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ici une mine inépuisable d'études de maisons champêtres. Presque au milieu du village, sur une place découverte , une fontaine * l'unique monument qui existe dans cet endroit , verse ses eaux dans un bassin de dalles de Golzwyl , dont deux ont 24 pieds de long et 3 à 4 de largeur et de hauteur. Près de là on remarque à gauche la jolie maison du capitaine Michel , qui se distingue par une construction plus soignée , par des jalousies peintes en verd et par un jardin plus grand et plus orné de fleurs que ses voisins. Elle est souvent habitée en été par des citadins.
Le tableau délicieux de ce site ne laisse rien â désirer , si ce n'est peut-être quelques noyers ou tilleuls plus élevés parmi les arbres fruitiers et un clocher au milieu de leurs feuillages, comme un point de repos pour la vue. Mais , peut-être aussi ne serait-on pas tenté de lever les yeux , en voyant autour de soi cette foule d'enfans au teint vermeil , aux yeux bleux , assis de tous côtés sur l'herbe , ayant chacun un enfant plus petit sur les genoux. Cette multitude prouve la grande population de Bôrngen , qui, en effet , s'accroit encore chaque jour. Le capitaine Michel sus-mentionné nous cita â cet égard un fait très-remarquable. Un habitant de l'endroit, Pierre Herzog, cordonnier de profession , mourut , il y a à peu près trois ans , âgé de 83 ans.- Il s'était marié à l'âge de 22 ans et il était alors le 44ème et le plus jeune père de famille du village. A sa mort , au contraire , il était le l75ème et le plus âgé de tous.
Dans plusieurs autres endroits de l'Oberland , le nombre des habitans a doublé dans un espace de 40 à 50 ans et triplé dans celui de 60 à 70 ans. Leur industrie n'est cependant pas proportionnée à ce grand accroissement de bouches a nourrir. L'éducation du bétail , surtout des chèvres , la culture des pommes de terre et d'autres denrées végétales sont leurs principales ressources; mais encore ne sont-elles pas suffisantes pour préserver long-tems cette peuplade de la misère dont elle est menacée.
Après avoir traversé le village , nous arrivâmes enfin sur ta rade , formée par une petite anse du lac ; deux superbes noyers isolés se présentèrent tout-àcoup à nos yeux , comme si on les avait écartés à dessein du hameau. Les bateaux amarrés sous leur ombrage et sous un hangard au travers duquel on apperçoit le lac, font un effet très -pittoresque. Il serait digne d'un artiste de peindre la scène qui se renouvelle chaque semaine, à des jours fixes, sur ce port, lorsque des bateaux amènent deRihggenberg , pour tout le village de Bônigen , la provision de pain, que l'on cuit dans un moulin sur la rive opposée. L'on voit alors les miches , les brioches , les gâteaux et toutes les pâtisseries usitées dans le pays passer de mains en mains. Les enfans les portent à la bouche avec avidité. Les mères de famille économes et prévoyantes les rangent dans leurs corbeilles. Les riches les emportent dans de nombreux et grands paniers , tandis que le pauvre prend tristement sous le bras le seul pain qu'il a pu acheter à la sueur de son front et calcule pour combien de 24*
jours il pourra lui suffire. Tous se délectent déjà à l'odeur appétissante de cette nourriture savoureuse , que la courte navigation n'a pas laissé refroidir.
Nous quittâmes à regret l'aspect de la belle nappe du lac; mais nous en fûmes richement dédommagés par la beauté du soleil couchant, qui terminait une journée nébuleuse et répandait des flots de lumière dans l'horizon. La Suleck se présentait revêtue d'un manteau royal du plus beau pourpre foncé qui jetait un éclat merveilleux dans le vallon. A notre gauche , I'Iselten-Grat ( arête d'Iselten) était dorée d'une teinte plus sombre , mais toute aussi resplendissante. La nature défiait tous les artistes de produire un ton de couleur aussi admirable. Si un peintre essayait de l'imiter , on l'accuserait d'exagération ou de manquer de vérité. Il fallait cependant nous arracher de cet auguste et singulier spectacle; le soleil avait disparu , et nous avions une derai-lieue de marche pour retourner i Interlacken.
