhet dans le vallon de Grund à Tentour de Wyler et de Bottigen. Leurs fruits y sont aussi bons et aussi printaimiers que dans quelque autre partie du canton de Berne ; on y trouve même des abricots , des pêches et des raisins qui mûrissent très-bien en espalier et en treilles. Les plantes potagères réussissent tout aussi bien ; le vent chaud du midi qui souffle souvent au printems leur est si favorable , qu'elles croissent plus vite que dans le pays plat du canton. Il n'est pas rare d'y trouver des asperges déjà au mois de Mars , sans que l'on ait employé des moyens artificiels pour les avancer ; mais aussi , dans de certaines années , on ' a été obligé de renvoyer la culture des jardins , depuis le mois de Février , où elle se fait ordinairement, jusqu'au mois de Mars. Dans tous les plantages , on
cultive
cultive des pommes de terre. Le chanvre et le lin réussissent aussi à merveille ; mais il en sort très-peu du pays.
Il n'y a rien de particulier à dire à l'égard des forêts.; elles appartiennent en partie au Gouvernement, aux communautés et aux particuliers , et queL ques-unes donnent lieu à des difficultés entre ces dif« féTentes classes de propriétaires. Elles ont été trop négligées , parce qu'on les croyait inépuisables ; mais à présent elles sont soumises à l'administration d'un employé habile et éclairé. Cependant , des habitudes invétérées s'opposent encore à quelques nouvelles dispositions avantageuses. Dans les localités les plus sauvages , les forêts consistent presque exclusivement en érables et en sapins , entremêlés de quelques airelles , quelques melèses et de genévriers ; dans les parties plus tempérées de la vallée, on y trouvée» grand nombre des hêtres , des tilleuls , des chênes , des aubiers , des ormeaux , des frênes , et plus près de la plaine , des bouleaux , des aulnes , des viornes et des arbrisseaux en quantité.
Cependant, la mauvaise économie des tems passés a singulièrement diminué le bois actuellement exploitable. Lorsqu'un orage renversait une partie d'une forêt , on choisissait les meilleures plantes 4^6 l'on enlevait et on laissait le reste sur plari? > ce qui «luisait à la reproduction. Jamais , aprè^ avoir abattu un arbre, Ton ne déracinait le tronc, on laissait pâturer les chèvres et les moutons dans les plus beaux bois , et ces animaux détruisaient l'esponr d'une suite
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de générations , en broutant les jeunes rejetons. Ua intérêt personnel mal entendu , un esprit rétréci ren-** daient vains tous les efforts des magistrats et leiurs ordonnances tendant à Favantage commun.
Je crois en avoir dit assez sur la qualité du sol et sur son produit ; il est tems de parler avec quel* que détail des habitans , de ce peuple pasteur le plus remarquable de tous ceux qui vivent dans les montagnes du canton de Berne. L'ancienne tradition qui le fait descendre d'une colonie émigrée de FOstfrise et de la Suède , mérite une mention particulière. Le registre des coutumes de ce pays (Land^UriarX cet ancien code de la vallée, contient un récit de cet événement, fort étendu, assez confus et défiguré dans les nombreuses copies qu'on en a fait successivement , par ignorance de Tancien idiome dans lequel il était écrit. Non-seulement les peuples de l'Oberhasli, mais aussi ceux du canton de Schwytz et des vallées occidentales jusqu'à Gessenay et Belle-» garde > se vantent de la même origine. D^à Etterlin de Lucerne, dans sa Chronique imprimée en 1507 # en a publié l'histoire. Cette tradition qui existe donc au moins depuis deux siècles , est restée gravée jusqu'à nos jours dans la mémoire de ces peuples.
Lorsque dans la guerre de trente ans Gustave. Adolphe entama des négociations avec les Suisses , il rappela l'aacienne affinité de cette nation avec les Suédois > et lorsque Tavant-demier Roi de Suède séjournait en Suisse sous le nom de Comte de Gottorp, les habitans deTOberhasli préparèrent une copie pro-
prement écrite , quoique défectueuse, de Tintroduction historique de leur Larid-Urbar , pour ToiFrir à: cet illustre voyageur, en le saluant comme compatriote , s'il venait visiter leur vallée , ainsi que le bruit s'en était répandu.
