MOPSUESTE ET LE PYRAME
Route d'Adana à Mop»ueate , aujourd lur i mi«nI« ; fondation de MopauoNtet divinité* qui y recevulent un culte; *e« différent» nom* s luacrlptlons ■ le pont sur le r> ruine s description de» ruines de la ville \ palais, tombeaux et nécropole; borne* ■nllllnircM : Mopsueste
ment* de l'époque muMulmauc; le khan de Kefcrblnu, sur In rive détail* historiques à ee sujet.
Après avoir passé le pont d'Adana, on s'engage au sudouest dans une plaine assez étendue que traversait autrefois la voie romaine de Tarse à Mopsueste. A gauche, on laisse le village de Giaour-kot, habité par des Arméniens, d'où lui est venu son nom de village des injidèles; puis on marche pendant plusieurs heures dans la plaine qu'arrosent différents cours d'eau qui se jettent dans le Pyratne, à deux heures au sud de Missis. Bientôt on aperçoit sur une colline dont le pied aboutit au fleuve le village de Missis, l'ancienne Mopsueste, dont l'origine se perd dans la nuit des temps héroïques. Une marche de cinq héures à cheval sépare les deux villes d'Adana et de Missis.
Mopsueste, suivant les traditions', fut fondée parMopsus
* Euscbo, Chron., liv. II, ch. xcm.
et Amphylocque immédiâtement après la guerre de Troie. On peut inférer de là que cette ville dut sa fondation à une colonie argienne 1 . Le nom de Mopsueste, qui signifie le foyer de Mopsus, Mo'^ov èoTca, rappelle le culte dont ce devin était l'objet en Cilrcie, à cause de la célébrité de ses oracles. On remarque, en effet, sur les médailles frappées dans cette ville des symboles qui se rapportent aux légendes ayant trait à sa fondation par Mopsus. Ainsi, l'autel allumé que l'on voit sur les monnaies qu'ont publiées Pellerin a et Mionnet 3 eu est une preuve.
Les monuments épigraphiques nous apprennent que les habitants de Mopsueste rendaient un culte spécial au Dieu- Soleil, symbole d'Apollon, l'une des divinités de la triade honorée à Tarse. Nous avons trouvé dans cette dernière ville et rapporté au Musée impérial du Louvre, une inscription déjà publiée par Boeckh \ qui nous révèle l'existence d'un temple élevé au Dieu-Soleil par 'un architecte de Mopsueste appelé Philoclès. C'est un bloc de marbre noir sur lequel on lit :
0IAOKAH2 OIAOKAEOY[2] IZKOAAOY APXITCKTO[N02] HAIfll KAI THI AHM[HI]
* Philoclès, fils de Philoclès Iscolaus, architecte, au Soleil et au dème. »
On célébrait aussi à Mopsueste, à différentes époques,
1 Raoul Rochelle, Hist. des col. grecques, l. II, p. 405-7.
* Villes et rois, pl. uxui, ft*- 2*-23.
* I)escr. des méd. grecques, v° Mopsus, et au Suppi., id.
* Corp, inscr. grœc, suppl. na 4443. — Mon Recueil deslnscr. de la Cilitie, p. 6, n°40.
448 VOYAGE EN C1LICIE.
des fêtes en l'honneur de Hacchus. Sur une médaille de Càracalla, portant au revers un mulet chargé d'un arc, d'un carquois et d'une couronne de lierre à feuilles aiguës, on reconnaît des emblèmes ayant quelque analogie avec ceux des cistophores. Le mulet dionysiaque ijui porte ces symboles nous indique un genre nouveau de locomotion extrêmement intéressant. On serait fondé à croire que les cistophores, qui ont une certaine analogie avec la médaille dont nous parlons , tiraient leur origine des compagnies ambulantes, qui célébraient dans les villes d'Asie des fêtes en l'honneur de Bacchus. Ce nouveau type de Mopsueste semble indiquer aussi que ces pèlerinages s'accomplissaient jusque dans les villes les plus éloignées des provinces de l'Asie Mineure.
A l'exemple des autres villes de la Cilicie, qui voulaient flatter les conquérants si nombreux et si divers qui se succédaient en Asie Mineure, Mopsueste prit le nom de Séleucie 1 qu'elle abandonna lors de la conquête romaine pour reprendre son ancien nom2. Nous la retrouvons, à l'époque d'Hadrien, qui la combla de bienfaits, honorée des titres les plus pompeux et décorée du nom d' Hadrienne *. Plus tard elle prit, en l'honneur de ïrajan Dèce, le nom de Decia, que l'on voit figurer sur une médaille de Valérien *, . avec la légende ACKIANON MOVCATflN.