Nous repassâmes de nouveau la Lùtschinen sur un pont situé plus bas et plus près de Bônigen, d'où un sentier neuf tracé sur le sol marécageux , mais recouvert de gravier , conduit en droite ligne aux murs de l'ancien monastère , dont le clocher blanchâtre perçant au-dessus des tiges de noyers , contraste avec la teinte sombre du Harder, sur laquelle il se dessine. On arrive à une espèce de moulin que fait tourner le Spûlibach , canal qui joint l'Aar à la Lùtschinen, et dont un petit bras traverse Inter-,
laeken. Ici , on se détourne un peu à gauche , en suivant les murs du couvent, et on retombe bientôt dans la chaussée de Hôheweg qui , toujours , même après les plus longues excursions . paraît si agréable qu'on est tenté de s'y promener encore.
Hohbùhl.
J'ose à peine engager mes lecteurs , avant de quitter le Bôdelein , à me suivre dans une troisième promenade sur la colline du Hohbùhl. C'est une saillie peu élevée du Harder qui s'avance contre l'Aar et d'où l'œil peut suivre librement son,, cours. Il ne faut qu'un quart d'heure pour s'y rendre depuis Interlacken.
A son sommet on a construit une rotonde; c'est' un dôme qui repose sur douze colonnes de simple; bois, sous lequel sont placés des bancs, dans tous les sens, pour se reposer, en jouissant des djj8e>ea£ points de vue. Nous avons déjà décrit la route; jusqu'au pont du péage qu'il faut passer pour y par-i venir et d'où le' ooup-d 'œil sur le cours de l'Aar est: particulièrement agréable. De l'autre côté de cetterivière, le chemin tourne à droite vers Ringgenberg. et à gauche vers le Hohbùhl. On passe près d'une maison pittoresque, et dès qu'on commence à montrer, on voit à droite le contour gracieux, que fait la rivière en longeant. la Burg, couche de rocher» à moitié nuds , qui se grouppant avec le tertre sur lequel est situé l'ancienne eg.lise.de Golzwyl, et
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couronné d'arbustes touffus , forme un charmant tableau. Dans le fond s'élèvent orgueilleusement les montagnes de Brienz. A vos pieds brille le lac terminé au sud par les parois de l'Iselten-Grat. Un peu plus loin , le sentier, en se divisant de nouveau, laisse le choix d'aller à gauche à la Vogtsruh ou de continuer à gravir le Hohbûhl. La Vogtsruh est une promenade tracée dans un bosquet épais , qui doit son origine et son nom au célèbre M. de Vogt, conseiller d'état du Roi de Dannemarck , qui la fît établir pendant son séjour à Interlacken. Elle se termine par un banc simple et rustique placé à côté d'une source d'eau vive , qu'on voit tout près de là se perdre dans l'Aar.
En continuant à monter , la perspective s'étend toujours davantage. On distingue bientôt à gauche la vallée de Lutschinen , la tour d'Interlacken , le petit Rugen étalant la verdure tendre de ses jeunes plantations. A droite, un joli bois de hêtre couvre tes flancs du Harder jusqu'à sa croupe. La scène varie ■ à chaque pas. Tantôt Interlacken se présente en entier et la forêt des arbres fruitiers qui entoure le village de Matten paraît remplir tout le reste du vallon. Tantôt on apperçoit la face orientale de la Jungfrau et ses glaciers éblouissons.
