‹ Voyage dans la Cilicie et dans les montagnes du TaurusChapitre 29 sur 53 · DE LA CILICIE · texte numérisé non relu

DE LA CILICIE

neate de Tar»e au Kulek-boghas; l'arc de triomphe «le Beïramlu \ khanM et ehutcau\ du moyen âge; ralneM de Mopaueréne; le» rorte» de Clllcle, aujourd'hui Kulek-hogha* 5 histoire du défile; fortification* élcréen par Icn Égyptien»; détail dea travaux* le Boulghardagli: l'Annncha-dugh et l'Allah-tepcMl » le château de Podandu» et la «allée de natrente; le ront Blanc (Ak-keuprl), limite dea deux pachallk» d Adana et de Kalsarlé.

A une journée de Tarsous, vers le nord, on trouve un défilé célèbre connu dans l'antiquité sous le nom de Pyles ciiicienties, et de nos jours sous celui de Kulek-boghaz. Pour se rendre de Tarsous à ce défilé, on suit la trace d'une ancienne voie romaine qui conduit en Cappadoce, et on arrive à un pont jeté sur le Cydnus. Au delà de ce fleuve est une vaste plaine, coupée à son extrémité par de légères collines qui aboutissent à une montée assez rapide. Après une marche de trois heures à partir de Tarsous, on découvre un village appelé Beïramlu. L'accès en est difficile, le chemin qui y conduit étant pierreux et semé de nombreux coquillages fossiles ayant une grande analogie avec YOssea giganea, Brandi 1 .

A une demi-heure de marche au delà de Beïramlu, ou atteint, toujours en suivant la voie romaine, un plateau

1 D'Archiac, Uist. des progrès delà géologie; Terrains tertiaires, t. II, p. 959.

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boisé au sommet duquel se dresse un arc de triomphe élevé sur cette voie et dont les traditions attribuent la construction à Constantin le Grand. Ce prince l'aurait fait élever à l'époque où il se rendait de sa nouvelle capitale à Jérusalem ■. Sur ce point, la route est dallée sur une largeur de trois mètres et sur une longueur d'environ deux kilomètres.

Sur un rocher qui borde la route, et à deux heures de marche de l'arc de Beïramlu, on voit une inscription latine rendue indéchiffrable par suite de l'infiltration des eaux ; cependant le nom de Marc-Aurèle, sous le règne duquel cette voie fut établie ou réparée, est encore lisible.

Le terrain, à partir de l'arc de Iieïramlu, présente une série de petites collines séparées par des bas-fonds, et plus en arrière, par des hauteurs couvertes de bois et qui, à mesure qu'elles se rapprochent de la chaîne principale du Taurus, déploient la plus riche végétation. Les bas-fonds que je viens d'indiquer sont généralement bien cultivés; les terrains y sont fertiles, grâce aux irrigations alimentées par l'eau des sources voisines que les Turkomans dirigent avec une certaine intelligence.

C'est à partir de ces hauteurs que commence la route militaire que Méhémet-Aly a fait construire et qui vient se joindre à celle d'Adana, à environ cinq heures deTarsous. Arrivé à ce point de la montagne, on s'engage dans une gorge profonde, étroite et basse, que bordent, en s'inclinant, des hauteurs d'une élévation de i5o mètres, et que domine le vieux château de Ianifa-kichla. A quelque distance à l'est de cette forteresse on trouve Zavardjik, autre

•Michaud et Poujoulat. Corresp. iïOrient, t. III, Lctt. 173, adressée par M. Ditaut, consul de France à Tarsous, aux auteurf.