C'est surtout dans deux inscriptions grecques que se trouvent énumérés tous les titres dont Mopsueste avait été décorée par les empereurs. L'une de ces inscriptions, citée
4 Revue Num., 4854. Lettre à M. de Saulcy sur les méd. de la Cilicie. » Ptolémée l'appelle Mc^uwtî*, et Ciceron {adfamil., n, 8) Mopsuheste. » Mionnet, Méd. grecq., MoptuesHa.
* Revue Num., 4854,1. c.
par Cellarius, a été publiée par Gruter 1 ; l'autre, découverte par nous dans le cimetière arménien de Missis 3, a été placée au Musée impérial du Louvre, dans la salle des antiquités de l'Asie Mineure. •
4" Inscription do Gruter.
AYTOKPATOPIKAICAPI AAPIANOYYIQJOGOY TPAlÂNOYriAPGIKOYYICjJNOJOeOY NEPOYAEKrONWTITGJAlAIOJAAPIANOJ ANTU)NGINGJCGBACTGi)GYCGBGI APXiePeiMeriCTCOAHMAPXIKHCeiOYCIAC TO.C.YnATC0TO.r»nnTU)€Y€PrGTHKAl CWTHPIAAPIANHCMOVOYGCTIACTHC KIAIKIACIGPACKAIGAGYOGPACKAIACYAOY KAIAYTONOMOYKAI0IAECKAICYMMAXOY .
P(i)MAIU)NBOYAHKAIOAHMOCAIATHC OGIACAYTOYAIKAIOAOCIACBGBAIA THPHCANTOCAYTHTAGIAPXHCAIKAIA.
<« A l'empereur César, fils d'Hadrien, petit-fils de Trajan le Parthique, arrière-petit fils de Ne rua; à Titus Elius Hadrien Antonin Auguste, pieux, grand-pontife, six fois revêtu de la puissance tribunilienne, consul pour la troisième fois, père de la patrie, bienfaiteur et sauveur dlladriana Mopsuestia de Cilicie, la sainte, la libre1, l'inviolable, l'autonome, l'alliée et l'amie du peuple romain; le sénat et le peuple, pour avoir, par sa divine équité, maintenu et respecté les droits dont elle jouit dès le commencement. »
• Thesaur. Inscr. lal., cclv, 4.— Mon Recueil des Inscr. de la Cilicie, p. 7, n° 13.
« Mon Recueil des Inscr., p. 6, n° 12.— Rapport au ministre de l'Instr. puhi, publié dans le t. IV des Archives des miss, scient., p. 85. 3 Mopsos liberum, Pyramo inierposilum. — Pline, //. .V.. li\ . V, cl», xxu
VOYAGE KN CILICIE.
2° lofCriplîon du Musée du Louvre.
[AYTOKPATOPAKAI2APA}
[OeOYAAPIANOYYIONO€]OY
[TjPAlANOYnAPOIKOYYIOJNON
G[E]OYNEPOYAEKrONONTITON
AIAIONAAPIANONANT(jl)NEINON
2EBA2TONEYîEBHnATEPA
nATPIAOIOAHMOî
AAPIANCONMOVEATlONTHï
IEPA2KAIEAEYOEPAIKAIA2Y
AOYK Al AYTONOMOY<t>IAHI
KAI2YMMAXOYPWMAIU)N
■ Cette statue de l'empereur César, ftîsdu dieu Hadrien, petit-fiU du dieu Trajan le Parthique, arrière-petit- fils du dieu Serva, Titus Ëlius Hadrien Antonin Auguste, pieux, père de la patrie, a été élevée par le peuple cCHadriana Mopsuestia, sainte , libre , inviolable, autonome, amie et alliée du peuple romain, »
Pondant la période du bas-empire, la ville de Mopsueste eut aussi part aux largesses des monarques de Byzance : Justinien fit restaurer le pont sur le Pyramc, qui alors menaçait ruine 1 et sert encore aujourd'hui à relier les deux rives du fleuve. Ce pont, de neuf arches a, est orné de deux cippes ; sur l'un on lit une inscription 3 destinée à perpé-
« Procope, Edif., liv. V, ch. u.
2 P. Belon. 06s. sing., liv. Il, Ch. evin, p. 289 et v<>.— Otter, Yoy., t. 1, p. 7. — P.Lucas, Yoy., p. 252-3. — Kinnoir, Voy , t. I, p. 2I0-2H. — Inrtjidji (iéoyr. arm., p. 360. — Poujoulat, Voy. en Asie Min., t. I, p. 440.
