‹ Voyage dans la Grèce, comprenant la description ancienne et moderne de l'Épire, de l'Illyrie grecque, de la Macédoine Cisaxienne ... avec des considérations sur l'archéologie, la numismatique, les moeurs, les arts, l'industrie et le commerce des habitants de ces provinces;Chapitre 99 sur 160 · CHAPITRE XXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIL

Taulantie ou Musaché. Description de Canina, anciennement OEneus ^ et (VAvlone. Ruines dApollonie, Route depuis le port Peloros jusqu*à Berat, Camps de Bohémiens, faille et citadelle de Berat.

L échelle du Musaché ou Taulantie, que les Schy-^ petars appellent Peloros, et les Européens la Vallone, est un des ports du golfe QEnien , qui fut fréquenté de tout temps par les navigateurs, et vers lequel le commerce 5*est dirigé 9 depuis la destruction d*Oricum et des villes de TAcrocéraune. Il me restait en visitant ^ cette rade, à découvrir les ruines ou du moins remplacement d^OEneus, et je dirigeai mes premières recherches, vers la partie de la plage appelée Bocca^ Vecchia. J y trouvai un monastère dédié à la vierge de Verneselli , mais sans aucune trace de ville au milieu d'un terrain inondé, où il fut de tout temps imposr fiible de former des établissements. J*avais porté avec aussi peu de succès mes regards vers les autres parties du rivage , lorsque réfléchissant à lusage où étaient les anciens de bâtir leurs villes sur des hauteurs, mon attei^tion se fixa sur la citadelle de Canina. Cette première idée qui n'était que conjecturale , me conduisant au rapprochement des faits historiques, bientôt je vis que j'y retrouvais la ville d'OEneus , située sur une montagne escarpée (i) et daqs la petite rivière

(i) Tit«-Livc rapporte que Persée, après s'être rendu maître

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qui coule au pied des rocher^, l'Artatus qui a probablement donné son .nom au village moderne de rAita. Repassant ensuite les annales des temps écouléft, je compris pourquoi ni Scylax , ni Strabon , ni César n'ont pas parlé de cette place, que Paul-Émile avait dû comprendre dans sa dévastation générale. Elle n existait donc plus du temps de ces écrivains. Mais je la trouvais restaurée sous le nom de Canina (i) , et classée comme elle l'est maintenant , parmi les villes de guerre, dès le temps du bas empire (2).

Tavais borné mes rechercbes à cette partie de rillyrie macédoi^ienne , lorsque mon frère après avoir parcouru TAcrocéraune , aborda au port d'Avlone^ pour remonter à Berat. Le Musaché était en alarmes, on travaillait a réparer les forti6cations dp Canina, et sa population qui est de trois mille âmes , faisait ses approvisionnements comme à l'approche d*un siège*. On se croyait menacé «par les Français, alors maîtres de Cataro , on avait vu leurs aigles à la hauteur de Dyrrachium , car on les voyait par - tout dans ce terops-là! Cependant la présence du consul calma les

d^Uscana, qui fut dans la suite appelée Scampus,, assiégea et prit Œneusy forteresse située sur une hauteur escarpée.

TiT.-Lrv.,Iîb. XLm, c. 9.

(i) Conto-Stepbanas, informé que fioëmond devait débarquer à Avloae, avait placé sur le mont Jason des vigies, qui décou- ▼raient au loin la mer et les vaisseaux» Kat xarà tqv obcp&Xo'^iAy Toû xaXouaiycu làaovc; Bcûvcu oxoircî>< iiciçiQffa; £9^9 OacXarrAv irefia^peîv xai tÀç vaôç iiriaxciriTv. Arh. Comît. , p. 368, éd. Reg.

(9) Gantacuz., lib. II, c. Sa. Kavtva focOptcv. Léo Allât., m mot, ad jécropoUt,^ f. «73.

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esprits, et rassura bientôt les Musachéens, sur des projets hostiles, qui n'existaient que dans leur imagination.

Le vent de Bora, qui le força de séjourner aux douanes du port Peloros, étant tombé, mon frère s'achemina' vers Aylone, qui est éloignée d'une demi<lieue de la mer. Cette ville que Ptolémée qualifie de maritime^ est souvent mentionnée par les historiens (i), quoiqu'on n y trouve les traces d'aucun édifice an* eien. Son aspect et ses maisons retracent au contraire une ville moderne, et une rue ornée de portiques rappelle le séjour des Vénitiens, qui auraient sans doute régénéré la Taulantie , si les destins contraires ne s'étaient pas toujours opposés aux généreuses résolutions des puissances chrétiennes, en faveur de la Grèce. Autour de la ville , on voit les restes de deux forts qu'ik firent sauter en 1691 , lorsqu'ils durent abandonner aux Turcs cette place et son château (a) , dont ils avaient fait un comptoir de premier ordre pour le commerce. Dans son état actuel ,' on ne trouve à Avlone qu'une population de six mille individus composée de mahométans , de chrétiens et de Juifs bannis d'AnoAne, sous le pontificat de

(i) hSkm iraltc Mvticv. Ptolem. Anton. , itinerar. Constant. » Thâm, Occid, Asm. Comnen. Nicetas. G. Acrop. Pachim.

PALBfEA.y de Grœc. jéntiq., lib. I, c. 3a.

()) Ce fait est tiré de la Chronique de Janina, qoi rapporte qœ-Chalfl pacha enleva , en 1691,1a yiUe d'AWone aux Franes. Sic Tobc 1691. ixartôv 6 X«Xi)X vautltLç xat ifffet r^ AûXiévs, in

d86 YOTAGB BAirS hX GftKCBy

Paul IV (i). Enfin elle ne compte plus parmi loi éyéchés de TOrient, depuis un grand nombre de siècles.

Les environs de la ville plantés d'oliviers , entremêlés de maisons de éaropagne et de tombeaux, sont bornés par des coteaux à base gypseuse , desquels^ descend TArtàtus, qui après avoir rempli les fossés de la citadelle, vient tomber dans la mer , au nord de» rochers et de Tacropole de Canina. Le terrain maréca* geux rend lair tellement raaUsain^ que les habitants d'Avlone sont obligés de quitter leur demeures , dès que les premières chaleurs de 1 été commencent à se ftiire sentir. Les Turcs vont alors habiter Canina , les chrétiens gagnent les villages de Skrapari., et tous ne reviennent qu a la fin de lautomne. La ville devient ainsi une solitude dans laquelle | on trouve à peine un petit nombre de Jui&, et il ne reste dans la campagne, que des chrétiens divisés par ateliers, qui cultivent le maïs et le riz, quon sème dans les bas fonds. C'est de ces cloaques couverts de moissons luxuriantes que s'exhalent les fièvres et les épidéniies^ auxquelles un gouvernement prévoyant pourrait r^ xnédier, sans rien perdre de ses ressources nourri- <:ières. Alors cette partie autrefois si florissante de la Taulantie, prendraitune face nouvelle. Avlone, maintenant oubliée , redeviendrait un entrepôt de commerce.

(i) Ses évéqaes connus lurent : Nazaîre^ qui siégea au synode de la vieille Épire; Germain, qui vivait sons le pontificat da pape Hormisdas; Soterus, qui sooacrivit les actes, da sepiièma synode, avec les pères latins. Oa. Cmuskiaii:.

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