CHAPITRE PREMIER
DE COKACÉSIUM (ALA1A) A SÉLEUCIE DU CALYCADNCS (SELEFKÉ).
Dlvlalona de lu Clllele dan* l'antlqultét l'anrlrnne Coraeéatam ;
BmmiIhi le fort Lnerte» ; Jotapr ; Sjedra ; si llnll. Innelennc fléllnoate de Trajan ; Néphcll»; Anflorhc du CragiiM ; le» lien Acoanèae«< Ant'iiiour, le fort Sequln ; Laum, l 'ancien ne NugiduN; le port d'Aralnoé; Mrlaulfti Kelradrlé, l'ancienne CelcndeHa; Aphrodlala*; le cap Ca i aller: la Cétlde, la Lalawaidc et l'Iaaurlet olha: nolml; ruine* de < lie v - Hou ru n . le lloian iHkcleaal, port de Seletielej le* rapn sarpédou et Zrphyrluai.
Les anciens divisaient ht Cilicic en deux parties : l'une, à l ouest, portait le nom fie Cilicie Trachée, parer que cotte
172 VOYAGE KN CILICIE.
région est montagneuse et qu'on y trouve rarement quelques plaines; l'autre, désignée sous le nom de Champêtre, était formée d'une vaste plaine contournée par la chaîne du Taurus. La première s'étendait depuis la Pamphylie, à l'ouest, jusqu'au fleuve Lamus, qui la séparait de la Cilicie Champêtre ; au nord elle se prolongeait jusqu'aux parties voisines d'Isaura, dos Homonadiens et jusqu'à la Pisidie. Telles sont du moins les limites que Strabon assigne à cette contrée
La première ville dont on découvre les restes, en entrant en Cilicie par la Pamphylie, est Alaïa, l'ancienne CoracésiumfOÙ se trouvait, à l'époque de la guerre de Home contre les pirates, une forteresse redoutable bâtie sur une montagne fort élevée. Autour de cette montagne on remarque de belles ruines parmi lesquelles on a cru reconnaître des constructions cyclopéennes. A deux milles au nord-ouest, sont les vestiges d'une autre ville antique entourée de murs dont la plupart sont cyclopéens. On y trouve aussi beaucoup d'inscriptions grecques 2. Corancez donne à ces ruines le nom à'Hamana 3, mais Strabon les désigne sous celui à'Hamaxia \
Alaïa, qui n'est aujourd'hui qu'une misérable bourgade dans une position très-pittoresque, est appelée par les chroniqueurs et les chartes du moyen Age du nom de Candelor ou YEscandelour. Un émir musulman , qui payait tribut aux rois Lusignans de Chypre, y faisait sa résidence \
' Géographie, liv. XIV, ch. v,§Tr.
5 Beaufort, Karamania, et Bœckli. Cor/tus Iwc. (irœc., I. 111, part. XXV, p. 200, n<" 4101-4410.
1 Itinéraire en Asie Mineure, p. 361.
* tbid., liv. XIV, ch. v.
» L. de Mas-Latrie, Uist. de Chypre, 1. 1, p. 216 ; t. Il, p. 61, 64, et Bibl. <Je
A deux milles à l'est d'Alaïa, sont des ruines qu'on suppose être celles du fort Laèrtes, dont parle Strabon \ Corancez, qui ne mentionne pas cette localité, en cite une aulre 2 , d'après Ptolémée, qu'il croit être située au fond d'une anse formée par le coude d'un fleuve venant de l'eslnord-est de l'Anti-Cragus. Cette ville , dont le voyageur indique la position probable, est Jotapé \ Beaucoup d'inscriptions grecques y ont élé trouvées *. Plus à l'est doivent se rencontrer, selon Corancez % les ruines de Syedra.