Pockoke, Inscr. ant., p. I, ch. m, s. i, p. 3<. — Belley, Mém. sur Adana, dans le t. XXXV du Mém. de l'Acad. des Inscr. et Belles-Lettres. — Bœckh, IJ.I. G.,n« 4439. — Mon llecueil des Inscr. de ta Cilicie, p. 8, n° 14.
Uigitized d
CIL1CIE ORIENTALE. loi
tuer la mémoire d'un soldat de la xvie légion, qui tint longtemps garnison en Cilicic, en Lyciect en Palestine L'autre cippe porte unu tète de bœuf vue de face, sans inscription.
En iy0»-, cinq arches de ce pont furent emportées par une crue considérable des eaux, du fleuve 2; elles furent rétablies; mais en i832, l'armée turque, regagnant l'Asie Mineure, après la célèbre bataille de Beylan où lbrahimpacba, généralissime de l'armée égyptienne, l'avait, mise en pleine déroute, fit sauter une des arches du pont pour retarder la marche de l'armée victorieuse et assurer sa retraite. Depuis cette époque, on s'est borné à établir une passerelle sur le pont même, qu'on n'a pas réédifié depuis, ce qui cependant eut été très-utile pour faciliter aux caravanes et aux chariots le passage du Pyrame.
Les invasions, les révolutions et les bouleversements qu'elles occasionnent, enfin une longue suite de siècles, déterminèrent la complète destruction des nombreux monuments grecs et romains que Mopsueste possédait. Cependant on y remarque encore beaucoup de ruines et de décombres qui attestent la grandeur et l'importance qu'avait autrefois cette antique cité.
Le temple, dont on a lu l'inscription plus haut, et qu'avait édifié l'architecte Philoclès au Dieu-Soleil et au dème de Mopsueste, n'a laissé d'autres traces que des bases de colonnes sortant de terre, mais n'atteignant pas la hauteur d'un mètre; elles sont à l'ouest, sur la route qui conduit de Missis à Adana.
• Bœrkh, C. I. G., n"' 4230 S0-43-43 et 46.
* Pockoke, t. IV. p. «9.
452 VOYAGE EN C1LICIE.
A peu de distance du Pvrame et à l'est de la ville, on trouve les restes d'un bain romain ruiné; les hypocaustes et quelques dalle s de marbre blanc en sont les seuls débris.
Non loin de c ; bain et sur le versant oriental de la colline sur laquelle est bâtie la ville actuelle, on aperçoit les restes d'un palais dont les colonnes et les pierres de taille jonchent la colline dans toute son étendue *. La plupart de ces pierres sont calcinées ; il en est de même des fragments de mosaïque que l'on voit encore ça et là épars au milieu des ruines.
Près des décombres de ce palais on remarque les traces de voûtes souterraines comblées en plusieurs endroits, des fûts de colonnes en granit noir, et des morceaux de marbre blanc qui indiquent que Mopsueste était, sous la domination romaine, une ville riche et élégante. I ne voie romaine, qui, partant de la Gippadoce, traversait Anazarbe et venait rejoindre à Mopsueste la grande route de Syrie, se distingue encore au nord de cette dernière ville, pendant l'espace d'une heure et demie. Sur le versant méridional de la colline qui domine le village actuel de Missis, là où était assise l'ancienne Mopsueste, et non loin de cette voie romaine, sont les restes, assez bien conservés, d'un aqueduc qui amenait à la ville l'eau d'une source voisine. Cet aqueduc est construit moitié en pierres de taille, moitié en briques, formant alternativement des couches distinctes et d'égale épaisseur.
Tout près de là, et de chaque côté de l'ancienne voie romaine, on distingue les restes d'une nécropole creusée à même les rochers. Elle se compose de chambres sépulcrales
• (Hier, Voij. en Turquie, 1. 1, p. 7.
CI MCI H ORIENTALE. 453
souterraines comblées par des éboulements, et de sarcophages brisés. On n'y voit point d'inscriptions. A droite de cette route et du même côté que l'aqueduc ruiné, on voit une borne milliaire en granit sur laquelle est gravée une inscription 1 qui constate que l'empereur Alexandre Sévère, revenant de combattre les Partîtes, fit construire ou restaurer cette route. Cette borne porte le n° xxxxiiu.
