CHAPITRE XXVI
Sangiac de Delvino. Ses di\^isions. Enclave appelé Arhoria ou Abantide, Position de Cardiki. Vallée de Scarphitza. Cours de la Belitza, Haines de Palœa-Avli ou Eléonte. Delnno. Ruines de Phenice, Sources et cours de la Pistritza. Fontaine salée de Drovi, Lac Pelode. Source d'Armjrros. Ruines de Buthrotum, Cours du faux Simoîs. Versant de Conispolis. Cours de la Saronia. Ruines de Phanote.
L'étendue des côtes de la Chaonie était d*une demijournée de navigation (i), mesurée sans doute depuis le midi de TAcrocéraune, jusquà l'embouchure de la Thyamis , et suivant d'autres , jusqu'à celle de l'Achéron au port Glychy^. Ainsi je soupçonne que le canton de la Chimère forma toujours une division particulière dans rÉpîre, qui dépendit , sans en faire partie, tantôt de la Chaonie et tantôt de la Molossie. Ainsi rÉpire , divisée en une infinité de peuplades , eut une étrange confusion dans la démarcation de s%s cantons^ qui formaient sans doute des ligues pareilles à celles que j'ai vues, avant que la puissance d'Ali pacha eût anéanti toutes les libertés des diverses anarchies de la basse Albanie. Le sangiac ou pachalik à deux queues de Delvino qu'il a également envahi , sans pouvoir effacer sa circonscription ,
(i) n«f^Xcuc ^i (^ Xftovîetc il(tttfu "h^i^^- ScTLàX.
35!ib VOYAGE DANS LA -GHECE,
«'étend ^ suivant les limites du cadastre impérial de Gonstantinople, depuis la base méridionale des monts Cérauniens , au - dessus de Santi - Quaranta j jusqu^au port Glykys, dans la Gestrine ouGhamouri. De cette manière, le littoral de la Ghaonie, comme celui du territoire de Delvino, fait face à l'île de Gorfou, et à son arc^hipel jusquà la hauteur d*Anti-Paxos. Gette démarcation correspond donc à Tétendue de navigation indiquée par Scjlax, pour une barque pontée, qui serait poussée par un vent ordinaire , en bonne route. La profondeur de cette contrée dans les terres , sur laquelle on ne peut rien préjuger, d'après lau* torité des anciens, varie dans les diverses dimensions actuelles, depuis neuf lieues et demie, jusquà six lieues de diamètre moyen. Elle confine dans cette position , au nord et au nord-est, avec les cantons de la Chimère et de Drynopolis^ à lorient et au sudest, avec t;eux de Saracovitzas et de Gourendas, et au niuli, avec TAchcron , qui la sépare du territoire de Bogoux, villaïeti suffragant du voivodilik d'^Arta. En étudiant lantiquité, pour en saisir i esprit répandu dans des matériaux que j'ai rapprochés et liés, j ai eu la satisfaction , sans recourir au moyen trop ordinaire des systèmes, de voir, par mes observations, qu'on peut encore retrouver la Grèce et quelquesunes même de ses peuplades , au milieu de ses ruines et dans son état moderne. Je vais donc reproduire dans les divisions du sangiac de Delvino et dans le villaïeti des Arberi , la contrée où vécurent les Abantes. On retrouvera dans le Paracoloma , les villes anciennes de Phenice, de Buthrotum, les sources salées, et
tout ce que nous connaissons par les anciens, relativement à cette Tallée. Je pourrais aussi faire voir les Chaoniens barbares et sans chefs (i)^ comme aux siècles héroïques; mais je dois commencer pai- la description de la vallée de Delvino. J exposerai ensuite le cours de la Thyamis dans sa vallée inférieure, à travers le canton de Scaloma. Enfin dans la description de la Thesprotie , je présenterai le tableau de la Cestrine ou Ghamouri , et de FAïdonie , qui terminent la satrapie de Delvincf du côté de Parga.
