‹ Voyage dans la Cilicie et dans les montagnes du TaurusChapitre 22 sur 53 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

HISTOIRE ET ANTIQUITÉS DE TARSE DEPUIS L'ARRIVÉE DES CO- LONIES GRECQUES JUSQU'AU PARTAGE DE L'EMPIRE ROMAIN ENTRE LES FILS DE THÊODOSE.

il tombeau* et l en terre eultet antiquité* romalnn; le Gyiunaae; le Stade; qurN i aqueduc*, mont», i oie», pont* et borne» mllMalroN i tnaerlptlonat le Gueiuluk-kalab, nécrepele de Tarme; Ugarlne» en «relie;

Après avoir essayé de résoudre le problème que présente le Dunuk-tasch, ce monument unique qui comprend à lui seul ce qui reste à Tarse des colonies assyrienne et argienne, et ce que le temps a respecté des édifices de l'âge héroïque, nous touchons à l'époque où, l'empire d'Assyrie ayant été arraché des mains efféminées de Sardanapale, on vit tour à tour les Babyloniens, les Mèdes et les Perses se succéder sur le trône de cette belle partie de l'Asie.

Les conquérants établirent des colonies dans leurs nouvelles possessions ; avec elles s'implantèrent des coutumes et des croyances assyriennes ou médiques, comme on les qualifiait dans l'antiquité.

Sous la domination persane, des satrapes, suivis d'armées nombreuses, s'établirent sur divers points de l'Asie Mineure, s'y maintinrent durant de longues années et jus-

CILIC1E DBS PLAINES. 287

qu'à l'époque où Alexandre, faisant irruption dans ces riches contrées, à la tête de ses invincibles phalanges, mit fin à l'empire de Darius. Si on ajoute à ce qui précède les relations si anciennes et si diverses que le commerce avait formées entre toutes les contrées de l'Asie, principalement de la part des Phéniciens, on comprendra facilement le mé* lange de langues *, de cultes, de religions, dont les résuU tats devaient infailliblement avoir de l'influence sur les mœurs et les idées des peuples2.

A part l'édifice connu sous le nom de Dunuk-tasch, aucun des monuments élevés par les Assyriens et les Perses n'a laissé de vestiges à Tarse. Le palais des satrapes, pillé et dévasté par les Grecs du jeune Cyrus1, et les fortifications dont parle Arrien *, n'y ont pas laissé la plus légère trace.

Cependant, tout souvenir de la domination des satrapes Ach«eménides de Tarse n'a pas entièrement disparu ; des médailles portant leurs noms nous sont parvenues ; ce sont celles de Pharnabaze, Syennésis, Camissarès, Datâmes, Abd- Sohar, Gaos, ayant au revers les figures des principales divinités auxquelles on rendait un culte dans la contrée 5 .

Époque grecque. — Quand Alexandre, par suite de ses conquêtes, eut rendu aux colonies grecques leur état primitif, on vit Tarse prendre un développement considérable. Aucune ville de l'Asie Mineure ne l'égalait en magnificence, en richesse et en grandeur4. Ses habitants rivalisaient

1 Strabon, au commencoment du XIIe liv. de la Géographie. ; « Guigniaut, Relig. de l'antiq., liv. IV, oh. i, p. 5 et suiv. 3 Xénopbon, Anabas., 1. 1, ch. h, 42, 27. 1 Expéd. d'Alexandre.

3 De Luyues, Num. des satrapies, p. 4 et suiv., pl. 4 et suiv. •Hirtius, Débell.Alem.

28k VOYAGE EN CILICIE.

avec ceux d'Athènes pour les sciences, les arts et la philosophie; c'est à cette époque qu'elle donna le jour à Antipater le stoïcien, à Archédamus, à Nestor et aux deux Athénodore.

D'habiles artistes grecs vinrent se fixer à Tarse et y introduisirent les arts de la mère patrie. On trouve la preuve de ce fait en étudiant les monuments les plus anciens que j'ai rapportés de cette ville, après les avoir exhumés de son antique nécropole.

L'art de la statuaire, le modelage de l'argile, les procédés pour vernir les poteries les plus communes, dénotent une époque avancée en civilisation, une habileté artistique qu'on est même étonné de trouver sur des monuments de peu de valeur, dans une cité comme Tarse, qui avait subi de si fréquentes révolutions et était passée tant de fois sous la domination de conquérants partis de points si opposés.

La vaste nécropole de Tarse, dont l'emplacement occupe le monticule situé au sud de cette ville et qu'on nomme aujourd'hui Giieuzluk-kalah , conserva sa destination sous les Romains. La majeure partie des statuettes, les monuments de la céramique et les objets si divers qu'on y trouve enfouis , sont de cette dernière époque ; bien que mêlés à des terres cuites plus anciennes datant de l'autonomie grecque, il est facile de distinguer celles-ci, qui accusent Fart antique dans toute sa pureté. De même que sur les médailles de cette dernière période, les représentations de divinités que j'ai découvertes dans ce tumulus sont pour la plupart empruntées à la Grèce, quoique appartenant principalement au panthéon tarsiote : c'est Jupiter, Hercule, Apollon, Minerve; toutefois, on trouve, mêlées à ces figurines, celles de divinités asiatiques ou bien encore égyp-

tiennes, comme, par exemple, Mithra et Harpocrate. Cependant tout souvenir de l'ancienne domination assyrienne et perse ne s'était pas non plus effacé ; car sur les médailles de cette époque apparaît aussi Sàrdanapale, l'un des fondateurs de Tarse, avec les héros venus d'Argos.