IMPCAESDIVI[SEPTIMISEVERJIPII NEPOTEDIVIANTONINIMAfGNI PIIFILIOMARCOAVRELIOSEVER[0 ALEXAN DROPIOFELICI AVGPON TIFICEMAXIMOTRIBVNICIAEPOT[E STATISIIPROCONS. P . P.VIAM PONTESAPVÏÏVSQVEA[DA DRIANAXINPIDROMI ?....
XXXXIIII
J'ai découvert à Missis, tant dans les maisons des Turkomans que dans les cimetières turk et arménien, un grand nombre d'inscriptions funéraires offrant de l'intérêt pour la plupart, et que j'ai copiées. Les pierres sur lesquelles elles sont gravées avaient été transportées dans ces lieux pour couvrir des tombes récentes :
Voici le texte et la traduction des principales inscriptions de Mopsueste 2.
1 Mon Recueil des Inscr. de la Cilicie, p. 12, n- 1.
« Mon Accueil des Inscr. de la Cdicie, pages 6 à II , n" 1 1 à 25.
i5i VOYAGE EN C1IJCIE.
<" Sur une piorre, dans lo champ des morts dos Arméniens 1 :
MOYC£OC£MPACinPONHM(t>
YnOTPY0CjJNOCTOYAA[eA]d>OYniO...
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TOYCKATAXOONHOYCKAHIACANA
PANKAI AY I. • CAXOA. 0)OHN Al AYTOIC
£NOAOJTtOBI(OAYTONKAITA[n]£PAMH
£ZONAYTCunOIHCAIKATAMHA£NA
TPOnONMHA£OCTOYNMOYCAA£YCAI
£KT0YMNHMAAI0YICT0NAIWNAHTPY
0O)NAHAAAONTINAMHA££IA0ANIKA
TITUJN£NTC0MNHM£IU)MHA£ZOnAPAK£l
M£NONMOIEMBOAAAINOPYZAITINAM£
N£INA££MOIAK£P£ON£TOKOYTOCCOO£l
TCUN£YHK£IM£NO)N[A]IOCON£KTOC£IMH CANMArNAMONHO£AriCHHCYHCK..OC.
M0YHNKAI£ANTICAAIKHCHH£M£TIC...
MAy£AAIK(jJCK£X...A0;M£NOIAYT....
l£NOINTOOIAYTIOC
* Celte inscription devait cire transportée à Paris; mais en traversant un gué du Pyramc, le chariot sur lequel je l'avais fait placer avec beaucoup de peine k* brisa, et je fus obligé d'abandonner celle précieuse conquête. Comme j'avais
« Je suis Musée, tué avant l'âge par mon frère Tryphon. Je lui confiai la gestion de toutes mes propriétés pendant vingt ans, et je ne suspectai jamais sa bonne foi; cependant il me trompait en toutes choses. Ne pouvant le traduire en justice, manquant [de tout], même de la nourriture journalière, et privé violemment de la vie avant l'âge, /invoque contre mon frère Tryphon, et contre ses enfants, les dieux du ciel et ceux des enfers, et fais des vœux pour que toutes les malédictions les accompagnent dans toute leur existence et après ; car Tryphon ne devait pas agir ainsi en aucune façon. {Je supplie encore les dieux) que ni Tryphon, ni aucune autre personne note mes os de ce petit monument , ne dérange rien de ce qui est dans ce tombeau, n'en enlève rien par violence, mais laisse toutes choses à leur place; ainsi il sera à l'abri des ardeurs (?) qui le menacent;
excepté si ou si Von est dispensateur de la justice ; mais celui
qui le fera sans but et sans raison, que les dieux autochthones lui deviennent contraires »
2° Sur un cippe placé à l'angle droit du pont de Missis.
riOYAIOCAeWNI AHCAOHNAIOCCTPA
TicoTHCAerecjNOc
|r.0A.<DIPMHCOeOICKA TAXOONlOICKAITOICrONCY CIN.
«G. Julius Léonides, athénien, soldat de la 16e légion flavienne, fîrma, aux dieux infernaux et à ses parents. »
3° Sur une pierre dans le champ des morts des Arméniens.
MKANINIOCOPON TGJNMKANINICO KAOJAIANOJTOJYKjJ KAITOICIAIOIC
pris soin de la copier avant son transport, j'ai au moins la satisfaction de pouvoir la publier.
m VOYAGE EN CILICIB.
« Marcus Caninius Fronton, à Marais Caninius Clodien, son [ilsy et aux siens, »
4« Sur un chapiteau en marbre , dans un encadrement circulaire.