3(ÎG VOYAGE EN CILIt.lE.

château ruiné ; enfin , plus au nord s'élève le Kutchukktihfssi (petit château). Au pied de ces contre-forts du Taurus coule un ruisseau ombragé par des sapins auxquels se mêlent des oliviers et des vignes sauvages. Après deux heures de marche dans cette gorge, on arrive au caravansérail et à la fontaine de MèzarUk-olou-khan , distants de quatre heures du Kulek- hoghaz. C'est sur l'emplacement de ce khan, et non au village de Bostanluk - koï , dont je n'ai pu trouver l'emplacement , que devait se trouver Mopsucrène , ville fondée après la prise de Troie 1 par une colonie argienne que conduisaient Mopsuset Amphylocque. C'est à cette même époque que remonte la fondation des villes de Mallus et de Mopsueste, situées sur les bords de la mer.

Le nom de Mopsucrène, c'est-à-dire la fontaine de Mopsus, MoJ>ov xctfvr, , se retrouve sous des formes différentes dans Ptolémée 2, So/omène 1 et Ammien Marcellin \ C'est dans cette ville que mourut, en 36 1 de notre ère, l'empereur Constance II, marchant contre Julien l'Apostat 5. Moïse de Khorène, historien arménien du v° siècle, avauce, contrairement aux relations des historiens latins, que c'est à Mopsueste que Constance perdit la vie °; mais on peut croire que l'auteur arménien a confondu lé* nom de ces deux villes, et avec d'autant plus de raison que nous savons positivement que Moïse a puisé les éléments de son

« Eusëbe, Chron., Hv. Il, p. 93.

* Gêogr.y liv. V, ch. vu.

» Liv. V, ch. H.

» Liv. XXI, ch. -29.

5 Eutrope, x, 7. — Eusèbe, Ammien Marcellin et Sozomène; loc. cil. « Hist. d'Arménie, liv. III, ch. 13.

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troisième livre aux sources grecques et latines, qui indiquent toutes Mopsucrène comme le lieu où mourut Constance II. Au moyen âge, Mopsucrène existait encore, comme l'attestent Y Itinéraire iC Antonin 1 et celui de Bordeaux à Jérusalem 2, qui mentionnent un établissement de Mopsus dans cette région du Taurus.

Il ne reste aujourd'hui que bien peu de chose de Mopsucrène qui, dès le moyen âge, ne devait plus présenter que l'aspect d'une simple bourgade, à en juger par les ruines qui se voient sur un coteau boisé au nord et à quelques minutes du khan de Mézarlik-olou. Ces ruines, au milieu desquelles on aperçoit les débris d'une petite église ea forme de basilique, consistent en une prodigieuse quantité de fragments de briques et de poteries couvrant le sol à droite de la route. A gauche de cette même route, sur le bord d'un précipice et après avoir dépassé la fontaine dont j'ai parlé, on remarque les restes d'une ancienne muraille dont il ne m'a pas été possible de reconnaître la destination primitive.

En partant de là pour suivre la direction du Kulekboghaz, les montagnes dont les pentes rapides dominent et resserrent la route en beaucoup d'endroits, s'en éloignent peu à peu, en décrivant une courbe qui les rapproche de nouveau de cette même route. Celle-ci conduit en s'infléchissant à un bas- fond où s'élèvent deux khans qu'une faible distance sépare et qui sont appelés, l'un le KisiU À/ian, et l'autre le Sarik-Ahan. Près de ce dernier caravansérail coule une fontaine d'eau pure donnant auxTurko-

1 V° Mopsucrone.

* Itinér. publié par Fortia d'Crban, et Pièces justif. dt> Voyage en Orient de M. de Chateaubriand.

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maris qui habitent sur ce point la facilité de se livrera la culture d'un tabac très- renommé dans toute la Karamanic, et dont le parfum se rapproche beaucoup de celui de Lattaquié, en Syrie.

A partir de ce dernier khan commence un défilé qui suit, en le remontant, le cours d'un torrent que bordent et dominent d'imposantes montagnes. La plus remarquable de ces hauteurs, le Kalah-dagh (montagne du château), est coupée à pic vers son sommet sur lequel est assis, à une grande élévation ', le château byzantin (Rulek-kalessi) dont j'ai parlé dans le chapitre précédent.

