DE CORYCUS A LAMAS PAR LE BORD DE LA MER
antique* ; châteaux d'Alfkales*! et de Lania»«kaleMNl ; I uni u« . ruines de Laniv* ; la montagne dn Failli : caractère* lyclcn* grave» i«r un
rocher.
Sur le bord de la mer et à une demi-heure de Corycus s'élèvent les ruines d'une grande et belle ville assise sur le versant méridional d une colline, parallèle à la mer. Cette ville, dont remplacement répond à la position de Sébaste, portait dans l'antiquité le nom d'Etœusa, qui signifie terre des oliviers, ou mieux encore, endroit favorable à la culture des oliviers. Mais ce qui est digne de remarque, c'est que la ville d'Élamsa ou de Sébaste, qui fait maintenant partie du continent, était, dans l'antiquité, située dans une île très-voisine du rivage 1 .
Au vr siècle de notre ère, file d'Ékeusa était devenue une presqu'île aujourd'hui c'est un promontoire continental peu avancé dans la mer. Ce phénomène géologique, qui s'est accompli à l'époque historique sur les côtes de la Cilicie Trachée, a entièrement changé la physionomie du sol et la configuration du rivage en cet endroit ; mais il
* St raton, XIV, 5. — Oppien, Cijnégét., III, 8. 6. - ÊticnncdeByzanrPj \° Zieavni.
s'explique facilement par l'accumulation des sables apportés par les flots, et par la quantité de terres végétales que les pluies d'hiver entraînent de la montagne jusqu'à la mer. Du reste, c'est decette manière qu'a dùavoirlieu la formation, sur toute cette côte, depuis le cap Cavalier jusqu'à Alexandrette, de la plaine Aléïenne, aujourd'hui Tchu/mr-owa, qui est revêtue d'une immense nappe de diluvium dont l'épaisseur est fort différente selon les localités1. Ce phénomène est surtout très-sensible à l'embouchure du Pyrame, dont les bouches se modifient tous les ans, à l'époque de la fonte des neiges, ce qui a fait dire à un ancien oracle, dont parJe Strabon a, qu'un jour le Pyrame viendrait se précipiter jusque sur le rivage de l'île de Chypre.
Les ruines de Sébaste, ville qui remplaça la cité moins florissante d'Élrcusa 3, où le roi Archélaûs avait renfermé ses trésors, après que la Cilicie Trachée fut soumise à sa domination *, s'étendent sur tout le rivage depuis Corycus jusqu'à quelques heures de Lamas. Les habitants donnent le nom Aïasch à ces ruines, ainsi qu'au village tiukoman élevé au milieu des débris de la ville antique. Ces ruines se composent d'un théâtre et d'un temple situés sur le penchant d'une colline et dont les colonnes, d'ordre composite, sont crénelées et ont environ quatre pieds de diamètre. On voit en outre, au milieu de ces ruines, des aqueducs dont on retrouve en plusieurs endroits, et sur la route qui conduit à Lamas, la continuation entre les collines, ou passant sur des torrents. Enfin on remarque encore
• Bulletin de la Société géohfj. de France, 2e série, t. XI, p. 366. 9 Géogr. Liv. XJl, p. îi3t>.
» Josèphe, Ant.judaiq., liv. XVI, et Guerre de Judée, liv. 1, ch. IVU.
* Strabon, Gêoyr., liv. XIV.
232 VOYAGE EX CILIC1E.
des réservoirs, des tombeaux et les pans de murs des maisons de la ville. J'ai copié sur un sarcophage l'inscription suivante malheureusement mutilée 1 :
nAO)TEIN02YreiNOYKATE2KEYA2EN
2OPONAIOINHNTOn0Jî£BATecoZCi)NAe...NAN X. . . .OYAHOHOH2HIMETAAETONOANATONAYTOY
TEOH2ETAIHOYFATHPAYTOYMONHG TI2
OH2EITINAA0J2EITaJOICK(jJAHNAPIA. . . .OHA KAITHnOA£ITPIAKOITAT£OHC£TA...A
« Plotinus, (ils d'Hyginus, a fait construire de son vivant , pour
lui, ce sarcophage et ce monument dans la nécropole de Sèbaste
Après sa mort on y ensevelira sa fille seulement, et si quelqu'un y enterre (un mort) , il payera six cents deniers au fisc et trois cents à la ville »
On n'aperçoit pas au milieu des ruines de Sébaste, comme parmi celles de Corycus, des restes d'édifices du moyen âge; ce sont seulement, comme je le disais, des monuments purement romains, dont aucun indice ne révèle une intention chrétienne.