On n'a pas oublié non plus cette antique chanson populaire qui a transmis cette tradition au travers de tant de siècles. M. de Bonstctten a déjà exprimé le désir qu'un Suisse la fit imprimer accompagnée d'un, glossaire de l'idiome du pays de Hasli. Les rapports de ce poëme avec le chant des Lombards , que cet auteur spirituel a publié, sont évidens. O
H était naturel que Jean de Mùller avec sa prédilection pour tout ce qui tenait à l'indigénat de sa nation ne passerait pas sous silence cette chanson du Hasli et les anciennes traditions qu'elle rappelle. (^O
(*) Voyez les pouvçlles œuvres de M. de Bonstetten » Vol. II. pag. 153 et suiv. (publiës^à Copenhague 1800). La longueur du chant de Hasli , compose a*environ 80 couplets , m* empêche de le transcrire ici ; je n'en connais d'ailleurs qu'une copie qui a étë faite dans le ISème siècle et qui a même étë imprimée sur une feuille volante à l'usagé du peuple de la campagne. L'auteur auquel on Tattribue s'appelait , dit-on ^ Ringwaldt et vivait en 1550. Quel(;Hiet personnes prétendent qu'il était pasteur à Meyringen.
(**) Voyez Mttller jy/i/ofre des Suisses, édlt, de 1806, Tom. I. p. 417. Il nomme cette chanson, le Chant des Westfrisons, Je l'ai toujours connue sous le nom de Chant des Ostfrisons, Dans les notes au passage ^ cité^ il estime qu<e sous^sa forme actuelle, cette chan.
,, Il existait 9 dit-il, un ancien Royaume situé Tf vers le septentrion dans le pays des Suédois et des y) Frisons , qui fut frappé de disette. Dans un pareil » fléau , tout le peuple s'assembla, et il fut délibéré à •a la majorité des suffrages que le dixième de la nan tion sortirait du pays. Le sort désigna ceux qui „ furent obligés de se soumettre à cette loi. C'est ,> ainsi que nos ancêtres abandonnèrent leur patrie yi boréale au bruit des gémissemens de leurs parens „ et de leurs amis ; les mères emportèrent en pleurant ;; leurs enfans à la mamelle. Nos pères , au nombre }) de 6000 hommes , en état de porter les armes , „ grands comme des géants , avec leurs femmes, leurs „ enfans et tout ce qu'ils possédaient , se divisèrent ,; en trois corps , sous la conduite de trois chefs , et » se jurèrent mutuellement de ne jamais se quitter. •0 Ils s'enrichirent du butin conquis par la valeur de ,9 leur bras après la victoire qu'ils remportèrent aux 7; bords du Rhin sur Pierre , Comte des Francs , qui }9 voulait entraver leur marche. Ils demandaient au 5, Ciel de leur accorder un pays semblable à celui }> de leurs ancêtres , où ils pourraient en paix paître 9) leurs troupeaux et qui fût inaccessible à la violence Yi ôt à la méchanceté. Dieu les guida vers Brothefi" „ burg, où ils bâtirent le bourg de Schwytz, Leur
6on ne peut i^res dater que d(^ la seconde moitié du I6ème siècle et qu'elle fourmille d*anachronismes et de méprises historiques. „ Mais, ajoutent- il , le fait de „ Torigine septentrionale de ce peuple existait déjà de. „ puis long^tems dans les traditions au 15ème siècle \ „ quelque défiguré qu'il put être alors , il s'était trans- „ mis d^àge en âge. "
9; nombre s'accrut ; bientôt la rallée ne put plus les 7; contenir; cependant ils ne redoutaient ni le travail,yy ni la peine , en extirpant chaque jour des forêts. ^ Une partie de la colonie se porta dans la contrée » voisine de la Montagne noire ( le Briinig ) d^ns le 17 canton d'Unterwalden et pénétra jusques dans le ^ Weisslcmd (pavs blanc, Oberhasli dans le voisinage „ des glaciers). Les vieillards des vallées déroberai land se rappellent comment, dans les siècles an>- }> ciens ^ la peuplade se répandit de montagne en mon* yy tagne , de vallée en vallée , jusques dans celles de „ Frutigen, d'Afflentsch et de Bellegarde. Au-delà „ de cette dernière habite une autre race. '*
Voilà la base de cette tradition en général. Les habitans du Hasli ajoutent encore, à l'égard de leur vallée , les circonstances suivantes , ainsi consignées mot pour mot dans Tintroduction à leur Urbarium CLivre de coutumes) prémentionné.