L'inépuisable combinaison des moyens dont la providence se sert pour parvenir à ses fins , est marquée d une manière si merveilleuse dans FEpire^ qu'on peut ajuste titre appeler cette province^ un abrégéde tous les pays et de tous les climats. En quittant la vallée de Drynopolîs , dans laquelle on trouve la température froide des régions boréales , au canton de la Londgiaria , et celle des rivages de la Seine, aux bords du Celydnus, si on pénètre dans le bassin de Delvino, on se croit transporté dans les bosquets des Hespérides. Le diamètre d'une chaîne de montagnes franchi , on trouve une nature nouvelle , un ciel plus doux , une terre plus légère , d'autres moeurs et presque d'autres hommes. Mais, comme si le passage devait être ménagé avec cet art qui, dans un tableau, sait marier les couleurs les plus disparates, par l'harmonie des tons et la dégradation des nuances, il faut traverser une zone de firimats pour entrer dans les
(i) Boéfëopot ^i Xàovtc àCaffiXi^TOi; les Chaoniens barbares tpxl vivent sans rois. Thvctd., 11b U. Sem., t. 443.
354 YOTA6B DANS LA «RÈCS,
él jsées da Talion , que fertilisent les grandes lÎTières qui se rendent au lac Pelode. Ainsi, en sortant da bassin de Drjnopolis, au nord-ouest, on entre dans un défilé rude et scabreut^ d'une lieue d'étendue, qui conduit à Cardiki. J'avais tu cette ville florissante, j*aTais connu ses familles patriciennes unies par les liens du sang aux plus illustres maisons de TÉpire. J'avais presque été témoin de ses malheurs récents , quand j*en approchai pour la seconde fois; et malgré la résolution que j'affectais , je fus frappé d'une terreur secrète en y entrant. Je frissonai^ en voyant les mosquées abandonnées, les rues désertes et silencieuses, la solennité des tombeaux épars autour des places, et le deuil d'une ville enti^-e, privée de ses habitants ! Les pas de nos chevaux étaient les seuls bruits, nos voix les seules intonations, auxquelles l'écho endormi répondît en se réveillant du fond des ruines. Par-tout se présentait l'image de la désolation , ouvrage du satrape de TÉpire. Les bains publics oih verts, les portes des maisons brisées, des pans de murs écroulés, des rues incendiées, et pour êtres vivants, quelques sinistres jacals, ou des chiens devenus presque sauvages, qui, par l^urs hurlements, parais* saient nous demander leurs maîtres, et invoquer notre pitié , voilà ce qui restait de Cardiki ! Nous noua assîmes, comme dans le désert, auprès d'un puits, d où mes regains se portèrent tristement sur l'horizon, dont je comparai l'aspect au relevé que j'en avais fait dans des temps plus heureux.
Cardiki, où je me trouvais poiu* la dernière fois, fut jusqu'en i8ia, époque de sa destruction par Ali
CiaAPITRB XXTI. 3^3
^acha , le chef-lieu d un canton nommé Arborià. En iréflëchissant quun auteur ancien (i) a donné à une contrée de rÂcroeémune l'épithète de montagnes des jihmtesy je crus avoir retrouTé le pays habité par cette colonie y que plusieuk-s géographes placent sont environs d'Amantia, dont ils torturent le nom, pour raccorder avec leur système. A la vérité, je n'avais pas dans le mot Arboria celui d'Abantia; mais une nation endère, qui s^est perpétuée dans nû lieu isolé , en restant autonome, étrangèire aux autres peuplades de TAcrocéraune , excepté sous le rapporfc de la langue schype, était une induction puissante en ma faveur. Cependant en k-âisonnant sur ce fait, je ne pus me défendre de considérer que le nom d'Arboria se rattachait plus directement aux Abares ou Avares^ que Henri Dodvrell, dans ses Commentaires sur Texcerpteur de Strabon, nous montre comme la horde principale des Scytho-Sclaves , qui étaient - maîtres de la Grèce au dixième siècle. Dans cette hypothèse, que je trouve plus directe, sans nier que les Abantes aient été les habitants antérieurs du canton de Cardiki, n*a-t-il pas pu arriver que les colons Eùbéens se soient conservés au milieu de toutes les vicissitudes de la Grèce ? Ariens avec les bandes d'Alaric qui ravagèrent FÉplre; Chrétiens orthodoxes, aussi long -temps que lés empereurs de Constantinople furent les itiaîtres du pays; Ca-
(i) k&mwf (fupta.. Apollon Argonautic. , lib. IV; HUt. de rÉtabliss. des col. grec., c. X, t. IX, p. 37a, 873, 874, 875» par Raonl-Aocltctte.