Bientôt on trouve un premier reposoir sous un grand noyer. Ici, Interlacken est caché, mais on apperçoït les toits des nombreuses cabanes de Bônigen. Plus on avance, plus aussi on voit dominer la Jungfrau. Tout le paysage à ses pieds ne paraît
que l'avenue , que le parvis du palais d« cette souveraine gigantesque. Fendant quelque tenu on traverse un bocage formé par une pépinière de melèseSj de pins de Weyraouth et d'autres arbres exotiques qui prospèrent sur ce coteau tourné au midi. A droite, le rideau de hêtre» touffus qui arrêtait la vue s'entrouvre et laisse voir le rocher dépouillé de ,1a Falkenfluh. Dans le lointain apparaît le eàne du Niesen, cette borne des. hautes. Alpes. Le sentier se partage encore une fois. En descendant à gauche, on rencontre un banc de pierre sous un hètre noueux d'où l'on a un joli point de vue au sud. Mais à trois pas au-delà on en trouve un autre beaucoup plus étendu à l'occident. (*) Placé comme soi» .un portique ouvert , l'œil embrasse au midi: le Bodelein dans toute sa largeur jusqu'à Gsteig; à l'ouest,- .ii, suit entre les parois grises du Hardcr et celle&plus fancées et plus vertes de l'Abendberg , le ruban, azuré de l'Aar jusqu'à la digue mugissante que lus flot* franchissent en écumant, et plus loin jusques aux ruines de Weissenau. En s'avançant sur le-sôntier fermé par une porte à claire>vt>ie qui redescend * la Goldey, on plane è gauche sur la plus belle moitié du BÔdelein , et eri droite ligné devant soi sur Aarmuhle, Spielmatt, Unterseen et h village d'Interlacken. fies petites îles verdoyantes , sur laine desquelles est une grange, ressortent du milieu -de
C) Lory a retrace ces deux points de vue avec une fiJét litë rare. Le premier dans une petite feuille gravée a
l'eau forte, l'autre dwl une jçcancie feuille enluminée , que l'on trouve au magasin de l'éditeur d* cet ouvras*.
ï'Aar , où quelques noirs rochers , tombés du haut de la montagne, élèvent sur les flots leurs crêtes couronnées de quelques buissons. Le fond du tableau est occupé par la large baye que forme la chaîne de l'Abendberg, en se retirant derrière Dârligen et LeiSsigen , pour avancer de nouveau en talus vers Aéschk On croit voir un jardin anglais ■sur une grande échelle. Un heureux mélange de couleurs et déformes diverses délecte la vue. La variété sans confusion , l'unité sans monotonie régnent également dans ce magnifique paysage- La rotonde qu'on atteint bientôt après avoir quitté le banc de hêtre, n'offre pas. un aspect plus riche , mais seulement la réunion des deux points de vue dont on n'avait joui que séparément. Elle est d'ailleurs agréablement située et d'innombrables inscriptions sur ses lambris attestent le plaisir qu'y ont éprouvé une foule de promeneurs.
■ Cependant, à 100 ou 200 pas plus haut que la rotonde près de l'Untere Bleicki, le paysage est encore plus vaste et plus beau. On le voit complètement dégagé', sans que les objets se perdent ou se confondent dans le lointain. Rien n'offusque ni ne coupe l'ensemble de ce superbe taMeau.(*) Mais il faut aussi savoir choisir le jour sous lequel il doit être vu. Je croîs que le soleil du matin et celui
(*) On trouve un dessin qui le représente en simples contours sous le N.° 7 de l'Atlas portatif annexé a cet ouvrage.
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de midi lui sont les plus favorables. Les rayons de cet astre éclairent alors sans éblouir les parties les plus gracieuses ; la lumière tombe du côté du lao de Brienz ou de la Jungfrau sur Interlacken , Unterseen et le cours inférieur de l'Aar; et c'est aussi sur ces objets que l'œil se dirige de préférence. Il faut avoir le soleil derrière soi ; il faut que les regards soient pour ainsi dire portés par ses rayons dans le paysage que l'on contemple , pour en jouir et en distinguer tous les détails. C'est pourquoi le Bôdelein et les environs d'Interlacken se présentent mieux le soir , vus depuis le Sattlerhûbelein ou depuis le Rugenhubelein , et les voyageurs ne doivent pas négliger d'aller visiter ces points de vue faciles à atteindre , aux momens les plus favorables de la journée.
Si l'on ne veut pas revenir du Hohbûhl par le même chemin, on trouve un autre sentier assez rude et rapide qui conduit en partie au travers de petits bois à la Goldey, Ce chemin difficile, mais romantique , mériterait d'être rendu plus praticable , d'autant qu'il se réunit avec celui qui mène à la rotonde. Après avoir fait à peu près 200 pas depuis la bifurcation de ces deux sentiers , on arrive à la Goldey , petite plaine étroite entre les rochers du Harder et fa rive droite de I'Aar. Elle oiFre une jolie promenade, mais on y est exposé, principalement au printems et après de longues pluies , à être inquiété par des éboulemens de gravier ou même par des morceaux de rocs qui tombent du Harder. Cet inconvénient ne doit cependant pas trop effrayer