Le premier point digne d'attention, qu'on aperçoit sur la cote, après Alaïa, est Sèlinti, cap escarpé et très-pittoresque au pied duquel sont des ruines considérables qui appartiennent, sans nul doute, à l'ancienne Sèlinonte, où mourut Trajan °, et qui depuis fut nommée Trujanopolîs . Sélinti est éloignée de deux lieues, vers l'orient, des bords de la mer; elle a été bâtie fort au-dessus du niveau du fleuve, dans le but de la préserver des inondations, qui sont fréquentes sur ce point dans la saison des pluies. Ce fleuve est remarquable, parce qu'en remontant la Cilicie Trachée depuis le promontoire d'Anémour, il présente le premier courant d'eau considérable dans l'intérieur des terres 7.
Dans l'antiquité, Sélinonte, dont le nom semble avoir toujours prévalu, même après son changement en celui de
ï École dm Chartes, 2e série, t. 1, p. 315. — Cf. aussi le Voyaige d'oultremer en Jhèrusalem du S' de Caumont (Ed. du marquis de Lagrange), p. 80.
* Liv. XIV, ch. v.
« Itinér., p. 361 .
3 Visconti, Iconogr. grecq., 1. 111 , part, il, Rois, p. 15, ch. xiv\ § 5 el note 2.
* Bœckh, c. i. a , l. III, p. 201, nM 4411-4416.
* Itinér., p. 307.
6 Tite-Live, liv. XXXIII, ch. xx.
7 Corancez, p. 359-360.
174 VOYAGE EN C1LICIE.
Trajanopolis, puisque iiqus le retrouvons dans Ptolémée Basile de Séleticie 2, Iliéroclès % et chez d'autres auteurs *, enfin dans les inscriptions grecques et latines de cette ville 5 , Sélinonte, disons -nous, était la capitale de la Sélentide. Beaufort 6 prétend avoir trouvé, dans les ruines de cette ville, le tombeau de Trajan. On voit à Sélinti diverses antiquités, telles qu'un théâtre, des bains et un long aqueduc soutenu par des arcades.
En descendant toujours à l'est , on aperçoit des ruines que Corancez dit être celles de .Ycphêlis, puis une grande quantité d'autres décombres jonchant le pied d'une montagne fort escarpée, le Cragtts de Cilicie; ce sont, à n'en pas douter, les ruines à" A mioche du Crains- Les rois d'Arménie de la dynastie roupénienne y avaient bâti une for» teresse \ On y voit un aqueduc romain et quelques cahuttes habitées par des Turkomans. Tout près de là sont deux petites îles que, d'après leur position, J>tronne 8 a soupçonné être les Jcout:es',v insulœ , situées, selon les actes de saint Barnabe % un peu en avant d'Anémour : jî/Gou£V èv 7'X> Ko(>27r/> ,0, £/. siOcv oï r.3cyî7ih\iÇufj.£v ra; ÀxoWfffto;, yjxi ï)SjOfiiv èv r.ôlit Av-u.sjptro.
*Géoyr., liv. VIII.
* Vie de S. Thécle, p. 201.
*Synecd., p. 709.
* Chronic. paschale, p. 253. C. et Chr. eccl.
s BœcUi, c. i. g., t. lit, p. 205, n°* 4447-4128.
6 h'aramania.
7 Failli, Cad. dipl. del ord. Jtrosoltjtnit., bref do Jean XXII. t. II, p. 84. — Sanulo, carte des Secrda fui. crucis. — Antouio de Uzxano. Compassu, dans le traité Délia décima de Pa-nini. t. IV. p. 234.
8 Journal des Savants, 4819. Cf. Compte rendu du voyage de Beaufort. 'Apud Bolland.jun., t. H, p. 432; cil. par Wi&seling, ad. Hin., p.7ÛJ. 40 Pour Kopoxr.alw.
