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«Liv. VIII, ch. 3.
3 I. cit. et l'Uni?, XXXI. ch. il.
1 K ara mania. Journal <Us Savant*, iKtf .
C1LICIE DES PLAINES.
signale des sources de bitume à six lieues au nord de Soli. Ce sont probablement les mêmes que celles dont Pline 1 et Vitruve 2 ont fait mention. Ibrahim-pacha, lors de la conquête du pachalik d'Àdana par l'armée égyptienne sous ses ordres, découvrit ces sources et sut en tirer parti. On voit encore aujourd'hui, dans le village de Mersine, les restes d'un bassin où se recueillait le bitume qu'il faisait prendre à la montagne 3.
En quittant Pompéiopolis pour se rendre au port de Mersine, on laisse à sa gauche le château d1 Iourmtmek, et bientôt après ou se trouve en face d'un pont turk construit en arête sur un cours d'eau qui se jette dans la mer près de ce pont. A peine a-t-on traversé la rivière, que le sol, sur une étendue de plus d'un kilomètre, se montre tout à coup jonché de débris antiques, fragments de poteries , goulots et tessons d'amphores en grande quantité, meules de moulins antiques en pierre calcinée, fragments de marbre blanc; enfin, là se trouvent les restes de constructions eu briques, sur lesquels on a assis les murailles des maisons européennes du village actuel, et qui semblent attester que sur ce point s'élevait, dans l'antiquité, une cité de grande importance. Suivant la Table de Peutinger et le Synecdème d'Hiéroclès, les ruines dont je viens de donner un aperçu marqueraient remplacement d'une Zêphjrrium, à laquelle le Périple de Scylax et le Stadiasinus maris donnent la qualification de ville, ZctpJptov toTi;. Ce nom de Zéphyrium aurait été assigné non-seulement à cette loca-
< Liv. XXXI, ch. h, p. 649. * Liv. VIII, 3.
5 Arch. du ministère des aff. étran»., Consulat de Tarsous, 4836. Lettre de M. Gillet à M. Thien, n° 8.
252 VOYAGE EN C1LICIE.
lité, mais encore à beaucoup d'autres longeant la côte', à cause des vents alises qui régnent dans ces parages pendant la plus grande partie de l'année. Le village élevé sur ces ruines porte le nom de Mersine, dénomination qui lui a été donnée à cause de la grande quantité de myrtes qui croissent sur ce point, et notamment sur les bords de la mer.
Les vents alises, dont il vient d'être question, rendent, à diverses époques, la rade de Mersine assez dangereuse; toutefois, cet inconvénient, malgré sa gravité, n'empêche pas que le village ne soit aujourd'hui le port principal de la Karamanie orientale, et l'échelle de Tarsous où tend à se concentrer le commerce de cette partie de l'Asie Mineure.
Outre les débris d'anciennes constructions qui couvrent le sol à l'ouest de Mersine, d'autres antiquités y ont été découvertes. M. Gillet, consul de France à Tarsous, dans une lettre du 27 novembre i836, adressée à M. Thiers, alors ministre des affaires étrangères 2, rend compte « qu'on a découvert à Mersine , à dix mètres de la mer , des tombeaux en briques ; de sorte qu'ils sont couverts par les flots dans les mauvais temps. Ces tombeaux , en assez grand nombre, se prolongent de droite à gauche; on en voit de • cinq formes différentes. Je fouillai en cet endroit pendant quinze jours, dit M. Gillet, et je ne trouvai qu'un miroir antique et une statuette de Vénus de dix centimètres de hauteur. »
A l'ouest et à quelque distance de la place qu'occupaient ces tombeaux, dont toute trace a disparu, on a découvert dans ces derniers temps, et à plusieurs pieds de profondeur, d'autres tombeaux faits de briques de grande dimension ;
• Strabon, XIV, 5.
* Archives du ministère des aff. élr., 1836 , piëre n° 8, dossier de M. Gillet .
CILICIB DES PLAINES. 253
ils ont la forme de sarcophages, à couvercles prismatiques dont l'arête est garnie dans toute sa longueur de tuiles en forme de cintre.
Dans la plaine qui sépare Mersine de la rivière dont il a été question, et au milieu des débris de poteries antiques que j'ai signalés, on voit un magnifique caroubier entouré d'un mur peu élevé. Les habitants du pays, musulmans, noussariés et chrétiens, ont en grande vénération cet arbre qui est consacré à saint Georges, patron de tous les guerriers de l'Orient. On doit supposer qu'au moyen âge, il y avait là une chapelle dédiée à ce saint, car on y a trouvé une plaque en marbre blanc représentant un saint à cheval
avec le monogramme , 6 «710; rewpy/oç, qui est gravé en
creux sur la cuisse de l'animal.