L'aspect de ce défilé est admirable et ne le cède sous aucun rapport aux plus beaux sites des Alpes. La forêt qui couvre les pentes des montagnes consiste en arbres résineux, cèdres, chênes, platanes et autres de la plus belle végétation. Les eaux du torrent, en s'écoulant rapidement à travers les rochers, forment une série de bruyantes cascades du plus bel effet. C'est principalement dans cette région que j'ai remarqué une admirable plante particulière à l'Asie Mineure et qui mérite une mention spéciale. La tige de cette plante, haute de trois à quatre pieds, est couronnée par un calice de couleur pourpre, en forme de cornet, dont l'angle supérieur s'allonge et retombe comme la manche d'un kaftan. De la corolle s'élance, en guise de pistil, un dard quadrangulaire , semblable à une lame d'épée , d'un violet presque noir et long d'un pied environ. L'extérieur des étamines, la tige et les feuilles finement découpées et frisées sont d'un vert clair moucheté de brun comme la

• Chesney, Exp. de l'Euphr., 1. 1, p. 358.— Kotschy, Reise inden Cilicisch. Taurus, Cf. la pl. annexée à la fin du volume.

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peau d'une couleuvre. Les Turks nomment cette plante Ilan-otou (herbe du serpent); son nom scientifique est Arum maculatum. C'est une plante employée en médecine.

Après avoir contourné et dépassé le Rulek-kalessi, le défilé se trouve tout à coup resserré par deux rochers nus et à pic, sur lesquels on lit deux inscriptions latines que le temps a presque entièrement détruites '. L'inscription de droite, placée au-dessus d'une cascade, laisse voir encore le nom d'Adrien qui a du construire, oudumoins réparcrcette route.

Nous arrivons maintenant à ce point important que les anciens désignaient sous le. nom de Portes ou Pjles ciliciennes, et les chroniqueurs des croisades sous celui de Portes de Judas '2.

Xénophon donne de ce passage une description d'une telle exactitude, qu'elle est encore d'accord avec l'état actuel des lieux3. Quinte-Curce * rapporte que le château des Portes fut pris par Alexandre qui, venant de la Cappadoce, entra par là en Cilicie.

Au delà de ce difficile passage se trouvent une fontaine, un khan abandonné et des montagnes dont la base, dépourvue de toute végétation , a la même inclinaison que celles qui précèdent les Portes.

Suivant Arrien , Alexandre, après avoir soumis la plus grande partie de la Cappadoce, serait arrivé triomphant à

1 Mon Recueil d'Inscr., p. 31, n°* 78,79.— A ins-vvorth (Travels in As. Min., t. H, p. 76-77) a pris ces inscriptions pour du grec, et M. do Tchihatchciï {Journal asiat., 1854. Lettre à M. Hohl) pour de l'écriture cunéiforme, en disant que ce sont des monuments érigés par Xerxès.

* Albert d'Aix, Chron.

» Anabas.

* Hist. d'Alex.

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l'entrée du défilé, alors appelé Camp de Cyrus. Un corps de l'armée de Darius occupait ce point et était chargé de défendre le passage; mais à l'approche des phalanges macédoniennes, il aurait pris la fuite.