,7 Les nouveaux colons suédois et ostfrisons , après avoir habité la Suisse pendant un certain tems , convinrent entre eux de se partager la contrée , ce qui eut lieu comme suit : On assigna à Schweizerus (*) natif de la ville royale de Suède , leur chef principal ,
Ç) MtîUer nomme ces premiers chefs Suiter^ Svey (^Sueno dans le langage du Nord) et Hasias ou Hasîus, Stapfer qui , dans son Voyage pittoresque p. 74 et suîv. a jugé cette tradition assez digne de son attention pour y con. tacrer quelques pages et quelques notes' très- savantes^ cite les trois noms des chefô Stntt^ , Svey et u4gio ou Hatis originaire de Hash ou Hasîus-^ ville située dans le pays des Suédois,
et à son compagnon Restius (*) , le pays du Mont brisé ou de Frehmund ^{**) dans lequel se trouve le lac de Pilate, ainsi qu'on le nomme communément; ils occupèrent avec leur peuple tout le pays jusques aux montagnes Lampartiques et aux Alpes , du côté droit 9 la basse Bourgogne et au Duché de Souabe. ( Il parait qu'ici manquent ces mots : se limitant à la, €tc, ) Mais le troisième chef TVadislaus (!!!), jiatif de la ville de Hasle, située entre la Suède et rOstfrise , prit possession de la vallée en-deçà de la Montagne noire , nommée maintenant le BrUnig^ jusqu'aux sources de la rivière de TAar , laquelle vallée a été nommée dès-lors le Hasll^ d'après la susdite ville de Hasius, où était né le chef Wadislaus , et comme le peuple trouva que ce pays était bon et fertile , et que tous les fruits y venaient bien , ledit peuple commença à le cultiver et à y construire %t:^ habitations. "
(*) La copie que f ai sous les yeux le nomme Rcmuss . mais c'est évidemment une faute d'écriture , puisque la tradition verbale des habitans de Hasli attribue, sans jamais varier , la construction du château de Resti près Meyringen, et sa dénomination, à Tun des chefs des colons suédois et frisons , nommé Resti ^ en latin Rtsm iius. Le nom de If^adislas qui suit est écrit Ladislas dans une autre copie. Je ne sais comment expliquer ce nom qui n*e$t point allemand.
(**) Ëbel, à l'article Pi/a/e , observe : „ qu'anciennement „ on appelait assez communément cette montagne le ,, Fracmont ( JVÎons Fractus ) y parce que du côté de „ l'est et du nord ses flancs sont comme déchirés et „ brisés, " On trouve dans le m^me sirtiçle \9^ tradition çoqçernaat )e Uc ^e Pilate^
L'introduction de Wrbarium contient d'ailleurs quelques autres notices dans sa simple prose , dont on vient de lire un échantillon ; par exemple 9 comment „ les habitans de Hasli furent appelés à Rome ;, en Tan de Jésus-Christ 387 , par le Pape Anastase „ et les Empereurs Arcadius et Honorius pour venir 1; à leur secours 9 contre le rébelle Eugonius (Euj, gène ) " et se termine en renvoyant à l'ancien manuscrit original de cet Urbarium , qui s'est perdu , en disant : ,> Ici suit la description comment sur ce n message ceux de Schwytz et de Hasli allèrent au n secours de l'Empereur, du Roi et du Pape et com- 99 ment ils aidèrent à prendre la ville et à repousser 99 les payens ou les Romains , ce qui serait trop long 99 a mserer ici. (*)
Le chant des Frisons poursuit un peu plus loin l'histoire de cette peuplade. Après avoir décrit ces combats sanglans , mais victorieux sous les murs de Rome 9 il raconte que les habitans de Schwytz et de Hasli demandèrent à l'Empereur Frédéric des armoiries et des couleurs, et qu'ils les obtinrent, selon leurs désirs , telles qu'on les porte encore dans le canton de Schwytz et dans la contrée d'Oberhasli. U contient ensuite quelques indices sur la réunion de
(*^) Je dois la connaissance de cette adjonction à la disserta, tion peu connue, quoique très-savante, d*un Suédois ^ qui m'a ixé communiquée par un amateur de Thistoire suisse y sous le titre de ; JDissertcUio aeademica de colonïa Suecorum in Helvcfia quant Upsalke d, S Jun. \797 preesîde Mag. Jac* Ft. NçUker publice proposait Jac*Ek, Oftrogothus s inA^^
Hasli avec Berne , et enfin dans les derniers couplets, quelques exhortations pieuses et la protestation naïve que la chanson a été composée à l'avantage et à Tiionneur de la contrée.