AIAIANOY METAÀOnPS GICAICJNAC HMNHMH
• .4 la mémoire éternelle oVFAien, grand-prêtre. •
3" Sur un cippe, au bas d'un buste de femme.
GPMOrGNHCAHMHTPIAAI THOYrATPIMNHMHCXAPIN
« Hermogène, à la mémoire de Dèmètrias, sa fille. »
6° Sur un cippe, au bas des bustes de trois personnages. — Monument transporté au Musée du Louvre. Cf. la vign. p. 213.
ACKAHniAAHCePMOf
CNOYAMYNTIANCOTCO
YIGJMNHMHCXAPIN
« Asclépiade, fils d Hermogène, à la mémoire dWmyntien, son fils. »
7° Inscription dans une maison turke, près du konak de l'aga de Missis.
ETOYCriC
ePMoreNHC
AOHNAIOYOKAI
MENOITACKAI
MHTEPGINHEP
MOrENHTCOYIOJ
MNHMHCXAPIN
« L'an 213; Hermogène, fils d'Athénée, appelé aussi Ménoïtas, et sa propre mère; à la mémoire de son fils Hermogène. »
8° Sur une pierre, dans le champ des morts des Arméniens.
fTOMEN
riAYAOY
TPIBOY
NOYKPI
NAIOJ
TOYf
« Tombeau de Paulus, tribun de Âouinda1! »
Passons maintenant à la période du moyen âge. Presque tous les chroniqueurs des croisades, les historiens byzantins, arabes et arméniens parlent de Mopsueste, dont ils ont sensiblement altéré le nom. Ainsi, on trouve AJopsistea, Mampsjsta, Mamysta, Masista, Mamistra, Matnista2, et enfin Missis, nom qui lui a été donné par les musulmans et quelle a conservé.
Mopsueste ou Missis, comme on voudra l'appeler, soutint un long siège contre Nicéphore Phocas et Jean Zimiscès, qui parvinrent enfin à s'en emparer. Les portes en furent enlevées après la prise de la ville, et envoyées à Constat! tinoplc par les vainqueurs, comme un trophée de leurs victoires. Guillaume de Tyr 3 dit que Mopsueste était de son temps une des villes les plus importantes de la Cilicie, et qu'elle était entourée d'une bonne muraille : «Eratautem Mamistra una denobilioribus ejusdem provinciœ civitatibus,
* Kouinda, Kcji*J«, était une forteresse de la Cilicie (Plutarq., Eum., U) où les rois de Macédoine déposaient jadis leurs trésors (Slrabon, Géogr.,xi\, 5, § 4 .)
* Glycas, Ann. in Niceph., liv.1V, dit : » ft Mxaîor* Jt»l Mtyw inlx xxXefuvr,. » — Guill.de Tyr, III, 21.— Guibert, abbé, III, 2 — Baldcric, II.— Alb. d'Aix, III, 20. — Sanuto, S. f. c, II, 26. — Raymond d'Agile U Robert moine, etc.
' Hist., liv. III, ch. xxi.
muro et uiultoriuii iucolatu insignis, sedet optimo agro et gleba uberc et amœnitatc précipite eommendabilis.»
L'est sous les murs de Missis et sur la rive droite du Pyrame qu'eut lieu cette sanglante bataille entre les croisés de Baudoin et les soldats de Tancrède. L'historien des croisades raconte en ces ternies cette lutte fratricide 1 : « liaudoin avant laissé dans Tarse une garnison, se remit eu marche et suivit la route qu'avait prise Tancrède. Ce dernier s'était porté sur Adana, place située à huit lieues à l'est de Tarse; avant trouvé la ville d'Adana occupée par un chevalier bourguignon nommé (iuelfe, il s'était avancé vers Malmistra, d'où il avait chassé les Turks. Malmistra était située à si* heures au sud-est d'Adana, à trois heures de la mer, sur la rive du Pvrame. Tancrède et ses fidèles chevaliera n'oubliaient pas les outrages de Baudoin, et déploraient encore le massacre de leurs frères, abandonnés au glaive des Turks, lorsqu'on leur annonça que la troupe de Baudoin venait de dresser ses tentes dans une prairie voisine de la ville. A cette nouvelle, leur vif ressentiment éclate en paroles menaçantes; tous se persuadent que Baudoin vient encore insulter à leurs armes et leur disputer la possession de Malmistra. Les cheval iers qui accompagnaient Tancrède lui rappellent avec chaleur les outrages qu'il a reçus *, en lui déclarant que l'honneur de la chevalerie, que sa gloire et celle de ses compagnons exigent une vengeance éclatante. Eu entendant parler de sa gloire outragée, Tancrède ne peut plus retenir sa colère; il assemble ses guerriers et marche à leur tètecoutre la troupe de Baudoin. Un combat ineur-
• Miehaud, Hist. des croisades, 1. 1, liv. II, pages 430 et suiv. » Alb. d'Aix, m, 20.