Plusieurs siècles après le passage d'Alexandre en Cilicie, Pescénius Niger, usurpateur de la pourpre impériale en Orient, chargea Émilien , l'un de ses généraux, de garder les défilés du Taurus, et fit, dans un hut de défense, élever quelques ouvrages et construire des murailles sur divers points en avant du défilé; mais le cours des torrents ayant balayé tous ces travaux stratégiques, l'armée de son compétiteur trouva ces passages libres. C'est dans le même endroit et près du khan abandonné dont j'ai parlé, que, dans le courant de ce siècle, Ibrahim - pacha , après avoir vaincu et repoussé les armées turkes, avait d'abord jugé convenable d'établir les batteries qui devaient défendre l'entrée du défilé; mais il reconnut bientôt que cette position était vicieuse, en ce qu'elle n'offrait pas à son infanterie l'espace nécessaire pour se déployer, et que son artillerie ne pouvait y produire l'effet qu'il en attendait, attendu que ses feux eussent été trop plongeants. Convaincu de la nécessité de changer son plan de défense, Ibrahim abandonna l'entrée du défilé et fit élever les travaux à une demi-heure au nord des Portes, dans un vallon où on arrive en suivant un large torrent dont les berges sont d'inégale hauteur. Cette position est connue sous le nom de Kuiek-bogliaz kalessi (châteaux du défilé du Kulek).

Nous nous arrêterons un instant ici pour décrire les ouvrages remarquables que le général égyptien fit élever sur cette importante position, qu'il destinait à fermer les passages du Taurus, dans le cas d'une rupture avec la Turquie.

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I^es fortifications égyptiennes du Kulek-boghaz sont à 12 heures de cheval de Tarsous, par la voie romaine dont nous avons parlé, et à la même distance d'Adana. L'élévalion du sol est de 1,100 mètres au-dessus du niveau de la mer. La route de Constantinople, après avoir suivi le torrent dont j'ai parlé, passe dans le vallon qui, dans sa partie inférieure au pied des montagnes, n'a pas deux mille mètres de largeur. Les crêtes des montagnes qui dominent et resserrent ce vallon sont à une élévation de 3,ooo mètres au-dessus du niveau de la mer; /j,ooo mètres environ les séparent. Les matériaux les plus utiles pour les constructions militaires se trouvent réunis sur ce point ; ce sont des bois, des pierres d'une excellente qualité, des pierres à chaux et des sources abondantes. Le climat y est très-sain, quoique froid et pluvieux en hiver. Un ingénieur habile, le colonel polonais Schultz(fousouf-aga), lemêmequi fortifia Saint- Jean o\'Acre,fut chargé par Ibrahim-pacha de la direction des travaux que Méhémet-Aly avait pris la résolution de faire élever au Kulek-boghaz, limite septentrionale des possessions égyptiennes, fruit des conquêtes de son fils.

La ligne des retranchements a été dirigée de l 'est-su d-est à l'ouest-nord-ouest. La distance qui sépare les points extrêmes est de 3,5oo mètres et comprend huit ouvrages principaux, une tour et un blokaus.

La tour est dans une position très-élevée. Elle devait servir de poste d'observation et était destinée à empêcher des partis ennemis de se glisser jusque sur la position par le point le plus escarpé de la montagne. Le blokaus, situé à l'extrême gauche de la ligne, sur un monticule dont il couvre complètement le sommet, est en avant de l'ouvrage n° 8 qu'il domine. Sa destination correspond à celle de la tour. C'est en quelque sorte une vigie qui, découvrant toute

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la plaine, devait prévenir des moindres mouvements de l'ennemi par des signaux de convention. Les huit ouvrages sont désignés par des numéros, de la droite à la gauche.

Le n° i est situé au-dessous de la tour de droite, et à la distance de £oo mètres ; il est très-étendu et dans une position qui correspond à la hauteur du n° 8. Il a, à peu de chose près, la forme d'une ellipse, et est divisé en trois parties d'inégale hauteur. 11 peut recevoir des pièces de 2^, et profiter de son élévation pour ouvrir le feu à grande distance et battre les terrains où l'ennemi voudrait tenter des travaux. Son approche est protégée par un courant d'eau qui rejoint le torrent principal. Chacune de ses parties contient un blokaus en bois percé de créneaux pour la mousqueterie. 1-es blokaus sont les logements de la troupe qui devait être repai lie dans les ouvrages. Ils ont en général la forme d'une croix dont chaque côté peut avoir 36 mètres de longueur et (i de largeur. Un peu au-dessus de la ligne des créneaux, l'ingénieur a laissé une ouverture régnant sur toute sa longueur pour faciliter la sortie de la fumée. Tous les blokaus ont pour toiture deux rangs de fortes poutres que couvrent deux mètres de terre. D'autres poutres, placées verticalement de distance en distance, en supportent tout le poids.