Qn n'a point de notions certaines sur Tépoquc de l'introduction du christianisme dans ce pays. Oi^ connaît mieux les événemens politiques qui lé concernent. Il relevait de l'Empire comme fief immédiat, jouissait de grands immunités et ne payait qu'une Censé de 50 livres. Mais en 1308 , il fut donné en gage par l'Empire au Comte Otton de Strasberg, puis au Baron Jean de Weissenburg , contre lequel les habitans se soulevèrent , lorsque ce Seigneur voulut augmenter la censé originaire , et se soumirent à Berne en 1334, sous les mêmes conditions et sous les mêmes redevances qui leur étaient imposées par l'Empire , en conservant d'importantes franchises qui se sont maintenues en grande partie jusqu'à nos jours et dans le nombre desquelles est le droit de choisir eux-mêmes leur Baillif parmi leurs concitoyens. Cependant les rapi)orts de la vallée avec Berne subirent quelques changemens à l'époqne de la réformation en 152S. Les Haslois auxquels elle ne plaisait pas s'y étant opposés avec violence , ils furent réduits à l'obéissance par la force des armes et ne rentrèrent que peu à peu dans leurs privilèges.
Qu'elles qu'ayant été d'ailleurs l'origine et les destinées de cette peuplade, il n'est pas moins vrai, ainsi que l'observe Stapfer dans son Voyage pittoresque jpag. 7T 9 )7 qu'elle estl'uiie ^s plus distipi;uéea
y, dans nos Alpes 9 par son langage , sa beauté , ses „ mœurs et son ardent amour pour la liberté; qu'elle „ est douée de ces belles formes et de cette haute „ stature qu'on attribue aux anciens Scandinaves : „ elle a conservé dans sa langue quelques termes yj étrangers aux autres idiomes suisses et un accent yy un peu différent; beaucoup de voyageurs ont été n frappés de sa ressemblance avec les habitans de y, différentes contrées de la Suède. '' Quelques aîrs des chansons populaires du Hasli ont un rapport très* frappant avec celles des Danois et des Suédois. (*)
Il est plus incertain que le nom de Hasli dérive de celui d'une ville nommée Jlasius, dont parle la tradition mentionnée. Ce nom se retrouve dans plusieurs autres parties de la Suisse , et même une petite campagne derrière le bois de Bremgarten près de Berne , connue pour avoir été le s^our du grand Haller , et chantée par lui dans son poëme intitulé : Désir de la patrie, le porte depuis long-tems. Il y a près de Berthoud {Burgdorf) un village paroissial nommé Hasli ^ uii second dans TEntlibuch, outre plusieurs autres endroits moins remarquables dans d'autres localités.
(*) Celles de ces chansons que j*aî pu recueillir jusqu'à présent ne me paraissent dignes d*être remarquées que par fragmeqs. On y trouve des couplets très - naïfs ^ mèlës avec beaucoup d'autres très-insignifians et un sin* galier mélange de Tidiôme du pays avec des expressions et des tournures appartenant au langage que Ton em. ploie dans les livres en Allemagne. Ce langage perfectionné s'introduit 4e plus en plus dans la contrée. .
Enfin, la traduction latine regio avellanorum (pa7S des coudriers) employée par plusieurs écrivains, la probabilité que cette contrée était anciennement couverte de cet espèce d'arbres , et Fanalogie avec d'autres dénominations de localités , fondées sur le genre de forets qu'elles contiennent, telles que Birchi, de Birken (hêtres) , Eicki, de Eiche (chêne); toutes ces circonstances réunies paraissent indiquer une étymologie plus rapprochée. Cependant , Stapfer rappelle à l'appui de la tradition qu'il existe une petite vil(e nommée Hasle dans l'île de Bomholm sur la mer Baltique.