trier s'engage entre les soldats chrétiens : ni l'aspect de la croix qu'ils portent sur leurs vêtements, ni le souvenir des maux qu'ils ont soufferts ensemble, ne peuvent suspendre l'animosité cruelle des combattants. Cependant la troupe de Tancrède, inférieure en nombre, est forcée d'abandonner le champ de bataille, retourne en désordre dans la ville, laissant plusieurs prisonniers entre les mains des vainqueurs, et déplorant en silence sa défaite. La nuit ramena le calme dans les esprits. Les soldats de Tancrède avaient reconnu la supériorité des Flamands, et croyaient n'avoir plus d'outrage à venger, puisque le sang avait coulé. Les soldats de Baudoin se ressouvinrent que ceux qu'ils avaient vaincus étaient des chrétiens. Le lendemain on n'écouta plus, dans les deux partis, que la voix de l'humanité et de la religion. Les deux chefs s'envoyèrent en même temps des députés, et pour n'avoir pas l'air d'implorer la paix, l'un et l'autre attribuèrent leur démarche à l'inspiration du ciel. Ils jurèrent d'oublier leurs querelles, et s'embrassèrent à la vue de leurs soldats, qui se reprochaient les tristes effets de leur animosité et brûlaient d'expier le sang de leurs frères par de nouveaux exploits contre les Turks. En peu de temps, la Cilicie fut soumise aux armes de Tancrède. »
Mopsueste eut beaucoup à souffrir durant les croisades et la domination arménienne, par sa position avancée sur la route de Syrie, elle était la première exposée aux attaques des musulmans d'Egypte et de Mésopotamie.
Willebrand qui la visitait au xme siècle, dit que: « Manistere est une bonne ville située sur un fleuve, ayant des remparts flanqués de tours, mais usés par leur anti-
* Itinér., p. 436.
qnité. » Elle renfermait de son temps peu d'habitants et était, à cette époque, soumise à l'autorité du roi d'Arménie. Tout près de cette ville, continue le chroniqueur allemand, on trouve un château qui était du patrimoine de saint Paul ; mais il appartenait alors aux Crées. Willcbrand nous apprend encore que c'est à Manistra (sic) que l'on voyait le tombeau de saint Pantaléon. Les détails que donne le chanoine d'Oldembourg ne sont pas tous dénués d'intérêt; ils nous apprennent que de son temps les murailles de Mopsueste, qui aujourd'hui ont presque entièrement disparu, étaient en fort mauvais état, et que le château était alors occupé par une garnison byzantine, tandis que la ville appartenait à Léon II, premier roi de la dynastie roupénienne. Sous le règne de ce prince, Mopsueste fut tantôt prise, tantôt perdue et reprise par les Grecs et les Arméniens. La possession de la citadelle fut longtemps disputée aux Arméniens par les Grecs; ceux-ci finirent cependant par l'abandonner sous le règne de l'un des derniers monarques de la dynastie roupénienne.
Pierre Belon qui visita Mopsueste au xvr" siècle, parle aussi du château et du khan , qu'il nomme Casbascham, altération du mot caravansérail. Il dit que Mopsueste, qu'il nomme, on ne sait trop pourquoi, Césarée, est une ville en ruines et qu'elle ne contient plus que de petites maisons. A cette époque, Mopsueste était la limite des domaines des sultans d'Égypte et de Turquie, et o estoit les bornes qui distingnoient le langage arabic d'avec le turquois, et qui départoit l'empire des Arabes et des Turcs. »
Paul Lucas, Otter, Kinneir et Ainsworth ne disent rien
« Obs. sxng., Hv. II. ch. cvui, p. 209 et v«.
CILICIK ORIENTALE. 461
des ruines du moyen âge qui se voient encore à Missis. M. Poujoulat, d'après des renseignements qui lui furent envoyés de Tarsous, dit qu'on voit encore aux abords de cette ville des restes considérables de fortifications, ce qui est exagéré.