356 VOTAGB BANS LA «RBGB,
tholiques au temps de Finyasion des Normaiidg et des Catalans; enfin Mahométans mitigés, depuis la conquête de rÉpire par les Turcs, ils avaient échappé aux regards de tous les conquérants. Cependant en passant par ces métamorphoses religieuses (car le Schjpetar est toujours prêt à embrasser le culte du vainqueur), les habitants du canton de Cardiki avaient conservé le nom èiArberi^ qui est dans l'Albanie un terme injurieux équivalent à celui de barbares, dénomination que les historiens grecs appliquaient aux grossiers Chaoniens.
Trente-trois villages, répandus dans la vallée de Scarphitza^ depuis les sources de la Belilza jusqu'au confluent de cette rivière avec la Pavla, faisaient de FArborie une contrée heureuse, presque égale en population à celle du canton de Drjnopolis. Fiers et indépendants, ses habitants, qui n'aspiraient qu'à la paisible jouissance des fruits de leur terre natale , dont les ancêtres avaient échappé à tous les orages, pouvaient espérer d'y voir renaître les générations destinées à s'y perpétuer, si toutes les sociétés n'étaient pas , comme l'homme lui - même , sujettes à finir. Ce moment fatal à la liberté et à l'existence des Arberi était donc arrivé, lorsqu'ils se croyaient le plus tranquilles sur leur sort. Un homme né dans leur voisinage, un Japys de Tebelen, Ali pacha avait juré leur destruction ; et dès qu'il eût consommé la ruine de Cardiki, les Acrocérauniens de FArborie furent le point de mire de la vengeance nouvelle qu'il nourrissait au fond de son cœur. Comme ils n'offraient aucune résbtance, il ne pouvait trouver de prétexte
pour les égorger, et il s'en tenait an projet de lea faire périr en détail. Ses troupes étaient en conséquence entrées dans leurs montagnes , au moment où je les tia^ ▼ersais ; et elles enlevaient les habitants de tous les ha* meaux, sans distinction de sexe ni d'&ge, pendant un hiver rigoureux (i8i5). Les convois, les relais pour le transport des bagages étaient disposés comme pour une émigraiion aux approches de Tennemi. On arra* chait de Thériuge paternel ses cultivateurs, enfants de la terre; on arrachait de leurs foyers de jeunes femmes, des vierges timides, des mères et des en« Êints. On entraînait des vieillards accablés d'années , qui ne désiraient que le sommeil de la mort; pour les transporter dans l'Aidoniey aux environs des mé-> phytiques rizières du marais Acherusien , où l'on pror mettait de leur faire bâtir des cabanes et des villages! Tandis que ces vieux colons quittaient les tombeaux de leurs pères , on voyait arriver du midi de TÉpire une partie de la population chrétienne de Prevesa (ville objet de la haine du satrape), des peuplades entières de la Thessalie et de la Macédoine^ qu'on transplantait comme de vils troupeaux , pour repeupler un pays, que la rage du plus vindicatif des tyrans désolait, pour Tunique plaisir de toiurmenter des hommes , dont il croyait avoir à se plaindre. Ainsi FAbantide était arrosée des larmes de ses habitants qu'on en expulsait, et des larmes des chrétiens qu*on ft>rçait de les remplacer.