A une heure de Mersine, au nord-ouest, et sur les traces de l'ancienne voie qui conduisait de Pompéiopolis à Tarse, on remarque un singulier monument, le Direkli-tasch (pierre debout) {yoy. la vignette, p. 239). C'est un rocher carré taillé régulièrement, haut de quinze mètres, large de quatre, et de deux mètres d'épaisseur. Le temps, le contact des corps durs et le frottement des chameaux qui passent là, en ont altéré la base, ce qui lui donne, vu àquelque distance, l'apparence d'une pyramide renversée. Suivant plusieurs passages de la Bible, il était d'usage parmi les Hébreux de dresser de semblables pierres sur le lieu où s'était passé un fait mémorable 1 . Quelquefois cependant, la pierre ainsi posée indiquait la limite d'un pays, d'autres fois une tombe. Des
« Josué, iv. — Genèse, xxviii.
m VOYAGE EN C1LICIE.
voyageurs ont signalé , dans d'autres contrées de l'Asie Mineure, l'existence de monuments de ce genre; ainsi, Macdonald Kinneir 1 a découvert, à quelques milles anglais de la ville de Afium Kara-Hissar, en Cappadoce, des fragments de rochers placés verticalement; et à deux milles de la même ville, Hamilton 8 a remarqué une avenue de grosses pierres brutes et irrégulières, qui lui firent penser que ces monuments d'un art tout à fait barbare pouvaient appartenir aux Gallo-Grecs.
Sur les deux côtés de la route qui mène de Mersine à Tarse, se trouvent.plusieurs châteaux qui sont : le Termell- Aalessi, situé sur une éminence au bord de la mer, entre Mersine et le village de Karadowar ; c'est une petite forteresse byzantine carrée, flanquée de tours à ses angles; le Goudbcs-kalessi, situé sur une colline au nord-est du précédent, et qu'Ibrahim-pacha fit oétruire en partie, afin d'en faire entrer les matériaux dans la construction d'un khan destiné à l'emmagasinement des vivres de son armée.
A l'ouest de ce château, et sur les premiers contre-forts du Taurus, est assis le Kalah el-Habeltieh ; c'est une forteresse du même genre que le Termell-kalessi ; comme celle-ci elle est carrée et flanquée de tours à ses angles. Le Kalah el-Habellieh a vingt mètres de longueur sur quatorze de largeur. A quelque distance à l'ouest, et dans la plaine, est une petite chapelle ruinée.
Le village de Karadowar (muraille noire), situé à trois quarts d'heure de Mersine, à l'est et sur le bord de la mer, est aussi une ancienne localité romaine. On y trouve queU
« Voyage en Asie Mineure, 1. 1. p. 175 de la trad. fr. * Bcsearches, t. 1, p. 400,
CIL1CIE DBS PLAINES. 25-i
ques vestiges de constructions et les restes d'un ]>ain antique pavé d'une belle mosaïque. L'hypocauste est encore très-apparent; mais la mosaïque tend chaque jour à disparaître, parce que le chemin de Mersine à Karadowar la traverse.
A une heure de ce village se trouve, toujours sur le bord de la mer, la bourgade de Kasanlié, dont la position semble correspondre à celle qu'occupait Cyinda *. Sous les Égyptiens, Kasanlié était l'échelle de Tarsous; on y trouve quelques débris antiques, tels que fûts de colonnes et chapiteaux. J'y ai copié deux inscriptions, l'une grecque2, l'autre latine, sur l'un des côtés d'un chapiteau. La première est peu importante :
CPGKYAH NIKA
2AHTA2 ICNOOOY.Î..
î£NOOOYN AIONY
La seconde, au contraire, nous fait connaître le nom de l'un des gouverneurs romains de la Cilicie, vers la fin du 111e siècle 3 :
PRIN]CIPIIVGNTVTISDNO....IOVALeRIO CONSTANTIONOB£LISSIMOCAGSARI AIMILIVSMARCIANVSVPPRASCILICIA[e DICATISSI[M]VSNVMINIMAieSTATIQVeoRVM \
'Au prince de la jeunesse, notre seigneur [Juli] us Valerius Constance, nobilissime César; F homme très-parfait, Emîlius Marcianus, gouverneur de la Cilicie, dévoué à leur divinité et à leur majesté. »
1 Strabon, Gèogr., XV, 8.
* Mon Recueil des Inscr. de la Cilicie, p. 32, n« 80.