Lorsque l'Europe parut sur la scène, et que l'Asie persane, bouleversée par des conquérants grecs, fut refoulée au delà de ses anciennes limites, on vit des dynasties grecques se perpétuer dans son sein. Tarse passa dans le domaine des rois Séleucides, et bien que la métropole de la Cilicie eut obtenu de conserver ses privilèges et ses prérogatives de ville libre, elle dut néanmoins, pour flatter ses dominateurs, prendre, à l'instar des autres grandes villes du royaume de Syrie, le nom d'Antioche. On sait qu'Antiochus Epiphane alla en Cilicie, l'an 171 avant Jésus-Christ, pour réduire les villes de Tarse et de Mallus qui s'étaient révoltées, et qu'il avait donné ces deux villes à Antiochide, sa concubine'. Les géographes, de même que les médailles frappées à Tarse pendant la domination syrienne, nous fournissent la preuve de ce fait. Étienne de Byzance2dit en effet que Tarse portait le nom d'Antioche, et nous lisons sur plusieurs médailles ayant au revers la figure de Sardana- " pale, la légende ANTIOXEONTON nPOI TAI KYANAI, qui ne peut s'appliquer qu'à la ville de Tarse, arrosée parles eaux du Cydnus.

A part un nombre fort restreint de monuments grecs découverts dans la nécropole de Tarse, et quelques médailles,

• Machab.t liv. II, ch. iv, 30.

* V° kmiyttx * « Tpt; xxt Sixim, r, T«s<w"ç et V* T*f«; ■ « ErJ.rfir. Si xx't Avtuy i'.x àirô Avruy/.'J tsv Em«*vcûî.o

2<j0 VOYAGE EN CIL1C1E.

il ne reste rien, dans cette ville, des époques autonome et

Sélencide.

Époque romaine. — Nous arrivons à la conquête romaine, au moment où les légions viennent, après la soumission des pirates par Pompée, prendre leurs quartiers en Asie Mineure et en Syrie. Tarse, capitale de la Cilicie, ne perdit rien de son autonomie, de ses privilèges et de ses immunités. Quand César traversa cette ville, la plus illustre de toute la province1, il la combla de biens, d'où elle prit le nom de Juliopolis Marc-Antoine, pour réparer les maux que Tarse avait eu à souffrir pendant la guerre civile 3, la déclara libre et exempte d'impôts * : « Tapas'a* 'ù.vMçv* càpttt x*î xzù.zlt ^o&wv. » Auguste, suivant Lucien5, conserva à la ville ses immunités, et Dion Chrysostome0 disait aux habitants de Tarse : « Le second César vous a montré plus de bonté et d'affection que tous les autres. Le malheur arrivé à la ville à cause de lui vous l'avait singulièrement attaché, et ses bienfaits surpassent vos calamités; il a fait pour vous tout ce qu'on peut faire pour des amis et des alliés aussi zélés ; il vous a accordé des terres, vos lois, vos magistrats, la possession de la rivière et de la cote qui vous avoisinent. » Aussi, en peu de temps la ville de Tarse deven lit-elle plus puissante qu'auparavant.

C'est à dater de cette période que nous trouvons encore debout des monuments qui attestent la grandeur romaine.

« Hirtius, De bell. Alex.

« Dion Cassius, XLVII, p. 342, A.

*Id., p. 345. - Appien,liv. IV.

* Bell, civil., liv. V. — Pline, 1. V, ch. xxn.

> In îâacrob.

cOrais.,XXX!V, p. 415, D.

Quoique ruinés, ce qui reste de ces édifices suffit pour nous donner une idée assez nette de ce que pouvait être Tarse sous les empereurs.

Nous allons passer successivement en revue chacun des édifices dont on voit encore les traces, en donnant le texte des principales inscriptions recueillies dans cette ville, et qui ne remontent pas au delà du premier siècle de notre ère.

Les monuments de Tarse de l'époque romaine, tout en ne présentant que des débris pour la plupart, accusent -néanmoins les restes d'un gymnase, de mosaïques, d'aqueducs, d'égouts, de routes, de ponts et d'un tumulus d'une grande étendue dans lequel j'ai pratiqué des fouilles qui ont amené la découverte de nombreuses figurines en terre cuite.

Le gymnase. — Le gymnase de Tarse, dont les ruines se voient encore sur la pente orientale du Gueuzluk-kalah, est cité par Strabon qui dit « que le Cydnus passe à travers la ville, près du gymnase dos jeunes gens. » Macdonald Rinncir en donne la description dans son Voyage a: « Je trouvai, dit cet explorateur, les ruines d'un édifice spacieux, dont la forme circulaire me fit présumer que ces ruines étaient celles d'un gymnase; mais comme la plupart des matériaux sont enlevés, il est impossible de faire aucune conjecture vraisemblable sur son usage. » Les restes de cet édifice, dont les matériaux ont été employés à différentes époques dans les constructions de la ville, décrivent un grand demi-cercle, construit à sa base en pierres de taille , et en cailloutage dans sa partie supérieure. Il offrait, à son origine, à peu

« Gêogr., liv. XIV, ch. v, § II.

«T. I, p. 499 de la trad. fr.

près la même disposition que la palestre grecque ; seulement il était spécialement consacré aux enfants de condition libre'.

Les ruines du gymnase sont restées, à peu de chost1 près, dans l'état où les avait trouvées Rinneir, bien que de temps en temps les habitants de la ville en enlèvent les pierres qu'ils peuvent encore en extraire, pour les employer dans la construction de leurs habitations.