C1LIC1B MONTAGNEUSE. 175
Après Antioche du Cragus, ou arrive à une petite rivière appelée Charadran, le ( lut radius de Strabon, puis au cap Anémour, le plus méridional de l'Asie Mineure, et qui est formé par une branche avancée du Taurus. C'est par erreur que, dans beaucoup de cartes, on a placé Anémour sur la pointe méridionale de ce cap; Terreur vient sans doute de ce que les anciens ont désigné cette pointe sous Le nom de promontoire d' Anémour. « Dans ces parages peu connus, dit Corancez ' , les géographes modernes, appliquant au port de ce nom les distances que Strabon indique pour ce promontoire, ont placé le premier point trop au midi. La ville et le port d'Anémour sont réellement situés à 4o milles au nord du cap le plus méridional de la cote de K a rainante. ■
On remarque à Anémour les ruines d'un aqueduc, de murailles, de réservoirs et de deux théâtres, n'ont l'un, assez bien conservé, parait avoir été recouvert d'un toit. Une quantité considérable de tombeaux, formant une espèce de nécropole, sont d'une construction uniforme et ne diffèrent que par les ornements et la grandeur. Ce sont de petits édifices séparés et divisés chacun en deux chambres dont Tune, à l'intérieur, est subdivisée en cellules ou caveaux funéraires; l'autre devait être destinée à recevoir les offrandes , ou affectée au service des cérémonies funèbres. Aucun de ces tombeaux ne porte d'inscriptions. Ces, ruines attestent l'existence d'une ville considérable qui ne peut être que Anemurium, dont parlent Scylax et Pline *. L3 ville actuelle est petite et bâtie sur une collioe pierreuse, d'au elle
* Ilin., p. 245.
* Beaufort, Karamania, et Lei*ooae, Journal de* GavmU, OU 9 lieu eM.
176 VOYAGE EN CIMUE.
domine le port. On voit, sur le sommet de celte colline, un château ruiné que les Chypriotes prétendent avoir été bâti par les Franks, à l'époque de la domination des Lusignans eiî Karamanie et en Chypre '. La position de ce château correspond â celle du fort deSequin ou Sachin,que Sanuto % le seigneur de Caumont3 , et un bref du pape Jean XXII adressé aux Hospitaliers*, mentionnent comme faisant partie du domaine des rois d'Arménie. Tout près de cette forteresse coule une rivière de i f>o pieds de large, qui pourrait bien être Y Arymagdus de Ptolémée.
A deux milles d'Anémour, sur le sommet d'une colline, on voit les ruines d'une ville antique qui doit être le Nagidus de Strabon. Le voyageur anglais Leake 5 place les ruines de cette ville, qui joua un rôle important dans le Bas-Empire, près d'une localité qu'il nomme Laara *.
A quelque distance de Nagidus se trouve une baie qui offre un havre sûr et commode, appelé Saok-sou (eau froide), nom qu'il emprunte à une petite rivière très-rapide qui se jette à la mer eu ce lieu. Ce havre doit être l'ancien port àiJrsinoè. Sur un promontoire qui commande rentrée du havre à l'ouest, on voit encore les ruines d'une ville et celles d'un château 7 .
* Corancez, p. 292.
" Carte des Sécréta fid. crucis. — Cf. aussi Antonio de Uzzano, Compasso, dans la Décima de Pagnini, t. IV, p. 234.
^ 5 Voyaige d'oultremer, p. 79.
'♦Pauli, Cod. dipl., t. II, p. 84.
' Journal of a tour in Asia Minor. — Letronne, Journal des Savants, 4825, p. 334.
• a. aussi Fellows, Itin. in A$ia Minor, p. 490, et Bœckh, t. III, p. 472, n° 4342, E.
7 Kinneir, Voy. en A$ie Mineure, 1. 1, p. 308.
C1LICIK MONTAGNEUSE. 477
Avant 'd'arriver à Célenderis, en venant d'Anémour, on remarque une autre ville antique, ruinée comme les précédentes, et qui doit être l'ancienne Melania de Strabon 1 : Erra toto; Metatvia.