5 Mon Recueil, p. 32, n* 81 . — Arch. des miss. scienUf., t. IV, mon Rapport.
* On trouve quelquefois cette formule exprimée au pluriel, même quand il n'y avait qu'un seul César.
C'est à Kasanlié que la plupart des géographes modernes placent Anchiale ; mais il est vraisemblable , d'après le témoignage d'Étienne de Byzance', qu'Anchiale n'était qu'un des faubourgs de l'ancienne Tarse , et ne formait avec celle-ci qu'une même cité, comme je le dirai en décrivant le monument de Sardanapale à Tarsous.
Au nord de Kasanlié et sur le chemin de Tarsous, fon voit un tertre artificiel qui rappelle vraisemblablement l'emplacement du fort Cyinda, indiqué par Strabon 2. C'est cet endroit qu'avaient choisi les rois de Macédoine pour y déposer leurs trésors. On assure qu'à l'intérieur de ce tertre se trouvent des restes de constructions en moellons.
A partir de Kasanlié jusqu'à l'embouchure du Cydnus, le sol devient marécageux, et cette plaine, jadis desséchée, ne présente maintenant qu'un terrain détrempé et couvert de roseaux qui atteignent une grande hauteur. Ces marécages se sont produits par suite d'un changement de direction dans le cours du Cydnus qui, à l'époque historique, s'est creusé un nouveau lit beaucoup plus à l'est.
C'est près de l'ancienne embouchure du Cydnus qu'était situé Rhegma, ancien chantier de constructions dont Strabon 3 indique la position sur ce point. Le village d'Ieni-Koï est bâti près de l'emplacement qu'occupait autrefois Rhegma.
Entre Iéni-Koï et Tarsous, dans la direction du nord-est, on aperçoit des terrains que n'ont pas envahis les marécages. J'ai reconnu sur plusieurs de ces points, aujourd'hui dépeuplés, les vestiges d'anciennes bourgades
» V hrffiékn.
« Liv. XIV, ch. v.
» là., ibid.
dont l'une, à mi-chemin d'Iéni-koï à Tarsous, renfermait des édifices dont le dallage se composait de marbres blancs et noirs.
Au nord des villages dont je viens d'indiquer la position et de décrire les ruines , se trouve, dans une gorge de la montagne qui se lie au Taurus, un endroit très-pittoresque appelé Ichmé, nom qui lui vient d'une source sulfureuse jaillissant du rocher '. L'eau de cette source est à 4i° centigrades; elle dégage constamment et en grande quantité des bulles de gaz assez volumineuses qui paraissent consister en acide carbonique libre et en acide sulfhydrique. Cette source dépose sur ses bords une épaisse couche de limon, et revêt le sol qui l avoisine d'efflorescences blanches dans lesquelles domine le chlorure de sodium.
Les Romains avaient construit à Ichmé des thermes dont on reconnaît facilement les restes sur la rive gauche du Deli-soUy torrent qui se jette dans la mer près de Kara- . dowar. En creusant le sol près de ce bain, j'ai découvert des tubes en argile longs de trente-cinq centimètres et dont le diamètre est de dix centimètres. Pline, dans son Histoire naturelle, mentionne ces sortes de conduits 2 qui partaient d'un réservoir commun, appelé castellum, et distribuaient l'eau dans les salles du bain.
Au sud-ouest et à quelque distance d'Ichmé, on remarque dans les rochers les traces d'une nécropole qui se compose de sarcophages taillés dans le roc et de chambres sépulcrales. Ces monuments funéraires sont dépourvus d'inscriptions.
* Ce lieu est appelé à tort Elitoluk sur les cartes de MM. H. Kiepert, P. do Tchihattcheff et Kotschy.
« Liv. XXXJ, 6 : « Tubi* fictilibu» utilistimum aquam duci. »
258 VOYAGE EN CILICIR.
Ichmé, dont le nom antique ne nous est pas parvenu, a du être une résidence d'été, un séjour plein d'agréments pour les anciens habitants de Tarse; et, en effet, on y voit des traces d'habitations sur divers points, et plus particulièrement près d'une cascade, formant un réservoir naturel, que borde un rocher que les Romains avaient taillé et aplani avec l'intention, sans doute, d'ajouter au bien-être que devait offrir, dans l'antiquité, cette résidence d'été.
De nos jours, Ichmé est fréquenté par les consuls, les Européens de Mersiue et de Tarse, et quelques personnages indigènes qui vont planter leurs tentes près de la source thermale, afin d'échapper aux fièvres qui, pendant les grandes chaleurs, déciment la population des villages du littoral et des villes de la plaine.