Le Stade. — Le stade était assez rapproché du gy mnase et s'étendait au nord sur une vaste plaine que cultive la population actuelle et que traversent diverses routes. Paul Lucas a, et après lui l'abbé Bellcv % Bimard * et Bœckh 1 ont publié une inscription suivant laquelle la circonférence du stade fut complétée parLucius Eutropius, l'un des gouverneurs de la ville de Tarse à l'époque impériale.

Sous les empereurs , qui lui avaient conservé ses privilèges à cause de son importance, Tarse faisait célébrer des jeux à différentes époques de l'année. Elle était la métropole où se réunissait la confédération des villes de l'Isaurie, de la Carie et de la Lycaonie qui, sous la dénomination de xoivôv KtXixiaç , prenait part aux fêtes publiques et assistait aux sacrifices.

Le xoivôv KiXtx/aç , qui durant la période de l'autonomie grecque avait un but tout politique et se tenait à Tarse pour traiter des intérêts publics des villes et des peuples,

* Aristole, De republ.. liv. VIII, ch. m.

» Voy. en Asie Min., t. 1, p. 323, n» 66.

' Mim. de l'Académie des Inscr., t. XXX VU, p. 358.

*InMuralor., t. II, p. 555,4.

8 Corp. inscr. graïc, n° 4437.- Cf. aussi mon Recueil des Inscr. de la Cilicie, n* 48, p. 23.

devint sous les empereurs synonyme de jeux, ces mêmes intérêts étant passés dans les attributions des proconsuls. C'est ainsi qu'on célébrait à Tarse, comme dans beaucoup d'autres villes de la Cilicie, les jeux Antoniniana, en l'honneur des Àntonins ; les Commodiana , les ÈrUvmux , pour rappeler les victoires de Septime Sévère et de Gordien III; les ZeouYipeta, en l'honneur de Sévère ; les OUo^vUx ou généraux , parce que les athlètes de toutes les nations y étaient admis; les ÔXvpTu'a , à la gloire de Jupiter, et enfin les Kopsa'a, en l'honneur de Proserpine, dont le culte parait avoir eu quelque analogie, en Cilicie, avec celui de la génisse Io , par Triptolème qui , dans les légendes attiques, accompagne Cérès à la recherche de sa fdlc qui lui a été ravie \ Les médailles impériales de Tarse rappellent ces jeux; quelques-unes d'elles représentent des urnes, des palmes et des couronnes, emblèmes des récompenses que les juges décernaient aux vainqueurs.

Les mosaïques. — Tarse, comme toutes les villes de l'Asie où l'on étalait une grande magnificence, possédait dans l'antiquité de nombreux palais et des bains élégants où ses riches habitants passaient une partie de leur vie. Ces palais et ces bains, qui étaient ornés de pavés de mosaïques, n'ont laissé sur divers points de la cité d'autres vestiges que des restes de fondations et des fragments de mosaïques, mais qui peuvent encore donner une idée de la grandeur, du luxe et des arts de la Tarse des temps anciens.

J'ai vu quelques parties de ces mosaïques assez bien conservées ; elles se trouvent près de la voie romaine de

« Guigniaut, liv. VIII, sert. I, ch. Il, m, p. 452 et suiv.

Tarse à Adana, à peu de dislance de celte première ville et à vingt mètres environ du pont des Kalaïdji ou K ta meurs. Cette voie est encore pratiquée. Ces fragments représentent, l'un, des torsades assez régulières et dont les couleurs semblent bien assorties ; l'autre, des losanges en marbre noir sur fond blanc et ayant au centre un petit ornement rouge et noir.

Une autre mosaïque se voit dans un jardin de la ville,' à |>cu de distance, au sud, de la porte dite Kandji-kapou, sur la route qui conduit de Tarse au port de Mersine. Celle-ci est enfouie dans les terres, à une assez grande profondeur; toutefois, j'ai pu la faire dégager entièrement. Le fragment qui en restait m'a paru fort bien exécuté, et les bordures, surtout, faites avec art. L'artiste n'y a employé que trois sortes de marbres ; ce sont des cubes de couleur noire, jaune et blancbe. Les couches de ciment sur lesquelles reposent les mosaïques que j'ai vues ne présentent aucune trace de conduits pour les eaux ; il est donc vraisemblable qu'elles pavaient des édifices ou des palais. Ce qui paraît confirmer cette assertion, c'est que dans beaucoup de maisons de la ville se trouvent des chapiteaux servant aujourd'hui à différents usages et qui, sans doute, proviennent des palais ou des somptueuses habitations de la ville à l'époque romaine.

Au village de Karadowar, où j'ai aussi découvert une fort belle mosaïque, le pavage reposait sur des conduite en briques cimentées, ce qui prouve que le monument qu'elle était destinée à orner était un ancien bain.

Aqueducs. — On distingue encore dans l'intérieur de Tarse et en différents endroits de la ville les restes de deux

aqueducs qui, sous la domination romaine, amenaient dans la cité les eaux des montagnes qui l'avoisinent.

L'un de ces aqueducs, supporté par des trumeaux et des arcades, est construit en appareil réticulaire; il traverse l'une des rues de la ville et passe dans le voisinage du bazar. Quelques maisons sont adossées aux constructions de cet ancien aqueduc, qui a beaucoup de ressemblance avec celui d'Arcueil, près Paris.