Quoiqu'il en soit , les Hasioîs d'aujourd'hui sont en général „ beaux , d'une taille au-dessus de la mé- ^ dîocre , tant les hommes que les femmes. Celles-ci r^ ne s'adonnant que peu aux travaux de la campagne ji et ne s'exposant pas souvent à l'ardeur du soleil y „ conservent un teint blanc et fleuri. Elles sont par- 2> faitement bien faites. Des physionomies gracieuses, yj des regards tantôt pensifs , tantôt malins y leur „ prêtent des charmes inexprimables. " (*)
Les deux sexes sont d'une belle stature; on y voit très-peu d'individus contrefaits ou mal formés. Les hommes ne sont en général pas aussi ramassés que ceux de l'Emmenthal, et rarement corpulens. Quoique sveltes , ils sont très-forts. On en voit qui
O Ces mots sont tires d*une description des mœurs dn Hasli par feu M. le peintre C. L. Zehenoer insërë dans VHelvetische Monatschri/t ( Journal helvétique ) de Hôpfner. Vol. L ^ème cahier, p. 29.
non-seulement soulèvent facilement un poids de sept quintaux , mais qui peuvent même le porter. Leur agilité , leur souplesse , leur adresse sont très-renommées 5 et leur font souvent remporter la victoire sur les lutteurs de TEmmenthal , du Grindelwald , de Brienz et d'Unterwalden dans les jouttes de lutte à Beiiie ou sur ]es Alpes voisines. C'est avec ces derniers qu'ils ont le plus d'occasions de se mesurer. Leur teint est généralement beau , mais particulièrement celui des jeunes filles qui se distinguent par une blancheur éblouissante , un coloris de santé , une délicatesse de peau admirables. On ne trouve nulle part moins de paysannes hâlées, maïs elles savent se préserver du soleil par des parasols, dont elles font un grand usage , et par des gants qu'elles portent quelquefois 'même en travaillant à la fenaison. On voit des femmes d'une beauté remarquable , particulièrement parmi celles du Hasliberg.
Cependant quelques observateurs prétendent n'avoir pas trouvé aussi fréquemment chez le sexe de la vallée de Hasli l'expression fine et précise dans la physionomie , la coupe de visage si bien dessinée, les sourcils arqués, les nez petits et bien proportionnés , les lèvres minces qui distinguent les femmes de Brienz et d'Unterseen. Mais en revanche , celles de Hasli ont la taille plus élevée , plus de dignité dans le maintien et leurs yeux ont un langage plus expressif et plus malin.
Je ne puis résister au désir de citer ce qu'un auteur spirituel 4 écrit sur hs deux sexes de cette
peuplade. (*) 9, J'adhère, dit-îl, à ce qu'on a dit „ généralement de leurs belles physionomies, de leurs yi teints fleuris et de leurs tailles avantageuses ; mais ^ il faut Y ajouter encore une espèce de dignité , de 99 réserve ualurelie , qui , dans le grand monde , 9> constitue le bon ton et qui fait qu'on ne leur y, voit jamais ce regard étonné et timide des au- ;, très campagnards, ni ce désir de plaire, qui se » trahit par lafiéctation et la gaucherie. Les jeunes ^ filles ne possèdent pas la coquetterie maligne des j, autres Bernoises, ou ne veulent pas en faire usage. 39 Elles cherchent plutôt à se distinguer par le calme 9 et rimmobilité de leur physionomie , qui cadre fort ^ bien avec leur port élancé et leur tenue décidée , » et que la faiblesse seule pourrait fah'e dégénérer „ en fadeur. Leur conduite ne dément point cette „ apparence. Elles sont telles qu'on les voit. L'as- ^ surance qui se montre dans leur maintien et dani^ 9 leur démarche règne aussi dans leur manière de ^ s'exprimer. Elles ont de l'enjouement dans la con- » versation; mais elles montrent peu de sensibilité; ^ leur contenance froide , réservée annonce plus de Ttf fierté , que de cette gaieté dans laquelle on peut
(*) M. Ulr. Hegner de Winterthur, dans s«« Fragment dun voyage dans VOberland bernois^ inséras dans le Journal Isis. Vol. I. p. 260. ZUccb 1S05. Relativement à la haute taille des Hasloii , l'ancienne observatîoa d'Hyppocrate trouve encore son application. ^ Ceux., ^ dit-il , qui habitent des contrées élevées , plattes» ex. ^ posées aux vents , sont d'une grande stature ^ bien ^y faits y d'un caractère doux et se ressemblent presque ,1 tous." Voy. Hippoc« dé abribus, a^fuiSf^ etc. c<$p^ 56^
„ s'oublier. Elles se livreraient avec un abandon franc ^ et décidé, plutôt que d'employer une résistance y, simulée qui exciterait toujours plus les désirs. "