Kélendri, l'ancienne Célenderis, est à 12 heures d'Anémour et à 18 de Sélefké. C'est un misérable village composé de quelques huttes et d'un khan ; les bâtiments y trouvent un refuge contre le vent d'ouest, dans un port qui ne présente les restes d'aucune construction. Les ruines de Œlenderis, qui, dans l'antiquité, était une ville maritime illustrée par ses origines mythologiques 2, sont situées au pied de la montagne, et bordent une petite baie sur un mille environ de longueur. Ces ruines se composent d'un aqueduc 3 qui conduisait dans la ville les eaux d'une source voisine, et d'un château ruiné qui se trouve élevé sur l'emplacement de celui dont Pison s'était emparé, au temps de Germanicus, et dans lequel il soutint un siège contre Sextius. Les autres ruines consistent en un certain nombre de petits édifices cintrés, d'une grande solidité; chacun d'eux renferme un fort beau sarcophage ; plusieurs de ces sarcophages sont entiers et encore munis de leur couvercle, tandis que d'autres sont mutilés ou brisés. Kinneir * en compta plus de vingt, sur deux desquels seulement il remarqua des inscriptions grecques. Au centre de la ville s'élève un petit édifice dans lequel on pénètre par quatre portes qui font face aux quatre points cardinaux. Il est construit en pierres de taille et s'élève en forme de cône,
1 Gèogr., liv. XIV et XVI.
* Apollodore, liv. III, ch. xiv, S 3.
* Coranrez, p. 246.
* Voy. en Asie Mineure, 1. 1. p. 309-31 4.
dont l'extrémité supérieure est décorée d'une belle corniche.
Après cette ville vient Aphrodisias , dont les ruines sont indiquées sur la carie deM. Kiepert, au nordde la presqu'île qui forme le cap Cavalier. Cette dénomination, tout à fait européenne , prouve qu'au moyen âge les Franks faisaient sur la côte un grand commerce et y avaient des comptoirs; ce que semblent indiquer, au surplus, les noms de Orœ Cyprianœ, Portas Ramcnsis Port Provençal a, Castrurn Longobardorarn, Porto Cavalière, que l'on rencontre fréquemment dans les documents de cette époque.
Au nord de toutes les localités maritimes que je viens de citer, se trouvaient, dans l'antiquité, des populations d'origines différentes, et des villes dont les géographes et les monuments nous ont conservé le souvenir ; ainsi, les cantons de Cètide et de Lalasside, les peuplades appelées Cen/iates', uue partie de VI sourie , les villes de Philadelphie, Germanicopolis (Ermenag), Claudiopolis, Diocésarée, Olba, Jsauria, etc., se trouvaient dans la Cilicie Trachée.
Ulsaurie, formée de quelques cantons de la Cilicie Trachée et de la Pamphylie, a joui d'une certaine importance, parce qu'elle était, en quelque sorte, la clef du passage conduisant de la côte méridionale au centre de l'Asie Mineure. Ses habitants, maîtres des barrières presque inexpugnables que forment leurs montagnes, y gardèrent presque toujours, même quand la domination romaine pesait sur tout le monde, une indépendance dédaigneuse et sau-
* Sanuto, Secret, fid. crucis, t. II, part. IV, ch. xxvi, p. 89. *Not, et Extr. des ^fs$., t. XIII, Cartes du moy. âje.— Sanuto, id., ibid., page 89.
5 a. méd. d'Ajax et de Polémcm, toparquea dOlba, dans Mionnet, Aléd . grtc. j !»• OlbaetDiocmarea.
CILICir. MONTAGNEUSE. 479
vage. Un des leurs, Trebellianus prit lu pourpre, dans le IIIe siècle, et se maintint quelque temps flans ces Apres cantons. A une époque postérieure, les Isaures poussèrent leurs ravages jusqu'à Tarse et occupèrent, pendant plusieurs années, Séleucie et d'autres places.
