ÉTAT POLITIQUE
La Cilicie semble avoir été habitée primitivement par des colons phéniciens qui, du reste, fondèrent leurs premiers établissements dans l'Asie continentale. Apollodore raconte que Sandacus étant venu de Syrie s'établir en Cilicie, y bâtit la ville de Celenderis ; aussi Bochart 1 ne pouvait manquer de voir dans ce fait une origine phénicienne et la preuve de l'établissement des Phéniciens dans cette contrée.
Les Phéniciens étaieut depuis longtemps établis dans la Cilicie, dont ils liraient la pourpre et les cèdres du Taurus pour la construction de leurs vaisseaux, quand les Assyriens de Ninive, qui avaient passé r£uphratc environ huit siècles avant notre ère, s'emparèrent de tout le pays situé au nord de la Judée. Les Chaldéens de Babylone ayant détruit cette puissance, dont ils dépendaient, restèrent maîtres des contrées occupées par les Assyriens et achevèrent de conquérir le pays situé à l'ouest de la Méditerranée. Aux Chaldéens succédèrent les Perses de Cyrus, et à ceux-ci les colonies grecques et les Macédoniens d'Alexandre.
Lors du partage de l'empire d'Alexandre, la Cilicie entra pour partie dans le nouveau royaume de Syrie, et en dépendit jusqu'à l'époque où cette province, devenue le repaire
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de pirates ciliciens qui infestaient les mers, et le refuge des Ciliciens libres, KtAtxt'ot ifovQeoï^, qui dominaient dans le Taurus, fut réduite en province romaine par les légions et les flottes de Pompée.
Quatre siècles après , lors du partage de l'empire romain entre Arcadius et Honorius, la Cilicie fut annexée à l'empire de Constant! nople. Alors commença, pour cette N province, une longue série d'événements désastreux. Les hordes de Mahomet vinrent d'abord la ravager ; depuis, déchirée par les guerres des Fatimites et des Ommiades, conquise sur les Grecs de Byzance par les Arméniens descendus des hauts plateaux de l'Asie, envahie par des tribus turkomanes et kurdes, puis par les mamelouks d'Égypte ; saccagée de nouveau par Leng-Timour et ses Tâtars, enfin conquise par les Turks -Ottomans, la Cilicie devint le centre d'une population dont les fractions conservèrent leur caractère distinctif, constituant ainsi, non une nation, mais une agglomération d'individus sans homogénéité, constamment divisés, et qu'il serait difficile de rallier par un lien commun d'unité politique.
Nous allons présenter les principaux éléments de cette population hétérogène qui forme un ensemble d'environ cent cinquante mille habitants, qu'on peut répartir en trois classes principales, subdivisées en sections, ainsi que l'indique le tableau suivant :
VOYAGE EN C1LICIE.