A partir de Sébaste jusqu'à Lamas, le rivage n'offre qu'une suite continue de ruines couvrant, en plusieurs endroits , toute la surface des collines qui , par des pentes tantôt douces, tantôt abruptes, descendent dans la mer. Ces ruines consistent en petits mausolées et en pans de murailles écroulés, ce qui me fait présumer que chacun des groupes qui composent l'ensemble de ces débris devait être une bourgade, xotywj, qui dépendait du territoire de Sébaste. Les noms anciens de ces diverses localités ne nous étant pas parvenus , on doit croire qu*elles avaient peu
1 Mon Recueil des Inscr. de la CUicie, p. 38, n° 99.
d'importance , et d'ailleurs , les itinéraires de l'antiquité n'en font pas mention.
Après ces ruines, on trouve d'importantes constructions de nature différente : les unes sont de longs aqueducs formés d'un ou de plusieurs rangs d'arcades dont la largeur varie selon le terrain ; les autres sont de grands châteaux forts , désignés par les gens du pays sous les noms à'Ak-kalessî (les châteaux blancs et de Lamas -kalessi (les châteaux de Lamas). Ces forteresses, situées à quelques heures de Lamas, à l'ouest, sont séparées de cette ville par le Lamas-sou, l'ancien fleuve Lamus, qui marquait, dans l'antiquité, la limite des deux Cilicies.
A partir du Lamas -sou, le soi change subitement de physionomie, et le Taurus, qui compose à lui seul toute la Cilicie Trachée, tourne brusquement vers le nord-est et va former, au septentrion de Tarsous, d'Adana et de Missis, un grand arc de cercle qui entoure , comme d'une muraille, la Cilicie des plaines et sert de limite à cette province et à la Cappadoce.
Lamas est situé à peu de distance de la mer, dans une plaine, à une journée d'Aïasch et à cinq heures de Kaunidéli (Néapolis). Ce n'est plus aujourd'hui qu'une bourgade de vingt- cinq maisons groupées sur les bords du Lamassou, le Lamus de Strabon 1 et de Ptolémée 2.
Dans l'antiquité, la ville de Lamus était la métropole de la Lamotide, et les médailles de cette ville, frappées depuis le règne de Septime - Sévère jusqu'à celui de Caracalla, la qualifient de jur.Tpo'-oAiç Aa/xoridoc 3 . Il ne reste rien de la cité
« Géogr. Liv. XIV, ch. v.
» Géogr. Liv. V, ch. vm.
* iMn>nnel, Mèd. grenues ; Cilicie, v° Lamus.
£34 VOYAGE EN C1LIC1E.
antique, et cependant nous savons, par l'examen des médailles, qu'elle possédait un temple de Jupiter \ Ses ruines, que le temps n'a pu encore effacer, se résument en un aqueduc d'un double rang d'arcades, élevé entre deux rochers donnant passage au Saison fat - kadiè , torrent que dessèchent les chaleurs de l'été. Au moyen Age, un château assez vaste, couronnant un monticule situé à peu de distance du rivage, dominait les pays d'alentour. Il ne reste de cette forteresse que des murailles écroulées. Au xu'siècle, lamas était encore le siège d'un évéché dépendant de Séleucie 2.
C'est à Lamas que l'équipage de l'amiral Beaufort Ht cette remarque assez singulière ', que les femmes étaient sans voile et se tenaient pêle-mêle avec lés hommes. Cette observation est très-juste; mais l'explorait ur des côtes de la Karamanie aurait dû aussi s'apercevoir que cet usage n'était pas seulement particulier aux Tu rkomans de la Lamotide, mais bien encore à tous les lourouks de l'Asie Mineure.
S'il ne reste que peu de chose de l'antique Lamus, les environs sont, du moins, fort curieux à visiter. Au uord-ouest, en suivant les bords du fleuve qui coule entre deux lignes de rochers à pic hauts de plus de 5oo pieds et couronnés par une végétation d'arbres magnifiques, on arrive dans une gorge profonde formée par des déviations de rochers et sur la crête desquels on voit les restes d'une tour en ruines. A la base de ces rochers, baignés par le Lanuis^sou qui coule en formant de belles cascades, se voient les ruines d'un
1 Mionnet, wf., ibiil.. vl Nouv. annal, de l'Instit. arch. de Home] ), Mcm. sur quelques monnaies yrecquit, j». 1 2 et suiv.
* Grégoire de Tours, Actes du concile de Chakèdoine.
* Karamania.