Les ruines de la Missis du moyen âge sont peu considérables. Les vestiges les plus importants sont ceux du château qui couronne un monticule situé au sud et vis-à-vis de Missis, dont il est séparé par le pont d'Adana. Ce château était destiné à défendre le passage du pont; on y voit encore des tours et des murailles dans les interstices desquelles poussent des herbes et des ronces que broutent des troupeaux de chèvres et de moutons.
A l'ouest du village actuel de Missis et dans le quartier principalement habité par les Arméniens, on remarque les restes bien conservés de trois bastions. Le P. Indjidji, dans sa Géographie arménienne, a parlé de ces fortifications, qui aujourd'hui sont encore en assez bon état.
On ne trouve à Missis, qui fut le siège d'un évèché important, aucune trace d'église; et cependant nous savons d'une manière positive que les Vénitiens possédaient à Malmistra une église et des maisons'. Les Arméniens de Missis n'ont aujourd'hui qu'une petite chapelle établie dans une maison particulière.
Les différents cimetières de la ville contiennent plusieurs inscriptions byzantines, ce qui prouve que Missis était autrefois habitée par une population grecque assez nombreuse. Dans le cimetière turk de Referbina, voisin du khan
5 Lib. ractor., Arch. tic Venise, II, G. — Cf. Arch. des miss, scient.., t. H, p. 308.
situé sur la rive gauchi* du Pyrame, j'ai lu sur le couvercle d'un sarcophage une belle inscription grecque* qui date du \ie siècle.
Les monuments de l'époque musulmane sont peu considérables. Le seul édifice qui offre quelque intérêt est le khan de Keferbina (fabrique des infidèles), hameau situé de l'autre cùté du pont et sur la rive gauche du Pyrame. C'est un khan construit en l'an 949 de l'hégire par des marchands, pour servir de relais aux caravanes de la Syrie et de l'Asie Mineure2, et qui fut restauré en i83o par Nassan-pacha-oglou. On lit sur la porte d'entrée une inscription arabe qui rappelle la date et le nom du restaurateur. A cùté de ce khan, on en voit un autre de dimension inférieure qui n'a rien de remarquable. On l'a transformé en poste de baâj, ou péage.
Les mosquées de Missis sont toutes ruinées, et les minarets se sont écroulés. L'appel à la prière du muezzin se fait sur l'un des pans de la muraille de la mosquée principale que les Turkomans du pays ont décorée du nom emphatique ài Olou-djami (mosquée incomparable).
Missis, comme on peut s'en faire une idée par ce qui précède, n'est plus qu'un misérable village de r5o maisons dont les deux tiers sont occupés par des Turkomans, et l'autre tiers par des Arméniens. Au x\mp siècle, la ville s'étendait des deux cotés du fleuve3; aujourd'hui elle n'occupe plus que le revers d'un mamelon de la rive droite, et encore y voit-on quantité de maisons en ruines.
La rive gauche, appelée Keferbina, ne compte que quel-
* Mon ltecueil des Inscr. de la Cilicie, p. 11, n° 20.
* Djihan-Numa, p. 1725 du ms. do la Bibl. Imp.
* Itinér. de Constantinople à la Mekke, Ed. Blanchi, p. 22.
ques maisons groupées autour des deux khans dont nous avons parlé plus haut.
Missis se trouve à l'extrémité occidentale du Tchukurowa, l'ancienne plaine Aléïenne. D'immenses marais, formés par la fonte des neiges qui grossit et fait déborder le Pyrame, et par l'atterrissement de l'ancien cours de ce fleuve, occasionnent des fièvres aussi meurtrières qu'à Tarions et à Adana. La végétation est presque nulle dans cette plaine; à peine y trouve-t-on quelques arbres isolés plantés de distance en distance. Enfin, toute la rive droite du Pyrame, à la hauteur du 37" degré de latitude, semble être condamnée à ne produire que des herbes et des ronces. De l'autre coté du pont, au contraire, on admire une végétation luxuriante qui couvre le pied du Djebel el-Nour\ l'une des ramifications de l'Amanus. Paul Lucas 2 y recueillit beaucoup de simples.
La longue chaîne boisée qui s'étend jusqu'à Marasch repose la vue fatiguée de l'aspect d'une plaine immense et nue, presque toujours assombrie par les brouillards que forment les eaux stagnantes des marais qui la couvrent.