Zehender, dans l'ouvrage cité, à p. 32, a donné quelques traits des rapports qui existent entre les jeunes gens des deux sexes. » D'abord , après le y, service divin , les jeunes garçons vont se placer M s6us l'avant-toit de l'église; les jeunes filles passent f, devant eux et vont droit au cabaret; mais elles ff font un détour pour y entrer par une porte de der* n rière. C'est-là qu'elles attendent leurs amis. Une jf cotterie de jeunes beautés se fait donner par l'au- ,9 bergiste la clef d'une chambre ; si elles soupçon- 91 nent qu'on pourrait les voir, elles ferment les riyf deaux des croisées , et s'il n'y eu a point , elles „ les remplacent par leurs tabliers ; d'autres arrangent ,1 l'appartement à leur gré, puis elles s'asseyent et „ chaque fois que la porte s'ouvre , elles se couvrent j) le visage de leurs mouchoirs de poche , car le mys- » tère doit principalement assaisonner leurs plaisirs. yf Les garçons arrivent enfin , et apportent du vin ; >; leurs belles les régalent de fruits secs , de noix et y) d'une espèce de petites torches en pâtisserie très- „ croquantes , faites avec de la farine fine. Il est très- ,9 difficile d'engager ces jeunes personnes à entrer yj dans la chambre commune du cabaret, ce serait y, contraire à leurs principes d'honneur, taudis qu'elles j, se permettent de passer des journées entières et ,} même des nuits dans un appartement retiré avec des yt hommes de leur connaissance. Quoique cette conn duite paraisse trop libre , quoiqu'il règne une grande
^ familiarité entre ces jeunes gens , il faut cependant n se garder de porter un jugement téméraire à cet ^ égard. Toute la société reste réunie , et tout Ifgarc- >, ment sensuel serait suivi du mépris général ; aussi ^ n'en voit-on que peu d'exemples. "
Notre auteur ajoute encore quelques détails sur le mystère avec lequel des amans d'une fortune iné-< gale sont obligés de conduire des intrigues amou^ reuses sur les effets de la jalousie et les rixes qui en résultent , sur l'admission d'hommes étrangers , reconnus pour être honnêtes et modestes , dans la société des femmes , où ils ne trouveraient point d'O* tahitiennes ; enfin , sur les cadeaux mutuels que se font les jeunes gens des deux sexes et sur la considération dont jouissent les garçons qui ont été au service militaire dans l'étranger et qui en ont rapporté un esprit plus enjoué et plus de sujets de conversation.
n passe sous silence les visites nocturnes du Samedi soir ; mais il assure que malgré la fréquen-» tation très-usitée du cabaret , où l'on se donne rendez-vous pour conclure les affaires, l'ivrognerie et la crapule sont assez rares chez ce peuple. En parlant de ses danses , il dit : ^ Il est très-difficile d'en- „ gager des personnes de sexe différent à danser en^ 7, semble. Presque toujours les garçons dansent entre „ eux et les filles sont spectatrices , où se réunissent » dans un autre appartement , pour danser de leur ^ côté. Peut-être les hommes trouvent -ils que les „ femmes ne mettent pas assez de vivacité , d'aban-
klff
n don dans leur manière de danser; peut-être sontn ils ennuyés de leur pruderie , de leur réserve. „ Comme \ts vachers vivent pendant une grande par* >7 tie de Tannée sur les pâturages des montagnes , yi peut-être dans leurs récréations prennent -r ils ,, Thabitude de se passer des femmes qui sont faites n cependant pour répandre plus de grâces , plus de ;> douceiu: dans le commerce social, et particulier „ rement celles du Hasli. En général , il est d'usage ^ dans cette vallée que les femmes fassent plus d'à* ,7 vances auprès des hommes que dans les autres par- „ tîes de la Suisse. (*) Ces garçons cependant , mal- „ gré la peine qu'ils auraient à régler leur danse sur „ celles de leurs belles , en forment entre eux des^ „ figurées. Mais si les deux sexes se décident à se 5, réunir pour danser ensemble . Tagilité , la vivacité ^ des hommes s'unissant aux grâces naturelles', à la ,7 contenance modeste des femmes , forment un spec*- „ tacle ravissant. C'est alors que les filles du Hasli 75 se montrent parées de mille attraits et de tous leurs 7, charmes. Au premier moment , elles se livrent à ^ ce plaisir avec une aimable retenue ; mais quandyj elles sont en train , elles en jouissent avec abandon „ et gaieté. "
Leur costume a toujours eu quelque chose de particulier^ n^ais depuis une dixaine d'années il a
C^) Ua auteur spirituel fait à cet ^gard la remarque sui« rante : ,, Nous devenons faibles comme les femmes que „ nous aimons; dans les pays de montagne , au contraire, ,, les femmes deviennent fortes comme les hommes ^ qu'elles aiment* "
subi un changement très-frappant. Nous laisserons encore ici parler Hegner, en citant un passage de l'ouvrage dont j'ai fait mention.
