‹ Voyage dans la Cilicie et dans les montagnes du TaurusChapitre 28 sur 53 · LE TAURUS C1LICIEN · texte numérisé non relu

LE TAURUS C1LICIEN

voulaient pas reconnaître la suzeraineté. Ce ne fut qu'à partir du règne d'IIéthoum que le fief deLampron retourna à la couronne de Sis. C'est dans la forteresse de Nemroun que naquit, au xne siècle, saint Nersès , surnommé Lampronatzi, archevêque de Tarse et fils d'Ochin, baron de Lampron. Ce personnage joua un grand rùle dans l'histoire ecclésiastique de l'Arménie. On a de lui plusieurs ouvrages religieux que les Arméniens tiennent en haute estime. La bibliothèque impériale de Paris possède un manuscrit autographe de ce saint personnage.

En sortant de Nemroun et après avoir franchi la chaîne des montagnes situées au nord-est, on arrive à des hauteurs à pentes diversement inclinées , que séparent des gorges profondes et accidentées. Au nombre des villages situés sur plusieurs points de ces hauteurs se trouve celui de Fakilar, très- renommé par l'industrie de ses habitants (jui se livrent à la fabrication et au commerce d'ustensiles en bois aussi nombreux que variés. Ce sont les gens de Fakilar qui approvisionnent le marché de Tarsous de chaises et d'écuelles en bois, de narguilés et de tchibouks tournés avec assez d'habileté. Ils fabriquent aussi des cuillers ornées de sculptures assez originales et des bois de fusils et de pistolets.

Après ce village, on arrive en face de montagnes élevées et abruptes, dans lesquelles on s'engage par des sentiers difficiles et quelquefois dangereux. Ces montagnes franchies, on parvient au bord d'un affluent du Cydnus qui traverse la Fallèe de l Enfer (Djéhanna-déressi) resserrée entre deux falaises de calcaire gris Là encore s'élèvent plusieurs villages, et entre autres celui à'Jfêlar, de la tribu de Tékeli-oglou, connu aussi par ses fabriques d'ustensiles

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en bois, et Gaensin, hameau composé de dix maisons.

A la suite de la Djéhanna -déressi s'étend une contrée accidentée que l'on traverse pour arriver à une gorge profonde qui mène par une descente rapide aux usines du grand -seigneur appelées KtdeÀ-maden. C'est là que s'épure le plomb argentifère que l'on tire des mines de Iioulghardagll. Aujourd'hui cette usine ne fonctionne que rarement; lorsque je la visitai, le directeur m'apprit que depuis un an les travaux étaient complètement interrompus. Il a été question déjà des mines de Houlghar-dagh au commencement de ce livre, lorsque nous avons parlé des richesses minéralogiques de la Cilicie et du Taurus1.

A l'extrémité de cette gorge on débouche dans une autre contrée, accidentée comme celle qui précède et de peu d'étendue, à laquelle on donne le nom de l'allée du KuleL Là se trouve Basen -tchllkurun , sorte d'yaila fréquenté pendant l'été par les notables d'Adana et où quelques familles arméniennes, qui y ont une misérable église, font leur résidence habituelle. Tout près de ce village se dresse le Kalah-dagh, montagne couronnée par le Kulek-kalessi, qui lors de la domination arménienne était un fief important appelé GougLig 1 dont le commandant était chargé de la garde des défilés connus sous le nom de Portes de la Cilicie. Le Kulek-kalessi est une forteresse d'une grande étendue, mais complètement ruinée et dont il ne reste qu'une muraille et six tours démantelées2. Dans son enceinte on aperçoit encore les vestiges d'un village abandonné qu'occu-

1 Notre Essai sur la const. de l'Arménie, p. 4G.

* M. le Dr Kotschy a donné, dans son Heise in den Ctlicischen Taurus iiber Tarsus, un plan de cette forferesse, qu'il leva lors de son exploration botanique du Boulghar-dagh en 1853.

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paient, il y a encore quelques années, plusieurs familles turkonianes. À la fin du dernier siècle, lorsque les bandes de Tchapan-oglou exerçaient leurs brigandages, le Kulekkalessi, qui servait de repaire à ce chef montagnard, était un lieu redoutable pour les habitants de cette contrée.

A toutes les époques, le passage des Portes de la Cilicie, .appelé aujourd'hui Kulek-bogJiaz, a été considéré comme un point stratégique d'une grande importance. Nous y reviendrons en décrivant les Pyles ciliciennes et les travaux de défense exécutés sur ce dernier point par ordre de Méhemet-Aly, vice-roi d'Égyptc, après qu'Ibrahim-pacha, son fils, eut conquis sur les Turcs la Syrie et la Karamanie.

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