C'est aux confins de l'Isaurie que se trouvait la ville d'0/bay bâtie par Ajax, fils de Teucer, qui vint de Chypre en Cilicie. Il fonda un temple de Jupiter, dont les prêtres étaient souverains de la Trachéotide. Les principales cités de cette théocratie étaient Olbay Cenna (?) et Lalassa (?). Il est probable qu'à ces colons athéniens s'étaient joints des Argicns de Chypre, car le symbole d'Argos se retrouve sur les médailles de ces princes , décrites par les numismalistes 2; et de plus, nous savons d'une manière à peu près certaine qu'il y avait autrefois en Cilicie une ville nommée Argos, nom qui nous a été conservé par les médailles3.
Dans le golfe formé par la pointe du cap Cavalier et par l'angle du promontoire Sarpédon, on trouve les ruines de Mjlœ, puis celles d'une ville qui marque à peu près le milieu de l'arc formé par le golfe. Ces dernières sont étagées sur une pente rocheuse qui, en cet endroit, vient aboutir à la mer. La roche est un composé de marbres rouges et verts veinés de blanc, formant des couches hori zonlales brisées et infléchies de la manière la plus extraordinaire. Tous les auteurs anciens fixent en cet endroit la position d'Hoimi \ dont le nom est orthographié d'une
■ Uistoria Augusla (Info. Poil.), Tyrans, ch. xxv.
* Raoul Rochctte, Jlist. des col. grecques, t. II, j». 438.
* Mionnet, Méd. grecq., Cilicie, v" Argos.
* Strabon, liv. XIV.— Pline, V, S7.— Etienne de Byzance, De ur6.,v° Holmi. — Scylax , Périple.
«so VOYAGK EN CILICIE.
manière particulière dans chaque écrivain. Selon Pline, le nom de cette ville devrait s'écrire fiormia, dénomination qui s'applique à un lieu propre à la pêche; on sait, en effet, que le rivage de la Cilicie, depuis le cap Cavalier jusqu'à Lamas, est très-poissonneux, et Oppien 1 nous apprend comment on faisait de son temps, sur cette plage, la pêche des anthias.
C'est de la ville d'Holmi que partirent les premiers habitants de Sélefké (Séleucie), abandonnant leur cité, au dire de Strabon, pour venir s établir dans la nouvelle ville fondée par Séleucus, près des rives du Calycadnus, sur le versant oriental de la montagne que couronne le château de Sélefké.
Les ruines d'Holmi , bien que considérables, n'accusent aucun édifice; tous les pans de murailles qui se voient sur le rocher sont les débris de maisons antiques. Les murs de ces habitations sont bâtis avec des blocs de marbre rouge ou vert d'une telle grosseur, que l'enceinte de chaque maison est encore très-bien conservée, malgré le nombre prodigieux d'arbres et de buissons qui ont envahi ces ruines.
Une voie romaine venant de la Pamphylie, et qui passait par toutes les villes du littoral de la Cilicie Trachée, traversait Holmi, le port de Séleucie, et rejoignait dans cette dernière ville la grande route qui , du centre de l'Asie Mineure, passait à Séleucie, de là à Tarse, et aboutissait en Syrie. On voit encore les traces de cette voie en plusieurs endroits.
A une demi-heure à lest des ruines d'Holmi, se trouve une vaste construction bâtie à l'extrémité d'un long pro-
• Cynégétique, 111, 8, 6.
inontoire qui se termine par une langue de terre basse et large. Cet édifice porte aujourd'hui le nom de Cheyr- Houran. C'est un beau monument construit en larges pierres de taille. On voit à l'intérieur une salle extrêmement profonde, éclairée par plusieurs fenêtres arquées dont quelques-unes sont encore bien conservées. Tout autour de cette vaste construction, qui semble avoir été élevée au moyen âge sur les ruines d'un édifice considérable, on trouve des fragments de mosaïques, dont les cubes sont dispersés à la base des murailles du monument. Quelques voyageurs ont pris cette construction pour un palais ruiné, d'autres pour une forteresse; pour moi , j'aime mieux y voir les ruines d'un monastère byzantin fortifié, afin d'en défendre l'entrée aux musulmans, comme cela se pratique encore en Orient.