L'antre aqueduc, ou plutôt le fragment qui reste de ce monument, est situé en dehors de la ville, sur la rive gauche du Cydnus. Les habitants lui donnent le nom de château ou /;a/ah, en raison de sa conformité avec les ruines d'une ancienne forteresse. Il présente, comme le précédent, une construction réticulaire. Aux deux tiers de sa hauteur on remarque un enfoncement profond en forme de niche, qui doit être le specus ou canal par où s'écoulaient les eaux. On voit encore sur ces restes d'aqueducs les vestiges bien cimentés d'un revêtement composé de cailloutage, de sable et de chaux, formant poudingue. Frontin, qui vivait au i" siècle de notre ère, a traité daus un ouvrage réglementaire de tout ce qui était relatif à l'administration des eaux de Rome. Il est vraisemblable que les règles posées dans cet ouvrage ont été appliquées aux aqueducs élevés dans les provinces annexées à l'empire.

Kgouts. — En 1 853, pendant le séjour que je fis à Tarsous, le propriétaire de Y Eski-hammam (vieux bain), voulant faire pratiquer un égout pour l'écoulement dans le Cydnus des eaux de son établissement, fit creuser un canal. Arrivés à une grande profondeur, les ouvriers trouvèrent une galerie voûtée d'une grande étendue et à la-

quelle se rattachaient plusieurs branches souterraines qui sillonnaient la cité et aboutissaient toutes au fleuve.

La galerie principale, cloaca maxima, avait t\ mètres de hauteur sur 2 1/2 de largeur, tandis que les branches latérales n'avaient qu'un mètre d'élévation sur jo cent, de largeur. La galerie principale communiquait avec les rues de la ville, au moyen d'ouvertures verticales par où s'écoulaient les eaux et où se jetaient les immondices. C'est une de ces ouvertures, déblayée par les ouvriers, qui amena la découverte du réseau d'égouts de la ville, travail immense exécuté à l'époque impériale, et qui présente le même mode de construction que les aqueducs.

Voies, ponts, bornes militaires. — Plusieurs grandes voies de communication aboutissaient à Tarse, à l'époque des empereurs, et l'on trouve encore des vestiges de quelques-unes d'elles aux abords de la ville.

La route qui conduisait en Syrie par Adana, celle qui venait de Pompéïopolis à Tarse, ont laissé quelques traces à peu de distance de cette dernière ville. Pockocke 1 et Bœckh 2 ont publié une inscription relative à la construction d'une route qui passait par le grand cimetière (BoïouA-sim) de Tarsous, et qui nous apprend qu'elle fut établie par un magistrat de la ville, appelé Palladius 3.

Le pont sur le Cydnus, sur lequel passe la route de

• Inscr. anl., part. I, ch. 111, S 4 , p. 31 .

* Corp. irucr. grœc, n° 4438.

3 Mon Recueil d lrucr., page 24, n° 49.

Tarse à Adana est de construction romaine 2; il est formé de trois arches et se trouve aujourd'hui en mauvais état. '

Je n'ai trouvé à Tarse qu'une seule horne milliaire, qu'un fellah Noussarié a utilisée dans sa maison, et sur laquelle on lit une inscription 3 malheureusement mutilée dans sa partie supérieure :

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YlANHANT(ON€INIAK...

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Temples. — On pourra s'élonnerque je n'aie point compris les temples et les portiques * dans le chapitre qui traite de Tarse et de ses antiquités; car on sait que cette ville en possédait plusieurs, dont deux figurent sur une médaille de bronze que j'ai publiée dans la Revue Numismatique 5 ; mais comme il ne reste absolument rien de ces édifices, je n'ai pas cru devoir un faire mention. Je dois dire cependant qu'en creusant, il y a quelques années, les fondations d'une maison située dans le voisinage du harem du muphti, on a trouvé des blocs de marbre blanc qui appartenaient sans doute à un temple magnifique, comme devait être celui d'Hercule, dont parle Bclley \ Un notable de la ville, Aly-effendy, en faisant creuser les fondations d'une mai-

1 Barbare, Viagg., page 30.

• Paul Lucas, Voy., 1. 1, page 349.— Kinneir, Voy., 1. 1, page 192 de la trad. franç. — Pockocke, Voy., t. IV, page 21 . ' Mon II ce uni des Inscr., page 23, n° 47. 4 Kinneir, Voy., page 195 et suiv.

1 Lettre à M. de Saulcy sur quelques méd. de la Cilicie, année 1854. 6 Mém. de l'Acad. des Inscr., t. XXXVII, page 349.

son, a aussi découvert des tambours de colonnes et des assises en marbre blanc, sur lesquels j'ai remarqué les numéros de repaire que voici : AX. — OA. — TA. \

Les inscriptions. — Je m'occuperai maintenant des prin-

cipales inscriptions de Tarse qui ont trait à la religion, à l'histoire, ou bien qui rappellent les noms de personnages sur les tombeaux desquels elles se lisent. Comme ces inscriptions, ou quelques-unes d'elles, ne sont pas sans intérêt, je les donne ici avec la traduction :

i . Inscription sur un autel rond en forme de cippe a :

oeni

quatre lignes effacées.

a. Inscriptions sur des piédestaux qui supportaient des bustes d empereurs.

a. Fragment encastré dans le mur d'une maison 3 :

....KAI]2APA OCOY YIO[N...

....IO ÎOTAPienN....

b. Inscription sur une pierre encastrée dans le mur extérieur du leni-hammam (bain neuf) , près de la mosquée Olou-djami * :

* Mon Recueil des Inscr. de la Cilicie, page 24, n° 50.

