CHAPITRE XXII
Ses coteaux donneraient des vins estimés , et des huiles en abondance. On tirerait de ses lagunes , le sel que l'Italie réclame pour ses gabelles^ et elle pourrait en exporter par les caravanes, jusques dans la Romélie* Les bois de construction, la résine, les grains, deviendraient pour le gouvernement et pour le peuple des objets d'échange et de négoce; en6n la population augmenterait. Mais les Turcs qui ont entre les mains ces moyens de prospérité, semblent les dédaigner. Campés sur une terre qui les dévore, étrangers à toute idée d'amélioration, ils ne s'occupent que du moment, sans apercevoir aucun avantage dans l'avenir. Pour comble de malheurs, le Musaché en passant sous la domination d'Ali pacha, a perdu dans ces demiei*s temps, avec ses familles opulentes, l'espérance d'une amélioration que leur intérêt réclamait, et qui n entr« p^ dans ses vues.
La partie de la cai^pagne d'Avlone, qui s'étend dans une profondeur de huit milles, jusqu'à l'Aoûs, n'est pas moins fertile et mal -saine que celle, des environs de la ville. A cette distance au nord , do l'autre côté de l'Aoûs , on aperçoit le beau village de Fieri, et un mille à l'occident le monastère de la vierge de Pollini , seule partie habitée de la terre consacrée à Apollon (i)! Une église entourée
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« Voilà les monaments de la ville que Phœbiis à la belle dbe* « Telnre a fondée près de la mer dlonîe. >
Cette înscriptioik était grar^ sur le piédestal de sa statue, en anciens caractères. Pavs. , Eliac. V, 0. 99.
l88 YOTAGB DANS LÀ GHECC,
de quelques cellules enveloppées d*un cordon de murs, et douze religieux forment toute la population dApollonie ! Au lieu des bruits de l'Agora et des acclamations des théâtres , des chants religieux , sont les seules voix qui s'élèvent du $ein des ruines vers le ciel^ pour chanter le Dieu immuable, dont rétemité voit s'éclipser les empires, et renverser les villes ouvrages des hommes. L'éclat de Corinthe, et le nom des Corcjréens y sont oubliés ( i )• La protection d* Auguste (2) , ni la sagesse de ses institutions particulières, n'ont pu la sauver, et il ne reste plus pour reconnaître la grande et magn^queApollonie{Z)y que son nom mutilé comme ses édifices.
Le monastère de la vierge d'Apollonie, élevé par les chrétiens comme un signal de reconnaissance au milieu des débris d'un vaste naufrage , se glorifie d'avoir eu pour fondateurs, les premiers Taulantiens qui reçurent des apôtres , les semences de I évangile. « Les saints de 1 éternel , disent les religieux , après « le. renversement des autek du paganisme par des « barbares que le nord vomit sur la Grèce, bâtirent « sur les ruines du temple de Dimitra^ ( Cybèle ) , la « première église qu'ils dédièrent à la mère du sau- « veur, auprès de laquelle on a relevé à diverses
(i) Thacydide et Scymniu attribuent sa fondation aux Corinthiens et aux Corcyréens. Fojez Hist. de l'Établissement dn colonies grecques, par M. Raoul Rodiette, t. III; c. 349, ^^^'
(a) Auguste, qui avait fait ses études à ApoUonie, protégea particulièrement cette ville. Yelleîus Paterculus, lib. II, c. 69; Suet. , In vitd AugusU.
(3) Cicéron l'appelle magnam urbcm et gravent Philipp, XI.
« époques, le couyent qui existe maintenant. Cette « frêle nacelle f jouet des orages, froissée par rarroée « de Soliman , incendiée par les Albanais, est sortie « de ses cendres, et s est restaurée toujours au même « lieu , où elle avait primitiveniem jeté son ancre « d'espérance. » Cest ainsi que les Caloyers racon-i tent l'histoire de leur monastère aux étrangers, mais ils ne peuvent préciser lepoque de la destruction d'ApoUonie, ni comment elle a perdu son nom, qu on ne retrouve cité par aucuns historiens des der-, niers temps du bas empire (i) ? Il n*est pas moins difficile, en examinant les lieux, de pouvoir déterminer son enceinte qui commençait à dix stades (a) de l'Aoûs, et que Strabon fixe à soixante du bord de la mer (3)^ distance qui est celle du port dangereux de
(i) Anne Comnène, Nicetes, les deux Nicephores, ni aucun des B)rzantiiis ne citent le nom d'Apollonie. Castaldus est le premier qui a fait connaître celui de Poltine.
Palmkr., lib. I, c. 37 9 p. iSg,
N. B, Cependant 11 est probable que sa destruction totale fut postérieure an cinquième siècle, car on trouye un de ses êvéqnes, Eusebe, dans la liste des pères du concile de Chalcédoine en 45i . Depuis cette époque, le siège de cette Tille fat transfiéré à fiyifis, dont les prélats connut sous ce titre et celui d*Apollonîe furent : Évéqueâ de BjllU H d'ApoUoum.
S. Félix, an concile d'Éphèse;