LE TAURUS CILIC1EN
Guiragos, patriarche sublime, qui s appuyé sur la parole céleste, très-pieux et rempli de l'Espiit- Saint.
« Dans Vannée de Vère arménienne 1259, le 10 mai, ce saint édifice a été élevé, ainsi que les constructions et le mur d'enceinte, par les efforts extrêmes de celui qui a fait cette œuvre dans Vère cidessus exprimée, par les soius de V architecte qui a travaillé un si grand nombre d'années, le zélé vicaire du sublime et illustre Guirayos, seigneur Êlie, èvéque de Ilarpout [Earpert) , dont le nom mérite <Vêtre rappelé (dans les prières). -»
L'année i25q commença le 3i août 1809 et finit le 3o août 18 10 inclusivement. Dans l'intérieur de ce monnment, qui est dépourvu d'ornements et de tableaux, 011 remarque, à gauche en entrant , la tombe du patriarche Guiragos, que le bey de Khozan-ogou lit empoisonner en 1825, pour avoir cherché à se soustraire à son autorité. C'est un sarcophage d'une extrême simplicité et sans inscription *. On voit dans le chœur le siège patriarcal en marbre blanc, fait à Sis par des ouvriers arméniens venus de Constantinoplc. Pour ne pas tenter la cupidité des chefs turkomans, L'autel a été garni d'ornements d'assez mauvais goût et sans valeur. Dans le même but, le trésor de l'église a été renfermé et caché avec soin dans une petite chapelle à gauche de l'autel de saint Grégoire riDuminateur.
Trésor de r église de Sis. — Les moines conservent dans la chapelle de saint Grégoire plusieurs reliques, auxquelles les Arméniens de la Cilicie attachent un grand prix, et qui sont pour eux d'un immense intérêt, en ce qu'elles consti-
• Dans un petit ondre suspendu à la muraille, près de re tombeau, on lit le nom de X^pui^nu, « Guiragos » en monogramme.
4oo VOYAGE EN CILICIE.
tuent la légitimité du siège patriarcal. Les principales sont les dextres de saint Grégoire Lousavoritch , de saint Nicolas, de saint Sylvestre, et la main de l'ermite Barsame. Je vais décrire chacune de ces reliques, dont quelques-unes sont dignes d'intéresser les archéologues.
La dextre de saint Grégoire est assurément la relique la plus importante du trésor de l'église arménienne de Sis. Elle est renfermée dans un bras d'argent ciselé dans le style byzantin, avec un anneau soudé à l'index et orné d'une émeraude ; on y remarque quelques traces de dorures.
La dextre de saint Nicolas, patriarche grec de Smyrne, est aussi conservée dans un bras en argent, mais d'un travail plus simple que le premier.
Le bras de saint Sylvestre, trente-troisième pape, est enchâssé comme les deux précédentes reliques.
La main de l'ermite Barsame, enveloppée d'étoffes, est conservée dans une boîte de forme ovale en argent.
Ces quatre reliques sont renfermées dans une châsse, en argent massif, ornée d'arabesques ciselées. Comme je l'ai dit plus haut, elles constituent la légitimité du patriarche, qui prend le titre de tu^iuîit (conservateur de la dextre de saint Grégoire) , et sont toujours restées en la possession du catholicos de Sis, même après la séparation de f 44x> origine du schisme qui divisa l'Église d'Arménie, et par suite duquel un patriarcat fut établi à Edchmiadzin, dans la Grande- Arménie. Grégoire IX continua à résider à Sis et conserva le bras de saint Grégoire, que Guiragos, créé patriarche d'Edchmiadzin, avait tenté de lui enlever.
Cependant les catholicos d'Edchmiadzin prétendent posséder aussi la dextre de saint Grégoire et montrent une relique
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qu'ils disent être celle que l'on conservait autrefois à Roumkalah , ancienne résidence des catholicos avant la translation du siège patriarcal dans la ville de Sis.
Un savant orientaliste russe, M. Rrosset', qui a visité, il y a quelques années, le monastère d'Edchmiadzin, parle de la dextre de saint Grégoire qui est renfermée dans un bras en vermeil conservé dans le trésor de l'église. « On a prétendu, dit M. Eug. Roré% que ce qui avait donné à l'église d'Edchmiadzin sa prééminence, était la translation d'un bras de saint Grégoire dans le reliquaire de sa cathédrale. Cette opinion n'est point fondée ; et c'est plutôt à l'établissement primitif du siège patriarcal à Edchmiadzin, qu'il faut attribuer cet avantage, qui a, en quelque sorte, été consacré par la présence dans ce lieu de saint Grégoire Lousavoritcb. »
Je reviens au trésor de l'église de Sis. Les moines conservent et montrent une autre relique : c'est Xepalliu/n du patriarche Agop 3, fait à Alep, et sur les extrémités duquel on lit deux inscriptions en lettres brodées d'or, et que voici :
MLlkH
* Rapports sur un voy. arcfùol. en Géorgie et en Arménie. Saint-Pétersbourg. 1830, in-8°. 3e Rapp. p. 20.
s Arménie, p. 49. Collection de V Univers pittoresque.