C1UUE MONTAGNEUSE. m
aqueduc de construction romaine, et notamment un pan de muraille qui s'appuie au roc. Cet aqueduc portait l'eau du fleuve par des conduits qui longeaient les rochers et allaient rejoindre l'aqueduc de X^mas dont j'ai déjà parlé.
Après avoir traversé le Lamas-sou, on f ranchit péniblement le rocher de la rive gauche, et on atteint bientôt une plate-forme vis-à-vis de laquelle se dresse le rocher de la riva droite, qui, sur ce point, affecte la forme d'un dôme coupé par son centre. Dans une cavité de ce rocher on aperçoit facilement, au moyen d'une longue-vue, trois objets dont les traditions locales font un fusil et un sabre ; de là les noms de Téfingue -kalessi (château du fusil), ou bien encore de Téfingue-dagk (montagne du fusil), donnés à cet endroit. Toutefois, je reconnus bientôt que ces armes n'étaient autres que le bois d'un arc paraissant ornéd'in-
crustations, deux flèches et un sabre dont on apercevait distinctement la poignée.
Ces sortes $ ex-voto ne sont pas sans exemples en Orient chez les musulmans. Un savant voyageur russe, M. N. de Khanikoff, m'a raconté que dans le Tabassaran, province du Dagliestau méridional, au lieu appelé karlchag, résidence du prince Lbrahim-bey, il y a un rocher taillé à pic et haut de 3oo mètres qui est connu sous le nom de Rocher des cornes, parce qu'on voit fixées sur une même ligne, aux trois quarts à peu près de sa hauteur, une série de cornes d'animaux. M. de Khanikoff, qui a visité cet endroit, a fait abattre à coups de fusil plusieurs de ces cornes, et les liabitants du pays lui ont expliqué que ces singuliers ornements avaient été placés là par des gens du pays qui avaient fait vœu, s'ils revenaient sains et saufs d'une expédition dangereuse , de fixer en cet endroit soit des cornes d'ani-
maux, soit leurs propres armes, soit enfin quelque objet précieux qui leur aurait appartenu. Pour arriver jusqu'à l'endroit du rocher choisi pour placer le dépôt de ces exvoto, les gens de Kartchag qui avaient un vœu de ce genre à accomplir se faisaient descendre, au moyen de cordes, du sommet du rocher, et dès qu'ils étaient arrivés à la hauteur voulue, ils creusaient un trou dans le roc et fixaient les objets votifs, qu'ils consolidaient au moyen d'argile et de chaux. Il paraît que dans le Kourdistan, sur un rocher de la vallée du Gelou-tschaï, on voit une inscription tracée sur le roc, à une grande hauteur, par un homme du pays qui avait ainsi accompli un vœu formé à la suite d'une expédition ou d'un vo\ âge dont les résultats avaient répondu à ses désirs.
Le dépôt d'armes du Téfingue-kalessi , près Lamas, n'est donc autre chose qu'un ex-voto du même genre, et je crois pouvoir assurer que ce dépôt, quel qu'il soit, ne vaut pas la peine d'être enlevé, d'autant plus que les objets dont il se compose ne sont pas assez curieux ni assez anciens pour offrir un intérêt véritable aux archéologues.
Sur le rocher de la rive gauche, où j'avais établi mon observatoire, il existe un bas-relief représentant un personnage nu, debout et vu de face, qui semble tenir de la main gauche une bourse. Sous cette figure on voit une inscription grecque de quatre lignes, malheureusement mutilée'. Derrière le rocher sur lequel est placé le bas-relief dont je viens de parler se trouvent de petites niches carrées, d'autres triangulaires. Il est probable que ce point était un lieu de pèlerinage, peut-être même la demeure de quelque
' Mon Recueil des Inscr. de la CUicie, p. 36, n° 9! .
GILIC1E MONTAGNEUSE. 237
«levin, car on sait que la Cataonie et la Cilicie étaient renommées dans l'antiquité pour la célébrité de leurs oracles'.
A une demi-heure du village de Lamas, au sud-est, les Turkomans montrent un rocher, entouré de broussailles, sur lequel on a gravé assez profondément deux signes que l'on trouve représentés au revers des monnaies de Polémon et d'Ajax, toparques d'Olba2. On peut supposer que ce rocher servait à marquer la limite orientale de la toparchie possédée jadis par ces prêtres - rois du temple de Jupiter, auxquels Rome avait donné, avec la puissance souveraine, le titre de dynastes des Cennates et des Lalassiens.
• Strabon, Ihr. XIV. — Pomp. Mêla, liv. I,ch. un,
* Visconti, Iconogr. grecq., t. III, page 5.
Caractères lyciei» mr un rocher près de Lama».
CILTCIE DES PIAINES