* Mon Recueil des Inscr., page 21, n' 45. 3 Mon Recueil, page 1\, n°44.

* Mon Recueil, page 22, n° 46.

[AfAOHTYXH YriEP2nTHPIA2KAINEIKH2 KAIAIDNIOYAIAMONHI AYTOKPATOP02KAI2AP02 OEOYIEOYHPOYYIflNOY OEOYANTHNEINOYYIOY TOYKYPIOYHMETEPOYM.AYP.] 2EOY[H POYAAEÏANAP OYEY2EBOY2EY[TYXOY22EB.

AAESANAPIANH[2EOYHPIA NHANTnNElNI[ANHAAPIANH TAP202HnP[n]TH[KIAIKIA2 KAIKAAAI2THM[HTP0n0AI2 TON . r. EnAPXEJnN[KAPI A2 I2AYPIA2AYKA0NI[A2KA OEZOMENHKA«ENT[ E]l[X]0[Y]M€NH MONHTETEIMHMENHAHMfl] OYPriAI2TEKAIKIAI[Kl]APX[EIAI2 Tn]TAPXIKn[TE]KAIEAEYOEPnKOI NOBOYAinKAIETEPAI2n[AEI 2[T]AI2KAIMEri2TAI2KAIEÏAI

PETOI2AnPEIAI2

*A la fortune propice! Pour le salut, la victoire, le maintien èternnl de Vempereur César, petit-fils du dieu Sévère, fils du dieu Antonin, notre maître M arc^Aurèle Sévère Alexandre, pieux, heureux, auguste, VAlexandrienne, la Sèvèrienne, l Antoninienne, VAdrienne, Tarse, première ville de la Cilicie et très-belle métropole des trois provinces Carie, Isaurie, Lycaonie1, solidement assise et bien fortifiée, et seule honorée de droits politiques et de fréquentes ciliciarchies

1 Cf. Celle inscription avec la médaille des Jeux de Tarse dont parle Belley, au t. XXXVII des Méra. de l'Acad. des Inscr., pa^c 351-2.

et d'un conseil général statuant souverainement et libre, ainsi que de beaucoup d'autres faveurs très-grandes et hors ligne. »

3. Inscription bilingue du tombeau dun centurion de la cinquième légion, gravée sur une colonne de granit noir qui sert de pilier et de support dans la maison d un fellah- Noussarié :

IVLIOSEVEROyLeG VMACEDDVLCISSIMO MARITO IVLIAHERMIONEYTALE MATRONAMEMORIAE CAVZA.

IOYAIGJCeYHPU)PAe[r] nCMnTHCMAKGA MAPIT(ONrAYKYTATACYNBI(0 IOYAIAGPMIONHITAAHMATPC0NA MNIMHS[XAPIN]

« A Julius Severus, centurion de la cinquième légion macédonienne, mari bien-aimé. Dame Julia Hermione llalè [a élevé ce monument} à sa mémoire. »

Le sigle P, qui est la traduction du sigle latin 7, signifie 'vMtxotxiùyyi. L'élément essentiel du sigle P est le P, qui représente, comme on sait, le nombre cent. M Franz s'est donc trompé en traduisant le sigle en question par yihoipxf.i aux n° 4542 et suivants du Corpus lnscnptionum de Bœckli. La partie latine de l'inscription ne peut laisser d'incertitude à cet égard. Quant au mot paperwv, le traducteur grec ne comprenant pas le mot latin marito,

C1L1C1E DES PLAINES. 301 aura sans doute cru y voir le génitif pluriel d'un ethnique '.

Le Gueuzluk-kalah , tumulus de Tarse. — Le Gueuzlukkalah est une suite de collines échelonnées du nord-ouest au sud-est de Tarse. Elles n'atteignent point le Cydnus, se perdent insensiblement au nord-ouest, et se trouvent en quelque sorte isolées au milieu de la plaine, où elles ne constituent qu'un renflement local. Au nord-ouest, ces collines sont adossées au gymnase; au sud-est, elles aboutissent par une pente presque insensible à la porte de Mersine dite Kandji-kapou (la porte de la femelle).

Les terres cuites que j'ai découvertes en fouillant sur plusieurs points de ces collines, ont donné lieu à des dénudations, qui ont permis à M. de TchihatchefT de faire une étude spéciale du terrain, dont voici les résultats : i° couche de terre végétale peu puissante, avec Hélix, Pupa et autres coquilles terrestres vivantes ; 2° couches très-puissantes de conglomérats d'argile et de sable marneux ; ces conglomérats d'argile et marne sont chamarrés de Donax anatinum, subfossiles auxquels se trouvent associés Venus verrucola, var. Linn. ; Venus decussata, id.; Pecten indet., fragment voisin du Pecten grandis., Sow.; P. Benedictus, Lam.; Unio pictorum, Lam.; Venus littoralis, Lam.; Buccinum reticulatum, Linn. Comme les dépôts qui renferment ces fossiles, paraissent faire partie de la nappe diluviale qui recouvre toute la plaine, il s'ensuit qu'ils reposent immédiatement sur le calcaire miocène \

« Arch. des miss, scient., t. IV, mon Rapport au Ministre sur l'explor. delà CilicU (note de M . Ph. !.. Bas).

« Tchihatcheff. Bulletin de la Soc. de Géolog., t. X de la V série, pago 366. et tir. à part., page 40.

Les fortifications de Tarsous, maintenant détruites, dont les fondations sont ensevelies sous les terres, longeaient leGueuzIuk-kalah au sud; un large fossé qui lui servait d'enceinte, est comblé par des éboulements.