3 Le patriarche Agop ou Jacques 1er, le Sa\anl, est le dixième successeur de
VOYAGE ES CILIC1B.
■ À été fait Vannée OS3 de noire ère. Biles : Dieu fasse miséricorde à relui qui a fait ceci (le pallium). Amen! »
VtfcPbÔtkh
m^u^bSKb ■■ anrs p ikwbp
Ce pallium, mon ouvrage, a été dessine dans la belle ville dWlep, à l'usage du seigneur Jacques, savant docteur, auquel Dieu accorde de s en bien servir. Amen! «
Ce pallium est eu soie rouge brochée de croix, dans l'intérieur de chacune desquelles on a brodé, en soie de couleur, les figures du Christ et de plusieurs saints dont les noms sont aussi brodés en perles blanches. Ce sont : la Vierge, les saints Grégoire Lousavoritch, Pierre, Nicolas. Denvs, Nersès. Jean Meguerdich , Jacques, Antoine, Grégoire, Serge, Basile, Cyrille, Kpiphane, etc.
Ce pallium fut apporté de Koum-kalah à Sis, à la fin du \uic siècle, et les patriarches le conservent avec soin, parce qu'ils croient, à tort, qu'il a appartenu à saint Nersès Chnorali, dont le patriarcat est antérieur d'un siècle à celui de Jacques Ier le Savant.
saint Nersès Chnorali. Les tables chronologiques du P. Tchamitch {Ilist. d'ArménieA. III) et de Saint-Martin (t. I, p. 443), placent son patriarcat entre les années 1268 et 1287, ce qui est une erreur, puisque nous lisons sur le pallium qui lui a appartenu, Tannée 683, qui commença le 22 janvier 1234 et finit le 21 janvier 1235 inclusivement.
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Doux Evangiles, reliés en argent, font aussi partie du trésor de l'église. Le premier est un petit in-4° en parchemin, écrit sous Léon Y le Jeune, Tan ^ip. (782 de l'ère arménienne '), au couvent de Sorovank. L'autre est un infolio, aussi en parchemin, écrit sous le roi Constantin IV de Lusignan), l'an 111 (7<)4aJ- Au dernier feuillet, on lit un mémento dont voici la traduction :
« En Vannée 19U de l'ère arménienne, moi, Constantin, roi d'Arménie J'aiacquiscesaintÈvangiledont la rcliureesl magnifiquement ornée de figures peintes en argent et en or. Je l'ai acquis de mes biens légitimes. Il était venu en notre possession, de mes ancêtres, comme un témoignage de leur piété. Après l avoir fait couvrir de riches ornements, je Vai donné à la sainte église i, pour satisfaire au vœu ardent de mon cœur, en perpétuel souvenir de moi, et de toute * ma famille, et surtout de mon père le seigneur Beaudoin, maréchal, défunt en Jésus-Christ, et afin qu'une longue vie me soit accordée, ainsi qu'à mes fils, Ochin et Léon, que Dieu m'a donnés. »
Les moines conservent précieusement ces deux Évangiles, mais surtout le dernier, qu'ils disent être miraculeux, et qu'ils croient, à tort, avoir été écrit de la main du roi Léon IL
Enfin, le principal ornement du trésor du couvent, comme valeur intrinsèque, est le vase tics huiles saintes renfermé dans un tabernacle surmonté d'une coupole, le tout en argent massif doré. Ce tabernacle provient d'un don fait au monastère par la famille Duz-oglou, de Constantinople.
1 L'an 782 de l'ère arménienne commença le 2S décembre 1 332 el finil le 27 décembre 4333 inclusivement.
* L'an 794 de l'ère arménienne commença le 23 décembre 1314 et finil le 2i décembre 1315'inclusivement.
3 Le nom n'est pas indiqué ; mais c'est probab'emcnt à une église de Sis quj était sous la dépendance du patriarche.
404 VOYAGE EN CILIC1K.
Je ne décrirai pas les calices, ciboires et autres vases de l'église, qui sont modernes, et proviennent des fabriques de Constantinople, de Smyrne ou d'Alcp, et qui d'ailleurs n'ont rien de remarquable.