J'avais été' présent dans le *divan tenu par Ali pa» cha^ au plaidoyer éloquent des vieillards de l'Arborie, lorsqu'ils ne demandaiept en grâce que de mourir
^58 VOTAGB DAirS LA eftBCE,
iur la terra palerneUe! J ayais été touché des plaûiies qu*ik expriiDaieat, j'avais entendu sortir le refua de la houohe de leur oppresseur, qcà ne voulut pas même leur accorder yn sursis jusqu'au printemps. Je me retraayais alors témoin des scènes déchirantes , qu'offraient les iniéréts, les affections, la douleur, et le désespoir d'hommes qu'on ^^nlevait de leurs foyers, et ne pouvant leur offrir que des consolations stériles , je me hâtai dè4 que j eus terminé mes travaux de quitter un séjour de regrets et d'^ifiic^ion!
La Belitza , qui pareourt la vallée de FArborie appelée Searphitsa , prend ses sources deux lieues et un quart au novd-ee^t de Cardiki ; et elle reçoit dans cet intervalle \e$ ruisseaux qui descendent des villa^ de Pitwu-i, Colonia, PUz9ti et Zévela. Deux lieues au sud-ouest de Cardiki , elle baigi^ les environs de Zoulati , bourgade de ceut quatre-vingts familles mahométanes, dont la population était partie pour Je lieu d'exil qu'on lui avait ^ussigné, lorsque je passai dans son voisinage. De Zoulati la même rivière, après un cours: en plaine de cinq quarts de lieue , tombe au«dessous de Palsea-Âvli dans la Pavla, à peu -près dans l'air de vent du sentier, qui conduit à Saint- Basile.
•Pal»a-AvU ( Vancienne coui* ) ^ que je crois être l'Éléonte de Ptolémée, occupe le plein sommet d'un mamelon dépendant de la chaîne des montagnes de Delvino. Son site, comme l'indique Fétymologie, est environné d'oliviers de la plus graAde beauté» et Paubnier jugeait avec justesse, d'après cette indi- «ation,, 4|u'eHe ne devait pas être éloignée du ri-
«HAPITHE XXVI. 359
vage de la mer (i). J*ignore pourquoi cette ville a changé sou nom en celui d'ancienne cour; mais comme elle occupe la position la plus pittoresque de la vallée, les Turcs, qui 7 bâtissent de préférence leurs maisons de campagne , auront pu lui, donner cette dénomination , dont les érudits auront tiré parti pour raconter à ceux qui veulent les écouter, que c'était lantique résidence de Pyrrhus fils d* Achille. Les ruines présumées d'Eléonte consistent en quelques pans de murailles cyclopéennes , sans trace d'architecture grecque ni romaine, preuve suffisante, qu'elle ne fut pas res* taurée depuis la dévastation de Paul-Emile. Les médailles qu'on trouve dans ses décombres, qui sont toutes au type de Buthrotum , ou des Épirotes, portent à croire que non-seulement elle ne fut pas une capitale, jnais tout au plus une ville de secoqd ordre.
Delvino (située à une lieue de Palsea^AvU), qui se trouve en seconde ligne, compte à peine six cents maisons disséminées dans l'étendue d'une Ueue, sur le penchant des montagnes, et eUes présentent par leurs positions environnées d'oliviers, de citronniers et de grenadiers, des vues de la plus grande beauté. Vers le centre de cette suite d eachantements , souvre un
(i) Habet etîam (in Chaonift) Ptolemaeus Ëlsuntem» de qnS tacueriint anti<{ui. Sed Kiger^de eâ alîquid mussitavit. Ex no* minis etymologià conjicere licet , eam nrbem non fnisse remotam a littore maris ; ÉXatcOc enim oliTetnm significat , etc.
Palmkr , GrœcAntiq. ^ lib. H, c. 3.
Les «lÎTiers ne croissent jamaiif dans un rayon de plus d*an degré de la mer, à moins que ce ne soit au voisinage de quel* ques grands lacs.