La nécropole, située sur la partie du monticule qui fait face à la ville, s'étendait sur une longueur d'environ 4oo mètres. Lors de l'occupation musulmane, les conquérants violèrent cette nécropole, et dans l'espoir d y trouver des trésors, ils brisèrent les sarcophages, après avoir bouleversé le terrain, aujourd'hui cultivé dans sa partie septentrionale, et semé de plants de tabac. Chaque année les pluies mettent à découvert, sur le versant méridional du Gueuzluk-kalah, des fragments de statuettes et de poteries. C'est cette dernière circonstance qui a donné à M. Barker l'idée d'explorer la partie du monticule voisine de l'amphithéâtre, et d'y faire des fouilles qui amenèrent la découverte d'une assez grande quantité de fragments de terres cuites, parmi lesquels se trouvaient quelques statuettes à peu près intactes. Ces antiques furent envoyés à Londres, au Musée Britannique.

M. Barker a publié, il y a quelques années, sur l'ensemble de ses découvertes, un ouvrage 1 dans lequel il essaye de prouver qu'au point où il a recueilli ses terres cuites devait se trouver, sous la domination romaine, une fabrique de poteries (site of a ceramicus) ; mais les objets envoyés au Musée Britannique furent soumis à l'examen d'une commission d'antiquaires anglais qui, contrairement à l'opinion émise par M. Barker, déclarèrent que ces statuettes , représentant les dieux lares des anciens Ciliciens,

> Lares and pénates, or CUicia and its Governors (Lond., 4853, 8°).

avaient du être enfouies à l epoque où le christianisme se répandit dans le pays.

Instruit des résultats obtenus par M. Barker, je visitai l'endroit où il avait fouillé et où se trouvaient encore quelques débris d'antiques sans valeur. Huit jours après ma visite au Gueuzluk-kalah, d'où je revius avec le désir d'y tenter de nouvelles découvertes, un jeune fellah que j'avais mis à la recherche des médailles me montra une petite téte d'un beau style et quelques lampes qu'il avait trouvées sur un point du Gueuzluk-kalah éloigné d'environ Go mètres de fouilles de M. Barker.

Je sondai immédiatement le terrain, et bientôt j'acquis la certitude que la mine n'était pas épuisée. Quelques jours de travail eurent des résultats qui me payèrent largement de mes fatigues , et une première caisse de fragments de terres cuites que j'envoyai au ministère de l'Instruction publique fut le produit de mes premières fouilles. Pour les continuer, je dus, après l'achat simulé du terrain, obtenir du pacha gouverneur de la province l'autorisation de le creuser. Cette formalité remplie, je parvins, aidé de M. Mazoillier, vice-consul de France à Tarsous, à surmonter les difficultés que m'opposaient les employés subalternes de l'administration provinciale.

Enfin, dégagé de toute entrave, je réunis plusieurs ouvriers, et à partir du mois de décembre i852 jusqu'en avril de l'année suivante, époque à laquelle je dus rentrer en France, mes travaux ne furent point interrompus, M. Mazoillier ayant bien voulu] les diriger pendant la durée de mes excursions en Cilicie.

Là où M. Barker croyait avoir trouvé une fabrique de poteries, circonstance qui l'a empêché de donner une plus

30t VOYAGE EN CILICtE.

grande extension à ses fouilles , j'ai découvert une vaste nécropole ; l'étude que j'ai faite du terrain et de tous les objets que je suis parvenu à en extraire, ne pouvait me laisser de doutes. Ces objets consistent en statuettes, déités funéraires etautres, empruntées soit à la mythologie grecque, soit au Panthéon égyptien ou asiatique; en nombreux fragments de briques liées entre elles par de la chaux mêlée de sable de mer, dans lequel se trouvent les coquillages fossiles dont j'ai parlé plus haut : urnes funéraires, restes d'ossements humains, vases à encens, fioles à parfums, poteries en terre rouge dite de Samos, lampes, agrafes en métal, dés à jouer, ébauchoirs et styles en ivoire ou en os, et beaucoup d'autres objets.

Les restes d'ossements, dont quelques-uns sont calcinés et se trouvent mêlés à des cendres humaines, paraissent démontrer d'abord que le Gueuzluk-kalah était bien un tumulus où les anciens Ciliciens avaient enfoui ces antiques avec leurs morts ; ils prouvent en outre, avec la dernière évidence, que les deux modes d'inhumation en usage chez les anciens existèrent à la même époque. L'Italie, la Grèce, la Crimée, et dans ces derniers temps la Cyrénaïque, ont fourni de semblables enfouissements.

A défaut d'inscriptions, ce n'est que par des objets d'art et des médailles qu'il est possible d'assigner un âge à la meilleure partie des antiques et à la nécropole dans laquelle ils étaient enfouis. Les médailles les plus anciennes que j'aie trouvées dans mes fouilles sont des pièces autonomes de Tarse, représentant d'un coté la tète tourrelée de la ville, et de l'autre le monument de Sardanapale.

Les plus anciennes figurines révèlent un art des premiers siècles avant l'ère chrétienne. Deux médailles impériales de

Tarse en grand bronze, avec les noms de Gordien 111 et de Trajan-Dèce, qui étaient renfermées dans un vase en terre rouge cassé d'un côté, et que la pioche acheva de briser, peuvent encore servir à indiquer, au moins approximativement, l'époque de l'abandon de la nécropole, Trajan- Dèce ayant régné au milieu du ni* siècle de notre ère. Enfin j'ai lu sur des fragments de poterie rouge et sur des lampes sépulcrales des légendes grecques et des noms de potiers romains \ comme ACCAIUNOC, KAlOC, FVRIVS , STROBIVS, etc.

