‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 101 sur 160 · Philocaris , au synode de la vieille Épire · texte numérisé non relu

Philocaris , au synode de la vieille Épire

(a) Dix stades ou un mille un quart. • .

(3) Soixante stades ou sept mifles et demi. Strab., lib. VII ^ p. 3 16. Scylax ne porte que cinquante stades. Plin.» lib» VIL lllP.,iib.m, c. i3.

agt» VOTAOB DANS LA GRECE,

PoroSf qu^on trouve à l'embouchure de l'Aoûs. Daos remplacement de la ville et de Bea édifices , on voit des buttes formées de colonnes brisées, de portions de frises y d'éclats de ohapiteaux et de briques sur quelques - unes desquelles on lit le numéro des légions qui les avaient fabriquées. Quelques cippes rappellent des noms illustres ou ignorés d*hommes, que légalité du tombeau recouvre d'une même poussière. Trois mots sauvés de l'oubli, indiquent le monument d*un Amyntas (i), dont le sarcophage annonce les dernières vanités , par les ornements sculptés à l'entour. Sur un tumulus voisin , on remarque une colonne d'ordre dorique qui a douze pieds de circonférence , et les proportions de ce stile sévère. C'est le dernier débris restant sur pied, d'un temple de cent vingt pieds de- longueur, sur quarante-huit de large. On avait, en i8i3, déierré de dessous ses décombres une statue en marbre de Diane. On y avait trouvé quelques années avant un bas-felief , représentant Apollon monté sur un char traîné par les heures, scène que lé Poussin a reproduite dans ses tableaux.

Les médailles nombreuses, qu'on trouve chaque jour dans ces ruines (où l'on découvrirait sans doute d autres objets d'une phis haute iraporcaace) , portent presque toutes la tète laurée d'Apollon, avec l'inscription des JpoUoniates (2). J'ai vu aussi plusieurs

(i) <MAinnOZ AMYNTAZ XAIPE. Un narlirier turc, établi k Fim, «mt brisé le oomrercle de ce sircoplia^, rar lequel il y araît des fignres.

(a) Bronze, T4te laurée d*ApoUon ou de Bacdiua i gauohe.

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cornalines gravées en creux, représentant le dieu jouant de la lyre. Tout retiace ainsi, dans sa désolation même, Tétat de gloire d une ville qui n*est plus visitée que par les pâtres albanais , lorsqu'ils ramènent leurs troupeaux des montagnes de la Candavie , dans les plaines du Musaché et suf les bords de l'Adriatique.

C'est là ce qui reste d'ApoUonie, qu'on peut regarder comme lextréme frontière du territoire classique de la Grèce, quoique Epidamne réclame la gloire d'en avoir fait par^e. Je rappelle, après cette excursion, l'attention du lecteur sur l'itinéraire d'Avlone à Berat. La route qu'on suit se rapproche pendant un quart de lieue ^ à la distance d'un mille du. rivage de la mer. La culture commence sur la droite, dans un terrain qu'on sènie en maïs. De là on tourne au nord-nord*est pendant deux lieues, en prolongeant une plage basse couverte de salines , et on se dirige à Test l'espace ée deux lieues , sans avoir aucun village en vue. A cette distance, on arrive au bac de la Voïoussa , où Ton trouve, sur les deux rives <]u fieuve, des caravansérails, ils étaient encongibrés de voyageurs, lorsque mon frère y arriva. On attendait

R. AnOiLAnNIATAN. Corne d'abondaxMWy de laquelle seviMeiit -sortir des feuilles de TÎgae on des grtppes de raisin. Dt^ deux «ôt^dans'Ie champ , deux ooraes d'abçadanoe^ plus petites et renirersées; festons.

Argent, «MAONOX. Tète d'Apollon laorée à gauche. R. ATIOA* AOTÎIATAN. Sur deux lignes. AMIANT02 202IAOXOT. Trois jeunes filles se tenant par la main, dansant autour de trob po» tits monts on hrasiers allumés.