36o VÛTàGB DkIfS LÀ ORSCB,
enfoncement qui permet d*aperceToir le bazard et le Varochi des chrétiens, où se trouve l*humble de» meure de Vévèqne de la Chimère et de Delvino. Le château, décoré du nom de forteresse, se présente pour défendre cette ouverture sur un mamelon isolé y et on n j arrive que par une chaussée trèsétroite qui est bordée de précipices. Du fond de cette gorge qui se prolonge au sud-est, sort une rivière qu'on passe sur un pont très- élevé, et qui se rend à trois quarts de lieue de là , dans la Pavla.
La plaine n'offre au*delà rien de .particulier dans son étendue,* tandis que les montagnes du côté de lorient sont couvertes de belles maisons. La chaîne littorale, deux lieues à Toccident^ présente le village de Ljcouria situé sur les ruines d* Anchesme , qu'on reconnaît aux tombeaux anciens des Grecs , et aux restes de l'architecture de ses édifices (i). A une demi-lieue de Delvino , on n a plus aucunes habitations en vue , et quatre milles plus loin , après avoir contourné une butte rocailleuse couverte de halliers , on arrive au
(i) Cette yille fat assez oonsîd^able pour être élérée au titre de siège épiscopal. Le père Lequien nous a ponservé les nom» de deux de ses prélats, savoir :
Évéques d* Anchiasmus^
Claude, au synode d'Éphèse; Chistodore, au synode de la vieille Épire.
Oa. Chbistiaji. Elle dut 4tre renversée en 552 par les Goths que Totfla expédia aveo trois cents vaisseaux , sur les côtes de TÉpire. J. GoTTHiFP. Strit., Gothicy c. Vin,
0«ÀPITBB XXTI. 36l
pont de la Pistritza , qui s^ëlère oomme un arc de triomphe au milieu de la campagne.
Ce fut près de cette rire , au mois de décembre 1807, que je fis pour la première fois la découverte d une ▼ilie , que la fausse érudition de Mélétius m'avait inu* tilement fait chercher ailleurs. Accablé par un orage mêlé de pluie et de grêle , je venais de trouver un abri sous )a hute pyramidale d'un berger, qui avait établi sa station d'hiver dans les pâturages situés à la rive droite de la Pistritza; lorsqu'en mettant la tète hors du bouge enfumé où je suffoquais quoique couché par terre , j'aperçus à peu de disunce de grandes murailles qui fixèrent mon attention. Frappé de la quantité de ruines , je m'informai du berger comment il les appelait. Il me nomma Phéniki, en ajoutant que c'était un château des Hellènes ^ nom sous lequel les modernes désignent toujours les anciens Grecs. Charmé de me trouver si près d'une ville que Stra* bon place précisément au-dessus du lac Pelode(i), je voulais visiter et reconnaître ses ruines, mais les torrents qui étaient considérablement gonflés , un marais profond, la mauvaise humeur de mes guides, et des circonstances dangereuses pour notre sûreté (car nous avions été assaillis deux fois dans la matinée par des embuscades de voleurs dont nous avions essuyé une fusillade assez vive), m'obligèrent d'ajourner un projet, que je ne réalisai qu'au mois de juin i8i4«
Phénice , dont Poljbe (a) fait mention en parlant
(i) Toû ^ï xarà Bcud^trr^Y -h <»oivix». Sra., lib. VU, p. 3 a 4. (1) Oi ^c A«ttf«îTOii iruSo'fMvoi rh yi^ov^ç , tôoiiSouv 7ravMf«.tc
30a yOTA«B DANS LA SRBCE,
de Texpéditioii des lUyriens contre cette Tille , qui dut son salut aux Epirotes accourus à sa défense; dit qu elle était située au bord d'un fleuve , ( que ni lui, ni Ptolémée, ni Strabon ne nomment pas ) , près duquel ses défenseurs campèrent Après areir pour leur sûreté enlevé les planches qui formaient le pont. Ailleurs il la cite encore (i) comme une desf métropolesles plus considérables de TEpire , ou se troovaient les tribunaux , qui décidaient des afiaires civiles et cri* minelles de la province. Enfin Procope (a) marque sa pcMition au milieu des marais , auprès d'une butte sur laquelle on bâtit une citadelle (3).