Il paraît probable que lors de l'introduction du christianisme en Cilicie la nécropole fut abandonnée, car je n'ai pas trouvé un seul objet qui révélât une intention chrétienne, si ce n'est le fragment d'une lampe sur laquelle est figurée une colombe posée sur une branche d'olivier; mais on sait que ce symbole se rencontre sur beaucoup de monuments païens d'une époque assez reculée.

Les conquérants qui se succédèrent dans la Cilicie, qu'ils fussent romains, byzantins ou arméniens, ne profanèrent pas les sépultures ; les musulmans seuls , excités par le fanatisme religieux et la cupidité, dévastèrent le Gueuzlukkalah, ainsi que je l'ai dit, dans l'espoir d'y trouver des trésors qu'ils supposaient y avoir été déposés avec les morts.

Cette nécropole reçut les derniers coups lorsque les musulmans, pour restaurer les fortifications de Tarsous qu'avait élevées le khalife Haroun-al-Raschid, firent creuser, à l'époque des croisades, une nouvelle ceinture de défense dans le voisinage du Gueuzluk-kalah, ce qui nécessita, pour l'édification des tours et des murs, des bouleversements de

4 Mon Recueil des /mer., page 30, ch. x, n°' 64 à 76.

terrain qui amenèrent la mutilation des terres cuites qui jusque-là, avaient échappé à la destruction.

Les événements qui se sont accomplis sur ce point de la ville expliquent suffisamment pourquoi les monuments que j'ai recueillis au Gueuzluk- kalah sont en grande partie mutilés. Les statuettes entières, que j'ai été assez heureux pour comprendre dans mes envois, étaient profondément enfouies dans le sol et ont échappé ainsi aux atteintes des musulmans ; mais il n'en a pas été de même de celles rapprochées de la surface, qui toutes portent les traces des bouleversements qu'a subis la nécropole. Des excavations d'une profondeur de \ à 4 mètres ont donné lieu à ces remarques, qui m'autorisent à penser que si on creusait profondément sur divers points et à quelque distance des anciennes murailles, on pourrait trouver nonseulement des statuettes intactes , mais peut-être aussi des sépultures préservées de toute profanation.

La vaste nécropole du Gueuzluk-kalah, attaquée seulement sur deux points restreints et avec quelque succès, pourrait , ce me semble , habilement étudiée et fouillée, livrer à la science d'importantes découvertes, peut-être même des monuments susceptibles de nous faire connaître l'ensemble du polythéisme de la Cilicie , d'éclaircir des points douteux de l'histoire et de nous révéler des faits dont les annales n'ont pas conservé le souvenir.

Les figures en terre cuite que j'ai exhumées du monticule où lesTarsiotes avaient établi la nécropole de la ville, peuvent se diviser en trois catégories, qui sont : les figures des dieux ; — les ex-voto ; — les portraits et les caricatures. La majeure partie de ces objets d'art appartient, ainsi que je l'ai dit plus haut, aux époques grecque et ro-

CILICIE DES PLAINES. 3o7

mai ne ; toutefois les monuments grecs sont les plus nombreux. Il semble, en les étudiant, que l'époque où ils furent fabriqués se rapporte à cette période de syncrétisme née de la confusion des idées orientales et helléniques d'où est résulté en Cilicie un polythéisme nouveau où toutes les religions étaient confondues. Ce symbolisme particulier à la province de Cilicie, que Creutzer a le premier signalé, est confirmé parles antiques exhumés du Gueuzluk-kalah, parmi lesquels on reconnaît des figures de divinités qui ont été confondues ou assimilées, selon les idées qui avaient cours parmi les peuples de la Cilicie, à l'époque du mélange des cultes de l'antiquité païenne. On ne doit pas s'étonner non plus de rencontrer dans les figurines les plus modernes des monuments appartenant à l'époque romaine et représentant des divinités primitives de la Cilicie ; car on sait que, sous les empereurs, les monnaies des villes grecques offraient des symboles et des types puisés dans les plus anciennes traditions religieuses'.

Il n'est pas hors de propos de rappeler ici les noms des principales divinités qui recevaient en Cilicie, et particulièrement à Tarse, un culte spécial.

La cosmogonie et la théogonie des anciens Ciliciens sont certainement moins connues que celles des Égyptiens, des Phéniciens et des Chaîdéens. Aucun renseignement précis ne nous a été transmis sur les religions et les cultes qui ont dominé dans le pays situé entre l'Amanus et le golfe d'Anémour, le Taurus et la Méditerranée. Toutefois, Creutzer est parvenu, à l'aide d'analogies et de rapprochements ingénieux, à donner sur ce sujet des notions impor-

1 De Luynes, Aum. des Sa!rap:es, page 63.

tantes qu'il a développées dans plusieurs chapitres de sa

Symbolique * .