^9^ TOtAGE bA!«S LA GKECÈ,

flepuis plusieurs jours la baisse des eaux y dont la ra» pidité ne permettait pas de manœuvrer le ponton^ pour passer. Comme le fleuve rentrait alors dans son lit , on vit enfin le bac se détacher et gagner la rive gauche ; et après sétre embarqués dans le plus grand désordre, on poussa au large et on passa ^ comme par miracle, l'Aoûs! De sa rive pierreuse, on s^enfonoe dans une pLiine couverte de sabine et d'agnus castus, arbustes très-répandus dans tous les lieux humides de r Albanie ; et après avoir marché une demi-lieue entre ces halliers, on débouche dans une campagne cultivée qui a une lieue de traverse. On parcourt immédiatement après , pendant trois milles une vaste lisière de prairies, qui se déploient du côté de VAdriatique. La vue ne sarrête dans cette étendue que sur. des buttes couvertes de baraques de nomades escortés de chiens terribles, -qui gardent de nombreux troupeaux de bêtes a cornes et de chevaux renommés, comme les meilleurs de toute la Turquie d'Europe^ pour la beauté de leurs formes et la vitesse de leur course. On 4ipperçoit aussi quelques oamps de Bohémiens ou Tzingari, race immonde, étrangère à la société quelle abhorre, et dont elle est jus* tement repoussée. On retrouve en avançant des collines, qu'on suit durant une heure et demie , avant darriver au grand village de Novések.

Il faut avoir voyagé dans cette partie de l'Albanie, pour connaître combien sont mensongères, ces relations qui vantent Thospitalité des Orientaux. Un Mahométan ne reçoit en général jamais un étranger dans sa demeure, quand il nest pas de sa religion;

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et les chrétiens , qui sont obligés de lui ouvrir leur porte y le regardent presque toujours comme un hôte incommode , à moins qu'ils ne fondent sur sa récep* tion lespérance de quelque aubaine lucrative. Ces idées ne purent même déterminer les Albanais- chré* tiens de Novéseia à loger mon frère; et comme ?il iv'y avait pas de caravansérail dans leur village, il fallut enlever de force un gîte pour passer la nuit. Mais en vain il recourut aux prières et aux menaces pour ob* tenir un peu de paille; il dut coucher suc la- terne, au milieu de ces rustres, qui lui refusèrent même le feu nécessaire pour séeher ses vêtements trempés par la pluie. Cependant ces. hommes ,.&ux et rusés conune le sont tous les bai4>ares, retrouvèrent le lendemain des prétextes pour s'excuser auprès du voyageup. Us se confondirent en protestations ; ils avouèrent leurgi*os» sièreté , et tout cela pour extorquer des étrennes, que la prudence- voulut- encore quil leur donnât» Ils. le prièrent ensuite de dire de botm^ paroles pour eux au visir Ibrahim, auprès duquel il se rendait , mais d un ton qui n*était pas un des signes les moins évidents de la décadence du pouvoir d un chef, dont les vassaux méconnaissaient depuis longtemps la trop paternelle autorité»

Aux environs de Novéseia, on ne voit de toutes parts que des hordes de Bohémiens campés sous des tentes, qui ont fait leur patrie des plaines du Musaché. Les indigènes prétendent que cette lèpre de Thumanité s'est implantée depuis plus de huit siècles dans rillyrie macédonienne , circonstance qui s'accorde assez avec le temps de leur arrivée dans

Ùg4 TOYXGE OAHS tk CHILCE,

rOrient, puisque ce fut bouû le règne de Nîeépfaoce qu'on Tit paraître ces ▼agabonds pour la première fois dans Tempire. De quelle cootrée alors ooonue du monde yenaîent*Hs? Quel arait été leur berceau? ▼oilà ce que personne ne peut affirmer. Fleuri, dans son Histoire eeclëûastîque , les fait sortir d'un mélange impur des kordes des AtUngans, avec quelques tribus juives, et il dit qulls étaient nombreux dans la Phrfgie , sous le règne de MicheI-le*Bègue. D autres voient en eux les Parias du Gange. Voltaire retrouve dans ces enfants deBelial, des prêtres dlsis et d'Osi* ris (i). Quelques personnes croient reconnaître en eux ks Berbers de FAfriqne, et tontes ces indue-» tiens, quoique hypothétiques , peuvent être véritables. Pour moi , je crois les Bohémiens contemporains des premières sociétés. Restés informes , comme les hordes que la civilisation .n'a pas policées, on les retrouve magiciens et aimées sur les bords du Nil , jongleurs et bayadères dans la presqu'île du Gange. Hommes

. (i) lie ▼•gflBonda^.a foujoars été commun à une certaine caste de l'Egypte» dont la postérité s*est perpétuée jusqu'à ce jour dans le Delta. Comme aux temps anciens, les femmes disent ]a bonne aventure, font retrouver les objets volés, vendent des raelnes, des amulettes, des cailloux, de vieux métaux; et trompeurs de bonne foi , trompent la crédulité qui les paie. On sait que ces individus des deux sexes, se disattf prêtres et prêtresses d'Egypte, étaient connus dans la Grèce et dans lltalie, oà Us répandirent le culte de la déesse Isis. Après le règne d'Auguste , on vit ces porteurs de gibecière, k la faveur de leurs tours, parcourir l'Europe, an cherchant à établir par -tout leur infime doctrine. f^ofn l'Onvrage de Giumblut.