Le n° 2, placé à une distance de 5oo mètres du premier et beaucoup plus bas, est formé de deux parties qui se touchent et se flanquent. La nature du terrain a obligé l'ingénieur à les construire à des niveaux différents résultant du plan de défilement. C'est entre cet ouvrage n° 2 et le n° 3 que passe la route de Constantinople. Ces deux numéros ne sont séparés que par la largeur du torrent qu'ils dominent d'une quinzaine de mètres. Le n° 2, distant de

Ui TAU RUS CILICIEN. 373

224 mètres du n° 3, peut balayer par un feu rasant tout le terrain qui s'étend devant lui en forme de glacis. Il a ses blokaus, de beaux magasins voûtés, des feux intérieurs sur le fossé, et se trouve, comme tous les autres ouvrages, fermé à la gorge. C'est entre ces deux ouvrages et dans le torrent qu'on avait bâti une maison pour Ibrahim - pacha. Une source abondante coule au pied de cette construction.

Le n° 3 est distant de 420 mètres du n° f\. Il a un fort relief et une batterie blindée à embrasures, de neuf pièces. 11 flanque le n° 2 et bat parfaitement la route de Constant** nople. Il s'élève perpendiculairement au-dessus du torrent. On a pratiqué pour l'infanterie une banquette sur la batterie, de sorte que la terre qui recouvre le blindage sert en même temps de parapet, indépendamment des feux intérieurs que celle-ci peut faire des blokaus. L'entrée a lieu ici, comme dans les autres ouvrages, au moyen d'un pontlevis. Les embrasures sont faites avec des rondins, au lieu de gabions.

Le n° 4 est sur l'alignement des nw 2 et G. Les pièces y tirent à barbette. On remarque aux créneaux du blokaus une coulisse mobile pour les fermer ou les ouvrir à volonté.

Le n° 5, construit à 200 mètres en arrière des n0i 4 et G, et entre ces deux ouvrages, appartient à la seconde ligne ; il est d'un tracé bizarre, protège la gorge des n°" 3 et 2, et flanque les n°* 4 et G.

Le n° 6 est sur l'alignement du n° 4.

Le n° 7 est un petit ouvrage situé au-dessus et près du torrent qui forme un coude en cet endroit. Ce torrent, qui vient du nord, tourne brusquement vis-à-vis cet épaulement, dans la direction est-nord-est, et longe la ligne des orti fi cations jusqu'à la route de Constantinople qu'il coupe ;

374 VOYAGE EN CILIC1H.

il se dirige alors au sud, eu séparant l'ouvrage n° 3 du n° 2.

Le u° 8 est à 80 mètres environ au-dessus, et de l'autre coté du torrent; une tour oblonguc de 18 mètres de hauteur est construite auprès de cet ouvrage, avec lecpiel elle communique au moyen d'un pont-levis. Placée en arrière et à gauche, cette tour plonge sur le torrent qui coule dans la direction de Sarik-bcv. Elle a trois rangs de créneaux et une batterie à sa partie inférieure faisant face à l'ouvrage principal, qui peut être armé de quatre pièces de f\. Le reste du pourtour doit, au moyen de ses obusiers, fouiller tous les creux ou inflexions du plateau que les autres ouvrages ne pourraient découvrir. Dans le blokaus, l'ingénieur a construit des cheminées afin de pouvoir, en hiver, prévenir l'humidité et assainir ainsi le logement du soldat. Les contrescarpes ne sont pas revêtues, excepté dans la partie où ont été établies des casemates pour la défense du fossé. Les cuisines se trouvent en dehors des ouvrages et près de leur entrée ; elles sont encastrées dans les glacis.