y) Lorsque les femmes du Hasli , dit-il à p. 261, n attachaient encore^ il y a peu d'années, leurs juppes „ immédiatement sous la gorge , tandis que tout le f, beau sexe de FËurope chrétienne les laissait à peine y, dépasser les hanches ; chacun se croyait obligé de ;, critiquer ce costume et de regretter que les jolies ;> tailles de ces femmes fussent complètement cachées 9, sous ces enveloppes incommodes. Meiners lui-même „ trouva ce costume monstrueux et ridicule. Lorsque y) ces bonnes créatiures s'apperçurent qu'on se mo- » quait de leur toilette et des regrets qu'elle faisait n naîu*e , le désir de plaire si naturel à leur sexe se y) réveilla chez elles ; elles attachèrent leurs juppes ff plus bas et crurent avoir fait un sacrifice expia- 9) toire à la mode; mais au même instant un démon ,;. malin vint introduire dans le beau monde celle ,) qu'elles venaient de quitter , en la baptisant du 9, nom d'à la Grecque j de sorte que tel qui vient voir 1, maintenant les pauvres Hasioises avec un goût fa* y) çonné à la Grecque se trouve dans le cas de leur y, adresser des reproches amers d'avoir déposé leur y ancien costume élégant. " (*)
Celui
<^) Le «eul auteur à mot connu qui ait rendu justice à Tancien costume des femmes du Hasli ( et à mon grë avec raison ) , c'est M. de Mayer dans son P'oyage en Suisse y Vol. I. p. 320 On trouve quelques explica* tlons sur la dernière révolution que ce costume a subi»
Celui qu'elles portent maintenant est très-désavantageux à leurs tailles sveltes, d'autant plus qu'ell s s'appliquent à se faire paraître très-grosses autour des hanches , et qu'elles mettent dans ce but , juppes ^ur juppes qui, dans leiu* ampleur roide et disgracieuse , descendent , en forme de cloches sur les pieds. Cette pièce de leur vêtement est ordinairement blanche et d'une étoffe de laine tissue dans le pays. Au-dessus des hanches , elles portent un corsage noir ou brun foncé et sur la poitrine un large plastron de velours en soie ou en coton , sur lequel elles étendent 9 principalement en été 9 un mouchoir rouge ou bleu , bordé d'un ruban de velours qui remonte jusqu'au col et voile complètement la gorge; de longues manches de chemises blanches recouvrent leurs bras jusques près du poignet. La nudité du buste des citadines leur paraît fort indécente. Elles ont ordinairement la tête nue. Les femmes mariées et les veuves l'entourent de tresses de leurs propres che^ veux. Les filles non mariées ont seules le privilège
dans un Mémoire \xït\tu\é: Du changement arrivé récemment dans T ancien costume national des femmes du Hasli , qui se trouve dans le Sème cahier du Journal heL vétique de littérature et des beaux arts à Zurich 1804, Ou y cite la justification des Hasloises dans la réponse mutine qu*une d'elles fit à un citadin. „ Depuis que vos „ belles Dames de la ville et les Françaises ont imité notre „ costume , nous n'en voulons plus. Nous ne v^oulons „ ni leur ressembler , ni qu'elles nous ressemblent. " Il est difficile de méconnaître dans ce discours et dans l'abandon d'un costume chéri , qui s'était maintenu pen« dant tant de siècles > uo trait de véritable héroïsme féminin.