CHAPITRB ICXII. agS

et femmes, depuis rorigine des peuples, exercèreiit toujours le métier de la divination , et Tart infîLme des danses lascives ^ dans lesquelles les jeunes filles sont élevées dès l'enfiince. Ces prétendus prêtres et prétresses étaient sans doute les mêmes encore qu'Apulée appelle ironiquemeot (i) leS'OraoUs de la gratule re^ ligion^ et depuis ce temps ils ont été en possession d'abuser la crédulité publique, sous diverses dénominations, qui n'ont jamais pu les dérober au juste mépris de la sociétés

S'il est difficile de s'accorder sur Torigine des Bohémiens, le physicien qui les considère attentivement dans les déserts de l'Orient, où ils sont répandus, reconnaîtra dans leur physionomie Aes traits de ressemblance avec les psylles et les négromanciens de TAfrique. S'il les interroge , ils lui répondront qu'ils sont Egyptiens; et il les verra s'irriter, si (comme les Grecs le £ont pour les humilier) il les appelle Djouk el^Phiraoujiy ou chien de Pharaon^ dénomination qu'un Bohémien regarde comme la plus sanglante injure.

On a toujours cru remarquer dans cette caste un secret particulier qu'elle garde pour cacher sa croyance religieuse \ mais cette réserve tient à son ignorance de toute espèce de Dogmes. Prêts à suivre toutes les re-

(i) Magnas religionis ûdera. kvnuLi Mêtamorpk., lib. XI.

On dira qiw la langue d«s Bohémiens ne ressemble pas an cophte ? Mais cet Idiome est - il celui des Autochtliones de l'Egypte ? Ils sont Hindous par leur langage, ajoute-tK>n; et qui nous a dit que les Hindous ne sont pas sortis de la vallée du Nil ?

^g6 TOTÂ'GE dàxs la «rece,

ligions, le$ Bohémiens n^eo ont aucune^ et san»nio» raie, comme sans conscience, ils n'ont dans le.ghiftas (qui est leur idiome particulier), aueun terme propre pour exprimer le nom de Dieu y que la reconnaissance trouve écrit dans tous les objets de la création. Pour exprimer ce nom d une intelligence qu'ils ignorent, les Bohémiens tures se servent du mot allahy les Orthodoxes du théos des Grecs, et^ suivant le pays quils habitent , de l'expression en usage peur nommer Dieu. Ils n'en ont pas non plus pour exprimer Famé y et felle est leur barbarie, qtrils n'ont d expressions pour.désigner les nombres que jusqu'à sept. Au-delà de ce terme, ils se servent d équivalents pris dans d autres langues, pour calculer le»r» comptes (i)»

Le» Bohémiens venus de là Phrygie^ ou de plu» loin, avaient été oubliés dans F Asie , lovsque Jeaa Zimriscès leur ^concéda des terrains^ dans- les envi*

(i) Les traits pfaysionomiques des Bohémiens de la Grèce sont les suivants : Œil noir taîlié en amande , rempli dW fe» sombre;, pomettes saillantes, mâchoire inférieure un peu proéminente, nez aqnilin y cheveux rudes comme ceux des Abyssins, extrémitéssupérieures longues hors de proportion , peu os point d'embon* point, jambe maigre, tissu réticulaîre noirâtre, tempérament sec et bilieux, caractère fougueux, inquiet, actif; penchant à îa mélancolie dans la vie sédentaire, gnûts anti- sociaux dominants. Volubilité et vocifération des Arabes dans l'élocution. lU appellent :

Soleil, cham. Riz, pûmo-.

Lune, sehmoutk, Oigaons ^ pourmm^ ^

Elan, pani. Peste, pougni^

Bélier, bachro. Chien, djoukei.

Chèvre , bousni. Bosuf , ^"roiif.

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