Les revêtements de l'escarpe et du talus intérieur du parapet sont faits en maçonnerie dans les ouvrages n°* 2, 3, 4, 5, G et 8 ; tandis que dans les n* 1 et 7, le talus et l'escarpé sont revêtus de bois.

L'armement général avait d'abord été porté à 91 pièces de divers calibres, dans le premier projet; dans le second, il a été augmenté de 19 bouches à feu, sa us les pièces de réserve et une demi-batterie de campagne pour faire des sorties au besoin. Dans le second projet, le n° 1 avait quinze pièces de 24.

Voici comment ces pièces étaient réparties dans lé projet primitif:

LE TAURUS CILICIEN.

DÉTAIL DI S KtTTEMES.

Celte batterie découvre tout

front d'attaque presumable dans toutes les direction Y> 1 'Pour, battre le front d'attaque et le prendre h revers. , Pour battre les ravins. .

Pour la défense des murs Cet outrage, est formé par I confluent de 2 ravins dont un ic sépare de la batterie n"

Pour b* feu de front

d»our le feu de flanc du ravin

i gauche

/Pour le feu de flanc du ravin à \ droite

Ou v raye accolé à la rive gauche | du grand ravin. Pour battre 3 la roule de Constuntinoplc.

JPour flanquer l'outrage n° 2.

Pour flanquer l'ouvrage n" 4.

Cette lunette est placée à peu près au milieu du plateau et à une portée de mitraille du

- ; ; ! i h ! ravin

jl'our battre de front

[Pour flanquer les n" 3 et 2.

POttf flanquer le n° .ri

/Esta 200 mètres enarrière de la l ligne de défense, entre la luj nette du milieu et le n* fi. .

'Pourhatt rc les positionsde front.

jPour flanquer les ouvrages i et I fi et protéger les autre* ou- \ vrages, à l'exception du n» I .

lAppuyé nu grand ravin. Pour I le feu de front et de revers. .

^Pour flanquer cl protéger la

batterie n" 7 ,

^Placé sur le prolongement du

.V fi

é - 1 .< i i.i ravin et destiné à cette défense

Domine toutes les tailleries et

N'° 8 prend à reterslesposilionsque f l'ennemi pourrait occuper. .

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Après cet exposé sommaire des ouvrages élevés au Kulekboghaz, il me reste à faire connaître les avantages que le général égyptien attendait de leur ensemble.

L'ennemi, sur l'espace rétréci qui lui était laissé pour se déployer, eût été placé dans une situation bien plus défavorable que dans la plupart des sièges où l'assiégeant réunit sur un point donné autant de feux qu'il veut. Ici c'est l'assiégé qui profite de l'avantage des feux convergents dès que l'ennemi se trouve à portée. D'un autre côté, cette position peut être défendue par environ 3,ooo hommes, dont un millier de canonnière. C'est assurément un chiffre d'hommes bien minime pour défendre une position d'une aussi grande importance.

Par l'ouverture du vallon où Ibrahim-pacha élevait ses fortifications, on jouit de la vue d'une admirable ligne de montagnes, dont quelques-unes sont couvertes de neiges éternelles. On voit sur la gauche la direction que suit la route de Konieh, et à droite la pente par laquelle s'écoulent les eaux du Scihoun (Sarus).

« Qui ne craint pas le boghaz ne craint pas Dieu, » dit le Turkoman en parlant du Kulek-boghaz. Il aurait fallu que cette position militaire prît la même acception proverbiale parmi les Turks. Malheureusement il n'en a pas été ainsi, et ces remarquables ouvrages sont maintenant abandonnés. En i853, quand a éclaté la guerre entre la Russie et la Porte, l'autorité turque a fait enlever toutes les pièces que les Égyptiens avaient laissées surplace en 1840, lors de leur retraite effectuée par suite des conventions du traité de Londres.