Archives du monastère. — Les archives de Sis, qui devraient former un dépôt historique bien précieux pour les annales de la Cilicie sous les Ronpéniens, et pour L'intelligence de l'histoire ecclésiastique de cette partie de l'Orient, n'existent plus. Les patriarches ont négligé de recueillir les bulles des papes, les firmans de la Porte, qui leur concédaient des privilèges ou leur reconnaissaient certains droits. De toutes ces pièces, qu'on eût dù réunir et conserver, il ne reste rien ; et le souvenir en est même effacé chez les moines du couvent.
La correspondance du patriarche avec les évèques relevant de sa juridiction et avec ses agenls d'Adana, d'Antab, d'Alep, de Marach, de Chypre, etc., n'est pas classée. Un moine, remplissant les fonctions d'écrivain, jette dans le coin d'une chambre noire toute cette correspondance, que l'humidité détruit en peu de temps, et que j'ai trouvée imprégnée des eaux qui filtrent à travers la toiture, et dans le plus pitoyable état. Ces archives, dont j'ai étudié les parties les moins détériorées, se composent :
r De lettres en réponse à celles du patriarche, qui demande aux fidèles des secours en argent, pour satisfaire aux exigences du bey de Khozan-oglou ;
?.° De cahiers contenant les noms des personnes de chacun des diocèses relevant du patriarche, avec indication des sommes qu'elles ont données pour subvenir aux besoins du monastère ;
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3° De lettres traitant de matières insignifiantes.
Les archives de Sis, tontes modernes, et dont les pins anciennes pièces datent dn catholicosat de (iuiragos, le fondateur du nouveau monastère, sont intéressantes pour l'étude du dialecte arménien de la Cilicie, qui diffère essentiellement de ceux parlés dans la Grande- Arménie, en Perse, à Coiistantinople et à Smyrne.
Nous avons rédigé une note sur l'ensemble de ces archives, quia été insérée, il y a quelques années, dans la Bévue de F Orient.
Bibliothèque. — Le monastère de Sis possède une bibliothèque qui se compose de manuscrits et d'imprimés, entassés sur des rayons et sans ordre, dans une salle dont le patriarche hésita longtemps à me livrer l'entrée, sous prétexte qu'on ne devait en ouvrir la porte qu'une fois l'an. Cette salle est petite et éclairée seulement par une fenêtre qui donne sur une galerie dépendant des constructions supérieures du couvent.
La bibliothèque renferme cent quarante-cinq manuscrits, et seulement deux cent cinquante volumes imprimés; ce sont des livres liturgiques sans importance. J'ai dressé le catalogue des manuscrits, travail qui n'avait point été fait encore. Ces manuscrits sont modernes et ne remontent pas au delà du xvf siècle ; les anciens ont été dispersés, tant à Jaffa qu'à Constantinople et à Edchmiadzin, etc. Quelquesuns de ces vieux documents, qui restaient au couvent et pouvaient offrir quelque intérêt, ont été vendus par les moines à des voyageurs, de sorte qu'aujourd'hui aucune pièce de la bibliothèque n'est de nature à fixer l'attention sous le rapport historique. Cependant, j'ai publié dans le
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Journal asiatique 1 le catalogue des manuscrits que possède le monastère de Sis, qui ne se composent que d'ouvrages traitant de matières religieuses, d'Evangiles, de Machdotz, de rituels, etc.
A proximitédeSis, au nord -est, t-t sur le versant dune colline dénudée qui n'est éloignée (pie d'une heure de remplacement de Pancieii palais des rois d'Arménie, on trouve les vestiges du village de (iiaour koi , entièrement abandonné depuis déjà de longues années, et au milieu duquel on aperçoit les ruines d'une petite église dont les murailles intérieures étaient décorées de peintures à fresque. En faisant déblayer l'intérieur de cet édifice, qui était encombré de matériaux provenant de sa toiture, j'ai trouvé quelques fragments de dalles sépulcrales brisées par la chute des pierres, et dont les légendes françaises tracées en caractères onciaux du xiv' siècle, sont la preuve que les caveaux de cette chapelle servaient de sépulture à de nobles familles françaises qui avaient pris du service chez les Lusignans d'Arménie.
L'un de ces fragments, faisant partie d'une dalle autour de laquelle était tracée une inscription monostique, porte encore très-visibles les mots suivants :
Je]han Fort qui trespâsa le m
Un autre fragment, provenant d'une dalle qui devait être ornée d'incrustations, à en juger par l'entaille qui se remarque à la place des pieds du personnage représenté couché sur cette dalle, porte ce qui suit :
J'ajn de M.CCC.LXl de? Crist. Que Die[aie son arme.]