CHAPITRE XXIE. 3oi
tement à capituler, si une pareille forteresse méritait rhonneur d'être investie. Les Albanais jugent tout autrement de son importance. Ils la regardent même comme un bouleyard de première ligne, et Ibrahim pacha faisait réparer les brèches de ses remparts avec des planches et des fagots d'épines, lorsque mon frère vint pour le rassurer sur la prétendue invasion des Français, dont on se croyait menacé, et qui tenait dans ce moment toute la haute Albanie en allarmes.
La ville-basse, située au fond d'une gorge presque toujours couverte de brouillards épais et mal' sains, est divisée par TApsus en deux quartiers appelés Morè-Tchèlebi et Goritza, qui sont habités par une population de six mille individus, dont un tiers au plus sont Mahométans. On comj^te parmi eux de riches propriétaires et quelques marchands , qui fréquentent les ports du royaume de Naples et la foire de Sinigaglia , où ils sont dans l'usage d'acheter dés marchandises étrangères, depuis que le commerce de l'opulente Venise, reine détrônée de l'Adriatique , a cessé d'approvisionner l'échelle d'Avlone.
Le visir Ibrahim, qui armait son acropole pour s'apposer à une invasion des Français, cachait sous ce prétexte aux yeux du peuple, des inquiétudes bien mieux fondées. Ravi de la candeur de mon frère, il lui confia ses chagrins, et les tristes pressentiments de sa ruine dès lors inévitable. Il lui révéla les machinations d'Ali pacha, qui avait depuis long-temps |uré la perte d'un homme uni à ses propres en-
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fants, par les Hens de la nature et du sang (i). «Je
< nai jamab eu, disait^il, que des amis de mes ri- « chesses, et mes serviteurs les plus fidèles maban- « donnent , depub que je cesse de les payer ! Ma bourse « est épuisée, et mon autorité cesse avee mes moyens
< pécuniaires, tant le cœur des Albanais est ingrat « et Tide de reconnaissance. Lor de mon ennemi a l'emporte dans le divan, ses calomnies prévalent n contre mon innnocence. Il agite maintenant les « Alhanies, sous le prétexte mensonger d'une inva* n sion prochaine des Français , auxquels il m*accuse « d'être vendu , comme il m'accusait il y a peu d'années « de rétre aux Russes , alors possesseurs de Corfou ! « Sous ce prétexte, il médite ma destruction et celle de « ma famille ; qui depuis plus de trois siècles goua veme paisiblement le Mnsaché.... » et portant ses regards vers le ciel : « Le méchant souillerait la vertu « même de son souffle ! Ne retournez plus auprès de n lui y il hait > il abhorre, mais il craint votre frère, et « il n'osera pas attenter à ses jours. Demeurez près « de moi, soyez mon consolateur, mon conseil , lami « d'un vieillard, qui- ne demande qu'à descendre en « paix au tombeau !.. » Mon frère , obligé de répondre avec circonspection à cet épanchement d'un homme-
(i) Ibrahim pach» est le beau-père de Mouctar et de Yeli , fils d*Ali pacha, et ces alliances n'ont pu le préserver de sa chute. Prisonnier de Timplacable Âli, qui n'a jamais re^u de sa part que des bienfaits, 11 gérait depuis sept ans dans un cachot à Ja* nina, où il est deithiéA tentiiiier sa vie.