Hercule, Apollon et Persée, que Ton voit souvent figurer sur les médailles de la Cilicie % composaient la triade révérée particulièrement à Tarse 3. Ces dieux se confondent quelquefois l'un avec l'autre; ainsi le Mithras- Persée, le génie du Soleil, qu'on a assimilé à Sardanapale, est représenté sur les monuments, armé, portant le costume oriental et ayant les attributs de l'Apollon d'Amyclée et de l'Apollon assyrien; il porte aussi la coupe, attribut du Bacchus indien. Ces trois divinités , Hercule, Apollon et Persée, lequel est souvent confondu avec Apollon , étaient associés dans la même triade et reconciliés dans une même croyance à Tarse ; de sorte qu'ils ne formèrent, à l'époque du syncrétisme religieux qui domina en Cilicie , qu'un même personnage qui , à lui seul , représentait l'un de ces dieux avec les attributs des deux autres.

Sur les médailles du satrape Pharnabaze * nous voyons le type de Persée uni à celui de Jupiter Baaltars, nnby2> le Zcùc Tépaioç des Grecs, qui, lui aussi, était une des principales divinités à laquelle Tarse rendait un culte particulier 5. Ce dieu, sur les monuments numismatiques, est représenté muni de ses attributs ; ce sont: l'aigle, symbole du ciel, avec les prémices de la moisson et de la vendange, comme protecteur de l'atmosphère salutaire à la végétation et à la maturité.

* Liv. IV, ch. vi etsuiv., sect. I, ch. ihii.

* Do Luynes, Num. desSatr., page < I . Mcd. de Syennésis et de Pharnabaze. 5 Dion Chrysost., Discours aux Tarsiotcs, or.xxxm, t. II, page 42, éd. Reisk.

* De Luynes, Num. des Sa/r., page 5.

5 Eratosthèncs, apud Eustath., schot. ad Dyon. Perieg , v. 868.— De Luynes, .Yuro. des Satr., page 104.

Après ces divinités en viennent d'autres d'un ordre inférieur : Io, la génisse divine, que les médailles représentent avec les cheveux épars et vue de face, ou bien sous la forme d'une vache, avec son nom, IO. Cette déesse correspond à l'Astarté des Phéniciens. Io, aussi bien que Proserpine, se rattache au culte de la Lune '.

Triptolème, qui appartient en propre au culte de Cérès, est représenté dans la légende argienne cherchant Io, tout comme en \ i tique il accompagne Cérès cherchant sa fille Proserpine. Triptolème fonde Tarse en suivant les traces de la fdle d'Inachus, comme Cadmus fonde Thèbes en cherchant Europe sa sœur, changée en vache et ravie par le dieu Taureau, lequel, en Égypte, est le symbole vivant de Sérapis.

Les médailles de Tarse, frappées à toutes les époques, et une terre cuite publiée par M. liarker nous représentent le lion dévorant un taureau. Ce symbole rappelle les groupes mystiques si fréquents sur les monuments de l'Asie3. Ici le soleil, personnifié par le lion, dévore le taureau du printemps et préside au thème de la nativité de Tarse \ Ces vaches, ces taureaux semblent indiquer, comme le remarque Creutzer, les grands chemins de la civilisation, là où les divinités solaires et lunaires s'arrêtèrent et obtinrent des autels. Le bœuf laboureur est pris et dompté; l'agriculture fonde des demeures fixes, et avec elle la société civile.

Ce panthéon tarsiote semble avoir été commun à toute la Cilicie et aux contrées voisines ; et nous avons la certitude

1 Creutzer, t. II, pages 605-683, 753.

* Lajard, Culte de Vénus. Cf. les planches, passim.

J De Luynes, Num. des Satr., page 30.

3t0 VOYAGE EN CÏLICIE.

que dans les principales villes de cette province les dieux de Tarse recevaient les mêmes honneurs que dans la métropole. Ainsi, Jupiter figure sur les médailles des Àroainienses, d'Adana, de J^amos, de Malins, de Soli, de Mopsueste et de Nagidus. Vénus était honorée à Mailus et à Nagidus. Hercule figure sur les médailles d'Alexandrette, de Soli, de Malins, de Celenderis, où il est assimilé a 1 Hercule lydien, amant d'Omphale. Pallas avait des temples à Adana, Diocésarée, Pompéïopolis, Soli, Mopsueste, Néphélis, Séleucie et Egée. Bacchus était l'objet d'un culte spécial à Alexandrette, Epiphanie, Mopsueste, Nagidus. Apollon avait des autels à Anémour, Soli, Mopsueste, Séleucie; Cérès, à Tarse et à Mopsueste. Mercure recevait un culte à Soli, à Corycus et chez les Amanienses, etc., etc. Les Cabires, les dieux du panthéon égyptien et d'autres divinités étrangères partageaient avec les dieux ciliciens les honneurs du culte dans différentes localités de la contrée; des devins célèbres étaient consultés à Séleucie, à Corycus, à Malins et à Mopsueste. Enfin, on trouvait dans tout le pays, confondues avec des croyances asiatiques , des croyances grecques au milieu desquelles des cultes, provenant d'Égypte et de Phénicie, étaient venus s'implanter.

Celte note abrégée sur les religions de la Cilicie pourra servir à expliquer beaucoup de monuments que j'ai exhumés du tumulus de Tarse, et qui sont depuis huit ans la propriété du gouvernement.

C'est, au surplus, cette dernière circonstance qui m'a décidé à ne point entreprendre la description des mouuments que j'ai offerts au Musée du Louvre, parce qu'il est probable que le conservateur des antiquités grecques, dont la mission est de publier les catalogues des richesses qui

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sont confiées à sa garde, voudra bien un jour satisfaire aux continuelles réclamations des visiteurs qui demandent en vain un livret des antiquités grecques du Louvre, analogue à ceux qui existent déjà pour les musées égyptien , du moyen âge, de la renaissance et des tableaux.

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