CHAPITRE XXII. 2p
rons de Philippopolis , dont ils jouirent jusqu'en ma. Persécutés à cette époque par Tempereur Al^s , sous le nom BogomiUs ou sectaires implorant la miséricorde de Dieu , ceux qui échappèrent à cet orage religieux cherchèrent un asile dans le mont Hemus, que les Turcs, à cause de leur race qui s y est perpétuée^ appellent T^hingué^Balccui^ désignant les Bohémiens sous les noms de Tchinguis ou Tchiri' guénets. Il est probable que ce fut de là qu'on vit sortir les hordes , qui , de proche en proche , se répandirent dans la Grèce , au sein de TAUemagne et jusqu'en Angleterre, où leur secte immorale est demeurée ( malgré la haute ciTÎlisation des trois royaumes), entachée du péché originel de ses ancêtres.
Les Turcs , tolérants ou plutôt apathiques, indifférents pour les opinions religieuses des Bohémiens, qu ils ne regardent ni comme mahométans , ni comme chrétiens, les souffrent parmi eux. Ils en font leurs mu* siciens , et les pachas leurs bourreaux ordinaires , tout en consultant les diseuses de bonne aventure, habituées à voler des enfants pour meubler leurs harems, ou qui amusent leur gravité par des danses impudiques.
Au sortir de Novésela , on suit de nouveau pen* dant un mille les coteaux d'une vallée que ferii<» lisent les eaux de la Glénitza, rivière qui tombe dans TApsus. On découvre encore des campements de Bohémiens, dont le métier est de conduire de ville en ville des ours auxquels ils arrachent les dents, et qu'ils font danser avec un violon. Du pendiant
1^ VOTAGB OAHS hX GftÀCC.
des coteaux, on aperçoit k l'occident le cours du fleuTe jusqu'à son embouchure dans la mer, dont les eaux bleuâtres bornent Horizon. An reyen de <^ette colline, dernier point de vue d'où Ton domine l'Adriatique, on traverse un village turc, où les voyageurs ne manquent presque jamais d*étre bar» celës par des chiens terribles, que les habitants se plaisent à lancer contre les passants. Bientôt après# on entre dans une gorge coupée de ravins, qui aboutit à Rosoovo, bourg situé dans la grande vallée de l'Apsus. De ce plateau, on distingue six lieues à Torient, les fiûtes neigeux du mont Tomoros, et les vastes sinuosités du fleuve qui sort de ses glaciers. An midi, Thorixon se prolonge, en suivant les montagnes de Skrapari, dont les flancs occidentaux encaissent la vallée de TAoûs. De nombreux villages^ disséminés dans cette riante partie de la Tau** lantîe, ornent son territoire fertile, couvert de forera et décoré de sites, qui forment les contrastes les plus frappants avec la misère et la barbarie des habitants. On passe à gué une rivière limpide venant du midi , et au bout de six milles de chemin en plaine, on .traverse TApsus sur un pont en pierre, qui a pour base des rochers remarquables par leur structure. Des crevasses d'une de ces piles naturelles, jaillît une cascade abondante et fraîche, qui fournit de l'eau aux besoins d'un caravansérail bâti à peu de distance, quand TApsus est troublé par les pluies, pu échauffé par l'ardeur de Tété. De ce pont jusqu'à lembouchure du fleuve, qu'on appelle Ergent ou
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Argent^ et que quelques cartes anciennes nomment Argentea (i), la distance est de seize milles jusqu'à la mer^ et de douze jusqua Berat.
• On s éloigne un peu dans la plaine pour doubler les vastes replis de TApsus, et une lieué à Torient du pont, on arriye au bord de la rivière de Gra* bova. Le fleuve prend au - dessus le nom de Bera» tino., qu'il conserve jusqu'à Berat. On est entré dans la ville , et on se demande encore où elle est ? Mais il n'en est pas de même de aon château , qu'on aperçoit à une très-grande distance, à cause de sa situation au sommet d'une montagne élevée , dominée par des hauteurs que couronnent ^ dans le lointain y les coupoles pyramidales du mont To* moros.
Berat est une ville moderne bâtie, à ce que l'on croit, sous le règne de Théodose le jenne, qui lui donna le nom de PulchenopoKs ^ à cause de sa sœur Pulcherie, princesse alors toute puissante dans Tem^ pire. Les Bulgares, qui la eonquîrent, firent, par une simple traduction dans la langue sdave, de ce nom, celui de Belgrad. Postérieurement, on la trouve appelée par Pachimère, cité dans les notes de Léon Allatius, Belgrada^ et Balagrita^ suivant Cantacuzène (a). Mais
(i) Les Byzantins en avaient fait le nom de Xapl[àvvic.
ÀKir. CoMVBK. lib. m. Cajig-, p. 387.
(a) In notis ad Acropolitam, p. A73. Cantacnz. , lib. II, c. 3) ^ qui écrit son nom BoXXaypira, et les Grecs de ce temps (BeX* /^YpK^a tk)y dont Castaldas a dérÎTé Belgrade, qn'il place sur i*AonSy dont le cours était alors inconnu.
3od VOTA€B DANS LA. GRECE,
elle ne commence à être clairement indiquée que dans l'histoire de Gr^oire (i) , qui parle de son acropole ou château , comme d'un fort escarpé et situe pour ainsi dire au-dessus des nuages. Mais son nom se reconnaîtrait à peine maintenant, si les Turcs, qui s'en emparèrent, après la mort de Scanderbeg, ne lui avaient conféré le nom é^ArnoutBeligrad^ ou Belgrade des Arnaoutes, car elle n'est plus connue parmi les Grecs que sous la dénomination de Berat. L^acropole, telle que nous la représentent les historiens du Bas* Empire , occupe le sommet aplati d une croupe taillée presque à pic du côté de FApsus, quVlle do* mine à une grande hauteur, sans être pour cela située au - dessus des nuages. La forme du mur d'enceinte approche de celle d'un parallélogramme irrégulier-, de deux cent quarante toises de longueur, flanqué à des distances inégales par des bastions, et fermée d'une triple porte à tourelles et, mâchicoulis. Dans l'enceinte, on voit le sérail du visir, et deux cent cinquante maisons habitées par des. Albanais chrétiens du rit grec. Comme cette forteresse, malgré sa hau? teur, était commandée, on a fait construire au couronnement du mamelon qui la domine , un fortin crénelé et garni de quatre tours. Mais dans ce donjon, comme dans la citadelle, il n'j a pas de sources ni de citernes , ce qui £aiit qu'on la forcerait promp-
(i) En parlant de llnvasion de Michel, despote d'Épire et d'Étoile, dans la Macédoine, il dit que les ennemis assiégeaient, TÔ T&v BtXXtypflt^Mv u^>.ov rt xat ( «>c ctirtiv ) biripvif iXov f poôptov. Gaso. , lib. III , caput ultimum.