Le Pyrame, Djîhoun-tschaï, prend sa source à une lieue à l'est de la ville d'Elbostan ( Albistan). Son cours est d'environ 7G lieues. AinsworthJ dit qu'il est navigable jusqu'à Anazarbe. Sa largeur dans les parages de Missis est estimée par M. Russegger4 à environ 5oo pieds, ce qui est à peu près la mesure indiquée parXénophon, qui l'a portée à un stade. L'amiral Beaufort lui donne la même largeur,
• Itinèr. de Constantinople à la .Vtkkr, p. 2j». « Voy. en Asie .Vin., t. I.
3 Hcsearches in As. Min., t. II, p. 88-9.
* Iteiscn in Europa, Asia, B. I., t. II, p. 5i8.
prise à un mille au-dessus de son embouchure. Il observa que cette rivière est peu profonde, et que la pointe sablonneuse qui se trouve dans ces parages avance avec tant de rapidité, qu'à l'époque de son exploration elle s'était allongée de six milles au delà de la ligne primitive du littoral, en prenant une direction parallèle à celle de la côte d'Aïas, de telle sorte que le bord méridional de la baie d'Aïas est une création toute récente du Djihoun ' . Ce dépôt de sables a fait, dans l'antiquité, le sujet d'un oracle dont parle Strabon 2, et que Gossclill 'J a rendu par ces deux vers :
Le Pyrame. a l;i côte ajoutant d'Age en âge, I)e Cypre quelque jour atteindra le rivage.
L'amiral lîeaufort donne la description de l'énorme quantité d'animaux aquatiques et de reptiles qui couvrent les plages sablonneuses de la baie d'Aïas, où se trouvent, dît ce voyageur, de gigantesques tortues pesant plus de 200 livres.
Selon M. R rosse t, le Seihoun et le Djihoun furent ainsi nommés par les Seldjoukides, au \p siècle, en souvenir de l'Oxuset de l'Iaxartes qui portaient les mêmes noms et devaient rappeler aux races turques leur long séjour dans les contrées traversées par ces fleuves. Cependant, M. Rcinaud, dans sa traduction de la Géographie d'Aboulféda*, dit que ce fut antérieurement à l'apparition des Seldjoukides en Asie Mineure, que le Sarus et le Pyrame reçurent des noms empruntés aux deux grands fleuves de l'Asie centrale.
Le Sarus et le Pyrame ont éprouvé, surtout dans les
' h'oramania, p. 296.
* Géogr., liv. XII.
* Liv. 1, p. 55, in Slrab.
* T. lr p. 63.
temps historiques, des changements de lit singuliers. Un grand nombre d'écrivains de l'antiquité et du moyen âge, en faisant rénumération des rivières de la Cilicie, prouvent, les uns par le silence qu'ils ont gardé sur leur séparation, d'autres par leur témoignage explicite, que le Sarus et le Pyrame atteignaient la mer, tantôt par deux issues distinctes, tantôt par une seule résultant de la jonction de leurs eaux. Aujourd'hui, ces deux fleuves, dans leur cours comme dans leur embouchure, n'ont plus rien de commun. D'après les passages des auteurs anciens et du1 moyen âge ' on peut affirmer que le Pyrame et le Sarus ont eu la même embouchure et se sont séparés à plusieurs reprises pour se réunir encore. Ainsi :
Quatre siècles et demi av. J.-C. (Xénophon) , les
embouchures étaient distinctes.
Quatre siècles av. J.-C. (Scylax), elles étaient, réunies.
Au f siècle et au commencement du n° siècle
ap. J.-C. (Strabon, Pline, Ptolémée). . . distinctes.
Deux siècles ap. J.-C. (Denys le Périégète). . réunies.
Trois siècles ap. J.-C. (Avienus) réunies.
Au vr siècle (Procope) séparées.
Au xi° siècle (Cédrenus) réunies.
Au xuc siècle (Anne Comnène) réunies.
Au xiv" siècle (Aboulféda) réunies.
Au xve siècle (Barbaro) réunies.
Au xixc siècle distinctes.
Le Pyrame a de nos jours une embouchure tout autre que celle qu'il avait en d'autres temps ; primitivement elle
• TchihatchefT, Descr. phys. de l'Asie Min.t ch. vi.
se trouvait à côté de la ville de Mallus, ainsi que l'attestent les géographes de l'antiquité. Aujourd'hui le fleuve coule à travers une vallée assez large située entre les dernières pentes de TAmanus (Djebel el-Nour) et les montagnes de Karatasch , qui forment un groupe de mamelons distincts du Tau rus et de l'Amanus. Le Pyrame fait donc un coude dans la direction du sud-est, pour déboucher ensuite dans la mer, vis-à-vis d'Aïas, comme nous l'avons dit plus haut.