Phénice , d'après ce qu'on peut en juger, avait au centre de «on étendue une acropole située sur la butle rocailleuse que j*ai indiquée, qui devait par cette position défendre le passage du pont , dont la cou*
jaTft «I oublie. lIap«YivofMvoi ^k itfhç Tiiv ^otvUnv, aai «^oCoUXo* f&ivoi Tov iMfà -nqv iroXtv ptovTft norapLov, içpSTfrJcI^tvofliv tHç JTr^a&TM ye^ùpoïc, dvaairaaoïvTec rkç oavt^oç àofoXiîac x^^^*
PoLTB., lib. n.
(i) In fragmentis a Yalesio puUicatis, p. a 6 5.
(a) ÂvtYi«»9«T0 H xflU Nut^oXtv Ti xal 4^tix^> xal nov ^ivixvtv
Tw x^*F^"^^ '<^€ Y^C ixtlvTO, iS^sai iript^^io(iktv« rg ^t X^f^vàÇouai, etc.
Prooop., lib. IV, De yEMf.
(3) Cette ville n'a dû être détruite que dans on âge tres-modeme , quoique la liste de ses évéques finisse i une époque asseï ancienne.
Evéques de Pheniee,
Peregrin, au synode de Chalcédoine; Valerien, au synode d*Épire;
Philippe, ^us le pape Hormidas... Si 5. Bai. témpor.,\ib, VII.
Oa. CaRX8Ti4v.
CH4PITAS XXVI. 363
struction en pierre est probablement du siècle de Jus* tipien. La ville se prolongeait à Torient et k l'occident , dans la dernière de ces directions jusqu'à la Pavla , qu'on croit être le l^anthe de la colonie de Buthrotum, ou le Phénix qui prend, comn»e je l'ai dit, sa source près de CagUassa , dans TAcrocëraune. Dans l'autre direction , ses quartiers se déployaient à*peu-près un mille à l'est, le long de la rive droite de la Piatritza^ juisqu'au monastère dédié à saint Nicolas. Les débris qu'on voit maintenant de ce côté, consbtent en un graqd ^quédu,c en brique sur arcades , appuyé par des contreforts ou arcs • boutants. On remarque en* suite une quantité considérable de maisons renversées^ des restea d'édifice^ publics qui étaient environnés de colonnes à huit pans, genre particulier d'archi* tecture que je n'ai vu nulle autre part dans les monuments de la Grèce. On retrouve aussi mêlés à ces décombres, des chapiteaux gothiques pareils à ceum que j'ai vus à Nicopolis, et qui attestent là, comme sur les bords du golfe Ambracique, le séjour des peuples du nord. Enfin pour toute inscription, oo lit^ sur le tambour d'une, colonne octogone, le mot AMBPAKIOTON, qui semble n'avoir aucun rapport avec la consécration, ni d'un autel, ni d'aucune lé* gende en usage chez les Grecs*
La partie méridionale de Phénild est envahie par un marais, qui ne p^met pas d'approcher des mu* railles, que je crois avoir fait partie d'un aqueduc servant à des moulins, par la forme qui est semblable à ceUe. de plusieurs conduits pareik, qu'on voit dans
364 VOTA6B DAHS LA GKÊCS,
la vallée de Drynopolis, notamment au-dessous de Palaeo-Episcopî. Vers lorient on peut suivre plus commodément les traces de la ville , où les moines du couvent me firent remarquer les iùts de sept co* lonnes de granit , et les soubassements d'une enceinte qu'ib disent être celle dun temple consacré, au dieu Mars. J'appris d'eux que Phénice , qualifiée du titre éCadndrable par lauteur de leurs chroniques monachales, renfermait une population de plus de soixante mille âmes , qu'ils tenaient ce renseignement et plusieurs autres relatifs à sa splendeur, dun vieux livre écrit sur parchemin , déposé à M. ... , qui contenait toute l'histoire de TÉpire. Ils me promirent de me procurer ce manuscrit ^ mais mon départ de TEpire, qui eut lieu peu de temps après, les a empêchés de tenir parole , et m'a peut-être privé'de faire des découvertes nouvelles sur un pays , dont toutes les histoires sont tronquées, incomplètes , et par conséquent à*peu-près insignifiantes.