Tom. JL 29
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de laisser pendre ces tresses sur le dos ; mais très-sou-*> vent elles les rattachent aussi sur la tête. Le Dimanche, elles portent toutes des petits chapeaux qu'elles nomment des chapeaux bas , parce qu'ils le sont en effet en comparaison de ceux des hommes. Ces chapeaux n'ont qu'un fond , sans bords , et elles ne les portent que pour aller à l'église. Dès qu'elles en sortent, elles les déposent. Leur coiffure la plus usitée est un mouchoir de toile de coton, ordinairement rayé rouge et bleu , qu'elles drappent presque en forme de turban et qu'elles font descendre fort bas sur le visage, lorsqu'elles sont exposées à l'ardeur du soleil. La principale parure du Dimanche consiste en beaux tabliers bleus d'un tissu qu'elles font venir de Ziirich, lorsqu'elles veulent l'avoir plus fin , et en des talons à leurs souliers fort hauts et teints en rouge. Leurs bas sont toujours de laine , dans toutes les saisons , et tricotés par elles mêmes. Elles ont pour Thiver une petite veste à manches très - courte et sans aucune élégance. Autrefois , elles portaient aussi de larges colerettes qui couvraient en partie les épaules; mais la mode en a passé entièrement.
Le costume des hommes n'a rien de bien particulier. Us portent fréquemment des habits bleus trèsamples, dont les basques viennent jusqu'aux genoux et des pantalons justes de la même couleur qui descendent à peu près jusqu'à mi-jambes et sur lesquels ils rattachent les bas en rouleau au-dessous du genou. Ils ne font point usage de bottes et rai*ement de guêtres. Leurs souliers sont de cuir fort, amplement garnis de doux, et leurs bas sont de laine.
j^uelquefois , ils mettent des larges ceintures de cuir et une veste ample sans manches et flottante, par dessus im gilet d'une autre couleur et boutonné. En été , dans les jours ouvriers , ils ne portent jamais d'habits et sont toujours en manches de chemise : ils se couvrent alors la tête de bonnets de coton blancs ou de chapeaux ronds et noirs; mais en hiver et le Dimanche , ils sont presque généralement revêtus d'habits. On voit dans le Hasli moins d'hommes à longues barbes que dans les autres parties du canton. On a eu presque autant de peine à engager les paysans bernois à se la raser que Pierre le Grand pour y forcer les Russes; mais on a employé d'autres moyens. Ceux du Czar étaient la contrainte et l'opprobre; le Gouvernement de Berne défendit enfin de paraître sous les armes avec une longue barbe , et bientôt on n'en vit plus qu'aux vétérans et aux anabaptistes.
La parure des noces a dans TOberhasli quelque chose de particulier, comme dans plusieurs autres parties de la Suisse. Les peintres de costume devraient s'occuper à les recueillir pour présenter enfin au public quelques dessins nouveaux. L'époux est complètement vêtu en bleu ; il porte une guirlande de romarin autour du bras droit , une branche de romarin attachée sur sa poitrine et un gra^d bouquet à son chapeau. La mariée est coiffée d'une toque fort haute de velours noir , presque en forme de couronne , ornée de grains de verre , de fleurs artificielles , d'agrafies brillantes , de beaucoup de clinquant et de paillettes. Autour du col^ elle a un collier de cor«
dons de soie , et les longues tresses pendantes de ses cheveux, ordinairement liées avec des rubans noirs, sont entrelacées de rubans bleus et rouges , dont les bouts flottent sur le dos , mais viennent se rattacher au lacet sur la poitrine.
Le caractère des habitans du Hasli est en gêné* rai semblable à celui des autres Oberlandais. Us sont très-rusés, assez fiers, assez gais et ils aiment la musique. Us sont très-polis , mais n'ont pas toute la franchise que l'on vante chez les autres Suisses.
yj Leur esprit naturel, dit Zehender, souvent jj malin et presque toujours calme , leur humeur égale „ et enjouée , leur bon sens , rendent leur société n agréable. U faut être sur ses gardes contre leur ,, penchant à abuser de la crédulité des étrangers , y) qui souvent en sont les dupes. Lorsqu'ils entre* „ prennent de s'amuser aux dépends de quelqu'un , ^ le! plus léger signe suffit pour mettre d'entente p toute une société. Je les ai vu vendre à des voya- ^ geurs des petites boules faites avec du poil de va- „ che , qu'ils prétendaient avoir trouvé dans l'esto- ,) mac des chamois. Us protestaient avec effronterie , „ qu'en portant sur soi cette espèce d'égagropile , on y, était à l'abri des coups de feu. Comme on ne voun lut cependant pas les croire tout de suite sur pay, rôle , ils oflQrii'ent d'essuyer , à l'instant même , une yy décharge de la part de l'acheteur , pour constater ;> la vertu de leur marchandise. Us disaient tout cela „ avec un sang froid , un accent si franc et si sérieux, 7, une mine si naturelle et si sincère, qu'ils réussissaient }} quelquefois à tromper les étrangers trop crédules. "