DE TARSE AU KCLEK-BOGHAZ , PAR NBHBODN
Village* au nord do Taraou»; église* ruinée* « HMMI| environ* do \emroun , l'ancienne Lanipron | le ehuteau arménien do Lompron j village* au nord-ent do Nemroun* la vallée de l'Enfer; Kulekmaden et le* mlnea du grand»«elgneur; le château du Kulek; le Knlekboçliax ou portes de la Clllele.
Après avoir quitté Tarsous et dépassé la montagne des Sept-Dormants, on arrive aux villages de Sandjik'ar et d'Ou/ach, situés à peu de distance du Djebel-el-Kej\ au
35s VOYAGE ES CI MCI K.
nord-est. Ce dernier village a été élevé sur l'emplacement d'une localité antique dont les ruines ne sont pas encore entièrement effacées ; on y voit les restes d'une construction en briques et un grand réservoir taillé dans le roc. Et» quittant Oulacli, on débouche bientôt dans la vallée du Cydnns, désignée aujourd'hui sous le nom de Kechhukur; elle est dominée au nord par une montagne boisée et coupée de distance eu distance par des failles formant comme autant de portes naturelles, encadrant des sites détachés d'une admirable contrée alpestre. Sur tout ce parcours se trouvent, outre les ruines de bourgades et d'églises byzantines, des villages assis à la base des rochers. Enfin, après quelques heures de marche, on arrive à Manaz, ancien village arménien, l'une des rares localités delà Cilicie dont le nom n'a été ni changé ni altéré par suite de la complète musulmane. On y compte environ quarante maisons. Dans le voisinage de Manaz, on voit plusieurs églises dont la plus remarquable, quoique ruinée, offre encore de beaux restes ; les murailles, l'abside, cinq des colonnes qui divisaient les nefs, enfin le portique, aident à reconnaître l'ensemble d'une église bâtie dans le style des anciennes basiliques. Près de cet endroit, on remarque de grands et profonds réservoirs carrés, creusés a même le roc, et couverts de dalles de grande dimension. Ce sont des citernes encore intactes el utilisées par les habitants de Manaz. Une autre église de même dimension que la précédente est au sud du village ; il ne reste de cet édifice que la base des' murailles. A coté, des sarcophages creusés dans le roc, avec Couvercles prismatiques à oreillettes, indiquent que Manaz est d'origine romaine ou byzantine.
A trois heures de Manaz, on trouve le village de Sart'A-
LE TAURUS CILICIEX. 359
aga, situé dans une plaine entourée par des montagnes sillonnées par des gorges profondes, et qui, à mesure qu'elles se rapprochent de Nemroun, atteignent une hauteur -considérable.
JSemroun esta trois heures de Sarik-aga; c'est, à proprement parler, plutôt une yaïla, ou résidence d'été, qu'un village. lies maisons y sont espacées et au milieu de vastes jardins plantés d'arbres fruitiers. Le sommet du rocher autour duquel sont disséminées les habitations de Nem^roui) sert de base à un château arménien, d'un accès difficile, car le sentier qui y mène est abrupte et pratiqué dans les rochers. On ne pénètre dans le château qu'après avoir successivement franchi cinq arcades de la plus grande dimension. C'est la hauteur inusitée de ces arcades qui a fait dire à Paul Lucas d'accord en cela avec les traditions locales, que ce château avait été bâti par des géants. Sur la première pente du château sont gravées deux figures de lions héraldiques et des croix au pied orné, semblables à celles du revers de quelques monnaies des rois d'Arménie, et principalement de Léon II, d'Héthoum I" et de Léon III 2. Le sentier dont j'ai déjà parlé, serpente sur le flanc occidental de la montagne; car le château n'est accessible que par ce seul point et défendu de tout autre coté par d'énormes rochers à pic. En pénétrant dans la forteresse, assise sur les platesformes que présentent les rochers à leur sommet, on aperçoit les restes de tours carrées et ceux d'un édifice oblong construit en belles pierres de taille, lequel est divisé dans sa largeur en trois compartiments. Les dalles du château sont voûtées et les murs extérieurs percés de fenêtres ogivales.
■ Voij. en Asie Min., t. I, p. 353-361 . « Voyez la vignette, p. !39.
36a VOYAGE EN CILICIE.
Le monument dont il s'agit est purement arménien, ce que confirment les numéros de repère, en lettres arméniennes, gravés sur beaucoup de pierres entrées dans sa construction. Les tours sont percées de petites ouvertures circulaires se communiquant, et à l'intérieur desquelles on plaçait des lumières servant à faire des signaux comme autrefois on avait l'habitude de les employer en stratégie : « Per noctem flammis, perdiem fumo, significatif sochs 2. » Quelques voyageurs ont cru voir dans ces ouvertures des embrasures destinées à recevoir des canons3, sans se rendre compte que le château de Nemroun figure dans l'histoire dès le xi* siècle, c'est-à-dire longtemps avant l'invention de la poudre. Une fort belle tour octogonale, bien voûtée et recevant le jour par de petites fenêtres ménagées dans l'épaisseur des murailles, est au sud-est de la forteresse. La salle basse de cette tour était la chapelle du château.
Nemroun, dont le nom arménien est Lampron , était pendant la domination arménienne en Cilicie une forteresse d'une grande importance. Abelgharib , prince de Tarse, l'avait donnée en 1070 à Ochin, son compagnon d'armes qui , comme lui , était venu des provinces de la Grande- Arménie pour se fixer dans le Tauhis. Les descendants d'Ochin formèrent une dynastie, dite des Héthoumiens, qui fut longtemps en rivalité avec les Roupéniens, dont ils ne
• L'usage des signaux par le feu, dont les anciens se servaient en stratégie, remonte à une haute antiquité. Cf. à ce sujet : Eschyle, Agamemnon; et Sallier, Mém. de l'Acai. des Inscr., t. XIII, p. 400; J. Lipse, De milU. rom., liv. I, ch. v, dial. ix; Virgile, Enéide, 11, 256; vi, 548 ; Tile-Live, iv, 27.
s Yégèce, De re mtlit., 11, 7, m, 1.; Cf. aussi Quinte-Curce, V, II, 7, et Phi- Ion, apud Eusèbe, Pr?p. Evanycl., t. I, liv. VIII, ch. xv.
5 Journal Asiatique, 4857. Lettre à M. Mohl sur les antiquités de l'Asie Mincure.