^ La Pistritza , que les érudits du pajs ( qui ne seront plus je pense tentés de placer, d'après Mélétius^ Dodone aux ruines de Phénice) nomment le Scamandre de la nouvelle Troie , vient de la montagne appelée Condo-Youni, cinq lieues à Test -sud -est de Phénice. Après une lieue de cours dans lequel elle est grossie par une foule de sources et de ruisseaux, elle coule au-dessous de Machaladez, bourg où résident une grande partie de Tannée les plus riches beys de Delvino. Enfin une demi-lieue plus bas , elle reçoit par sa rive droite une petite rivière formiée
CHAPITHB XXYIk 365
des sources salées de Drovi (i) , dont les habitants ont conservé Tusage d extraire du sel par lëbuUition. A deux lieues et un quart de cet affluent, elle s'augmente du produit de plusieurs torrents qui roulent des coteaux voisins , une lieue et demie plus bas elle prend la rivière de Navaritza , qui cumule dans son berceau, les eaux de la gorge de Gardicaki et des vallées adjacentes. Eitfin deux milles à l'occident, elle s*accroit dun ruisseau venant des hauteurs de Crania, et un mille au-dessous, elle arrive au pont de Phéniki. De cet endroit, elle se dirige au sud -ouest et au midi, pendant trois lieues et un quart, presque parallèlement avec la Pavla jusqu'au lac Pelode, où ces deux rivières se portent par des embouchures distinctes ^ creusées au milieu d'un marais , qui est le parcours ordinaire de nombreux troupeaux de buffles à moitié sauvages.
Un quart de lieue au-delà du pont de Phéniki, dont l'arche centrale ressemble à l'ogive d'un portail gothique^ on laisse à droite un caravansérail ruiné, et trois quarts de lieue plus loin en biaisant au sud«sud-ouest , on arrive aux' mamelons du village d'Alepou; dont les deux premiers groupes sont appelés Tchaoux. A trois quarts de lieue de là après être redescendu en plaine et avoir suivi une chaussée pavée construite entre des lagunes périlleuses ^ on monte à Lyco , village bâti au sommet d'une butte
(i) Cette source est la même qu*Antigonius désigne dans ses AsTioov., Paradox. Hût., i58.
366 TOTAOB DA1I5 LA O&BGE,
noirâtre. L air de ce hameau et de tous eeux qui sont situes dans la Tallëe est mal*sain, et les mières , ainsi que les vastes prairies pareilles en vigueur à celles des nuirais de Groissantille j qui bordent le& Mes de la Dive , produisent dans la température de la Chaonie , des vapeurs fiévreuses ^ et des myriades dmsectes si importuns, que la vie des paysans est un tftq>plice continuel, pendant plus de hait mois de Tannée. Obligés d'allumer des feux dès que le soleil est couché > pour se débarrasser des moustiques ^ et de coucher sous des tentes ) ils ne s endorment quen succombant à la fatigue et à Tépuisement, pour se réveiller au milieu d une brume sulfureuse , que les premiers rayons du soleil semblent attirer du fond des marais.
En descendant de Lyco^ on suit de nouveau pendant deux milles une voie pavée comme la première et percée d'arches pour faciliter lecoulement des eaux, qui aboutit à une charmante vallée couverte de fleurs dans toutes les saisons^ et environnée de monticules ombragés de platanes et d*arbousiers. Au sortir de cette retraite qui a un quart de lieue d étendue , on voit sérail-bey , puis on retombe silr une nouvelle digue, qu'on suit pendant trois quarts d^heure, jusqu'à un pont sous lequel coule une rivière venant de la partie du sud «est, qui se rend encore à la Pistritza , dont le lit est le canal d écoulement- des fondrières qu'on a traversées. A cette distance, on laisse à droite le village de Mahmoud-Bey situé au penchant d*un coteau, qui masque l'embouchure des rivières , dans la partie du lac appelée Laspes ou les Boues ^ dénomination qui anciennement lui
GHAPITAS XXVI. 36^
avait fait donner le nom de Pelode ou fangeux. Il la mérite sur-tout à cette extrémité, qui est celle de Tembouchure des rivières dont les eaux sont presque toujours limoneuses. Les barques des pécheurs fréquentent cet attérage, et s enfoncent dans des canaux pratiqués au milieu des roseaux , pour pécher des anguilles, et couper la vourla ou seirpe^ dont on tisse les nates qui serrent à l'ameublement des cabanes du pauvre.