Après avoir dépassé les fortifications du Kulek-boghaz, on débouche sur un plateau situé au centre des hautes montagnes qui constituent la masse principale du Boulghar-

LE TAURUS CILICIEN. 377

dagh. Arrivé à la distance de trois heures du Kulek, ce plateau aboutit, en se rétrécissant, à un étroit vallon arrosé par un ruisseau dont les eaux s'écoulent rapidement vers le nord-nord-est et bordé de chaque coté par de très-hautes montagnes nommées X AUah-tepessi à l'ouest, X Annachadagh à l'est. Derrière ces hauteurs on aperçoit les cimes du noyau central du Boulghar-dagh, formées de couches de calcaire blanc et bleu. Le vallon dont je viens de parler se continue jusqu'à ce qu'il débouche dans la vallée principale de Bosanti-sou (Tahli-tschai) où est situé le khan de Rhamazan-oglou qui a pris depuis le nom de Khan de Bosanti , et sert aujourd'hui de douane (gutnruk). \l\ est éloigné de sept heures du Rulek-boghaz.

V Annacha-dagh, dont la base est limitée par la route que suivent les caravanes venant du Kulek à Bosanti et en Cappadoce, est couronné par un vieux château appelé X Annacha-kalessi. Ce château, que l'Itinéraire de Constantinople à la Mekke nomme le fort Doulek *, est construit en marbre noir; pour y arriver, on suit des sentiers tracés sur les pentes rapides de la montagne et bordés de pins. Près du château, on remarque sur l'une des faces d'un roc isolé qui semble suspendu au-dessus de l'abîme que domine la forteresse, une très-grande quantité de petites croix que les croisés, se rendant en Terre-Sainte, ont dû graver afin de laisser en cet endroit des traces de leur passage et le souvenir des difficultés qu'ils ont eu à surmonter pour y arriver. C'était, en effet, une coutume en usage au temps des croisades, de tracer ainsi sur la pierre des croix en mémoire du

« llinér. de la Mekke, p. 19.

pèlerinage île Syrie. On sait que sur les murailles d'Antioche on voit encore aujourd'hui des croix latines gravées parles croisés sur quelques-unes des tours de cette ville, en souvenir des guerres saintes '.

Le château d'Annacha présente à la fois un grand développement et de nombreuses ruines amoncelées dans son enceinte. Le genre de ses constructions, ainsi que ses bastions flanqués de tours, indiquent l'époque byzantine. Deux portes, dont l'une est à l'extrême limite du précipice, y donnent accès. La position de cette forteresse, son étendre, les nombreuses croix tracées sur un rocher qui l'avoisine, sa proximité d'Ak-keupri, aux environs duquel on p Mise que se trouvait Bodendron, cité par les Itinéraires d'Antonio et de Bordeaux à Jérusalem, sont autant de circonstances qui semblent démontrer que l'Annacha-kalessi est bien le Podandus de l'antiquité, et le Bodendron des historiens des croisades, où mourut le plus savant des khalifes abbassides, Al-Mamoun, fils d'Haroun-al-Raschid, l'an 883 de l'ère chrétienne a. A l'appui de celte assertion, j'ajouterai d'abord que dans toute cette contrée ne se trouvent ni forteresses anciennes, ni ruines autres que celles dont je viens de donner la description ; enfin, que le khan, qui n'est éloigné du château que d'une lieue en ligne droite, est appelé Bosanti, nom qui a une trop grande analogie avec ceux de Podandus, Botentron et de Butrente, pour n'en pas dériver.

La vallée de Bosanti est bornée de droite et de gauche par de hautes montagnes et des masses de rochers ; les

1 Poujoulatj Corr. d'Orient, t. III, ch. clxx.

* Ce prince fut enterré à Tarse la même année. Son tombeau n'existe plus.

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