Le port actuel de Sélefké est connu des habitants de la contrée sous le nom de Liman- JsAefessi , ou encore, Sèlefkè-lskelessi. C'est un village de quelques maisons et magasins, où se trouvent une douane et un khan. Sous la domination byzantine, le port était, comme de nos jours, fréquenté par des navires marchands. Par le nombre des tombeaux qu'on y voit encore aujourd'hui, on doit supposer qu'au moyen âge l'échelle de Séleucie avait quelque importance. On remarque, en effet, au bord de la mer, les ruines d'une petite chapelle grecque; et sur tout le rivage, qui, en cet endroit, est bordé de rochers, on découvre une grande quantité de sarcophages monolithes creusés à même le roc, et portant des inscriptions que le temps a en partie détruites*. Un fragment d'inscrip-
« Mon Recueil des. Inscript, du la Cilicie, p. 55, M9, 180.
tion latine de quelques lignes quelques chapiteaux d'un mauvais style, sont les seuls débris que l'ancien port de Séleucie ait conservés des siècles passés.
A l'est des ruines d'Holini et de Liman - Iskelessi , se trouve le cap Sarpédon indiqué sur la carte de M. Kiepert sous le nom de Lissan el Cape. Pomponius Mêla 1 dit que ce cap servait autrefois de limite au royaume du héros Sarpédon, roi de Lycie, tué parPatrocle au siège de Troie Toutefois, il est probable que ce n'est pas au Sarpédon homérique que le cap en question a emprunté son nom, mais bien à Sarpédon, frère et successeur de Minos. Vaincu par ce prince, il aurait émigré à la tête d'un certain nombre de mécontents et de Cretois, et formé des établissements sur plusieurs points, principalement sur les cotes de la Syrie, de la Cilicie et de la Pamphylie \
Selon Scylax °, il y aurait eu près du cap Sarpédon une ville de ce nom : iaoûyj&ôv tto'Xiç, zpYtxoç xoi TrorajULo;. Le cap Sarpédon , suivant Strabon7, était célèbre par un temple et un oracle de Diane Sarpédonie $; et Basile de Séleucie 9 nous apprend qu'il y avait encore, en cet endroit, un temple fameux d'Apollon Sarpédonien qui occupait une jetée ou langue étroite sur le bord de la mer : Erwrr/jïzi oè ixvrr.v 7w Ooîuovi, rw SxpTrrâôvi, t£> xzraXaoovrc fiev zrty tnî 7Ï,v QaAxrr/îç
• Mon Recueil des Insc. de la Cilicie, p. 46, n° t8t . « Slrabon, liv. XIV, § 5.
3 De situ or&., liv. I, ch. xm.
4 Homère, Iliade, ch. xvi. ^ 8R. Roehette, Col. grecques, t. II, p. 141 et la note.
• Périple.
» Liv. XIV, 5.
8 R. Rochelle, Col. grecq., t. II, p. 4 42. 3 Vie de S. Thecle, p. 275, D.
C1LIC1E MONTAGNEUSE. 483
yùr.v. C'est à l'est de ce cap que se trouvait l'un des promontoires appelés par Strabon Zephyrium, et que Bertrandon de la Brocquière 1 considère connue le port deSéleucie, qu'il appelle Zahari. Le Calycadnus se jette dans la mer à peu de distance de ce dernier point.
' Voyage en Orient, dans VUitL de Chypre d& M. de Mas-Latrie, doc. t. II,