DupontdeMahmoud-Bey, on aperçoit un mille sur la drœte Neochorion , et en portant ses regards au sudest^ on découvre la riante vallée de Cosca , et le versant oriental des montagnes de Gonispolis , dont le cAté opposé fait face à la ville de Gorfou. Dans Tétendue de la vallée qui se présente au voyageur , à une lieue et demie de Neochorion , on voit Hercati , en face sur une autre ligne de montagnes Nicrati , et quatre milles audelà Cosca éloigné de quatre milles de liopesi y bourg que je ferai connaître en décrivant le pays qui s'étend entre Philates et la plage de Sayadex. C'est au-dessus de Cosca y que se termine dans Fair de vent dont j ai donné la direction , le bassin de Delvino par un bourrelet de montagnes arrondies , couvertes d'arbres , riches en pâturages et généralement fertiles.
Au-dessous de Neochorion^ le sentier se courbe au sud -sud -ouest pendant une demi«*lieue , moitié en plaine et moitié dans le berceau d'un torrent enveloppé de forêts ténébreuses, repaire ordinaire des voleurs. On débouche de cette gorge funèbre, sur un sommet applati qui a trois cent toises de développement, d'où l'on descend pendant un quart d'heure
'368 VOTAGB DANS LA GASCS,
à traTen des arbres eniassés , pour arrirer à Képhalo» Yrisi j ruisseau qui tombe dans la partie du lac Pelod« appelée Riza. Près du bprd de cette rivière limpide ^ jaillit une source nommée Armyros, désignée par Aristote dans sa météorologie (i) d'une manière si particulière ; quon ne peut la méconnaître, mais qui ne sert plus maintenant qu'à faire tourner un moulin , bâti à peu de distance du rocher dont elle jaillit. On entre ensuite sous les ne£i majestueuses de la raste forêt d*Examili, azyles solitaires où les cer£i et les sangliers errent par bandes nombreuses. Après une demi-heure de chemin, on passe à Zara , village qui servait autrefois de limite entre le territoire otto* man, et les possessions de Venise sur le continent. On marche aussitôt dans la terre classique de la poésie , on traverse la rivière de Zarapoulo qui coule au midi, on commence à trouver des éboulemènts de ruines, les piles d'une porte dont on ne
(i) Iv Tt yÀp TQ Xftoviot x^YVi x\ç tçtv 6^oiroc irXarurépou
TOUTOU yàf Toû ii^aTOc àf t<|«ovTec ri |iipoc TiôÉaai, »od Yiveru tlnix^^v^ JTsv àiraTjiîoD to uypov i\k% tHa 6ipuiû , ôtXiç , cù x^v^pct aXXà x^vvct xal XfTrTOt &9ffip xiuv. A&istotel., Météorolog,, lib. II, c. 3.
Dans la Cbao&ie, il existe une source coulante (c'est ainsi que je tradoîs ID^arur^pou. . . . En faisant bouillir une certaine quantité de ton eau, dont on évapore V humide par la chaleur, si on la laisse refroidir, on obtient un sel non grumeux, mais en poudre et léger comme la neige.
Les habitants, qui ont à yil prix le sel k Corfou et à Sayadez, ne s'occupent plus de distiller les eaux de la source d*Armyros; mais ils prétendent que la farine de son moulia acquiert une saveur particulière qui la bonifie.